S’enregistrer FAQ Rechercher Membres Groupes Profil Se connecter pour vérifier ses messages privés Connexion
Le blues de John - Hector VUGO

 
  Jetez l'encre ! Index du Forum » » Historique des Défis » Défis n°51 à 100 » Défis n°51 à 60 » Défi n°60
Sujet précédent :: Sujet suivant  
Auteur Message
ATea
Plumivores
Plumivores

Inscrit le: 18 Sep 2013
Messages: 945

MessagePosté le: Sam 1 Nov - 12:02 (2014)    Sujet du message: Le blues de John - Hector VUGO Répondre en citant

PublicitéSupprimer les publicités ?
Contrairement à ce que vous pensez, je déteste faire de la musique seul. D’autant que nous sommes un trio. Mais, comme c’est une idée du producteur, je me couche.
A la balance, Je l’entendis me dire ça : «Il faut que tu joues Ocean à ce moment-là. Tu comprends petit, le show a besoin d’une respiration ». Le show pff et puis quoi encore ! On n’est pas à Las Vegas connard !! La scène, elle fait 10 mètres carrés, la salle au mieux le triple. Le public, il est là à cause du prix des billets.
L’opération deux places pour un ticket restau, ça te parle !
Je balançai à tue-tête ces remarques, mais le bas de mon visage me trahit. Ce fut plus fort que moi, je m’apprêtai à parler.

Alors le boss me coupa :
- John, le jour où tu seras Jimmy Hendrix, tu pourras ouvrir ta gueule
Le preneur de son cracha son menthos sur sa console. Il rit comme un phoque. J’avais envie de lui remixer le nez et les pommettes.
Pas le temps. La balance s’achevait, et on allait manger l’infecte morue de Margarita
Ah Margarita. Sa voix de mama portugaise
- Manche petit, cha tient au corrrps !
Tu m’étonnes. A la fin du repas, je ne savais plus si j’avais le trac ou une indigestion.
Je n’étais pas le seul. Bob le bassiste et Pat le batteur hésitaient encore quant au diagnostic. Leur ventre gargouillait dangereusement.
Dehors, une petite foule s’amassait autour de la salle où plutôt de la boîte de nuit. Ça chantait et ça frappait dans les mains, une sacrée ambiance festive. On était très éloigné de cet article prise de tête dans un quotidien où le journaliste avait fait le profil psy de notre public. Quelle crise de rire à sa lecture ! Déjà le titre : autour de Cameron donnait à penser que le mec avait frôlé une méningite. En parcourant son jet, je découvrais qu’il l’avait chopée grave.
Je vous fais son pitch rapido : deux choses caractérisent nos fans, soit ils sont contre David Cameron le premier ministre, soit ils kiffent Cameron Diaz. D’où le titre du papier.
Et oui on en est là. Faut suivre.
Pat, il n’en revenait pas. Je lui avais fait lire l’article, histoire de le décontracter avant rentrer sur scène. Et ça avait marché, il s’était marré.
- Putain John, y en a qui vont chercher loin. C’est de la branlette d’intello. C’est tout. C’est bien un canard de conservateur. Tu crois franchement que toutes les filles qui vont à nos concerts sont blondes. Et qu’elles et leurs mecs votent travaillistes.
- J’en sais rien Pat
- Lui le journaleu, il le croit
- Non.
- T’as lu l’article John ?
- Si
- Ben, c’est écrit noir sur blanc. Les fausses blondes seront au premier rang et chanteront comme des folles LABOUR OF LOVE
- Fais voir.. Ah c’est vrai je m’en souvenais plus. Tu crois que ce soir….
- Attends, tu déconnes là…
- Et si au premier rang….
- Non, ma femme a pris une place avec sa mère, et elles sont brunes toutes les deux .Y a aucun risque
Aucun risque qui disait.
Il aurait mieux fait de la boucler. La tête que fit le Pat en voyant sa femme et sa belle-mère en blondes. Notre batteur ressemblait à un type ayant vu un E T faisant du stop aux abords de Londres. Le premier rang était un showcase pour Jacques Dessange, toutes des décolorées, détendues, presque désinhibées par la consommation gratuite de Téquila que le producteur avait imposé au barman. Bob, tout en saisissant sa basse fretless, observa le fond de la salle. Il préférait regarder le flot continu des spectateurs qui, tous, acceptaient le programme qui leur tendait une bimbo.
- Ma parole John, ils le prennent tous
- Quoi Bob ?
- Le programme
- Et ils acceptent de le payer ?
- C’est gratos
- Comment ça gratos ?
- Une idée de la prod
- Génial. On touche des clopinettes comme cachet. En plus on nous fait bouffer de la morue. Et pour couronner le tout, on dort dans une auberge de jeunesse.
- Tu sais….
- Ah non John, ne me dis pas : tu comprends on débute. Non ! Pas là ! On a 10 ans de carrière et des hits au compteur.
- T’as raison Pat
- Alors explique moi, pourquoi on n’est même pas foutu de faire la première partie de Petula Clark.
- On est trop cher Pat
Je savais ou allait le fric, dans la poche du producteur. Il n’y avait qu’à voir sa bedaine dépasser de son pantalon pour comprendre. Lui ne mangeait jamais de morue avec nous et couchait souvent dans des hôtels de luxe.
Pat saisit ses baguettes, moi ma gratte, Bob sa fretless. Fin de la discussion ou plutôt de la dispute.
Sur les conseils de la prod, nous commençâmes sur Labour of love.

Depuis qu’il a quitté le 10
Je ne vibre plus pour toi
David arrive, vivement qu’j’puisse
Je doute qu’un jour ça arrivera

Adieu le beau travailliste de l’amour
Celui de la dure lutte et des sentiments
Celui aussi du je t’aime pour toujours
Même si au bout ce s’ra licenciement

Il y peu c’était encore numéro un à Cuba et au Venezuela.
Ce fut un triomphe. Les blondes du premier rang encore plus frappées que leur téquila reprirent la chanson à la virgule près. Au point que nous aurions pu faire du playback.
Quel pied de se retrouver au chômage technique devant des fans hystériques, quoiqu’étant un peu gêné de voir la belle-mère et la femme de Pat out of control. Elles en étaient à leur 3éme verre.
Elles suivaient, pour ainsi dire, la progression de la fan de base lors d’un concert. Au troisième morceau, elles seraient en transe et facilement manipulables (cf la page facebook du groupe pour les plus sceptiques).
Généralement on démarrait « the show » avec nos trois hits à la suite. Le public étant dans la poche, il pouvait accepter d’écouter n’importe quoi. Enfin n’importe quoi c’était le terme générique qu’utilisait le producteur pour dénommer le reste de notre répertoire.
Après Labour of love, nous enchainâmes sur : Give me coin and your number, titre à la Zola racontant les amours impossibles entre une bobo pétée de thunes et un sdf accroc aux cabines téléphoniques.
Pendant qu’on chanta cette chanson à la noix, on reçut des pièces et des petits papiers sur lesquels étaient inscrits le 06 d’une fille. Le destin attribuait souvent à Pat les coordonnés d’une groupie expérimentée à la peau flasque.
Ce soir ça ne ratait pas. Pire, c’était une sexagénaire portant un sweet Forever yours. Elle, on la voyait à chaque concert. Elle nous suivait même jusqu’à l’hôtel quand on avait la chance d’avoir une chambre digne de ce nom. La pauvre poussait le bouchon jusqu’à écrire des messages fiévreux sur le compte tweeter du groupe (le comble de la misère humaine).
On l’appelait avec tendresse nut woman, la femme givrée. Enfin on ignorait s’il était frigide. Pat, il ne voulait pas essayer. Il ne préférait pas pour des questions d’hygiène et d’éthique.
Pat c’était la classe, une sorte de Phil Collins avec plus de cheveux avec une voix à la Marianne Faithfull. Il cartonnait, surtout dans notre troisième tube
The only one I wonna Keep for me, l’histoire d’amour entre une part de pizza et un boulimique. On mélangeait le social et la santé.
Bob il adorait aussi ce titre, à cause d’un solo de basse à la Marcus Miller, the king of slap.
Sur ce morceau, il était sur un nuage, la grâce dans le groove.
7 minutes 40 d’éternité avec en point d’orgue, une mélopée en Oum Khalsoum touch, un truc égyptien hyper bandant, beaucoup plus que Moubarak en string.

Mais ça c’était avant la respiration du show.
Cette respiration elle est là, maintenant. Et j’ai la trouille. Je me sens comme un mec ABANDONNEEEEEEE !!!!!!!!!
Bob et Pat quittent le navire. C’est la pause des braves. Moi je nage dans la dépression. Je regarde notre gros lard de producteur. Ses lèvres articulent : Océan.
Le preneur de son, lui, rigole un max. Il n’attend qu’une seule chose : que je me vautre.
Je saisis ma gratte, respire un bon coup. Puis je griffonne quelques accords.
Autour de moi c’est un putain de silence de cathédrale. Les blondes du premier rang sont en apnée, les rousses du second sont bouches bées, les gays du troisième fantasment déjà sur moi, les pisseuses du quatrième pensent, franchement, à trafiquer leur carte d’identité, écrire 18 ans et me rouler une pelle. Moi, je suis dans mon truc, concentré et absent à la fois. C’est la routine. Je prends la mer.
Accords tranquilles, envolées presque parfaites. A quoi je pense là, à celle qui est à l’origine du morceau : ma moitié. Celle qui m’engueule parce que j’oublie d’acheter du lait démaquillant, des petits pois et des corn flakes, les couches du petit. Vous savez, faut pas faire les courses en même temps que les vieux. Ça vous fout les nerfs et vous faites les choses à moitié.
C’est vrai. Ma douce, elle me dit souvent : « tu fais toujours les choses à moitié ». A force elle me quittera un jour. Et j’écrirai un ocean 2 encore plus beau que le premier.
Ça y est j’ai presque fini ma ballade en mer. Je les vois tous pleurer. Les vieux couples se tiennent par l’épaule, les jeunes par la main, ceux en devenir songe à faire le premier pas.
Moi je pense à la tête de ma lolita quadragénaire quand je rentrerai puant de sueur (et non je ne dors pas ce soir à l’auberge de jeunesse). On n’aime jamais un putois, on l’évite. Elle m’évitera avec la grâce des femmes qui n’espèrent plus rien qu’atteindre leur nombre de trimestres pour la retraite et foutrent, enfin, le camp avec un jeune.
Avec le temps, le romantisme est une fleur dans une benne à ordures.
Ma fleur ne respire plus beaucoup.
J’ai envie de dire à ce public : Ne vous faites pas d’illusions. Tôt au tard, vous ferez semblant comme moi. Alors l’Océan ne sera qu’une vulgaire routine, rien de plus.
Comme philosophe, je suis à gerber.
Hendrix, il sonnait vrai. Il est mort et on l’entend toujours.
Moi, je me demande si on m’entend encore. Derniers accords.
Bande de sourds, je vous hais !!!!!

_________________
ATea.


Dernière édition par ATea le Lun 3 Nov - 21:23 (2014); édité 1 fois
Sam 1 Nov - 12:02 (2014)
Visiter le site web du posteur Skype
Auteur Message
El.
Mega Coup de Coeur
Mega Coup de Coeur

Inscrit le: 05 Oct 2014
Messages: 429

MessagePosté le: Sam 1 Nov - 15:21 (2014)    Sujet du message: Le blues de John - Hector VUGO Répondre en citant

J'aime surtout le dernier paragraphe, l'instant fatidique quoi presque...c'est écrit avec humour et y a un côté désenchanté aussi et grinçant chez ce type là. J'ai trouvé la mise en place peut-être un peu longue, mais en même temps elle a du sens pour planter la vie des zartistes foireux qu'ils se sentent être... c'est un jet très sympa en tous les cas, bravo
_________________
El.

http://aubordeldesrev.eklablog.com/
Sam 1 Nov - 15:21 (2014)
Visiter le site web du posteur
Auteur Message
Perrine PONT
Plumivores
Plumivores

Inscrit le: 05 Oct 2014
Messages: 55
Localisation: Le CHESNAY

MessagePosté le: Sam 1 Nov - 20:39 (2014)    Sujet du message: Le blues de John - Hector VUGO Répondre en citant

A l'inverse :

J'aime pas la fin... Je n'aime pas l'idée qu'un artiste n'aime pas son public...

Par contre j'adore toute la mise en place... C'est très entrainant je trouve...
Sam 1 Nov - 20:39 (2014)
Auteur Message
Octobell
Coup de coeur
Coup de coeur

Inscrit le: 11 Sep 2013
Messages: 1 670

MessagePosté le: Lun 3 Nov - 01:29 (2014)    Sujet du message: Le blues de John - Hector VUGO Répondre en citant

C'est vrai qu'y'a un gouffre entre les 2 parties ! Histoire d'avoir tous les avis possibles : moi j'ai aimé les deux ^^ Le ton léger et drôle de la première partie met bien les choses en place, ça se lit tout seul, on caractérise les persos. Et la deuxième partie, bam, on bascule dans quelque chose de beaucoup plus cynique et désabusé. Après, peut-on aimer son public quand on considère qu'on n'a pas de public ? Le coup de la mère et de la soeur qui deviennent subitement blonde, je pense que ça n'est pas là par hasard. Le public ne vient pas pour l'artiste, mais parce qu'il y avait de la lumière sous la porte. Du moins c'est ce que je comprends du texte... Et du coup, je comprend le désenchantement (pour reprendre le terme d'El) du personnage principal.
_________________
Octobell

Tous les propos exprimés dans les bonus de ce DVD n'engagent que l'intervenant
et ne sont en aucun cas le reflet de l'opinion de JE! Corp.
Lun 3 Nov - 01:29 (2014)
Visiter le site web du posteur
Auteur Message
Rafistoleuse
Coup de Coeur ...
Coup de Coeur ...

Inscrit le: 11 Sep 2013
Messages: 4 563

MessagePosté le: Lun 3 Nov - 14:38 (2014)    Sujet du message: Le blues de John - Hector VUGO Répondre en citant

Moi j'ai aussi trouvé que ça se lisait très facilement et avec plaisir... Je trouve que le cynisme est présent depuis le début, comme si on enlève doucement les couches de vernis. J'adore. Le rythme effréné, le personnage, l'humour, tout est bien dosé !
_________________
Rafistoleuse
Lun 3 Nov - 14:38 (2014)
Auteur Message
Alinoë
Méga CDC...
Méga CDC...

Inscrit le: 18 Sep 2013
Messages: 1 789
Localisation: Bruxelles

MessagePosté le: Lun 3 Nov - 17:06 (2014)    Sujet du message: Le blues de John - Hector VUGO Répondre en citant

P { margin-bottom: 0.21cm; }
Puisque c'est le seul texte que je n'ai pas commenté à chaud, je commence par celui-là.

Un trèèèès bon texte qui se lit tout seul, du début à la fin. Le changement de « ton » ne m'a ni marquée ni dérangée. La transition est douce, bien faite. Je n'y trouve rien à redire.


La situation en elle-même m'a beaucoup plu. J'y voit une belle critique du monde du show-business ; les artistes qui n'ont même plus leur mot à dire. Il faut avant tout satisfaire le public. C'est triste et tellement réaliste. Brefouille. Tu le racontes beaucoup mieux que moi.


Une de mes répliques CDC :
« - John, le jour où tu seras Jimmy Hendrix, tu pourras ouvrir ta gueule »


Voilà.


Je ne vois pas vraiment de point négatif. J'ai adoré ! Donc...


Bravo à toi !
_________________
THE TRUTH IS OUT THERE


https://alinoebraun.wordpress.com/


https://www.youtube.com/watch?v=OttPq7ceH9E&feature=youtu.be&eml=2015September21%2F2733333%2F6010044&etsubid=30262197
Lun 3 Nov - 17:06 (2014)
Visiter le site web du posteur Skype
Auteur Message
hector vugo
Super Master CDC *
Super Master CDC *

Inscrit le: 18 Sep 2013
Messages: 819
Localisation: vigneux sur seine

MessagePosté le: Lun 3 Nov - 23:33 (2014)    Sujet du message: Le blues de John - Hector VUGO Répondre en citant

Merci à toutes pour vos commentaires. C'est toujours aussi plaisant et instructif de les lire.
Lun 3 Nov - 23:33 (2014)
AIM MSN Skype
Auteur Message
Contenu Sponsorisé




MessagePosté le: Aujourd’hui à 08:08 (2016)    Sujet du message: Le blues de John - Hector VUGO

Aujourd’hui à 08:08 (2016)
Poster un nouveau sujet  Répondre au sujet   Jetez l'encre ! Index du Forum » Défi n°60

Page 1 sur 1
Toutes les heures sont au format GMT + 2 Heures

Montrer les messages depuis:

  

Sauter vers:  

Index | Panneau d’administration | créer un forum gratuit | Forum gratuit d’entraide | Annuaire des forums gratuits | Signaler une violation | Conditions générales d'utilisation
Powered by phpBB © 2001, 2005 phpBB GroupTraduction par : phpBB-fr.com
Xmox 360 by Scott Stubblefield