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UNE CASE EN MOINS

 
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hector vugo
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MessagePosté le: Mer 26 Nov - 01:53 (2014)    Sujet du message: UNE CASE EN MOINS Répondre en citant

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UNE CASE EN MOINS

Nadège ne jure que par lui. Elle en est si folle qu’elle pourrait faire le pied de grue des jours devant le Palais de Tokyo pour le voir au cas où il serait là.
Mais qu’est ce qu’elle lui trouve à Ce Jeff Koons ?
D’accord il est beau gosse. Quoique. Quand on le voit de près, on met un bémol à ce jugement.
Le type a presque 60 ans, Bien que conservé, dans le genre boy’s band c’est une antiquité.
N’empêche je ne me vois pas planter ma tente Quechua dans le froid pour espérer approcher un retraité. Même riche.
Car le Jeff, il est plein aux as.
Christie’s et Drouot ont eu des poussées de fièvre devant ses œuvres jusqu’à exploser les enchères.
Franchement je ne dépenserais pas 16 300 000 euros pour acquérir un « balloon flower magenta », je ferais autre chose de mon argent si j’avais cette somme-là.
C’est notre pomme de discorde avec Nadège. Personne ne le sait, puisque le sujet « art contemporain » n’est jamais abordé lorsqu’elle et moi sommes ensemble en public.
Pour une expo, on fait toujours bande à part, on se disloque. Nous ne manquons pas d’alibis. Et puis nous nous affichons suffisamment tous les deux pour nous permettre ces petites infidélités sociales. On dit de nous que nous sommes un couple fusionnel. Quelle belle image. Et pourtant, cette dernière est à l’origine d’un terrible malentendu.
Les autres nous croient heureux. Ils regardent le film de notre vie avec, pour certains de la tendresse dans les yeux, pour d’autres de la jalousie.
On ne s’attache qu’à la surface, qu’au vernis. On ne va jamais au-delà. C’est le mal absolu de notre époque.
Certes, nous avons un bel appartement en face de l’opéra bastille, nous sommes propriétaires d’une villa cannoise en bord de mer, d’une mini Cooper, d’une cuisine équipée Bo Concept avec un frigo américain, d’un home cinéma grâce auquel Nadège dévore l’intégrale de Mel Gibson en sirotant son verre de slim fast.
Ajoutez à ce tableau idyllique, la présence de deux enfants, deux ados trop gâtés aux abdos boursouflés par la consommation de sodas et de hamburgers, lobotomisés par les lapins crétins, les one direction et Justin Bieber.
Dire qu’ils sont notre portrait craché. J’en ai le moral à zéro quand j’y pense.
Vivement leurs 18 ans ! Qu’ils partent de notre domicile. Ils n’auront pas le choix, on leur dégotera un stage dans une OMG perdue au fin fond de la Malaisie. Bon débarras.
J’ai longtemps cru que les enfants étaient un prolongement de soi. Je me suis lourdement trompé. Ils ne sont que le prolongement d’eux-mêmes. On ne fait jamais de gosses pour satisfaire à la norme, à son égo, ou encore par charité devant la mine déconfite de ses parents parce qu’ils n’attendent que cela.
Et la fibre paternelle, me direz-vous ?
La fibre paternelle, quelle bêtise ! Je l’ai eue jusqu’au jour où mon fils ainé a dégurgité son biberon du matin sur le dos de ma chemise Armani.
Depuis mes liens se sont distendus avec ma descendance. Je simule.
Je simule bien d’ailleurs. J’aime jouer à la famille unie, aimante à qui on ne reproche pas un manque de tendresse.
Où que nous sortons, nous sommes en représentations. Nous interprétons la divine comédie, l’illusion du bonheur.
Ai-je rêvé de cette vie-là ?
Non. Jeune, j’avais d’autres aspirations, d’autres espoirs. Aujourd’hui j’en ai fait le deuil pour beaucoup.
Je ne sais pas pourquoi je vous avoue cela aussi facilement. Est-ce parce que nous ne nous connaissons pas ? Est-ce parce que nous ne nous croiserons jamais physiquement ? Est-ce parce que votre œil neuf sur moi n’est pas pollué par les présupposés qui pourrissent mon existence ?
Sans doute.
Puisque nous en sommes au chapitre des confidences : sachez que je mène une double vie.
Pas celle que vous croyez. J’ai une haine viscérale des amours clandestines. Et puis jouir sans aimer c’est le puit sans fond des sentiments. J’en sais déjà quelque chose avec Nadège.
Je ne veux pas m’encombrer plus. Un corps ça suffit comme ça.
Non, mon secret est ailleurs.
Ce secret est multiple et bien gardé. Pour les amis, je suis un homme au foyer, un formidable chef de famille entretenu par une épouse qui tient son aisance financière d’un héritage. En vérité, je suis un huissier de justice exerçant dans les beaux quartiers à qui sa femme menace de divorcer si elle n’est pas satisfaite sexuellement.
La misère des riches prêtent plus à sourire qu’à pleurer. C’est mon quotidien. Je constate le délabrement des amours en échange d’une double discrétion : la mienne toute professionnelle, la leur plus privée.
Je sais qu’ils ne trahiront pas ce pacte. Car notre image publique est le seul bien potable qui nous reste.
Aussi quand je croise dans une dîner mondain un industriel au bras de sa femme, je m’honore d’oublier qu’il est cocu. Je ne fais pas publicité du constat d’adultère que j’ai, à sa demande, établi dans l’après-midi. Je parle d’autres choses en le tutoyant, de notre prochaine partie de golf par exemple, de la mine resplendissante de son épouse dont j’’ai aperçu, dans un cadre moins reluisant il y a quelques heures, la poitrine refaite.
Lui, en échange, discute de la santé de ma petite famille, de mes enfants particulièrement. Il pose des questions sur leur scolarité et se félicite qu’un homme, comme moi, suive le dossier d’aussi près. Puis il souligne avec tact son regret de ne pas voir Nadège parmi nous. J’excuse son absence par ce trait d’humour : « la passion de ma chère et tendre pour l’art contemporain et Jeff Koons est plus forte que sa gourmandise des mondanités ». Et là je dévore un petit four.
Bref tout le monde ment à tout le monde pour le bien de tous.
On frise le chef d’œuvre diplomatique quand l’amant (un ministre proche du président) nous salue avec son sourire carnassier. Il est aussi élégant habillé qu’il est décevant nu.
Un jour peut- être j’en parlerai dans le détail. J’attends qu’il soit mort.
Mes mémoires seront croustillantes assurément.
D’autant qu’elles aborderont aussi mon jardin secret, ce lopin de terre qui me maintient en vie.
J’hésite à vous en parler. Je ne me suis jamais exprimé sur le sujet. C’est très personnel.
Mais comme vous avez la gentillesse de ne pas insister, et moi la certitude que nous n’empruntons pas les mêmes cercles amicaux, je vais m’ouvrir à vous.
Pour ce faire, il faut planter le décor. Revenons voulez-vous à cette soirée mondaine, à ce ministre rendant cocu un industriel connu.
Je les quitte en bon terme assurant le service après ventes des bonnes manières. J’appelle un taxi pour rentrer. Je ne veux pas faire le chemin à pieds. Le froid s’abat sur Paris avec cette humidité sournoise qui rend probable le gros rhume.
Le taxi est là. Minuit approche, c’est Jeudi. Les rues quoique nerveuses sont fluides. En 5 minutes je suis chez moi.
Mon immeuble cossu offre la fiabilité des ascenseurs et l’élégance surannée des cages d’escaliers propres et marbrées.
Je m’arrête au deuxième étage. Ça sent toujours le propre ici, c’est rassurant.
Je n’ai aucune émotion particulière en mettant ma clé dans la serrure. Je vais retrouver les habitudes molles de mon quotidien nocturne.
Nadège mange son yaourt au bifidus actif dans le salon, un œil sur la vue que nous avons sur l’opéra, l’autre sur sa cuillère à moitié pleine.
A-t-elle remarqué le visage de ces chinois ou saoudiens qui sortent, l’air émerveillé, après la représentation de Faust ?
Non, elle se moque du regard enfantin des nouveaux riches, elle lui préfère la lumière de la ville. Paris, la nuit, est si belle, si romantique. Elle pose son yaourt et me rejoint. Nous ne nous sommes pas encore adressés la parole. Inutile de se la jouer couple moderne, les mots n’ont pas importance à cette heure. Les corps sont plus explicites. Pour les nôtres, j’en doute un peu.
Je suis revenu de tout avec Nadège, même de la manière dont elle se love entre mes bras. Là encore, elle le fait. Et je me surprends à penser qu’elle est sincère. Sa tête contre mon épaule, son souffle irrégulier, tout sonne vrai. Son baiser particulièrement, entre fougue et application. Un peu plus je crois en un acte d’amour, alors qu’il n’y a jamais eu d’amour entre nous.
C’est louche.
Et si elle ne simulait pas ce soir ? Je pose ma main sur son cœur. J’ai ma réponse. Nadège a le pouls d’un serial killer.
Je me suis fait des idées.
Chez elle, il n’y a que des pulsions et des envies. Je suis arrivé au bon moment c’est tout.
Il va falloir passer à la casserole, commander une érection dont Nadège n’est pas le moteur. Je ne l’ai jamais désirée.
J’ai toujours pensé à mon premier amour en couchant avec elle. La survie des mariages arrangés ne sont qu’à ce prix.
Pour moi le sexe est une jouissance maquillée. Derrière le fond de teint, il n’y a que souffrance et frustration.
Je m’applique à la tâche. Je connais Nadège par cœur. Son corps ressemble à ces contrées que l’on visite par obligation lors d’un pèlerinage en province.
C’est barbant et religieux à la fois. Quand le tocsin de son plaisir sonne, je sais que la corvée s’achève.
Elle s’endort en me disant : « merci mon amour » avec ce ton de sitcom si loin de la vérité.
Je sors du lit. J’ai froid, j’ai le cœur en hiver. Je sens le mort sentimental, la viande désespérément congelée.
Par acquis conscience je traverse le couloir, j’ouvre la porte de la chambre de mon aîné. Il joue à Gran Tourismo en ligne, le casque sur les oreilles. Le cadet s’excite sur Call of Duty dans la pièce d’à côté.
Pour eux je n’existe pas. J’en ai autant à leur endroit.
C’est le revers de la médaille, les coulisses de l’exploit. Il est une heure du matin, je n’ai pas sommeil.
A ce stade de l’histoire, vous pensez que je vais craquer, que je vais prendre un tube de somnifères et tirer un point final sur cette vie de chien.
Ce n’est pas l’envie qui m’en manque. J’imagine ce départ avant les miens. Mais je ne leur donnerai pas ce plaisir-là. Par orgueil je reste.
Non la partie n’est pas finie. Je compte bien renverser la vapeur. Je veux tordre le cou à mon destin, lui dire stop. Agir enfin sur ma vie.
Je ne baisse pas la tête et je regarde droit devant moi. Je vois la porte de mon bureau.
Derrière il y a une table à dessin, des feuilles, des cases de personnages dessus. Mon jardin secret est là. Je le cultive depuis des années.
Vous êtes les seuls à le savoir. Oui, à vous je peux le dire.
Je suis le père d’un héros de bandes dessinées nommé Zig Otto.
Une nuit blanche pour une planche, une de plus.
Je vais bientôt finir mon 26éme album.

A l’heure où les autres dorment, je me réveille enfin. Je suis moi. Je pars, j’esquisse, j’invente, je respire. Le noir de l’encre de Chine se fait libre. Mon personnage est un gamin qui rend possible le rêve des enfants où qu’ils soient.
Mon Zig est un guerrier de lumière qui donne, aux désirs des petits, la chair de la vie. Il a fait le tour du monde, un jour à Soweto, un autre à Rio, un autre encore à Bobigny.
Il a le courage que je n’ai pas, la folie des entreprises que je n’ai pas. Il est un autre que j’aurais voulu être.
Je survis, par substitution grâce à lui, toutes les nuits après l’amour avec Nadège.
Et Dieu sait si j’ai fait souvent l’amour avec elle. Il suffit que je récence le nombre de planches produites pour le savoir. 2 rapports par semaine depuis 16 ans, ça nous fait 1664 pages, soit 26 albums.
C’est vrai quand on aime, on ne compte pas. Moi je compte.
Mon nom de dessinateur est Zag. On ne n’a jamais vu dans aucun média sous cette identité. Je ne réponds pas aux interviews, ne signe pas des autographes.
Quand vient le jour, je cesse ma vie de rêve. Je reprends mon costume d’huissier.


Aujourd’hui Vendredi, je n’en ai pas envie. Je suis à bout. J’ai failli envoyer mon café au lait et mes tartines en pleine figure de Nadège et des enfants.
Ils veulent partir à Cannes pour les vacances à Noel. Ils me travaillent au corps pour que j’accepte. D’où leur vient cette énergie malgré une nuit de sommeil de 5 heures ? Ils se droguent c’est certain. Et pas avec cette gélule de vitamines importées des States, que l’on me raconte pas d’histoires. Quelle saloperie le commerce sur internet.
J’en ai assez. Je vais tout envoyer valdinguer.
Je quitte la cuisine en claquant la porte. Je les entends rire. Même ma mauvaise humeur les amuse. Les imbéciles !
Ce matin je n’irai pas à l’étude. Je téléphone à la secrétaire, l’informe de mon absence pour une durée indéterminée. Mon associé n’a qu’à gérer les affaires courantes sans moi.
Ensuite, de mon bureau j’appelle mon éditeur et demande à le voir au plus vite. Il croit que c’est pour un problème d’argent.
- Si tu as besoin de cash je peux débloquer une somme sur ton compte aux îles caïmans me dit-il avec son air de curé de campagne
- Ce n’est pas une question d’argent. Je sais que tu gères mes intérêts aux mieux et, c’est surtout le plus important, discrètement. Non c’est une question de survie. L’huissier doit disparaître.
- Ah bon c’est si grave que ça. On en est là. Tu veux changer définitivement de vie.
- Oui
- Tu as enfin cette audace-là. C’est magnifique. Tu veux que je te laisse la clé de la maison de Mougins c’est ça ?
- Oui.
- C’est le grand saut
- Tu as raison. C’est le grand saut.
Au bout du 5éme album, j’ai eu suffisamment de droits d’auteur pour m’acheter une villa. Mougins c’est une idée et une initiative de mon éditeur. Il a tout fait avec ma procuration. « Qui sait le jour où tu voudras changer de vie et assumer vraiment qui tu es. Tu y habiteras ». Je me souviens de sa phrase et son côté utopique.
Mougins pour moi c’était un rêve. Aujourd’hui c’est une prophétie qui se réalise. Je veux y habiter. L’opération « grand départ » approche.
Je sors du bureau. Je me suis calmé. Je suis presque disposé à faire mes excuses pour la forme. Je ne veux pas partir fâché. Les enfants mettent leur manteau pour aller au lycée. Nadège enfile le sien avec une certaine grâce. J’espère encore que son regard croise le mien et y pose cette once de tendresse indispensable à tout homme normalement constitué. Peine perdue. Elle cherche les clés de sa voiture dans son sac, puis peste sur les"petits". Elle les déposera sur le trottoir face à la grille comme d’habitude, puis foncera à son boulot sans état d’âme.
La porte claque. Ils sont partis sans un mot. Encore une occasion manquée. Je ne les reverrai plus
Je prends quelques affaires dans la penderie, les mets à la va vite dans un sac de sport. Je vide consciencieusement mon bureau. Cela m’occupe une bonne partie de la matinée. Ma vie rêvée se résume en deux cartables pleins, vingt boîtes d’archives, quatre cartons à dessins, un ordinateur portable et deux disques durs.
Je rappelle mon éditeur et lui demande de lancer l’opération « grand départ ». Il sait ce qui se cache derrière ses mots.
Jamais je n’aurais pensé les prononcer un jour.
Et pourtant peu après les avoir récité mécaniquement, je sens un poids quitter mon estomac.
Un silence de bonheur s’installe, je respire. Je raccroche le combiné.
Dans la demi-heure qui suit, deux hommes au format déménageur descendent mes affaires. Tout sera transporté dans un camion type DHL. Il gagnera Mougins cette nuit.
Moi je garde mon sac avec mes fringues. Je regarde une dernière fois l’appartement. Aucun regret ne me traverse. Et même pire. Si j’avais un briquet à la main, je fouterais le feu à ce cinq pièces.
Mais je ne fume pas. Je n’ai pas l’âme d’un pyromane.
Je laisse un mot à la concierge. Elle expliquera tout à Nadège.

Mon éditeur me dépose à la gare. Le TGV méditerranée part dans une heure. J’ai un billet en première classe à la main pour Cannes.
- Que serai-je sans toi ?
- Voilà que tu récites du Aragon. Tu perds la boule mon vieux
- Non je te dois une fière chandelle. Merci d’avoir tout organiser
- Je savais que ce jour-là arriverait. Et plus tôt que tu ne le croyais
- Que de temps perdu tout de même
- Non, je ne crois pas. Il faut toujours du temps pour que les grandes décisions arrivent à maturité
- C’est bien dit
- Va-t’en, file vite. Passe-moi un coup de fil quand tu arrives. Et n’oublie pas, tu as un album à terminer.










Le sud est un jardin d’hiver en cette saison. Quoique normale, la moindre trace de douceur ressemble à un miracle. Un rayon de soleil se glisse sur la route qui relie Cannes à Mougins. Les arbres font de l’ombre à mon taxi, un ombre bienveillante comme un store taquin portant un code barre sur les éléments.
Le temps s’allonge. Il ne se comprime pas. Il rend aimable et souriant les gens. Ca me change de Paris.
Il faut quitter les ruelles étroites, le vieux village aux pierres anciennes pour rejoindre la villa. Elle borde une forêt de pins. Un portail en fer forgé en guise de préambule, puis des murs ocres de petites tailles. Ils entourent un terrain dont on devine un carrousel de senteurs agréables quand vous pointez votre nez dehors.
Mon chez moi est accueillant. Il n’a rien d’un bunker, d’un camp retranché. Au contraire il est ouvert aux quatre vents . Le jardin est paradoxal, touffu et dégagé, une sorte de coupe en pétard où les courants d’airs sont nombreux
Je rentre dans la maison. C’est un loft sans porte, un copié, collé du jardin, une caverne d’Ali Baba, un désordre aéré. Ca sent la liberté. Une table à dessin fait face à une baie vitrée. De là j’y vois l’espace, les arbres, les herbes vertes, les chemins rocailleux et plus loin la villa du voisin.
J’ai hâte de m’y mettre, d’achever ce 26 éme album. Aurai-je la même inspiration ici ? La nuit me donnera-t’elle le même entrain, la même énergie ? Et si l’amour physique couplé au désespoir expliquait la richesse de ma production ?
On dit souvent qu’un artiste malheureux est un auteur qui produit.
Le bonheur rend-il bête ? Je ne le pense pas. Il rend surtout serein et apte à une meilleure compréhension du monde.
Je n’ai rien fait ces premières heures. J’ai surtout vu, senti, touché ce nouvel environnement et y ai trouvé à son contact des raisons de croire en une nouvelle vie. Plus minérale, plus charnelle, plus olfactive. Comme un lézard je suis resté sur un banc, les cuisses contre la pierre tiède, le vent dans les cheveux, une odeur de pin, de lavande et de sel mélangés dans les narines, le tout bercé par l’incroyable mélodie d’un mistral soulevant les canisses de la pergola.
Puis le soleil a baissé. Il est parti comme un voleur, laissant la nuit prendre ses quartiers avec la douce autorité des mères aimantes et volontaires.
Je suis rentré. J’ai enfilé un pull. J’ai mangé une soupe. La vie simple quoi.
A présent, je vois les étoiles à travers la baie vitrée. C’est un poste d’observation épatant. La nuit est belle, épanouie, féminine dans son art oriental à éconduire une fraicheur castratrice.
C’est le moment de créer. Je m’assois à la table. Et je dessine. A défaut de faire l’amour avec Nadège, je suis entré en communion avec le monde, les 5 sens enfin en éveil.
La dernière planche est la plus facile, la plus fiévreuse également. Jamais je n’ai enfanté aussi vite d’une page. Un premier jet sur et sans regret.
Un peu comme le résumé de mon état d’esprit du moment. Le soleil revient de sa fugue. Il chasse la nuit et congédie la lune.
Je viens de mettre le mot fin à la 26 éme aventure de Zig Otto. Y aura-t’il un 27éme opus ? Oui. Et je peux vous annoncer qu’il atteindra les 30 sans problème. Quand la vie rêvée devient simplement la vie, c’est un peu le paradis. Pas qu’un peu !
Le paradis tout court.
Mer 26 Nov - 01:53 (2014)
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Fanylill
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MessagePosté le: Mer 26 Nov - 10:38 (2014)    Sujet du message: UNE CASE EN MOINS Répondre en citant

Bon d'entrée au réveil....a chaque fois depuis que j'ai l'honneur de vous lire tous quand un texte de toi arrive je m’inquiète : vais je être aussi touchée que la dernière fois ?
Et bien pfffffffffffff OUI OUI et encore <OUI !
j'aime ta plume, ta manière de faire transpirer les choses.
On hésite au début à ce dire que ce pov mec est un con ! que si ses gosses sont comme ça c'est sa faute après tout  et puis et puis....et puis on l'aime, on l'encourage ! vas y casse toi de cette vie de merde réalise ton rêve, respire !
Touchée ! comme dab...parce que c'est sans doute aussi ce que je suis un peu en train de faire...pas de quitter ma famille hein , mes gosses et le daron sont super (vous avez vu Mat mais pour le taf, tout plaquer pour réaliser mes rêves. Alors BRAVO pour ce guerrier qui nous donne l'élan pour l’être à notre tour ! oui BRAVO !
_________________
"si le ridicule tuait ça ferait longtemps que je serais mort tu sais"
Mer 26 Nov - 10:38 (2014)
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MessagePosté le: Ven 28 Nov - 00:56 (2014)    Sujet du message: UNE CASE EN MOINS Répondre en citant

ça : "Je suis rentré. J’ai enfilé un pull. J’ai mangé une soupe. La vie simple quoi."
c'est magnifique...

t'sais quand j'rentre du taf trop naze, un truc que j'adore c écouter mon robinet qui goutte dans le silence de ma baraque...ça dure pas longtemps en général parce qu'après y a ma smala qui rentre mais, ces quelques minutes là, j'adore...toutes les choses simples de la vie mériteraient que l'on y consacre plus de soi...

bon c'était une parenthèse foireuse mais en fait, quand j'ai lu ton texte j'y ai trouvé de ça, un retour aux choses simples, au vrai, aux sources presque...et puis le cynisme du début qui à la fin se transforme en un genre de je sais pas...bonheur simple et universel...bah j'ai beaucoup aimé ton jet quoi Hector, merci
_________________
El.

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Ven 28 Nov - 00:56 (2014)
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hector vugo
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MessagePosté le: Dim 30 Nov - 12:02 (2014)    Sujet du message: UNE CASE EN MOINS Répondre en citant

Merci à vous. Je suis ravi de vous touché.


Même le goutte à goutte d'un robinet est un bonheur simple, pas aussi foireux que ça El.
Dim 30 Nov - 12:02 (2014)
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MessagePosté le: Lun 1 Déc - 07:56 (2014)    Sujet du message: UNE CASE EN MOINS Répondre en citant

C'est l'histoire d'une renaissance en fait et c'est raconté avec le talent que je te connais... Il y a des phrases très fortes, des cinglantes et bien senties qui laissent place à des plus douces, de très belles phrases dont la simplicité laisse échapper les feux d'artifices intérieurs.

C'est superbe.
_________________
Rafistoleuse
Lun 1 Déc - 07:56 (2014)
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MessagePosté le: Mar 2 Déc - 14:54 (2014)    Sujet du message: UNE CASE EN MOINS Répondre en citant

superbe recit .....la réalité de beaucoup de couple (dans l'extreme)......et cette vie caché de Zag ..... sans quoi il manquerai d'air ..... bref j'ai adoré ......
_________________
un début d'abus
Mar 2 Déc - 14:54 (2014)
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Yannick Darbellay
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MessagePosté le: Mer 3 Déc - 16:29 (2014)    Sujet du message: UNE CASE EN MOINS Répondre en citant

J'ai beaucoup aimé ton texte. C'est touchant, drôle par moment, grinçant, puis il y a de l'optimisme qui point, une part de fraîcheur qui sourd de plus en plus fort au long du récit et sur les flots de laquelle nous naviguons vers l'océan final. Bravo
Mer 3 Déc - 16:29 (2014)
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La Plume du Chakal
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MessagePosté le: Mer 3 Déc - 16:56 (2014)    Sujet du message: UNE CASE EN MOINS Répondre en citant

'tain, vraiment canon ton trucz, ça filoche vite j'trouve ! y'a un putain d'rythme dedans, j'sais pas, comme une descente puis une montée, genre rock progressif avant le calme plat  .. .. C'est canon, vraiment 
_________________
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"Un blog qu'il est bien pour le lire"

https://www.facebook.com/laplumeduchakal
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 12:47 (2016)    Sujet du message: UNE CASE EN MOINS

Aujourd’hui à 12:47 (2016)
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