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L'homme ours

 
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christine
Super Coup de Coeur
Super Coup de Coeur

Inscrit le: 18 Sep 2013
Messages: 988
Localisation: cholet

MessagePosté le: Mer 10 Déc - 09:36 (2014)    Sujet du message: L'homme ours Répondre en citant

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Ils avaient beau prendre de l'altitude,  lâcher du lest à tout va, ils ne pouvaient s'empêcher d’etre inquiets.
Leurs yeux étaient rivés sur le sol pour chercher des traces de ce qu'ils avaient laissé derrière eux. La peur était vissée au creux de leur ventre comme un écrou rouillé. 
Le chouinement de la flamme était le seul bruit qui osait sévir. Ils n'osaient pas parler, rompre ce silence aurait été certainement une injure ou une malédiction. 




Comment avaient ils réussi à en arriver là? 




Pourtant tout avait si bien commencé. 


Un lac aux eaux de clair de lune, cristallines et tendres. 
Des levés de soleil de grands maîtres. 
Quand la nuit approchait son voile, le soleil semblait se pâmer et faire son beau auprès de la lune, chantant sur des tons orangés une déclaration d'amour.  Le silence était rempli de vent et d'odeur.  
Le temps n'avait plus d'importance.  Ils s'étaient enfin trouvés, découverts et aimés, Mary et Ethan  voulaient être ensemble pour le reste de leur vie.


Alors pourquoi avoir décidé de cette promenade? 
Pourquoi ce chemin plutôt qu'un autre? 
Qui peut répondre à cela? 
Eux?  
Ils ne sont même pas sûr d'être encore vivants, ni même d'être encore des êtres vivants.


Ils étaient donc partis, la main dans la main, se délectant des paysages comme d’une friandise.
Sur le pan d’une colline, ils avaient trouvé une petite maison de pierre. Rustique, mais de belle allure, elle leur semblait l'endroit idéal pour se reposer. L’interieur était simple et ne comprenait qu’une seule pièce. 
Une vieille paillasse jetée sur le sol, une table bancale, les restes d’ un feu dans la cheminee. L’endroit avait servi, il y a peu, sans toute fois avoir subi des dégâts.  Des dessins rudimentaires, presque enfantins étaient accrochés aux murs. Tous représentaient un ours, gueule ouverte, bavant, les effrayant de ses yeux noirs.
Ils prenaient ça pour un amusement sans conséquence, ils se sont imaginés que, peut être, un enfant s'était sauvé de chez lui, juste pour une nuit. Peut etre pour une broutille avec ses parents ou pour faire le brave. Dormir  seul dans la montagne était un challenge. Et pour passer le temps, il avait dessiné et  laissé ces traces, seuls vestiges de son passage. Ils riaient de leur fertile imagination, insouciants. 


Le temps serein jusque là  s'était noirci et  grondait. La pluie s'était invitée dans ce déferlement.  Au moins la maison les protégerait,  avaient ils pensé. 
Mais, qui pouvait être réellement à l’abri par un temps de tempête?  
Personne.


Ils ne l'avaient pas entendu arrivé.  Lui, aussi gros qu'un ours et tout aussi fort, recouvert d’ une peau de bête,  dégoulinant d'eau et de fureur. Il s'était jeté sur l'homme en premier.
D’un retour de bras l’avait fait valser contre le mur, il ne s’en était pas relevé. 
La femme effrayée,  hurlait sans pourvoir bouger un seul muscle de son corps. En plaquant sa grande main sur sa bouche, il l'avait fait taire. 
Ils avaient perdu connaissance et maintenant se faisaient traîner dans la boue comme de vulgaires bouts de bidoche. 


Le goût de leur propre sang rouillait dans leur bouche et se mêlait au goût affreux d’un morceau de tissu. 
Ils étaient attachés,  ligotés comme du gibier. Ils échangeaient des regards qui ne voulaient plus rien dire, la peur envahissait tout, même les sentiments qu'ils avaient l'un pour l'autre. 
Quand ses pas avaient retenti, une panique viscérale avait jailli de leur yeux et par tout leurs pores. Ils se tortillaient comme des asticots au bout d’un hameçon. 
Mais à part brasser de la poussière, leurs efforts restaient vain.
Était ce vraiment un homme ou bien une bête? 
Ses mains, ses habits trahissaient sa part d'humanité,  mais son odeur et ses grognements racontaient une toute autre histoire.
Ils pouvaient voir ses yeux, d'où jaillissaient une noirceur sans fin, s'enfoncer dans leur chair comme des clous mal aiguisés. 
Ils auraient aimé ne pas remarquer la lame qui s'approchait d'eux, qui caressait leur peau, lacerant leur fine pellicule pour y faire jaillir le sang.
Ou encore entendre le déchirement de leur vêtements transformés en lambeaux, par ce même couteau.
Une urine fumante courait le long des jambes de Mary et formait à ses pieds une petite flaque nauséabonde de peur. 
Ethan poussait des gémissement sans fin, dilatant ses narines pour inspirer entre chaque cri étouffé.
Il les regardait sans broncher.
Sa main s'était avancée vers eux, noueuse et sale.
Ils auraient aimer s'enfuir,  courir aussi vite que leurs jambes pouvaient le faire. Mais rien, impossible, ils étaient prisonniers de leurs liens et de l'homme ours.
Celui ci était attiré par les dessins qu'ils portaient sur leur peau. Il n’ avait encore jamais vu quelque chose comme ça. 
L'homme arborait un animal qu’il avait vu une fois dans un livre d'image,  avec une grande queue et de toutes petites pattes de devant. Mais il était différent car il portait un chapeau. La femme elle, avait un poisson tout rouge avec de longues nageoires, il pouvait presque le voir nager.
Jamais il n'avait vu ça, non jamais, surtout il aimerait savoir si ces animaux la se mangeaient eux aussi.




Ce qui est arrivé ensuite dépassait toutes les horreurs qu'ils avaient pu imaginer.


Avec une lenteur infernale, il avait commencé à les dépecer,  lambeau par lambeau, petites lamelles de chair qu’il dégustait. 
Il évitait les tatouages avec soin ne sachant pas si il pouvait les manger.
Ils ne gémissaient plus, bougeaient à peine. 
Ils étaient au supplice, terrifiés, tout esprit combatif les avait quitté. 
La lame passait de l'un à l'autre,  prévelant son dû.  Quand ils sentaient leur peau se séparer de leur corps, ils auraient aimé mourir à chaque fois pour ne plus jamais ressentir cette douleur.
Après un  certain temps, repu, l'homme ours avait fini par s’affaler dans un coin et s’endormir en ronflant.




Pendus par leurs poignets, leur sang s'évadait dans un goutte à goutte démoniaque,  rongeant leur vie et leur force.
Mary s'était évanouie.  
Ethan en colère contre son impuissance, commençait à tirer ses liens avec le peu de force qui lui restait,  libéra une de ses mains puis la deuxième.  Une fois complètement détaché il se précipitait vers Mary, la libérant à son tour.
Dans les bras d’un de l'autre,  ils reprenaient conscience de la vie et de celle qui leur échappait. 
Les sens en éveil plus que jamais ils n’entendaient plus l'homme ours ronfler dans son coin. 
Non, les yeux grands ouverts,  il les observait, amusé. 
Leur peur plus présente que jamais s'était mise à agir étrangement sur eux.
Au lieu de d'essayer de s’enfuir,  d ’ hurler, voir de s’effondrer,  ils avaient attrapé le couteau planté sur la table, le bâton posé près de la porte.




Est ce ainsi que l'on devient un animal, quand, acculé dans ses derniers retranchements, l'homme se bat pour sa survie.




Ils hurlaient, frappaient sans discontinuer, mordant à la gorge, dessoudant les os, démontant la peau.
Mais il ne voulait pas mourir cet animal, il continuait à se battre, à bouger, à déchiqueter. 
Ils n’avaient plus le choix, ils devaient courir, malgré leur corps meurtris, leur nudite glaciale.
Droit devant sans réfléchir,  main dans la main comme au début de leur promenade.


Au loin un groupe de gens se trouvait autour d’une montgolfière, prête à s'envoler.
Ils venaient de trouver leur billet de sortie.
Ils n'avaient jamais porté la main sur quiconque, ni même osé être impoli, mais là plus rien à perdre. 
Ils  poussaient,  frappaient, délogeaient de leur place les occupants de la nacelle, denouaient la corde qui les maintenaient au sol, trop près de cet homme ours.


Ils se regardaient sans vraiment se voir, ils n'étaient plus les mêmes et ne le seraient probablement plus jamais.
Ils portaient leur sang et celui de leur bourreau en manteau, seul luisaient au soleil un kangourou portant un chapeau et un  poisson rouge si beau qu on pourrait croire qu’il nageait pour de vrai.






_________________
Un sourire ca fait toujours plaisir
Mer 10 Déc - 09:36 (2014)
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Rafistoleuse
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Messages: 4 563

MessagePosté le: Mer 10 Déc - 11:26 (2014)    Sujet du message: L'homme ours Répondre en citant

Mon dieu, je pensais pas qu'un thème comme celui-ci pouvait menait à des interprétations aussi différentes, c'est incroyable...

Ton récit est saisissant, et tu as le don pour nous communiquer l'horreur des carnages...

Je suis encore sous le choc , bravo !
_________________
Rafistoleuse
Mer 10 Déc - 11:26 (2014)
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Asparanc
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MessagePosté le: Mer 10 Déc - 13:46 (2014)    Sujet du message: L'homme ours Répondre en citant

Christine...comment dire....


C'est une super interprétation de ce thème et un texte captivant !!
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« L'écriture n'est pas un loisir, c'est un art »
Mer 10 Déc - 13:46 (2014)
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Auteur Message
Mo
Plumivores
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Localisation: Orléans

MessagePosté le: Mer 10 Déc - 14:22 (2014)    Sujet du message: L'homme ours Répondre en citant

Vers le milieu de ton texte, on perd la rythmique donnée par la troisième personne du pluriel, j'ai du sauter quelques paragraphes avant de retrouver la contrainte. Il y a aussi quelques tournures de phrase qui m'ont paru bizarres, mais rien d'affolant =)


Mise à part ça, très beau texte, et le fait de retrouver les animaux du thème en tatouage, c'est une très bonne idée  
Mer 10 Déc - 14:22 (2014)
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Octobell
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MessagePosté le: Mer 10 Déc - 18:33 (2014)    Sujet du message: L'homme ours Répondre en citant

J'ai bien aimé l'idée des tatouages aussi.

Pour les passages au singulier, ils ne m'ont pas perturbée. J'ai trouvé que tu revenais assez vite au pluriel à chaque fois pour ne pas être déstabilisée, mais bon, j'comprends quand même le commentaire de Mo. Perso, j'ai été trop accrochée du début à la fin pour vraiment sortir du texte. Cette horreur, mon dieu ! Mais les pauvres quoi ! J'étais avec eux, je souffrais avec eux, et ce qu'il y a de génial dans cette narration au pluriel, c'est que ça donne un sentiment de... d'entraide, de solidarité, et donc on se dit que tant qu'ils sont ensemble, l'espoir est permis. Ca atténue un tout petit peu l'horreur, et j'étais soulagée qu'ils restent ensemble jusqu'à la fin (même si on le sait depuis le départ.)

Bref, c'est vraiment excellent, et j'ai particulièrement aimé la description du début :

"Un lac aux eaux de clair de lune, cristallines et tendres.
Des levés de soleil de grands maîtres.
Quand la nuit approchait son voile, le soleil semblait se pâmer et faire son beau auprès de la lune, chantant sur des tons orangés une déclaration d'amour. Le silence était rempli de vent et d'odeur. "

T'as un putain de don pour donner un sens précis à tes mots, c'est dingue! Tu veux mettre une ambiance, ce sera celle là et pas une autre, et cette description toute enchanteresse qui ne laisse rien paraître, j'ai adoré.

Pareil pour :

"Droit devant sans réfléchir, main dans la main comme au début de leur promenade."

Mais oui oui oui quoi ! Cette phrase est parfaite ! Je m'arrête sur des détails, mais ça m'a transportée, donc bravo !
_________________
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Tous les propos exprimés dans les bonus de ce DVD n'engagent que l'intervenant
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Qualsevol Nit
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MessagePosté le: Mer 10 Déc - 19:13 (2014)    Sujet du message: L'homme ours Répondre en citant

La peur était vissée au creux de leur ventre comme un écrou rouillé.  À partir de là, le ton était donné... Et impossible de lâcher le récit. Je ne suis pas fan d'histoires " horrifiques " mais là...
Concernant la contrainte du pluriel, je trouve quand même que tu t'en sors bien, même si les passages descriptifs n'y sont pas. Quand l'homme-ours agit, c'est forcément au singulier, mais à un moment ou un autre de la phrase il y a " les " ou " leurs ", donc là le contrat est respecté.
Mais bon, en ce qui concerne respect de la contrainte, je vais essayer de me faire oublier! Embarassed
Mer 10 Déc - 19:13 (2014)
Auteur Message
ATea
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Messages: 945

MessagePosté le: Jeu 11 Déc - 03:12 (2014)    Sujet du message: L'homme ours Répondre en citant

Qualsevol Nit a écrit:
Je ne suis pas fan d'histoires " horrifiques " mais là...





Qual, tu risques de souvent dire ça si tu lis les récits de Christine. Surtout qu'elle maîtrise le genre !


Saisissant dans l'horreur, dans la simplicité et la justesse des mots. 
La contrainte reste dure à appliquer selon le nombre de personnages que l'on choisit mais je trouve que tu as su en jouer en intercalant les différents moments.


Je ne dirais pas Chouette moment de lecture, ce serait sadique. Mais quand même, si. 


Edit : Non mais je réédite parce que bon, j'suis pas sure que tu captes Christine que j'ai trouvé ton texte très bien écrit. Ca te prend aux tripes. On te dit souvent la même chose, et pour autant ça ne veut pas dire que tu es constante, non tes textes évoluent, changent et se précisent. Je me souviens de mes premières lectures, je n'avais pas du tout ces mêmes sensations. Mais depuis un moment, j'trouve que tu nous sers vraiment les morts sur un plateau d'or. Voilà. C'était tout ce que je voulais rajouter.  
_________________
ATea.
Jeu 11 Déc - 03:12 (2014)
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Rafistoleuse
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MessagePosté le: Jeu 11 Déc - 04:36 (2014)    Sujet du message: L'homme ours Répondre en citant

Je partage TOTALEMENT l'édit d'Atea, on voit vraiment l'évolution de ta plume dans le genre, et t'es bluffante dans ce style. Bien que ce soit ton terrain de jeu de prédilection, t'arrives toujours à nous faire frissonner...
_________________
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Jeu 11 Déc - 04:36 (2014)
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Yannick Darbellay
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MessagePosté le: Jeu 18 Déc - 23:42 (2014)    Sujet du message: L'homme ours Répondre en citant

Elles ont un peu tout dit; en fait.
Effectivement tes textes sont de plus en plus puissants et ton écriture vraiment riche. 
Bravo
Jeu 18 Déc - 23:42 (2014)
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 01:04 (2016)    Sujet du message: L'homme ours

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