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LE WALLABY ET LE SUSHI

 
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hector vugo
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MessagePosté le: Jeu 11 Déc - 23:14 (2014)    Sujet du message: LE WALLABY ET LE SUSHI Répondre en citant

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LE WALLABY ET LE SUSHI

La chose semble impossible puisqu’allant contre les lois de la nature. Seulement les lois, on peut les contourner, les enjamber même. Pour peu que l’on ait la foi ou encore un grain de folie.
Gaspard et Mark ont les deux. C’est dingue ce que l’alliance de la religion et de la démence est capable de faire.
Les voilà survolant central Park sur une montgolfière. Un miracle, presque une anomalie.
Doivent-ils en faire la publicité ? Non, certains exploits méritent le frigo de la postérité.
En l’espèce, le leur fonctionnera tant que les hommes n’auront pas la sagesse de comprendre cette histoire.
Vous, qui lirez ces lignes, aurez la largesse d’esprit suffisante. Enfin espérons-le.

Ils vous regardent tremblant, les yeux cachés derrière les interstices de ce panier en osier, alors qu’ils devraient profiter de la vue, de cette hauteur dépassant l’entendement. New York en altitude, ça en jette, surtout la nuit.
La trouille, sans doute, les en empêche. Nos deux héros sont en cavale. Si près du but, ce serait dommage d’échouer.
Commence-t-on un récit par la fin ? Non, d’habitude un conte démarre sur « il était une fois » et s’achève avec : « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants ».
Malheureusement son casting hors norme oblige la production à revoir ses plans.
C’est vrai qu’avoir un kangourou et un poisson rouge en tête d’affiche n’aide pas. C’est aussi une chance pour ceux qui veulent sortir des sentiers battus.
Comme eux.
Eux, le kangourou et le poisson. Eux Mark et Gaspard.
Qu’importe si cela ennuie Darwin, les accrocs à la logique. Il faut un début à tout.
D’ailleurs revenons au début si vous le voulez bien.






Le NY Animal club est un monde à part, un zoo de la banlieue de New York perdu dans la verdure avec cette odeur de sel que le vent transporte. La mer n’est pas loin, les buildings non plus.
Au printemps c’est effrayant de vie. Chez les animaux ça copule, même sous la pluie. Il tombe des sots d’eaux. Ou que vous soyez, la vigueur de la jeunesse vous éclatent au visage. Le désir de la reproduction forme des binômes mixtes éphémères. Le mâle soulage une pulsion et s’en va. La femelle, elle, subit et donne la vie, seule. La notion de famille reste à sa plus simple expression : monoparentale. Les hommes n’ont rien inventé, ils ont copié sur le tard.
Nos deux héros sont-ils à la noce ? Suivent-ils cette danse annuelle sous le regard amusé des visiteurs ? Non, chacun a ses propres raisons.
Gaspard le Kangourou couche quand ça lui chante, son alter égo sexuel étant fertile toute l’année. Mark s’abstient de distribuer sa semence à des œufs, son statut de prisonnier ne le lui permet pas.
Notre poisson rouge est en taule pour meurtre. Il a été jugé coupable d’avoir tué un grizzly volant. Enfin d’après l’arrêt de la cour, malgré le dossier bien maigre.
Un jury l’a condamné parce qu’il a des ailes. Un poisson rouge avec des ailes ? Quelle folie. Quand la génétique et les mélanges s’en mêlent, cela donne des résultats étonnants. Les amours impossibles engendrent des tordus. Mark en est un. Le produit d’un accouplement entre un pélican et un poisson bleu. Cela demanderait des heures de démonstrations scientifiques pour vous expliquer pourquoi notre bizarrerie de branchies a viré au rouge. On n’a plus le temps pour ces sottises.
Pourtant lui a le temps, et plus qu’il n’en faut. La perpétuité vous permet de relativiser.
La cabane à vie, aucune remise de peine, toujours voir ces humains faire du lèche vitre devant son 20 mètres carrés, c’est le résumé de son quotidien. Il entend les enfants dire : « Pauvre poisson. Comment il arrive à s’en sortir sans télé et sans portable ?» et le père d’ajouter dans une beaufitude abyssale : « et sans femme, mon petit. Sans femme ! ».
Personne ne s’est posé, la seule question qui vaille : quid de son existence sans liberté ?
Un vrai sujet de bac philo. Seulement, on ne passe cette épreuve dans un zoo, on racle les fonds de tiroir de l’intelligence, on est dans l’Entertainment. Pensent ils ces visiteurs une seconde que cet aquarium c’est Sing Sing ou Alcatraz avec une eau à 20 degrés et une seule collation par jour ? Non, ils mangent des yeux le spectacle étonnant de notre Mark : véritable sushi picturalement communiste sombrant dans une dépression.
Et les enfants toujours décervelés de commenter : « pourquoi papa le poisson y fait la gueule comme Elvis ou Bob Dylan ? ».
Le père rétorquant : « Parce qu’avoir comme voisine une petite poupée gonflable coincée dans une coquille saint Jacques, ça n’excite pas le mâle ».
Une poupée gonflable dans une coquille saint Jacques c’est le degré moins 1 de la réflexion. C’est juste que le gars n’a rien compris à la déco de l’aquarium.
La poupée c’est pour faire joli, pour faire rêver un peu. Le comble de la misère pour un prisonnier. Mark, notre petit poisson, aurait préféré finir dans un plat de crevettes roses et connaître la mort trempé dans un bol de mayonnaise au lieu de relooker une Pamela Anderson en baudruche Mais un sushi ça ne finit jamais dans un bol de mayonnaise. Ca agonise avec du gingembre rose et une pointe de wasabi. A Tokyo, notre héros serait mort avec panache. Pas à New York.
Ce destin de sursitaire ayant la nageoire entre deux eaux, Mark le doit à son avocat, un as du barreau, un kangourou. Notre kangourou : Gaspard.
Le même que les enfants voient ronfler au pied d’un arbre, à quelques mètres de l’aquarium. Et ces derniers de s’interroger : « Papa, pourquoi le kangourou y dort au lieu de faire l’amour ? », le père toujours aussi demeuré, répondant : « Parce que baiser sous la pluie ça l’emmerde ». Pour des questions de budget, la production n’a pu engager un paternel bobo qui aurait, sans doute, apporter une réponse plus classe. A savoir que le wallaby ne copule pas pendant la saison des pluies. La parenthèse « Frédéric Rossif » étant refermée, reprenons le cours de notre récit.
D’ailleurs Gaspard dort-il contre cet arbre ? A y voir de plus près l’Australien simule. Il semble pensif, préoccupé même. Son regard se perd parfois en direction de l’aquarium, ou Mark meurt d’ennui. Gaspard s’en veut, il a l’impression d’avoir échoué dans sa mission d’avocat, bien qu’ayant préservé son aquatique client d’une fin certaine. Notre kangourou retourne cent fois les mots clés de sa plaidoirie : « si vous détestez la sardine grillée, messieurs les jurés, épargnez mon client. La chaise électrique pour un poisson c’est olfactivement l’horreur ». Gaspard sait qu’il aurait dû mieux faire, être plus persuasif.

N’empêche que Mark a échappé à la peine capitale par le biais d’une métaphore culinaire. Mais ce n’est pas suffisant. Il aurait fallu la relaxe pour son bonheur.
A défaut d’avoir la tête coupée, le sushi a les ailes clouées. Et c’est moche, ça lui fou le bourdon à notre kangourou.
Ca fait pleurer les enfants, ils ne posent plus de questions. Et le père peste, traitant le Kangourou de pédale à petites poches. « On nous le vend comme quelqu’un de pétillant, tu parles il ressemble à Stallone ayant écouté l’intégral de Léonard Cohen. Allez les mioches, on se casse. Je vais demander le remboursement de nos billets. Ce zoo, c’est l’arnaque. ».

Le parc se vide de ses visiteurs. La nuit tombe, un jour de plus au compteur. Les yeux de Gaspard gobent une nouvelle fois la lune, des pupilles bleues claires version Paul Newman sur lesquelles la planète blanche se fait ronde.
Instant de poésie, de mélancolie aussi quand Mark se colle à la paroi de son aquarium. Il pose son regard à lui sur la Lune et croit voir un taré faire du vélo dessus.
A trop aller au cinéma, on en a des hallucinations. Se faire une toile ce serait bien, histoire d’oublier son chagrin, sa condition. Seulement là, il ne faut pas rêver. C’est le principe de réalité qui prévaut. Mark ira s’endormir sur un caillou, il ronflera des bulles qu’un tigre assoiffé boira comme d’habitude. Deux lampées pas une de plus, le temps que Gaspard intervienne. Il le mettra dehors, un bon coup de pied au cul.
Enfin c’est ce qui est écrit dans le scénario. Mais la vie et surtout, les moyens financiers de la production font que le Tigre est vieux, qu’il avale de travers la première bulle, qu’il plonge la tête la première dans l’aquarium, et avale la petite poupée gonflable. Quand il sort la tête de l’eau, il est bleu et s’évanouit sur le champ. Il s’écrase comme une masse, sur les pattes du kangourou, lequel est ici parce qu’il a lu le scénar et suit les indications à la lettre.
Que faire ? Dire « coupez », congédier les intermittents du spectacle et demander à la technicienne de nettoyer toute cette merde ?
Non, et l’histoire on en fait quoi ? Quid de Mark, de Gaspard, de l’erreur judiciaire ? Car, on ne vous a pas tout dit. Loin de là. Vous imaginez surement vous coltiner un sitcom à la con, entrecoupé de pubs pour les Tampax, les voyages à Saint Domingue, et le remix de Tino Rossi. Et bien non.
Ce conte, il a du fond, avec pleins morceaux de révoltes à l’intérieur, le genre Edmond Dantès qui vous crache à la gueule : « je suis innocent ».
On s’en fout si le comédien prend deux heures pour y mettre de l’intention et du souffle dans la post synchro. Car c’est vrai que voir un petit poisson rouge volant dire d’une voix claire « I m innocent » demande un esprit aussi aéré qu’un loft en bord de mer avec des ouvertures de malades.
Alors, Le poisson, le mark. Il balance tout de go : « je suis innocent ». Toute les nuits il dit je suis innocent. Il rêve son procès et clame à la cour ces trois mots. Il n’a même pas entendu le Tigre faire son barouf, il n’a pas été témoin de son malaire. Son sommeil n’en a pas souffert. Rien quedal !
A peine a-t-il senti le nez du Kangourou, le réveiller avec douceur. Ses yeux s’écarquillent et il voit le félin, le bordel, le ciel dégagé.
Et si c’était le soir pour parler ensemble, pour vider son sac, pour dire les choses comme elles se sont passées vraiment, pas comme les a constatées le jury. Qui a cru à cette bêtise de meurtre, de Grizzly volant ? La presse, les gens ? Peut-être. On a écrit tant de mensonges. On a choisi la facilité. Enfin est-ce le qualificatif adéquat ? Un peu de jugeote que diable ! Un poisson rouge qui tue une bête de poils par jalousie, pour une histoire d’amour avec une colombe, ça ne tient pas la route. On a choisi cette version là parce que ça fait vendre.
Et la vérité ? A quoi elle ressemble ? Est-elle glamour ? Fait-elle la part belle à l’émotion ? Ebranle t’elle la ménagère de moins de 50 ans, celle qui fantasme sur le blouson en cuir de Christophe Hondelatte dans « faite entrez l’accusé » ? Oui, trois fois oui !!!
Et pourtant, on l’a étouffée, cette vérité-là.
Alors vous savez pourquoi, sous ce clair de lune, le sushi ouvre sa gueule, les vannes, et toute la tuyauterie de l’authenticité. Le kangourou l’écoute. Il recueille son témoignage et comprend. Oui il comprend son malaise à lui face à cette affaire, il comprend le terreau de sa conviction profonde. Son client n’y est pour rien dans cette histoire.
Alors, il fait ce qu’il aurait dû faire depuis longtemps, c’est-à-dire plonger sa main dans l’aquarium, prendre Mark et le mettre dans sa poche, puis partir de cet endroit. Quitter le zoo et vivre ailleurs.
Etre deux, faire dans le « ils » collectif, l’épique chemin vers l’autre monde. C’est quoi l’autre monde ? Voir le ciel de plus près, aller à sa rencontrer, à celle de ses habitants, au contact de ce décor de rêve, qui, en ce soir dégagé, se rapproche d’une certaine virginité.
Que le destin est beau. Qu’il peut être vulgaire aussi, aigre dans sa perception obscène du bonheur.
Quand vous saurez, vous capterez aisément cette digression philosophique. En attendant, on vous entend, demander à cet imbécile d’écrivain, d’aller au fait, à la transcription brute des événements tels qu’ils se sont passés à l’époque. Car, le grizzly n’est pas un grizzly, encore moins un ours comme l’a tapé la greffière dans une orthographe défaillante. A quoi tient une erreur judiciaire ? A un « e » oublié, une terrible omission. L’ourse avec un e est une étoile, une grande étoile. Laquelle n’est pas morte mais juste cachée par un nuage trop amoureux.
Avoir une étoile à soi c’est la quintessence de l’amour, une lumière dans le cœur jusqu’à ce que le sien cesse de battre pour toujours.
Alors vous les voyez maintenant d’un autre œil nos deux héros. Inutile qu’ils se cachent dans leur nacelle. Ils peuvent se lever et rejoindre ce nuage trop amoureux.
Ne vous inquiétez pas, il parlera, il dira la vérité. Que le Grizzly est la grande ourse, que les étoiles ne disparaissent qu’un temps, le temps que le vent se lève et disent adieu aux idées noires.
A la question comment ont fait Mark et Gaspard pour prendre une montgolfière ? Adressez au vieux Goéland du zoo, il ne vole plus, trop de rhumatismes aux ailes. Depuis il marche et demande aux autres de visiter le ciel pour lui.
Jeu 11 Déc - 23:14 (2014)
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Fanylill
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Inscrit le: 27 Oct 2014
Messages: 228
Localisation: Bordeaux

MessagePosté le: Jeu 11 Déc - 23:49 (2014)    Sujet du message: LE WALLABY ET LE SUSHI Répondre en citant

Il est 22h46. Je jette un œil avant de fermer l'œil sur le forum et je tombe sur "ça" !!! Hestor...putain  j'ai pas les mots.... Tu es ... Je suis... Voilà quoi.... Un bravo c'est maigre, une ola trop beauf a mon goût... Une acclamation un standing ovation ! Un triple rappel!!!!!!
_________________
"si le ridicule tuait ça ferait longtemps que je serais mort tu sais"
Jeu 11 Déc - 23:49 (2014)
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Octobell
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Inscrit le: 11 Sep 2013
Messages: 1 670

MessagePosté le: Ven 12 Déc - 12:41 (2014)    Sujet du message: LE WALLABY ET LE SUSHI Répondre en citant

Eheh, juste.... Tu l'as un peu zappée la narration au pluriel, Non?


Bon j'ai bien aimé, bien sûr! La qualité est toujours au rendez-vous, et ton absurde a  toujours du sens. Petit bémol... Ca fait trop longtemps que je ne suis plus surprise. Jaimerais voir d'autres ficelles, me dire "ouahou, il est capable de ça lui?"


Quand j'ouvre un de tes textes, je sais toujours sur quoi je vais tomber.
_________________
Octobell

Tous les propos exprimés dans les bonus de ce DVD n'engagent que l'intervenant
et ne sont en aucun cas le reflet de l'opinion de JE! Corp.
Ven 12 Déc - 12:41 (2014)
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Rafistoleuse
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Inscrit le: 11 Sep 2013
Messages: 4 563

MessagePosté le: Dim 14 Déc - 12:49 (2014)    Sujet du message: LE WALLABY ET LE SUSHI Répondre en citant

C'est vrai que c'est du grand Hector, et qu'on le reconnaît ton terrain de jeu

Moi ce que j'aime bien c'est que tu as beau nous trimbaler n'importe où, tu nous lâche pas la main ou bien tu nous rattrape toujours très vite... Ce que j'aime aussi, ce sont toutes ces images pleine de ta poésie, que tu distilles ci et là, au milieu des situations scabreuses et drôles. Et la fin qui bien souvent ramène à quelque chose de plus profond..

Moi aussi j'ai bien apprécié ton texte, et je suis sûre que tu as de quoi nous surprendre dans tes manches
_________________
Rafistoleuse
Dim 14 Déc - 12:49 (2014)
Auteur Message
Linelea
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Inscrit le: 19 Sep 2013
Messages: 938

MessagePosté le: Dim 14 Déc - 18:35 (2014)    Sujet du message: LE WALLABY ET LE SUSHI Répondre en citant

Je pense que le thème était fait pour toi... la contrainte un peu moins ^^

Tu te balades et tu nous balades dans ton imaginaire incongru. Certainement à cause de la fatigue, oui oui même à la fin d'un weekend on peut être un peu fatiguée, tu m'as perdu quelques fois, je n'ai pas senti la main qui habituellement me remet dans le fil de l'histoire (je devais être dans un autre état d'esprit que Rafi ^^)

Bref c'est un très beau jet, à la hauteur de la folie que tu peux avoir dans tes textes !
Dim 14 Déc - 18:35 (2014)
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