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CADEAU POUR OCTOBELL

 
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hector vugo
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MessagePosté le: Mar 30 Déc - 15:13 (2014)    Sujet du message: CADEAU POUR OCTOBELL Répondre en citant

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Malgré de nombreux contretemps techniques, je peux enfin te poster ton cadeau.

J'espère qu'il sera digne de la lectrice avisée et de son regard critique si précieux à me yeux.

En te souhaitant Mo une fin d'année délicieuse.

Amicalement

Hector

LE CYGNE DU DESTIN

20 décembre au matin.
Le col de cygne faisait un goutte à goutte à la rythmique impeccable, cela ne bougeait pas d'un poil, une mécanique d'orfèvre. L'eau s'écrasait à intervalles réguliers sur une vasque blanche porcelaine.
Le gris clair du blaireau, sur la tablette au-dessus du col, s’inscrivait dans un dégradé inversé, lequel poursuivait sa surprenante déclinaison avec un rasoir jetable teinte béton pour s’achever sur un tube de dentifrice noir réglisse à peine entamé.
Si l'on prenait le soin de lever la tête, on pouvait lire un post it jaune sur un miroir avec ce mot : mettre la pâte sur la brosse, ouvrir la bouche et frotter les dents de haut en bas environ deux minutes. Se rincer le gosier avec un gobelet et cracher le liquide dans la vasque.
Le jour s incrustait par quelques rayons à travers des volets usagés de sorte qu'une ombre zébrée se posait sur un carrelage mural vert pomme d’une autre époque. Par endroits ce vert semblait souillé par quelques penses bêtes collés, tous reprenant une liste d’ordres très précis. De leur suivi dépendait la réussite de la douche matinale.
On aurait dit un manuel d’utilisation :
- Ouvrir l’eau chaude en actionnant le robinet vers la gauche
- Placer son corps sous la poire pour être arrosé
- Prendre le gel douche, l’appliquer sur le gant de toilettes
- Se badigeonner le corps de gel
- Attendre ensuite quelques secondes sous la poire pour être rincé
- Actionner le robinet vers la droite pour fermer l’eau
La porte de la salle de bain était toujours ouverte comme une invitation à l’impudeur. Dans sa torsade avec l’obscurité, le soleil de l’aube formait un fil imaginaire se tendant jusqu’à la chambre. Aucun obstacle ne se dressait sur ce chemin, l’énergie circulait en roue libre. Impossible d’en connaître le signe mathématique.
A 9h le réveil entonna les notes clinquantes et larmoyantes du lac des cygnes. A l’autre extrémité de l’appartement, la cafetière lança, elle aussi, son goutte à goutte. Presque synchrone avec le robinet de la salle de bain.
Les volets entrebâillés de la cuisine permirent à une lueur plus prononcée de s’immiscer. L’aube fuit Le vrai jour arriva enfin. Mais un jour mal luné, boudeur, jouant à cache à cache avec la négritude des meubles, le rouge passé des murs, les photos jaunies dans les cadres poussiéreux.
Le four s’alluma automatiquement pour chauffer les croissants. En deux minutes, un fumet aimant embauma la pièce. Ce vent de viennoiserie se scotcha au plan de travail, au bol, à la cuillère, au semainier avec ses pilules multicolores, à ces messages, telles des décalcomanies, punaisés sur un tableau en liège, égrainant encore une autre liste d’ordres, cette fois-ci pour prendre son petit déjeuner.
Puis l’odeur continua sa colonisation pour envahir la salle à manger, le salon, le vestiaire, et partir par le trou de la serrure d’une porte. Un nom y était collé sur une plaque, celui de Monsieur Vance.

La voisine du dessus, Madame Cruzador, chaussa ses talons hauts, allant et venant d’un pas énergique.. Un fort accent ibérique exhorta des enfants à se lever.
Dix secondes plus tard, les petits monstres émergèrent dans un brouhaha insupportable.
Madame Bécard, la concierge, s’étonnait qu’aucune plainte ne fût posée pour tapage, surtout de la part de Monsieur Vance. A sa place elle aurait, depuis longtemps, appelé la police. Mais le vieillard détestait le scandale. Il se faisait discret. Peu le croisaient, excepté son petit fils et un kiné.
Elle se demandait si ces visiteurs étaient capables de décrire ce brave homme.
Constance Bécard savait bien à quoi ressemblait Monsieur Vance. Elle était l’une des rares dans l’immeuble à le croiser. Oh pas souvent. Une fois par an, au moment des étrennes.
Pour descendre les 6 étages, il prenait l’ascenseur, en sortait difficilement avec un déambulateur. Sa respiration saccadée indiquait l’effort surhumain qu’il s’infligeait.
Il se présentait devant elle, et lui donnait l’enveloppe annuelle. Apres quoi Constance l’invitait à boire un thé à la menthe.
Elle le faisait car elle se savait moins malheureuse que lui. Vance était le seul pour qui elle avait de la pitié. Alors elle s’appliquait à lui verser le thé à l’orientale, dans le souci exact d’être spectaculaire, rien que dans le geste. Voir ses yeux bleus retutoyer l’émerveillement devant si peu de chose lui donnait la satisfaction d’un devoir accompli. En outre, ce même devoir, elle le poursuivait en lui parlant de tout et de rien. Elle savait qu’il y aurait ce silence entre sa prise de parole et la sienne. Un silence que beaucoup auraient interprété comme du mépris. Pas Constance. Elle connaissait l’homme, son temps de réaction inapproprié à l’époque, sa difficulté à ingurgiter le présent, son incapacité à imaginer le futur, sa seule prédisposition à vivre dans le passé.
Forte de ce constat, dès que le vieux sonnait à sa porte à 14 heures, elle devinait son après-midi occupée à jouer les greffières de la seconde guerre. Revenir en 44, la date à laquelle les premiers locataires s’installèrent ici dans ces murs, était pour elle un exercice ludique, bien que redondant. Heureusement que Monsieur Vance venait chez elle une fois par an. Pendant 4 heures, il lui racontait l’histoire du quartier, celle de ces années où la liberté n’existait plus.
Le thé dans l’évolution de sa température marquait le temps comme un sablier. De brulant au début, il devenait tiède et pire frappé. Preuve que l’homme était bavard quand le sujet le passionnait.

Constance ne l’interrompait pas. Elle l’observait. Elle s’étonnait de la vigueur du vieillard. Elle se disait que vivre en 40 aurait été, pour elle, terrifiant et exaltant à la fois. Au moins elle aurait connu son grand-père et l’existence des héros. A côté les années 2000 étaient si fades, si déconnectées du réel.


20 décembre 14h03.
Le vieux était en retard, cela ne lui ressemblait pas. L’ascenseur amorça sa descente, l’arrêt demandé au rez de chaussée. Alors que Constance s’attendait à entendre le bruit du déambulateur se dirigeant vers sa loge, elle eut droit à la percussion des talons hauts de Madame Cruzador. Changement de programme, changement de posture.
Deux coups sur sa porte suivirent une voix assurée et courroucée à la fois
- Bonyour Madame Becard, Ye m’excouze de vous déranger. Y en peu plou de Monsieur Vance, yentend le lac des cygnes depuis 9 heures ce matin, c’est insoupportable. Y ai beau frapper au plafond avec un balai, ça continou.
- Désolée Madame Cruzador, je n’interviens jamais dans les litiges de voisinage
- Ye vous en soupplie. Tenez voilà cette enveloppe pour vos étrennes. Vous aurez le double si…
- Non
Constance claqua la porte aux nez de l’Ibérique. Elle tenait son enveloppe en tremblant, déstabilisée sans doute, par le ton suppliant et agressif de l’espagnole mais aussi par l’odeur du pli. Ses effluves de Chanel numéro 5 puaient la condescendance.
Peu après avoir découvert son contenu, sa colère décupla. Il y avait à l’intérieur 3 tickets restaurant à 10 euros l’unité. De qui se moquait-on ?

Constance avait une autre notion du temps presque figé, une sorte de ralenti inexorable où la fureur de vivre s’étiolait lentement dans un regret sournois : celui d’évoluer dans une bulle à l’abri de tout. Elle le cachait dans une boulimie d’activités. Derrière son sourire de façade et ses mots mielleux suintaient le désir rageur d’en finir sitôt qu’elle ne serait plus utile à quiconque.
Le monde tournait autour d’elle et elle bougeait avec lui. Elle se grisait de ce mouvement étrange. Surtout, à l’heure où elle mesurait le degré de reconnaissance dont elle jouissait toujours.
Les étrennes en étaient le thermomètre. Et ce 20 décembre elle se satisfaisait du maintien, voire de l’augmentation des dons.
Elle s’amusait à consigner sur un cahier à spirales les sommes distribuées par chacun des locataires. Les statistiques ne mentaient pas, elles révélaient la pingrerie ou la constance des êtres.
Combien de radins ? Elle gardait pour elle le résultat de ce sondage grandeur nature, avec déjà dans le coin de sa mémoire la punition qu’elle réservait aux méchants.
Oui elle les appelait les méchants, pas par manque de vocabulaire, mais parce qu’elle aimait cette expression enfantine si juste.
Les méchants, ceux qui avaient été insuffisamment généreux.
Quand la nuit tomba, ce jour-là, vint l’instant du bilan. Constance s’en était bien tiré, mieux que l’année dernière malgré tout.
Elle eut de meilleurs chiffres que le facteur, les éboueurs, et les scouts.
Elle s’offrit un verre de champagne pour fêter cela, accompagné d’une omelette aux cèpes. Puis après avoir subi un n iéme bêtisier à la télévision, prit congés de ses bibelots.
Un lit ancien et des draps froids l’attendaient.
L’immeuble plongea dans le sommeil, à peine gêné par l’appartement du 6éme étage.
Là où le cygne de Tchaïkovski n’en finissait pas de mourir au grand désespoir de Madame Cruzador.





















21 décembre 8h45. Hiver acte un, scène un.
Elle avait beau connaître l’incipit de cette saison, en subodorer les premiers signes, se forcer à apprécier le ciel laiteux, parfois bas, jusqu’à ramper sur la terre et donner à ce décor des allures de pages blanches sur lesquelles on pouvait redessiner le paysage et le rendre plus heureux, Constance n’y voyait que la triste rediffusion d’une histoire : celle de son grand- père, ce personnage principal que l’ombre de sa mémoire, grâce à un témoignage précis, esquissait dans un pochoir de mélancolie. Elle aurait aimé vivre à son époque.
Combien de fois avait-elle entendu dans les moindres détails cette scène dramatique de pépé André qui s’éloignait sur un chemin et rejoignait un réverbère de couleur rouge. Cela remontait à sa plus tendre enfance, la voix de sa grand-mère, son timbre tremblant, l’exactitude de ses mots racontant ce jour, cette minute. C’était si encrée dans la mémoire Constance, qu’elle croyait connaitre la démarche de cet aïeul, sa silhouette, l’avarice de son vocabulaire dans les moments intimes. Pour preuve, Constance savait le nombre de fois où il avait dit « je t’aime » à ses proches. La voix de la grand-mère avait disparu, restait ses écrits, son journal intime que Constance parcourait souvent, et plus particulièrement cette journée du 21 décembre 1944.

Ce matin il a ouvert les volets et regardé la rue, les arbres, le ciel cotonneux dont les contours géométriques et la blancheur le calment Nous ne savons rien de l’avenir, nous sommes dans le brouillard.
J’ai souvent sondé le regard de mon homme pour y puiser du réconfort. Ses yeux remplis de folie et d’espoir me maintiennent à flot. Ils me donnent à entendre ce que mon cœur et mon corps veulent entendre, à savoir cette phrase : demain tout ira mieux.
Seulement ce matin, le regard d’André s’est forcé à l’optimisme, son « demain tout ira mieux » a menti. Il a menti mal.
J’ai mangé ses deux yeux bleus, surtout pour ne pas en perdre une miette. Hélas j’ai tout compris
Le tendre baiser d’André sur mon front m’a fait craindre le pire. Le contact de sa chevalière noire sur mon crâne me l’a confirmé. En m’embrassant de la sorte, il m’a dit Adieu
Officiellement André est parti acheté du pain. Je sais qu’il ne reviendra pas.

Qu’avait dit la grand-mère aux autres depuis ce jour pour accréditer la thèse d’un départ définitif ? Rien de révolutionnaire, juste broder le prétexte d’un reportage en zone libre pour un quotidien. André devait y faire un compte rendu détaillé sur un marché de noël en Provence. Hélas le train dérailla et il n’y arriva jamais.
Quid de la vérité ? Il n’avait rien dans le journal intime de la grand-mère, ou plutôt si. Seulement la trace de quelques pages arrachées gardant pour elles le fin mot de l’histoire.
Pour autant, malgré ce secret, sa vie rabougrie corsetée dans ses frustrations, Constance s’obligeait à être joyeuse. Personne n’était dupe. Il y avait qu’à voir son épaisse blouse noire qu’elle mettait aux premiers froids, ce chignon strict qu’elle coiffait en toute circonstance, mais aussi entendre cet accent typiquement parisien qu’elle imitait lorsqu’elle disait bonjour.
Il ne fallait pas chercher plus loin les raisons pour lesquelles, certains donnaient si peu pour les étrennes.
Les méchants avaient raison. Toutefois, Constance devait les punir, question de soulager son amour propre. Cette année, tous logeaient au 6 éme étage. Cela lui facilita la tâche.

Constance nettoya le sol de la cage d’escalier avec de la cire, transformant l’endroit en une piste de patinage artistique. Il y aurait de la casse à coup sûr. Elle imaginait bien Madame Cruzador et ses deux enfants se vautrer au seuil de leur quatre pièces, mais aussi le brave Monsieur Vance s’endommager le col du fémur à deux pas de son meublé.
Constance sécha l’office de 11 heures pour ses activités peu chrétiennes. Personne n’y trouva rien à redire. Mieux, beaucoup s’en félicitèrent.
Elle récura avec joie malgré la mélodie du lac des cygnes qui n’avaient pas faibli depuis presque 27 heures. Le vieux Vance manquait d’éclectisme dans sa programmation musicale. Constance commençait à comprendre l’agacement de la voisine espagnole, sans pour autant le partager totalement. Après tout c’était bien fait pour elle, elle l’avait bien cherché. Elle embêtait son monde avec ses talons hauts.
C’était un match nul, et Constance se satisfaisait de ce score de parité.

14h08, un cri de douleur éventra l’immeuble, un cri d’enfant. Le fils ainé de l’ibérique se cassait la jambe, une mauvaise chute près du paillasson. Le destin voulait que les jeunes générations payassent toujours les erreurs de leurs parents.
Une enveloppe de tickets restaurant valait elle qu’un gamin souffrît ? A voir la tête épouvantée de la mère quand elle appela les secours de son portable, la réponse était oui. Et Constance savoura sa vengeance.
Même si, pour des raisons de conscience professionnelle et d’image aux yeux de tous, elle se précipita sur la scène de l’accident, tentant, par tous les moyens, d’apaiser les angoisses de Madame Cruzador.
- Madre de dios aurais-je le temps de faire mes dernières courses pour Noel ? dit l’espagnole tout en caressant le visage de sa progéniture.
La remarque choqua Constance. L’ibérique était véritablement irrécupérable.
Le Samu arriva dans le quart d’heures et transporta le jeune blessé aux urgences les plus proches. La mère et le frère cadet, eux, durent suivre contraints et forcés.
- Cette dernière confia au docteur : « vous savez, si y avais sou, y aurais avorté. Un enfant c’est que des emmerdes. La preuve.
- Et votre mari, Madame, il ne peut pas vous aider ?
- Non. Et heureusement. Ye l’ai foutou dehors quand il a coupé le cordon de mon deuxième. Un mari c’est un boulet.
Sans commentaire. Constance regretta une chose : que l’ibérique n’eut pas de dommage corporel.
La population entière de l’immeuble sortit de sa léthargie, chacun occupant sa loggia pour voir de loin le départ vrombissant de l’ambulance, laissant sur le trottoir un peu de gomme de ses pneus.
Cela mit de l’animation dans ce dimanche d’hiver, autre que le Lac des Cygnes qui continuait encore et toujours son agonie au 6é étage.
D’ailleurs la loggia de Monsieur Vance fut la seule à ne pas offrir de regard à l’ambulance, il n’y avait qu’un perroquet marchant dessus.
Etonnante présence d’un animal qui avait sa propre vie et son indépendance depuis longtemps. Depuis que le volet roulant, celui de la fenêtre du bureau du vieillard restait entrouvert, par le bas, en toute saison.
Le volatile multicolore d’origine chilienne avait la curieuse manie de dire « Ich liebe dich ».
On l’entendait, parfois le soir, déblatérer son je t’aime germanique et s’envoler déclamer l’amour ailleurs.
Là, nous étions en plein jour, bien que la basse luminosité annonçât déjà la plus longue nuit de l’année. Ce cri guttural se mélangea à la sirène du Samu.

Constance remercia le ciel de l’avoir aidé dans la réussite de cette catastrophe. Elle en était heureuse. Son regard trahissait un bonheur intense.
C’était sa jouissance à elle, son pied absolu, sa masturbation sadique. Ses organes génitaux se lubrifiaient même, alors que la vision d’un homme nu ne lui procurait rien. Houellebecq aurait dit d’elle que les petits malheurs la faisaient mouiller. Malraux, lui, aurait écrit que la souffrance des autres la rendait propice à donner la vie comme si le tourbillon enivrant de l’existence avait son sens de l’équilibre.
Se sentait-elle honteuse ? Non, elle n’aspirait qu’à profiter de l’instant, quitte à justifier ses pêchers plus tard. Catholique oblige.
Elle avait ce côté bourgeoisie de province, un peu à la Mauriac, très à cheval sur les apparences, sur ce vernis indispensable à la bonne image de soi. Même si cela sonnait faux la plupart du temps.
Mauvaise comédienne de sitcom, elle campait le personnage d’une femme à qui on ne reprochait rien de l’extérieur, mais, qui à l’intérieur, avait trop de zones d’ombres. On ne lui connaissait pas d’amis proches, de liaisons amoureuses, de famille pour les recevoir ces jours ci.
L’absence de vie sociale, pendant les fêtes de fin d’années, étaient un aveu de faiblesse. Constance ne le supportait pas.
Alors que la nuit s’allongeait lascivement sur les déco lumineuses de la ville et que les premiers visiteurs sonnaient aux interphones de l’immeuble, Constance préparait son tour d’illusionniste. Déjà l’odeur d’une bisque de homard voyageait dans les aérations, et la mélodie surannée d’un Cole Porter sortait de sa loge.
Ces notes ne couvraient pas les nombreuses portes qui s’ouvraient et les voix énonçant un « comment vas-tu ? » à géométrie variable. La gamme des tons utilisés témoignait ou non d’une amitié sincère.
C’était ripaille à tous les étages ou presque, comme on pouvait le faire dans les grandes villes. On recevait dans les appartements avec la fâcheuse manie d’être le plus bruyant possible, le plus volubile aussi. A croire que les coups d’éclats se mesurassent aux décibels envoyés, même et surtout chez les plus anciens.

Dès le 21 décembre au soir le concours démarrait.
Constance était une petite joueuse dans ce monde, mais entendait bien ne pas être en reste.
Elle utilisa une arme presque plus efficace que l’humain festif réel. Elle usa de l’enregistrement sur un lecteur mp3 d’une soirée des voisins du premier étage, qu’elle avait captée un mois plutôt. Le play back remplit bien son rôle. Constance brancha son iPod sur deux enceintes crachant du gros son et le tour était joué.
Qui aurait eu le réflexe de pousser sa porte et de voir la supercherie ? Personne, tous discutaient, chantaient et buvaient en délicieuse compagnie. Tous, sauf les locataires du 6éme étage : L’ibérique et ses gamins à l’hôpital, le vieux et son Tchaïkovski encore larmoyant.
Le cygne n’en finissait pas de mourir depuis 40 heures.

Vers 1 heure, l’immeuble se vida de ses invités, qui un oncle, qui une cousine, qui des collègues de bureaux. Ça sentait l’alcool et le bonheur à consommation rapide dans certaines cages d’escaliers. Les soixante huitards se prenaient pour ce qu’ils n’étaient plus : des étudiants. Les voix n’étaient plus juvéniles, les silhouettes aussi. Quant à leurs vêtements, ils imposaient un haut degré de respectabilité. Ces gens-là avaient réussi et on ne pouvait pas les traiter de « petits cons », les regarder de haut et se dire que le temps allait se venger. Il ne s’était pas venger, au contraire.
De la fenêtre de sa chambre, Constance observait ces corps marchant de travers, regagnant leur Mercedes. Que de couples, que de gens bien sous tous rapports. Et dire qu’elle voulait leur ressembler. La norme était là, laide et fière. C’en était presque à vomir.
Du temps de son grand-père André, les gens de cette condition savaient se tenir. Ils avaient la cuite digne et cette propension à tricher avec la vérité du moment. Ils marchaient droits pour ceux qui le pouvaient encore. Les autres, eux, se cachaient pour cuver et réapparaissait le lendemain matin.
Son opinion s’était forgée sur un extrait du journal intime de sa grand-mère.

Journée du 18 décembre 1944.

C’est la première fois que j’ai vu André malade. Il s’est caché dans les toilettes Il s’est vidé de ses entrailles. Il a fait comme les autres «poivrots » du coin. Est-ce pour autant un excès d’alcool ? Non il ne boit jamais. Il faut chercher l’explication dans l’appréhension, la trouille. Les mots c’est rarement son fort, alors son corps a parlé pour lui. Et il a été bavard. Trop. Il a passé la nuit à se vider. Au petit matin du 19, il me fait cette confidence : « Je crains qu’on ait vendu notre réseau de résistants. Mes jours sont comptés ». Sa chevalière est aussi noire que son visage blanc.





22 décembre 8h30
L’ibérique revint de l’hôpital le visage bouffi, mal maquillée. Elle tenait dans ses bras son fils cadet, le seul valide. Le blessé, lui, était trainé par sa tante dans un fauteuil roulant usagé aux roues sculptées. Leurs rainures étaient polluées par une terre humide, qui malencontreusement laissa deux lignes parallèles noires sur le sol.
Pas un bonjour, pas une excuse. Ils passèrent devant Constance en l’ignorant. Elle sortait juste de sa loge pour voir si, oui ou non, la porte vitrée du hall méritait un coup d’Ajax.
Les traces de doigts à quelques centimètres de la poignée prouvaient que les partisans du moindre effort et de l’incivilité avaient de beaux jours devant eux. Les Cruzador en étaient de dignes représentants.
Ils prirent l’ascenseur, non sans avoir émis des reproches sur l’étroitesse de ses dimensions.

Heureusement que les enquinineurs de leur espèce ne couraient pas les rues. Ils rendaient malades leurs victimes. Constance avait choisi d’en rire, pour échapper aux miasmes de la colère. Elle connaissait fort bien leurs ravages, leurs dégâts nombreux sur la santé : les maux de ventre, les heures de sommeil rongées, les migraines, les crises de larmes. La concierge d’avant le lui avait confié.
La pauvre femme avait le cœur sur la main. Elle disait : « Les humains sont des chieurs à qui on a la faiblesse de pardonner » et de poursuive dans un sanglot « C’est pour ça je continue ce métier jusqu’à la retraite. Parce que j’aime ceux qui logent ici. ».
Constance n’avait jamais eu cette approche consanguine de l’amour et du service, du métier et du privé. Trop aimer la clientèle était dangereux pour soi, on pouvait s’y perdre, y laisser des cicatrices indélébiles, en mourir même.
Et ces humains-là ne méritaient pas que l’on mourût pour eux.
Même si Constance trouvait, parfois dans leur regard, ce sentiment épatant qu’elle leur était indispensable.
Ces regards-là, quand elle les croisait, elle y puisait l’énergie de poursuivre sa route. Ne parlons pas de foi. La foi, elle ne l’avait plus. Cette petite musique, qui régissait son âme et la protégeait des horreurs du monde, avait disparu depuis sa première lecture du journal intime de sa grand-mère, et surtout les pages décrivant la soirée du 24 décembre 1944.

« André me manque terriblement. Sa voix, son souffle, son corps ne me drainent plus. Je suis une terre abandonnée, assoiffée, minée par une sécheresse sourde qui commence son œuvre. Mes sillons se craquèlent, deviennent dures jusqu’à presque céder à la pression manuelle du désespoir. Je lutte malgré tout contre cette idée de déposer les armes. Je le fais pour mon homme, pour son souvenir hélas trop présent. Surtout en ce 24 décembre, en ces heures ou jadis nous avions l’habitude de suivre un doux rituel.
Nous faisions l’amour, pas pour vérifier la compatibilité de nos horloges hormonales et les concordances de nos désirs. Nous les savions synchrones, en harmonie. Nous nous aimions par besoin de voyager encore, de nous sentir si proche à ne faire qu’un, d’entretenir le feu et de faire fuir l’hiver.
Que ses baisers me semblaient rares quoique nombreux. Parce qu’ils avaient l’intelligence d’être uniques et de fouler des routes qu’il n’avait pas encore pratiquées. J’étais un pays si vaste à ses sentiments qu’une décennie n’aurait pas suffi pour le visiter. La vie était devant nous, l’amour aussi. Et je n’avais pas peur.
Ce soir j’ai peur, peur de la solitude, peur que ce lit soit à jamais vide et que le fantôme d’André ne soit plus assez vivace pour la combler.
J’ai froid aussi et j’ai cette impression étrange de sentir uniquement la chevalière noire de mon tendre époux parcourir mon dos et phagocyter le souvenir brulant de ses lèvres contre ma peau.

Croire n’était plus dans les cordes de Constance, restait à demeurer une athée au sourire poli, une humaniste par opportunisme.
La plupart des locataires la croyait une grenouille de bénitier parce qu’elle avait l’apparence d’une carmélite possédée.
Les gens se trompaient lourdement et ne jugeaient que l’emballage. La tare du 21éme siècle.
Constance souffrait aussi de ce mal, de cette erreur d’appréciation. Elle voyait et tirait des enseignements d’un coup, sans savoir. Un rien confortait son opinion, un visage, une démarche, un vêtement.
Le petit fils de Monsieur Vance, par exemple, avait, pour Constance, l’image d’un homme fade, d’une ombre frôlant les murs, osant à peine lui adresser la parole quand il la croisât.
Il venait deux fois par semaine voir son grand père, passer du temps avec lui. Puis il disparaissait de l’immeuble.
A peine savait-on qu’il était venu. C’était le lot de ce visiteur du soir. Il arrivait à l’heure où chacun pensait à dormir bientôt. Il partait quand tous dormaient vraiment.

Ce 22 décembre à 9 h. Il avait profité de l’arrivée du facteur pour se glisser dans le hall. A présent, Il était là tournant comme un étudiant timide à l’approche d’un examen important, le dos vouté, le regard bas, les cheveux débraillés. Son visage pâle et fatigué parlait pour lui. Sa nuit avait été blanche, harassante. Et l’on devinait derrière l’épaisseur de ses cernes, le poids des responsabilités professionnelles qui étaient les siennes.
L’immeuble était vide et avait la tête des lendemains de fêtes, la gueule de bois.
L’odeur du tabac froid, du parfum de luxe mélangé à la sueur, des fonds de verres de vin blanc, des pâtés en croute formaient un happening olfactif que, seul, un homme souffrant de sinusite supportait.
Le petit fils de Monsieur Vance n’avait pas le nez bouché mais l’esprit obstrué par un souci de sorte qu’il ne s’aperçût de rien.
Il allait et venait, maugréant parfois quelques mots dans sa barbe, fouillant dans la poche intérieure de son manteau.
Puis il frappa à la porte de la loge.
- Bonjour Madame
- Bonjour Monsieur
- Pardonnez-moi de vous importuner. Je suis Arnaud Vance, le petit fils de Monsieur Vance. Auriez-vous les doubles des clés de son appartement ?
- Pourquoi vous les donnerai-je ? Vous n’avez qu’à frapper à sa porte.
- C’est que je crains qu’il ne puisse m’ouvrir
- Comment ça ?
- Voyez-vous, je travaille aux urgences de l’hôpital à deux pas d’ici. Hier j’y ai soigné le fils de Madame Cruzador, la voisine de mon grand-père.
- Quel est le rapport avec votre histoire de clé ?
- J’y viens. Cette femme m’a parlé d’un problème de nuisance sonore. Pendant des heures elle a entendu de lac des cygnes.
- Et alors ?
- Et alors c’est ce morceau de musique qui réveille mon grand-père tous les matins. S’il tourne en boucle, c’est qu’il ne s’est pas réveillé. J’ai peur que ce soit grave.
- Vous vous faites du mouron pour rien, mon bon monsieur. Il a dû oublier d’éteindre son réveil.
- Cela ne lui ressemble pas
- Oh vous savez, à son âge on oublie des choses évidentes.
- Je sais. C’est pour cela que les tâches les plus basiques du quotidien sont notées sur des post it chez lui.
- Parfait, je vois que vous avez réponse à tout. Vous êtes bien un médecin. C’est moi qui vais vous ouvrir. J’ai promis à votre grand père de ne donner les doubles à personne. Question de sécurité.
- C’est tout à votre honneur















22 décembre 9h30.

On percevait d’une oreille le lac des cygnes à hauteur du 5éme étage. Dans l’ascenseur, Constance et Arnaud se faisaient face. Ils regardaient alternativement le plafond et leurs pieds, sans prendre soin de s’observer. Un air de fuite et de gêne vite passé, on arrivait à destination, au 6éme. La cage d’escalier en caisse de résonnance offrit le bruit sec de deux tours de clé.
La porte s’ouvrit. On entendait distinctement la bande originale slave, l’agonie de l’oiseau. Elle provenait du fond de l’appartement. D’emblée un mélange affreux d’odeurs saisit les arrivants. Cela humait à la fois, le croissant rassis cramé, le café et la viande faisandée. Impossible de savoir d’où venaient chacune de ces senteurs. Elles s’emmêlaient. Elles imitaient ainsi la lumière, qui formait avec l’ombre une corde à nœuds marins, à cause des volets entrouverts. Le vestiaire semblait triste avec son manteau noir en cuir rappé, une paire de gants noirs tout aussi usée, un chapeau gris mangé par les mites. Le tout portait la trace du temps et la raideur des années d’occupations.
Juste à l’entrée du salon, une tablette acajou occupait un coin de mur. Dessus y étaient posés un téléphone ancien et une paire de lunette ronde.
Cette même tablette semblait sortir du ventre d’une vaste table basse dont le centre était vide. On aurait pu y mettre un vase avec des fleurs, donner un peu de couleurs. Mais non, Monsieur Vance aimait la rigidité et l’absence, si bien que ce rectangle transpirait le rien.
Pouvait-on y voir une interprétation psychanalytique : celle qu’après la vie, il n’en y aurait pas d’autres ?
Constance et Arnaud s’en moquaient et étaient à mille lieues de ces prises de tête. Ils avançaient en explorateurs. Lui plus au fait de l’endroit qu’elle, mais tout aussi glacé par l’ambiance qui régnait là.
C’était dû à ces détails insignifiants qu’Arnaud n’avait jamais remarqués, comme par exemple ces hebdomadaires dressés en piles à chaque coin de la table basse, tous parlant du 3éme Reich, ou encore ce tableau, surplombant le canapé, une nature morte signée d’un A H. On ne voyait que ces deux lettres noires par le jeu sadique de la lumière qu’un blanc angélique mettait en évidence.
Un moment de malaise, un face à face avec la vérité pour Arnaud. Pas pour Constance qui avait tout compris au premier coup d’œil. L’avantage de l’intuition féminine.
Une vérité d’ailleurs qui s’était cachée dans la fourberie de ces détails, parce que, sitôt allumée, l’ampoule du plafonnier jouait les faux culs et que rien ne présageait que la saloperie se lovait tranquillement dans la déco. Comment savoir ? Lui, le petit fils ne se focalisait, quand il venait le voir, que sur son grand père, ses yeux, ses vêtements, ses mots parfois incohérents. Mais pas sur le reste. Or le reste disait tout. Il était bavard, volubile pour peu que l’on sût l’écouter un peu.
Arnaud l’écoutait enfin. Et ça le rendait malade. Cette vérité-là était laide, nauséabonde. Aussi nauséabonde que cette odeur de croissant et de café qui venait plus précisément de la cuisine.
Le salon traversé au pas de charge, Constance et Arnaud restèrent quelques secondes au pied de l’ilot central made in Vogica. Large respiration de dépit. Le semainier était plein, le vieux n’avait pas pris ses médicaments

.
- C’est mauvais signe Madame Bécard
- Le croyez-vous ?
- Oui, mon grand-père suit son traitement scrupuleusement.
- Il se peut qu’il ait oublié de prendre ses pilules.
- Non, cela ne lui arrive jamais
- Quel âge a-t-il ?
- 95 ans
- Mon grand-père André aurait eu le même âge
A droite de la cuisine, un long couloir, des photos d’hommes en uniformes sur les murs, puis au fond sur la gauche une porte. L’odeur insupportable de pourriture et de viande venait de là, les notes de l’oiseau au col long aussi. Constance s’arrêta net et ne poursuivit point le chemin. Elle eut envie de vomir. Elle préféra bifurquer sur cette pièce voisine, un bureau fermé à clé. Arnaud confia à Constance : « Voyez cette clé-là, la troisième du trousseau. C’est elle qui ouvre cette porte. Au point où nous en sommes, je ne vois plus l’intérêt à ce que cette pièce soit interdite à une personne étrangère de la famille. Toutefois, gardez pour vous ce que vous allez y voir. ». Constance promit son silence. Elle entra.


Arnaud en fit de même de son côté.

Le petit-fils découvrit son grand père sans vie dans son lit, le corps en début décomposition. Il s’approcha de la table de nuit. Il éteignit le réveil en mélomane, attendant que les dernières mesures du morceau s’achevassent. L’image de son cadavre était terrifiante pour un non initié à la mort. Arnaud était rompu à cet exercice et resta un moment près du pauvre homme. Il en avait pitié. Une pitié vite atténuée par la vision d’un livre trônant au chevet du mourant : Mein Kampf.
Dans le bureau â côté, Constance poussa un cri de rage et éclata en sanglot. Arnaud se précipita pour la rejoindre. Il la vit à genoux devant un cabinet de curiosité. Toute tremblante, elle tenait le squelette d’une main avec une chevalière noire sur l’index. La bague, nageant autour du doigt, tomba par terre, A son dos, un prénom était gravé dessus : André, celui du grand-père adoré.
Son bourreau, Monsieur Vance, avait rendu son dernier souffle depuis plus de 48 heures.
Mar 30 Déc - 15:13 (2014)
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Octobell
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MessagePosté le: Mer 31 Déc - 00:28 (2014)    Sujet du message: CADEAU POUR OCTOBELL Répondre en citant

C’est génial ces cadeaux quand même ! Rien que l’avant-propos, je le trouve super touchant itou. En plus en parlant de cygne du destin, c’est encore mieux, ça me fait penser à une private joke que j’ai avec mon frère, qui dit souvent que si tu vois un canard blanc au milieu de la route, dis-toi que c’est peut-etre un signe…..
 
Bref, quant au texte……….. Bon, je l’ai arrosé à la sauce Lac des cygnes, parce que  . Mais… Que dire ? Merci !! La qualité est au rendez-vous, la recherche, la longueur. Pas de retenue, des personnages aux petits oignons… des odieux personnages aux petits oignons, même ! Tu joues tellement bien sur les thèmes que tu évoques tout le long, les apparences, tout ça. J’ai eu pitié pour le vieillard tout du long, alors que… J’ai détesté la concierge tout du long, alors que… D’ailleurs, j’aime les persos détestables, parce qu’ils sont tellement plus riches. Ahlala j’aime j’aime j’aime ! Mention spéciale pour le journal de la grand-mère que j’ai trouvé particulièrement beau et touchant, en particulier le passage ou elle évoque ses amours avec André. Bref, c’est beau, c’est touchant, c’est triste, c’est atroce, c’est horrible.

 
Merci merci merci, c’est un merveilleux cadeau, j’ai adoré ton texte. Merci, je suis vraiment gâtée ))))
_________________
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Mer 31 Déc - 00:28 (2014)
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