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Histoire

 
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hector vugo
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Localisation: vigneux sur seine

MessagePosté le: Dim 18 Jan - 16:18 (2015)    Sujet du message: Histoire Répondre en citant

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Edit Rafistoleuse : Des décombres de ce relais qui est tombé à l'eau pendant les fêtes de Noël, on a récupéré ce début d'histoire. Alors pourquoi pas la continuer ? Plus d'équipes A et B, juste des volontaires pour prendre la suite


_______________

Un grand coucou à vous toutes et à vous tous.

Ceci est une tentative. J'allume la mèche à imagination.




Je lance le relais de l'équipe B









Je suis en haut d’une tour, au dernier étage, dans un appartement  avec vue sur la ville. J’y ai vécu des heures sombres et heureuses, des moments d’amitiés, d’amours, d’abondons. Les pièces sont vides. Vous êtes partis, bien à l’abri des horreurs du monde, à des milliers de kilomètres de là, en exil. Vivre ici est devenu impossible, un acte de résistance au-delà de vos forces. 
 
  
 
Il y a peu, tu me disais encore : «  cesse d’écrire, ça ne vaut plus le coup » 
 
  
 
Tu as posé ton stylo et fais tes bagages avec les enfants. Vous m’avez quitté hier clandestinement grâce à un fou, le dernier ami, celui qui vous a payé vos billets pour l’autre planète. 
 
  
 
Hier soir j’ai vu une navette poursuivre une étoile filante. J’ai pensé aux jumeaux et à toi. Je me suis senti soulagé. Pas triste du tout, de ne pas vous suivre. Car comme tu le sais, j’ai fait le serment de rester. 
 
  
 
Alors je me suis mis à ma table de travail. J’ai écrit à la main. Voir l’encre se glisser sur la page blanche et sécher instantanément est une image d’une autre époque. J’ai conscience d’être un éléphant en voie d’extinction. 
 
  
 
Il y a peu tu me disais encore : « Ils nous ont eus ». 
 
  
 
Je me souviens de ton regard ivre de résignation après ces mots là. C’est presque insupportable de les redire : « ils nous ont eus ». Non, ma chérie, je ne baisse pas les bras. Je continue la lutte avec accroché au cœur cette volonté farouche d’aller au bout de ma route. 
 
  
 
Même si.. 
 
  
 
Et puis non. A quoi bon imaginer une fin morbide. C’est quoi la mort ? Un point final à la con ! Une injonction à disparaître. Parce que le corps ne bouge plus, ne fonctionne plus. Parce que l’esprit s’est en allé, et les fonctions vitales du souvenir crèvent avec lui. 
 
  
 
Non je n’y crois pas. On peut me prendre pour un fou, m’adjurer de revenir à la raison. Je ne céderai pas un pouce de terrain. Ecrire c’est vivre, c’est transmettre c’est être un maillon de la chaine, c’est véhiculer l’histoire. Ca participe à l’éveil des consciences. 
 
  
 
Nous, les hommes, nous faisons cela depuis la nuit des temps. La Mésopotamie. 
 
  
 
Qui sait, encore, ou se trouve la Mésopotamie ? Tout le monde s’en fout. L’écriture vient de là bas.  
 
  
 
Au commencement nos ancêtres ont gravé dans le marbre pour ne pas oublier. T’entends ça : ne pas oublier ! 
 
  
 
Aujourd’hui, ceux qui nous dirigent ne rêvent que d’une chose : que l’on oublie, que l’on ne grave plus rien, que l’on n’écrive plus rien. 
 
  
 
Ils rêvent que nous ayons une mémoire volatile. Ils rêvent que nous soyons des primates à claviers, des volailles que l’on gave de présupposés. 
 
  
 
Moi je ne peux être une volaille. Jamais !!!! 
 
  
 
Même si je sais que la brigade du silence rode. Je les ai vus me suivre depuis deux jours. J’ai reçu d’eux des messages sur mon portable synaptique. Une voix m’a dit de tout abandonner, de cesser d’envoyer des lettres manuscrites à la résistance, d’arrêter d’utiliser des pigeons voyageurs, des anges à basse altitude. 
 
  
 
Ils ne savent pas les contrer et ça les énerve. Quel pied de les rendre fous, de les voir s’épuiser face à des choses aussi simple. 
 
  
 
Depuis hier, ils sont passés à la vitesse supérieure. J’ai reçu des convocations. On veut m’interroger, me cuisiner qui sait. 
 
  
 
Je ne me fais pas d’illusions. Depuis une heure j’entends des pas à mon étage. Ils ont demandé aux voisins d’évacuer l’immeuble. Il y a 15 minutes on a frappé à ma porte une première fois, puis une seconde fois il y a 8 minutes. La même voix du message synaptique m’a demandé d’ouvrir et de me rendre.  
 
  
 
Je les ai envoyés se faire voir. J’ai crié Non !!!!!! à me briser les cordes vocales. 
 
  
 
Il y a peine une minute, on m’a informé d’un assaut imminent. Ca bouge autour de ma porte. 
 
  
 
Ils ont déclenché un compte à rebours. J’ai encore dix secondes. 
 
  
 
Je me lève,. Je prends mon stylo plume, une feuille blanche. J’ouvre la fenêtre de mon bureau. 
 
  
 
J’entends un gros « boum ». La brigade s’introduit chez moi. On crie mon nom. 
 
  
 
Je n’ai plus le choix. Je saute. 
 
  
 
J’ignore si la prophétie dit vrai. Si je survivrai à cela. Vais-je m’écraser ? 
 
Dim 18 Jan - 16:18 (2015)
AIM MSN Skype
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Mat Matheo
Plumivores
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Inscrit le: 09 Nov 2014
Messages: 57

MessagePosté le: Jeu 22 Jan - 18:51 (2015)    Sujet du message: Suite premier sentiment: Le doute Répondre en citant

S'écraser...


Ce sentiment,... c'est...Je suis pétrifié, figé sur place, et le vide sous moi me donne une impression de ... vide?
C'est ce même sentiment que j'ai éprouvé la première fois que je t'ai vu. 
Tu était assise à une terrasse et le serveur te faisait des yeux doux. 
Et quand j'ai croisé ton regard, ... Quand j'ai croisé ton regard j'ai su que ma vie était auprès de toi. 
Ces moments passés en ta compagnie, les souvenirs égarés; en vrac; les "je t'aime" à l'eau de rose, le mariage, ma belle-mère et... Ton visage...*soupir*
Et cet ami... Ton orthodentiste, à ce que j'avais compris... c'est marrant, j'arrive même pas à t'en vouloir. 
je t'ai laissé un héritage. Un simple dessin, pour que tu voit qu'ils ne nous ont pas eu. Je survivrai, c'est sur! N'est-ce-pas?...
On dit que si on retombe bien, on peut survivre d'une chute de 50m de haut...
Mais du haut d'un immeuble de Paris..?


Est-ce-que tu comprendras mon choix?
j'imagine que tu t'en fout, t'est blottie contre ton dentiste et l'idée de ma mort ne doit te faire ni chaud ni froid...
Pour ma peur, je suis pas trop sur d'avoir fait le bon choix?
T'a bien réussi a prendre un chemin abrupt en te barrant, mais ... Et moi?


Et moi, derrière mes lettres, mes mots et mes poésie, je refusait d'affronter les difficultés. La Peur, je connais pas, c'est un sentiment nouveau...Mes lettres me protégeaient de tout, comme une seconde peau, je fuyait mes problèmes, a travers les éditions et les livres... c'est un sentiment nouveau, je me suis rendu compte de mon ignorance lorsque tu est partie, avec les gosses, le chien, le fric et.. Ton visage... 


Et si...
_________________
"Lourd est le parpaing de la réalité sur la tartelette aux fraises de nos illusions"
Jeu 22 Jan - 18:51 (2015)
Auteur Message
Yannick Darbellay
Giga Coup de Coeur...
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Inscrit le: 18 Sep 2013
Messages: 2 835

MessagePosté le: Mar 28 Avr - 15:26 (2015)    Sujet du message: Histoire Répondre en citant

J'ai cessé de douter.
Simultanément à ma chute, le sol ascensionne à ma rencontre, mais je ne crains rien. L'air me fiche des milliards de crocs sous la peau pour tenter de me l'arracher. La peau c'est tout ce qu'il me reste avec les mots. Mais peu importe : qu'elle se réduise à chagrin, que l'univers me broie, rien ne m'effraie tant que subsistent les écrits.
Savez-vous quel est le poids d'un peu d'encre jetée sur une feuille ? Pendant plus d'une décennie, mon esprit préoccupé n'a cessé d'élaborer des pensées que mes doigts ont prolongées sur du papier à en-tête. Nuit après nuit, j'ai persévéré à ma table de travail. Je connaissais les risques encourus, mais je n'ai jamais jeté l'éponge. En traçant des millions de caractères j'ai participé à la préservation de notre mémoire, de notre liberté. Le poids de cette encre-là est inestimable.
L'air me cingle le visage. Des larmes m'échappent. Je pleure sans chagrin.
Hier encore tu étais-là, mon Amour. Et nous n'étions pas seuls. Rappelle-toi notre jeunesse, l'euphorie qui nous gagna quand nous découvrîmes l'existence du réseau EnCrier. Celui-ci venait de voir le jour en réaction contre le coup d'état opéré par le parti Moulamo. Un ami nous avait convié à l'une de leurs réunions secrètes -me doutais-je alors qu'il deviendrait ton amant ?- et nos vie en furent bouleversées.
Le matin, nous enfilions le chandail bistre réglementaire, chaussions nos souliers taupe et nous coiffions, moi d'une casquette plate, toi d'un foulard lavande. Puis nous nous époussetions pour débarrasser nos vêtements des glyphes compromettants accrochés au tissu. Enfin nous partions travailler.
Les yeux rivés sur des écrans, nous reproduisions sur des machines mécanographiques des livres d'un autre temps qu'une armée de calibreurs révisaient ensuite. Ils réduisaient à leur plus simple expression les chefs-d’œuvre de l'Histoire. Les madeleines de Proust prenaient l'apparence racornie de fruits séchés, et le temps n'était si peu à perdre que le magnum opus du grand écrivain avait été renommé « Trouvé ».
Après que les ouvrages avaient été corrigés, ils parvenaient entre les mains de mathématiciens à qui revenait la lourde tâche de définir l’algorithme du roman parfait. Ils n'y arrivaient jamais et finissaient exécutés par injection de Marc Levy et de chlorure de potassium.
Le soir nous rentrions chez nous, et noircissions nos cahiers obsolescents de mots exaltés que nous partagions de vive voix lors de nos séances secrètes. Pour ce faire nous nous rassemblions avec d'autres contestataires dans des arrière-salles enfumées et débattions pendant des heures. Nous colorions nos soirées aux nuances de l'arc-en-ciel.
Puis nos enfants sont nés.
Les années se sont amoncelées au pied de notre tour ainsi que les cadavres sous le tapis de l'Histoire. La dictature progressiste des premiers putschistes a laissé place à la tyrannie de la Shiftesse et la répression n'a cessé de s'intensifier. Alors le réseau s'est désincarné. les pigeons voyageurs ont remplacés les réunions clandestines, et nous avons perdu de vue nos amis; perdu de vie.
Malgré les difficultés, la résistance nous adjurait de ne pas perdre espoir. Le réseau EnCrier, écrivait-elle, s'organise dans l'ombre. Il infiltre tous les échelons du pouvoir. Toi et moi avions décidé de lui faire confiance, mais qu'il est difficile d'appréhender l'abstrait quand tout semble compromis. Mon inconscience, je crois, m'a préservé du renoncement. Toi il t'a fallu mettre en balance l'espoir et la sécurité de notre progéniture. L'instinct maternel a primé. Tu es partie.
D'un revers de cortex je balaie les souvenirs et poursuis ma chute sans heurt.
Je traverse un rayon de soleil qui se rétracte hâtivement. Pour qui l'astre se lève-t-il chaque jour ? Pourquoi ne se résigne-t-il pas à s'en aller éclairer d'autres planètes ? Flamboie-t-il comme moi de la flamme de l'espoir ?
Ma chute ralentit. En contrebas, les autovolantes trépident. Elles fusent puis décélèrent afin d'éviter les arobases sacrées avachies sur la chaussée. Puis elles repartent de plus belle et s'agglomèrent aux intersections, m'évoquant des amas de cellules tumorales. Paname se meurt. Je reste pourtant persuadé qu'elle entrera en rémission.
Dans mon dernier message colombidé, j'ai fait part de mes craintes à mon correspondant. Je pressentais qu'il ne me restait que peu de temps à vivre. L'intensification des mises en gardes synaptiques émises par les brigades du silence m'avait affecté plus que je ne le pensais. Je lui ai révélé à quel point le départ de ma femme vers d'autres bras, vers d'autres cieux, et la perte de mes enfants avaient ébranlé ma foi. J'ai parlé du passé plus que de l'avenir et ça ne me ressemble pas. Je ne me confie jamais. Qui parcourt mes courriers ? À qui s'adressent véritablement mes mots ? À moi-même sans doute, et avant tout. À peine avais-je envoyé mon message que les brigades répressives frappaient à ma porte. J'ai alors décidé de croire.
Et j'ai sauté.
Que se passe-t-il ? Le sol a cessé de croître, le temps semble s'être dilaté. Suspendu entre deux battements de cœur, je me situe à mi-chemin entre notre appartement et le trottoir encombré de servitude. J'aperçois mon reflet dans le vitrage sans tain de l'immeuble. Il flotte dans l'espace, ainsi qu'un fœtus dans le liquide amniotique. Les particules de poussière évoluent autour de moi avec grâce. Bientôt, le froissement lourd d'un vol d'oiseau me parvient aux oreilles. Le pigeon se meut au ralenti. Dix mètres, neuf mètres, il se rapproche de moi. Le mouvement ondulatoire de ses ailes me fascine. On ne soupçonne pas qu'en un tel animal réside tant de beauté. A présent je distingue un message noué à son cou. Quelques secondes s'écoulent avant qu'il ne passe à portée de main. Je tends le bras puis me saisis de la missive tandis que l'animal poursuit sa route vers les fenêtre de notre appartement.

« Il faut croire. »
Mar 28 Avr - 15:26 (2015)
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Cerise_david
Plumivores
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MessagePosté le: Jeu 7 Mai - 01:47 (2015)    Sujet du message: Histoire Répondre en citant

"Il faut croire"...


Ces simples mots griffonnés à l'encre noire. Je les lis, puis les murmure. Le sol approche. Je les hurle. Le temps s'arrête. J'observe à nouveau mon reflet dans la vitre sans tain de l'immeuble. J'approche ma main de la paroi. Et tout bascule. C'est comme si le temps remontait... comme si ma vie me revenait par flash, comme si on rembobinait une vieille VHS. Et tout s'arrête. Il fait noir. Je suis perdu. J'essaye de me rappeler le visage rassurant de ma bien-aimée... mais cela aussi a disparu. Je tente de me souvenir de mes derniers instants de notre vie, mais rien ne revient. Pas même l’hypocrisie des derniers moments, les mensonges, les pleurs. Tout est blanc. Ou noir. Effacé. Comme en appuyant sur la touche "Suppr" d'un foutu clavier. Je regarde autour de moi. Rien. Je ferme les yeux.


J'entends alors une voix. Lointaine, qui résonne comme un écho. Je garde les yeux et me concentre sur cet appel. Je cherche à la trouver, à la voir dans ma tête, lui donner forme. Elle se rapproche... elle est là, juste derrière moi. On pose une main sur mon épaule. Je sursaute et ouvre les yeux. 


Il fait jour. Je suis entouré de brume. Des nuages. Le paradis ? Non. Une femme est maintenant face à moi. Habillée simplement. En fait, tout à l'air si simple. Si pur. Comme une page blanche, prête à frémir sous la plume. Une sensation m'envahit. Béatitude ou confiance? Je ne saurais laquelle choisir. Tout est flou à vrai dire. Je ne sais pas vraiment où je suis, ce que je suis censé faire. Ce que je peux entreprendre sans passer pour un fou. Elle me dit de la suivre, qu'il faut encore croire un peu. Que tout va se jouer à présent. Mon passé, mon avenir mais surtout le présent. Je la suis incertain. Et puis, je me remémore ces mots. Les derniers mots manuscrits que j'ai pu lire. Il suffit donc de croire. Nous avançons parmi un décor surréaliste, des habitations semblent flotter en apesanteur. Je ne ressens pas non plus le poids de mon corps. Et mon esprit semble libérer de toutes les angoisses qu'ont générés ces années de servitude numérique. Peu à peu je reconnais des visages... les membres de la résistance. Je cherche à croiser leurs regards mais tout se brouille. Je doute et pourtant, il suffit de croire. Je me concentre. Je suis prêt. Il est temps de rejoindre l'autre côté. Et de les affronter de l'intérieur. 


La brigade du silence se penche sur le corps sans vie de ce qu'il pense être l'un des derniers résistants... "On l'a eu", dis l'un d'eux. Dans le creux de sa main un papier plié renferme le secret. La clef pour le passage de l'autre côté. Elle disparaît alors qu'on referme le sac mortuaire sur la chaire malmené par la chute, dans la foule attroupée quelqu'un murmure que la fin est souvent le début.
_________________
"Il suffit de croire..."
Jeu 7 Mai - 01:47 (2015)
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Le zèbre
Plumivores
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MessagePosté le: Sam 19 Sep - 21:48 (2015)    Sujet du message: Relais Cerise Répondre en citant

Dans la foule attroupée quelqu'un murmure que la fin est souvent le début.
Je reviens à moi mais je ne reconnais rien. Je sais simplement que la conductrice du vaisseau est une résistante. Je la reconnais elle est mon fantasme récurent, ma tromperie silencieuse dans mon couple, elle est mon désir le plus foudroyant depuis le premier jour où je l'ai vue, lorsqu'elle m'a fait ressentir et comprendre ce qu'est la lévitation au-dessus du Gulf Stream. Mais ce que je fais dans son vaisseau ? Elle est la seule en qui j'ai confiance alors je ne pose aucune question. Je suis dans le texte d'une aventure qu'un furieux a laissé là, sous une pile d'autres textes. Elle stoppe la navette spatiale en bordure du désert, à la frontière d’une forêt, dans le halot d’un soleil couchant laissant prévoir une constellation stellaire bien visible. Elle me fait signe de la suivre. Nous traversons un bois dont les branches d’arbres se redressent à notre passage, formant un arc-boutant qui masque la lumière de ce début de soirée. L’air est doux et je respire à plein poumons les fragrances qu’exhale la nature. Tout à coup comme portées par le vent, je perçois les premières notes du boléro de Ravel mais presque inaudibles, comme une ébauche de mesures revenant en mémoire chatouiller l’ombre d’un souvenir. Elle marche devant moi d’un pas sûr, contourne les racines, emprunte un chemin qu’elle semble connaître par cœur. Plus nous avançons, plus le Boléro s’amplifie tel un orchestre jouant véritablement dans cette forêt sombre et touffue. Sur les trois notes qui annoncent une nouvelle dimension dans la musique, nous arrivons dans une immense clairière. Il n’y a plus de soleil couchant mais une lune qui inonde de sa clarté naturelle un monde d’ombres chinoises et de clameurs mélodieuses inspirant une gigantesque invitation à la vie. C’est tout simplement magnifique. Devant moi et à l’infini s’étendent des millions de boutures. L’air est parfumé de milliards de senteurs, d’infinies particules qui paraissent provenir d’un jardin des délices. Nous parcourons les rangées de pensées et leurs auteurs. Me prend une envie folle de courir et de sauter au-dessus de ce qui pourrait s’apparenter à un gigantesque cimetière de blogs, identifiés chacun par leur page d’accueil. Ici une phrase d’accroche, là une image ou une vidéo, des extraits de films, des bandes sonores. Mais il y a plus extraordinaire : lorsque je m’approche de l’un d’entre eux, il se met en mouvement. Les textes déroulent leurs lettres qui semblent flotter comme des bulles de savon soufflées avec délicatesse. Les sons se matérialisent et vont se poser sur les portées comme des oiseaux sur des fils électriques. Je m’arrête sur un blog cinéma dont les personnages se matérialisent sous mes yeux. Elle vient près de moi et juge utile de faire les présentations
-  « Les enfants du Paradis » Très vieux film français. Réalisation Marcel Carné, scénario...
- Jacques Prévert ! Est-ce vous qui avez guidé mes pas jusqu'à ce blog ? Par télépathie ?
- Non. Je vous promets que je ne me le permettrais pas. J'ai du respect pour vous et vous le savez mais je ne peux pas m'empêcher d'entendre ce qui se passe dans votre tête. "Je suis faite comme ça et n'y puis rien changer" comme écrivait ce même Prévert
Je la prends par les épaules et doucement, sous l'effet d'une grosse émotion je lui dis
- Alors vous savez ! Le trouble dans lequel je suis en votre compagnie altère mes facultés d'analyse. Dans quelques minutes je vais retrouver les miens… Que vais-je leur dire ? Je ne sais rien de vous. Je ne sais rien des sensations que vous me procurez et je n'ai pas le temps de faire connaissance
- Prévert mon cher, l'inventaire. Ils sont tous là, tous ceux que nous avons pu retrouver et recoder pour être lisibles aujourd'hui. Les plus vieux ont plus de cent cinquante ans. Des milliards de pages dans l'attente d'être reconnectées entre elles, dormantes mais très loin d'être inactives. Dans cette foultitude d'informations, il y a notre passé mais aussi les futurs possibles ou probables que les internautes à l'époque envisageaient. Nous sommes-nous éloignés de ces possibles ? Un peu ? Beaucoup ? Qu’attendait de nous l'Humanité avant cette immense transhumance humaine dans l'espace ? Vous n'avez pas envie de savoir ?
- Je ne suis plus dans la rhétorique. Je vous parle… d'autre chose ! Ce que je ressens pour vous est si… Dites-moi où sont les issues de secours de mes états d'âmes ?
- Vous souvenez-vous des premiers mots de "L'Inventaire" de Prévert ? « Une pierre …
La suite me revient immédiatement
- « deux maisons Trois ruines Quatre fossoyeurs
- Un jardin
- Des fleurs
- Un raton laveur ». L'inventaire met en composition des objets qui n'ont rien à voir les uns avec les autres pourtant ils forment un tout. Et toujours des ratons laveurs. « Un » puis « un autre » puis « cinq ou six » et enfin, « plusieurs » ! Nous les résistants, sommes les ratons laveurs des soupapes culturelles et artistiques que le système que vous représentez a imposées : ni remous, ni contestations. Adieu Internet, les réseaux d'échanges, cet espace de liberté que vous avez condamné au silence, allant jusqu'à détruire voire assassiner ceux qui s'opposaient  à vous en résistant de toutes leurs forces à la pensée unique, linéaire que ce pouvoir autocratique a mis en place. Vous refusez de regarder dans le miroir. Trop de cadavres de la pensée humaine divergente jonchent les bas côtés de votre unique autoroute de l'information. Vous êtes tous responsables de l'abjecte crétinité de mes semblables qui ne se posent même plus LA question : qui suis-je moi ?
Je ne rétorque pas et m'éloigne lentement quand je sens sa main qui fermement m'oblige à lui faire face. En un quart de seconde, je ne suis plus un homme de gouvernement confronté à une chef de la résistance, je suis un simple être humain dépouillé des oripeaux du pouvoir face à une femme dont je tombe éperdument amoureux. J'éprouve une déflagration, une immense explosion de vertiges. Ses yeux sont l'espace du désir dans toute son infinitude, des myriades de constellations et leurs comètes. Tout ça dans un seul regard. Je manque perdre l'équilibre mais elle sourit et vient appuyer sa tête sur mon épaule. Je retrouve ma stabilité en la serrant enfin contre moi, les larmes retenues par les cils, la gorge nouée. Elle se redresse, m'absorbe dans ses pupilles dilatées
- Vous pleurez ?
- Ce n'est rien
- Venez, il faut partir
Elle me conduit entre les blogs en commentant. Ici des blogs interdits sous des régimes totalitaires ; Là des blogs écologistes de tous pays qui pourtant n'avaient eu de cesse de tirer la sonnette d'alarme sur l'état de la planète Terre ; Des blogs d'informations, de communautés, d'échanges, ou de journaux personnels, de vies intimes et tant et tant d'autres. J'ai l'impression d'être dans une immensité végétale vivante, terreau indispensable à tous ces bourgeons pour se ramifier entre eux, créant par là une infinité de combinaisons que nous ne pourrons jamais vraiment éradiquer. Je suis dans les traces historiques de ce que la réalité humaine a eu de plus hideuse mais aussi de plus merveilleuse, d'extrêmement inquiétante ou au contraire, très rassurante. La complexité humaine couchée à même le sol ! Pleine de vie alimentée par la sève d'une forêt de souvenirs, portant en son sein des projets d'avenir, dans la puissance de ce qui avait été et de ce qu'ils auraient souhaité que ce soit plus tard, cent cinquante ans plus tard.
J'ai le pressentiment que tout ceci ne constitue que la partie émergée de l'iceberg.  Je viens de prendre un aller simple destination l'infini. L’infini… serais-je déjà au paradis ? Très envie de répondre : oui !
 
 
 

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Le zèbre

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Sam 19 Sep - 21:48 (2015)
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Alinoë
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MessagePosté le: Dim 20 Sep - 10:45 (2015)    Sujet du message: Histoire Répondre en citant

Je viens de prendre un aller simple destination l'infini. L’infini… serais-je déjà au paradis ? Très envie de répondre : oui !


Mais l'envie n'a rien à voir là-dedans...


« Il faut croire. »


Trois mots. Trois tout petits mots qui me reviennent en mémoire. Croire. Ha. Croire en quoi ?


« En l'Homme. », me dit-elle, réponse à ma question muette.

Elle n'est pas conne. Elle voit mon regard apeuré qui dérive, se perds entre les lignes de codes, les flash et les clouds. Cet endroit... Toutes ces lumières, ces voix, ces cris et ces écrits, comme des milliards d'appels à l'aide qui tambourinent dans le fond de ma tête.


Je m'effondre en hurlant à mon tour :
« Non ! Non ! NOOOON ! Tout ça n'est pas réel ! » Je me tourne vers elle. « On ne surf pas sur les lignes de codes, c'est impossible ! »


Etrangement, elle ne semble pas surprise, sourit, se rapproche et me dit :
« Impossible n'est pas Homme. Tu devrais le savoir. Tu en es un. »


A-t-elle seulement raison ? Il fut un temps, c'est vrai, où l'Homme avec un grand H ne se serait jamais laissé bâillonner, brimer sans bouger le petit doigt. Il fut un temps, à ce qu'il parait, où les voix d'Internet étaient impénétrables. Un espace d'expression libre, une soupape et une échappatoire. Un endroit où les voix des Hommes couvraient aisément celles des Présidents, des Princes, des Rois et de leurs foutus gouvernements. Que sommes nous aujourd'hui ? Qu'une masse de moutons réduite au silence par la Grande Shiftesse et sa brigade.


« Comment ?! », ai-je demandé. « Comment suis-je sensé faire ? Je sais tout juste aligner des mots sur de petits bouts de papier ! L'EnCrier, mon cul ! Ce serait plutôt l'EnMuré ou L'EnMurmure ! »
« Si tu as la foi... », souffle-t-elle en s'approchant de moi.
« La Foi?! La foi en quoi ? Regarde autour de toi ! Ce n'est pas un Paradis, encore moins un Jardin d'Eden que tu as là mais un Cimetière, celui de nos voix ! », me suis-je écrié, à bout de nerfs autant que d'idées.

Je me sens pris au piège, acculé par cet être inconnu et pourtant si familier. Elle me regarde, me sourit. La peur s'évanouit.


« Ils ont besoin de toi. »
« Pourquoi ? Pourquoi Moi ? »


Qu'ai-je donc de si spécial ? Je ne suis qu'un homme délaissé par sa femme. Tu es partie en emportant toute ma vie. Que me reste-t-il à part une masse de mots insensés qui se bousculent dans ma tête, crient, secouent, se frayent un chemin jusqu'à ma plume ?


Sa main effleure ma joue, ses yeux s'enfoncent au creux des miens. Calme, posée. Elle desserre les lèvres, murmure dans une souffle artificiel :
« Pour les guider. »
« Et toi, qu'as-tu à y gagner ? », dis-je, méfiant tout à coup. Son visage m'apparaît soudain si flou.
« Moi... Ca ne compte pas. Je suis programmée pour ça. »
« Programmée ? Par qui ? Pour quoi ? »
Un grésillement. Une décharge m'irradie brusquement le cerveau, me fait tomber à genoux, me courbe le dos. La tête entre les mains, je suis certain de hurler mais aucun son ne réussi à raisonner. Mes paupières s'agitent, palpitent, vaines tentatives pour éclaircir ma vision. Je la sens, elle est là, juste à côté de moi. Sa main glisse dans mes cheveux, du moins le crois-je... Sa voix s'élève, douce et légère, une mélodie enfantine qui me revient immédiatement en tête. Rien à voir avec du Prévert. Plutôt un vieux Goya ou peut-être du Dès. Des dinosaures de la musique pour petits comme me chantait ma mère.


Soudain, le silence, sourd, sifflant, épais et bruyant. Une trop vive lumière m'empêche de distinguer nettement le contour de la pièce où je suis installé, sanglé, rivé à un harnais mobile en acier. Je ne vois rien que du blanc, intense à rendre invisible les quatre murs qui m'entourent. Des fils me sortent de partout, grossièrement relié à mon corps partiellement disloqué.


Mon coeur se serre d'un coup. Je suis mort, du moins devrais-je l'être. Je ne sens plus mes membres et un drôle de vide à l'intérieur du crâne. D’infimes pulsations me parcourent le corps à intervalles réguliers, trois millièmes de secondes exactement. J'ai froid et puis, du mal à respirer. J'essaye de bouger, au moins les yeux, pour tenter d’appréhender les lieux. Mes liens me scient la peau. Je me laisse aller contre le harnais dans un soupir.


Alors c'est donc à ça que ressemblent les cellules de la Brigade du Silence ?


Nous en avions entendu parlé, il y a longtemps déjà, quand on était encore que toi et moi. Des résistants passionnés. Nous n'avions peur de rien, pas même des rapts. Leurs Isoloirs, de simples légendes dont nous nous serions facilement échappés. Comment aurions-nous pu imaginer ?


Je ne suis plus qu'un cadavre qu'ils maintiennent en vie. Mes yeux se ferment. Tant pis. Si c'est ma punition, je l'accepte. Je t'ai laissée partir pour une poignées de mots. Pour le même prix, ils m'ont condamné, condamné à la vie.


« Il faut croire. »


Croire qu'il y a un but à tout cela. Croire à la force du Destin. Croire qu'en luttant assez forts la voix du peuple peut encore raisonner. Croire que le Silence sera, tôt ou tard, brisé.
_________________
THE TRUTH IS OUT THERE


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https://www.youtube.com/watch?v=OttPq7ceH9E&feature=youtu.be&eml=2015September21%2F2733333%2F6010044&etsubid=30262197
Dim 20 Sep - 10:45 (2015)
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 00:02 (2016)    Sujet du message: Histoire

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