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Le nettoyeur

 
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hector vugo
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MessagePosté le: Dim 15 Mar - 22:02 (2015)    Sujet du message: Le nettoyeur Répondre en citant

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LE NETTOYEUR

Chez eux, cet homme était un invisible. On ne le remarquait pas, on ne le touchait pas, on ne le sentait pas, excepté lorsque vous l’approchiez de trop prés. Il fallait être nez à nez face à lui pour en connaitre l’existence réelle.
Certes Ce couple en avait apprécié, jusqu’ici l’utilité, sans imaginer une seule seconde qu’il était doué de raison et de conscience.
Ce type avait deux bras, deux jambes. Il usait si peu de la parole qu’ils avaient cru qu’il était une machine, un ustensile bien pratique, un aspirateur ou un balai infatigable.
Tout deux l’observaient exercer son activité sur les marches d’escaliers chassant la poussière avec nonchalance.
John, lui, étudiait l’individu
Jasmine, elle, le regardait amusée et gênée à la fois, pouffant, retenant par moments, ce rire anglican truffé de pitié et de dédain.
John aimait ce rire, et plus particulièrement l’effet qu’il avait sur le visage de Jasmine. Il lui donnait un éclat. Plus elle riait, plus elle était jeune à ses yeux et apte à la consommation de son désir.
Ils ne formaient plus un jeune attelage, mais une vieille association presque fripée. John doutait de sa viabilité quant au petit matin, il constatait les dégâts du temps sur Jasmine.
A chaque lever de soleil, il se posait la question à lui-même : « comment ai-je fait pour coucher encore avec elle ? »
La lumière du jour rendait à Jasmine la vérité sur son corps : un amas de chair irrémédiablement prisonnier de la pesanteur. John n’avait rien à lui envier, le sien était tout aussi répugnant. Contrairement aux hommes de sa condition qui, eux, collectionnaient les maîtresses, lui ne pouvait plus en avoir. Les belles changeaient de trottoir en l’apercevant.
Alors faute de mieux, il continuait son histoire avec Jasmine en essayant de convoquer à sa mémoire ce qui la rendait toujours comestible.
Le souvenir était un déclencheur d’amour incroyablement puissant, au point de modifier l’aspect physique de celle pour qui John avait parfois de l’affection.
Aussi gardait-il près de lui une photo de Jasmine jeune, une photo ou elle riait à pleines dents.
Son rire, la seule chose qui n’avait pas bougé chez elle depuis tout ce temps. Plus il le regardait, plus il l’aimait.
John aurait voulu embrasser le balayeur, lui témoigner sa gratitude, lui dire aussi : « merci, merci de l’avoir fait rire » Mais en Inde, on ne touchait pas les domestiques, surtout ceux-là.
Au fond du couloir, une voix grave retentit : « Vich Nouille, la chambre des Bracford c’est pour aujourd’hui ou pour demain !!! ».
Vich Nouille… Le balayeur, l’invisible avait donc un nom.


A peine sorti de l’aéroport, Paul se sentait ailleurs. Son taxi traversait, à présent, New Dehli. Et dans la difficulté de se frayer un chemin, il découvrait un monde hirsute, bigarré, improbable, avec ces deux ou quatre roues, ces calèches, ces piétons, ces trottoirs vomissant de misères pour en face, en trouver d’autres étrangement clinquants et propres. Quelle étonnante vision. D’autres pays ne le supporteraient pas. L’Inde si.
Paul détestait ce désordre. Il lui préférait la fureur des villes de l’autre continent. Il regrettait déjà New York, sa fièvre, son énergie.
Mais puisque son travail l’amenait ici à Delhi, il s’adapterait.
Même si … Même si des petites plaques rouges sur son bras droit apparaissaient. Les premiers signes de l’angoisse, du stress. Parce que le taxi faisait du sur place, parce qu’il était trop près d’une population dont il voyait le visage. Paul exécrait se retrouver en contact intime avec des têtes, y lire la résignation et la douceur dans leurs regards. A force de les voir, il risquait l’empathie : cette saloperie incompatible avec l’exercice de son métier.
Après deux heures d’embouteillages, de corps à corps avec la ville, la voiture fut à 300 mètres de l’hôtel. Si proche à vol d’oiseau, si accessible à vue d’œil, si loin par le trafic.
N’y tenant plus, Paul finit le chemin à pieds, serré de près par une vache sacrée. Elle dégagea la route par des meuglements d’affections.
Pourtant il ne lui avait pas adressé la parole, pire il lui avait craché à la gueule. Qu’importe, la bête l’avait choisi
Paul l’abandonna devant la porte du hall. Ignorant qu’elle y coucherait la nuit venue. Vache ou groupie même combat.
- Le concierge de l’hôtel se moqua de Paul. En regardant la vache dehors, il lui dit : si vous voulez monsieur, nous pouvons vous proposer une chambre pour deux à la place de la vôtre.
- Ce ne sera pas nécessaire. Je suis ici pour affaires
- Rien n’empêche monsieur de se détendre
- (Paul désignant la vache du doigt) pas avec ça. Donnez-moi la clé de ma chambre qu’on en finisse. Je suis mort de fatigue
Muni de son maigre bagage, Paul prit l’ascenseur. Rapide voyage au cours duquel, il manipula machinalement la clé. Il arrivait enfin. Ses plaques sur le bras disparaissaient.
Avant de prendre une douche, de s’écrouler sur le matelas, il envoya un texto au patron : « je suis à Dehli Monsieur ». Ce n’était pas du Hemingway mais cela avait le mérite d’être précis.

A l’autre bout de l’hémisphère un téléphone vibra sur un bureau
9 heures du matin (heure locale) New York affichait son visage de jeune fille. Nerveuse, provocante, électrique. La foule sortait des « subways » pour fondre sur les buildings. Les femmes avaient rangé leurs tennis dans leurs sacs et sorti leur paire de talons hauts, les hommes nouaient leur cravate avec la fausse décontraction des incroyants.
D’en haut, Malcom Travex butinait des yeux ce manège. C’était sa récréation, sa respiration dans une journée polluée par les rendez-vous, les décisions économiques, le prochain déjeuner avec un industriel chinois rasoir. MT adorait ces minutes fragiles où le monde occidental se déversait dans les rues avec ses marionnettes trop bien faites, sures à l’excès d’un destin que, lui, seul contrôlait.
Car comme tout homme puissant, il ne trouvait son plaisir que dans la construction et la destruction des vies et des carrières.
Le téléphone vibra une deuxième fois sur le bureau. Le sien, niché au dernier étage d’une tour trop grande pour être la propriété d’un homme.
Et pourtant. Il en avait fait l’emblème de sa firme.

Travex saisit son portable et lut le message : « je suis à Dehli Monsieur ».
Paul Soap était arrivé à bon port. Malcom, tout en le savant fiable et fidèle, ne supportait pas cet homme-là. Mais il avait besoin de Soap pour ses basses œuvres. Il faisait le sale boulot. Il nettoyait la crasse, jouait efficacement du karcher, bref il liquidait.
Quelle idée de trainer en Inde pour faire un travail de cochon ? Car, en dépit, de la réputation qui faisait de Paul un as dans son domaine, MT qualifiait son homme de main de charcutier.
Il savait couper la viande ou sous-traiter la coupe, puis faire disparaître le morceau sans que personne ne fût au courant.
MT répondit au sms de façon pragmatique : « Bien reçu. Recontactez-moi dès que vous aurez vu le nettoyeur ».
On n’en était qu’au début. Malcom salivait déjà. Il avait hâte. Pour calmer son impatience il fit venir un livreur de croissants.
En un quart d’heure il expédia les viennoiseries. Avec lui, on ne trainait jamais sous peine de disparaitre.



Le nettoyeur, ça sonnait roman noir. On imaginait un type grand, aux mains larges, à l’esprit étroit, à peine capable de comprendre un ordre binaire.
Paul ne savait pas à quoi il ressemblait. Il avait eu des contacts avec un de ses proches. Et encore, la richesse de la conversation ne lui avait pas permis de se faire une idée précise sur le personnage.
A part qu’il était un taiseux à la respiration ample.
Il lui avait donné rendez-vous à Delhi un vendredi 13.
Ça tombait bien c’était demain.
La vache sacrée beuglait encore dehors quand Soap posa sa tête sur l’oreiller et commença sa nuit.
De quoi allait-il rêver ? D’une bourrique ou d’un nettoyeur ? Aucun des deux. Songer était un luxe que Paul ne se payait plus depuis longtemps.



John et Jasmine logeaient dans ce palais chaque semaine de vendredis 13. Ils s’étaient rencontrés un vendredi 13. Alors, depuis ils réservaient une chambre dans cet hôtel somptueux en banlieue de Dehli pour fêter cet anniversaire.
Pourquoi Delhi ? Parce que cela les changeaient de Beverly hills. Dehli était plus exotique. « Et puis les pauvres sont si choux ici ». Jasmine avait de ces expressions, encore heureux que sa femme de ménage mexicaine ne comprît qu’un un mot sur deux. Elle l’appelait tous les jours pour avoir des nouvelles, savoir si la collection d’orchidées et de magnolias tenaient le coup dans le jardin, savoir aussi comment allaient les quatre chats Athos, Portos, Aramis, d’Artagnan, si la chatte du voisin Milady n’avait pas été courtisée. D’Artagnan n’attendait que cela.
John fermait la porte de leur chambre quand Jasmine téléphonait. Il ne voulait pas que le petit personnel les entendît. Surtout Vich Nouille, toujours tellement préoccupé par les marches d’escaliers malgré les remontrances de son patron.
Il passait du temps à récurer quelques centimètres carrés pour un résultat aussi maigre que ses bras. John lui aurait bien proposé un poste dans son usine de croquettes pour chats, celle qui fit sa fortune. Seulement il fallait avoir des bras plus larges et une vigueur dans l’effort que Vich Nouille n’était pas capable d’avoir.
John imaginait le technicien de surface issu d’une famille pauvre, trimant dix heures par jour pour ramener un salaire de misère. C’était du Zola, de l’assommoir à la sauce Hindi avec quelques pétales de roses, histoire d’adoucir le récit.
Il en glissa quelques mots au gérant du palais.
- Dites-moi, votre Vich Nouille n’a pas dû avoir une vie facile. Il vient surement des bas quartiers de Delhi
- Détrompez-vous Monsieur John. Je l’ai arraché aux bras d’une organisation mafieuse grecque
- D’une organisation mafieuse grecque ?. Qu’est-ce que vous me racontez là ?
- Je ne plaisante pas. Vich n’est pas un indien. C’est un grec de Pirée
- Il a bien le teint de Delhi pourtant
- Non, son grain de peau est dû à son hygiène douteuse. Il se lave peu. Il n’en a pas le temps

New York, vendredi 13, 12h30 (heure locale).
Malcom Travex fit le voyage à pieds. Il arriva d’un pas souple et conquérant. A peine entré dans la salle, on s’empressa de le placer à sa table favorite, celle que sa secrétaire avait pris soin de réserver.
L’industriel Chinois finissait son verre de gin et regardait sa montre.
- Je vous félicite pour votre ponctualité Monsieur Travex
- Monsieur Tching je présume
- Tout à fait. Pardonnez-moi de ne pas vous avoir attendu. J’ai un péché mignon, celui d’arriver en avance et de boire seul le premier verre
- Nous partagerons donc le second
- J’aime à attendre ce trait d’esprit et d’ouverture
- Buvons et mangeons voulez-vous. Nous parlerons affaire entre deux bouchées.
- Et nous conclurons au café, j’en suis certain.


Delhi vendredi 13, 22h30 (heure locale)
Paul avait mis son plus beau costume et il se demandait bien pourquoi. Son contact l’avait convoqué là. Quelle idée de se retrouver dans un bar poisseux ou les prostituées aguichaient l’occidental. Enfin, il était prêt à toutes les compromissions pourvu qu’il n’éveillât pas les soupçons.
Un OSNI (Objet Sexuel Non Identifié) l’accosta. Ce n’était ni une femme, ni un homme. C’était un mélange des deux pour le pire hélas. Il combinait la vulgarité féminine avec la grossièreté masculine, de sorte qu’il créait à son passage les rires des clients. C’était une caricature ambulante. Il s’avança en direction de Paul et lui caressa la main.
- Soyez tranquille, c’est moi
- Vous ? Le nettoyeur ?
- Pas tout à fait, je suis le déclencheur du nettoyeur
- C’est quoi ce délire. Et puis arrêtez de me tripoter ou je vous en colle une
- Du calme, faites comme si de rien n’était. Et suivez-moi
- Ou ça ?
- Dehors. On sera plus tranquille mon chou
- Chut on nous regarde
- Justement
Paul quitta avec son contact l’établissement, la main dans la main. Ce dernier d’une voix rauque le questionna en lui montrant ses fesses : « t’aimes ça hein ? ». Tout deux disparurent dans une ruelle sombre.
Le contact enleva son déguisement et reprit une apparence plus masculine.

- Monsieur Soap vous savez quoi ?
- Non
- je me sens mieux en homme
- Ça me rassure. Le bar vous pensiez que c’était une bonne idée ?
- C’était la meilleure des couvertures
- Alors ce nettoyeur, il est où ?
- Pas loin d’ici. Dans un lieu qui respire l’argent
- Un casino ?
- Non Paul, un hôtel. Et le plus beau de la capitale


New York, vendredi 13 12 h45 (heure locale)
Tching échangea un regard qui se voulut franc, trahi par une souplesse au niveau de la commissure des lèvres. Un double jeu chorégraphique. Malcom composa avec et lui rendit le plus beau de ses sourires carnassiers.
Avant l’heure du déjeuner, Travex avait étudié avec minutie le dossier. L’achat de nettoyeurs l’intéressait, mais il voulait savoir de quoi ils étaient capables. On lui avait dit beaucoup de bien.
- Tout en mélangeant sa salade à base de feuilles de menthe, Malcom attaqua : vous comprenez Monsieur Tching, j’ai besoin de juger sur pièce
- Je souscris à votre demande Monsieur Travex. C’est pourquoi j’ai accepté qu’un de vos hommes soit en contact avec un de mes représentants
- Le test a lieu aujourd’hui.
- Oui
- Et pourquoi avoir fixé le rendez-vous à New Delhi ?
- Nos démonstrations ont lieu là-bas.
- J’ai entendu dire que vous produisiez vos nettoyeurs dans des usines ?
- Ce n’est pas tout à fait exact monsieur Travex. On ne les produit pas, on les forme, on les élève.
- La main d’œuvre ne manque pas en Inde
- Non, notre base d’éducation n’est pas en Inde. Le pays est trop peuplé. Nous avons choisi un endroit plus discret, au bord de la mer.
- Soyez plus précis
- Vous promettez de garder l’information pour vous
- Vous avez ma parole
- Bien. Notre base d’éducation de nettoyeurs est située en Grèce. Au Pirée exactement. Le port a été privatisé par le gouvernement. Les industriels chinois s’y sont installés.
- Je vois. Alors entre deux entrepôts de sardines, vous avez monté votre élevage de nettoyeurs.
- C’est presque ça.
- Comment ça marche pour fabriquer un nettoyeur ?
- C’est simple, on prend des réfugiés kurdes, des grecs dans les besoin, des albanais affamés, des bulgares dans le yaourt, des russes maigrelets, des ukrainiens résignés. Ensuite, on les enferme, on leur lave le cerveau, on les hypnotise, on leur donne une mission. On les transforme en arme.
- En armes, en nettoyeurs. Bon dieu, c’est démoniaque
- Il suffit d’un élément déclencheur pour qu’ils se mettent en marche.
- Un élément déclencheur ?
- Un mot, une phrase, une formule
- Votre démonstration est persuasive. J’ai presque envie d’acheter le produit.
- Attendez les résultats du test.

Delhi vendredi 13, 22h45 (heure locale)
Ils auraient pu prendre un taxi, mais le contact voulait faire le chemin à pieds. « Le fond de l’air est doux ce soir, profitons-en » s’amusa-t’il. Paul, lui, n’était pas d’humeur. La décontraction et les affaires ne faisaient pas bon ménage à ses yeux.
D’autant qu’il sentait l’odeur du traquenard, à moins que ce ne fût celle du curry qui partait des fenêtres des appartements.
Les deux hommes s’éloignaient des faubourgs folkloriques. Plus ils avançaient, plus une sensation de sécurité les prenait. Il n’y avait plus de vélos, de mendiants, de filles de mauvaise vie, les rues étaient lisses, presque propres. Paul respirait enfin, alors que bizarrement le visage du contact se crispait. Il avait déjà vérifié deux fois, si son téléphone portable était dans la poche droite de son pantalon.
On s’approchait du but. Les berlines de luxes, voituriers aux volants, circulaient. D’autres s’arrêtaient parfois, faisant descendre des créatures étranges aux visages retouchés accompagnées de lionceaux bodybuilders ou des jeunes femmes aux bras d’hommes rondouillards sentant le cigare et l’alcool. On les voyait poser fièrement devant des touristes asiatiques aux flashs souriants. C’était un peu le festival de Cannes.
Paul vomissait ce cinéma. D’ailleurs ça respirait le toc, l’arrivisme, le mélange puant des genres. Le contact traçait sans regard, toujours aussi obnubilé par son téléphone. Il fonça vers le hall de l’hôtel manquant d’écraser le Chihuahua d’une vieille russe reliftée. Paul accéléra le pas, jusqu’à involontairement tamponner une californienne botoxée. Son « Hey Honey ! » ne changea en rien sa trajectoire. Il était là pour le boulot, uniquement le boulot.
Le contact se posa sur un canapé, il sortit son portable. Paul prit place près de lui. Sur les côtés de vastes plantes tropicales formaient une haie d’honneur à une allée de marbre blanc, cette dernière tournait le dos à la réception, pour mener aux escaliers et aux ascenseurs. La clientèle attendait assise dans des fauteuils, sirotant un verre de bienvenue, s’amusant devant la course du personnel avec les bagages. Par moments, un homme en costume gris annonçait à deux personnes que tout était prêt et qu’ils pouvaient monter dans leur chambre. Un concierge les accompagnait. On les voyait partir heureux, éviter parfois quelques grooms excités avec des chariots et croiser avec soin, sur la première marche d’escalier un être fluet avec son balai.
Le contact tendit le bras en sa direction.
- Monsieur Paul, vous voyez l’homme là-bas sur la marche d’escalier ?
- Le maigre qui tient un balai ?
- Oui c’est ça. Et bien c’est lui, c’est notre nettoyeur
- Vous vous moquez de moi. Ce n’est pas un nettoyeur. C’est un technicien de surface.
- Vous jouez sur les mots monsieur Paul.
- Ecoutez et regardez. La démo commence.
Le contact composa un numéro sur son portable. A peine la première sonnerie terminée, la maigre au balai répondit.
Conversation rapide et précise.
- Vich Nouille c’est l’heure du grand ménage. Exécution
- Bien Monsieur
Le nettoyeur posa son balai contre le pommeau de la rampe d’escalier. Il quitta son poste sans broncher, direction le vestiaire du petit personnel.
De là, il en sortit en civil, vérifia le contenue de sa poche de pantalon, puis marcha vers l’ascenseur. Il le prit et disparut.
- Quelle démonstration ! Je reste sans voix
- Attendez Monsieur Paul, ne soyez pas sarcastique. Un peu de patience
- Faites vite je dois appeler mon patron dans un quart d’heure
- Je sais Monsieur Paul, je sais

Delhi vendredi 13, 22h 55 (heure locale)

John ferma la porte de la chambre sans tristesse, Contrairement à Jasmine, il n’était pas intoxiqué par la nostalgie immédiate. Il tournait la page facilement, d’autant qu’en la circonstance, il savait qu’ils reviendraient ici tôt au tard. Cette délicieuse perspective l’enchantait. Son épouse n’était pas de même bois. Elle laissait aller son chagrin, dans des larmes lesquelles transformaient son visage en une vaste boursouflure rose et rouge, étrangement mise en valeur par un regard vert que le groom mangeait des yeux. Jasmine plaisait encore. Divine surprise.
La porte de la chambre s’était refermée derrière eux, et on entendait les roues du chariot contre la moquette, un chariot plein de bagages et de babioles. 30 mètres les séparaient de l’ascenseur, un mini couloir à traverser. Le groom servait d’éclaireur. Il cachait à John et à Jasmine les murs bleus et leurs appliques dont les lumières dorées se reflétaient sur les vitres. Soudain le chariot s’arrêta, un coup de feu retentit et un corps s’écroula. Puis le chariot reprit sa course avec un bras tendu et une arme au bout. Deuxième détonation, Jasmine fut mortellement touchée, troisième détonation, le cerveau de John explosa. Dernière détonation, le nettoyeur se supprima.
A l’ouïe des coups de feu, c’était la panique dans le hall. Les gens couraient dans tous les sens. Les vigiles se regardaient, ne sachant que faire et par où commencer pour reprendre le contrôle de la situation.
Paul resta stoïque sur le canapé, regardant le contact, l’œil brillant, admirer l’étendue des dégâts. La démonstration avait été une franche réussite. Restait à vérifier une chose. Le contact reprit son portable, appela le nettoyeur. Sans succès.
A l’étage un téléphone vibrait sur la moquette à côté d’une dépouille encore fumante.
- Le contact fixa Paul et dit : le nettoyeur ne répond plus. Il est mort
- Comment le savez-vous ?
- Il est à usage unique. Il se supprime après une mission. Fin de la démo. Vous pouvez envoyer le sms à votre patron.

New-York vendredi 13, 13h15 (heure locale)

Le texto sur le portable de Malcom fut laconique : « Mission accomplie, la cible test a été supprimée. Vous pouvez acheter le produit »
Travex commanda deux cafés et deux cigares avec l’approbation de Monsieur Tching. Sur un coin de table l’accord fut signé.
Un achat d’un nettoyeur avec option sur le deuxième.
- Votre nettoyeur à quoi va-t-il vous servir Monsieur Travex ? demanda le chinois
- A faire le premier plan social mortel de l’histoire dans une de mes firmes
Une nouvelle ère pour le licenciement s’ouvrait alors. Sans indemne ni indemnité.
Dim 15 Mar - 22:02 (2015)
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Yannick Darbellay
Giga Coup de Coeur...
Giga Coup de Coeur...

Inscrit le: 18 Sep 2013
Messages: 2 837

MessagePosté le: Mer 18 Mar - 01:36 (2015)    Sujet du message: Le nettoyeur Répondre en citant

Tu as élaboré une histoire ingénieuse. Je trouve l'idée super bien trouvée, et elle fait froid dans le dos!Le récit est dynamique, les persos bien brossés, le ton vif et les pièces de puzzle s'emboîtent habilement les unes aux autres, chapitre après chapitre.
J'ai trouvé par moment l'écriture un peu touffue, ma lecture en a souffert un peu sur certains passages que je trouvais laborieux. L'ensemble est dense, mais malgré ces cahots, tu offres une vraie histoire maligne au scénar bien pensé, servie par un style joyeusement insolent. Bravo.
Mer 18 Mar - 01:36 (2015)
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Rafistoleuse
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Messages: 4 563

MessagePosté le: Mer 18 Mar - 06:37 (2015)    Sujet du message: Le nettoyeur Répondre en citant

Ce que j'aime avec ta plume, c'est que les idées jaillissent à une allure folle et tu ne les refusent pas. Tu t'en sers et du coup tu nous sers souvent des scénarios à multiples rebondissements.
Dans ce texte on est bien servis Ça ne s'arrête pas, et parfois, je me suis un petit peu paumée c'est vrai. Mais je trouve l'idée de départ très très bonne, et puis on s'ennuie pas du tout... ça court, ça court jusqu'à se terminer d'un coup sec, et j'aime bien
_________________
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Mer 18 Mar - 06:37 (2015)
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MessagePosté le: Jeu 19 Mar - 12:32 (2015)    Sujet du message: Le nettoyeur Répondre en citant

yaaa !! J'ai beaucoup aimé , les lignes se croisent, se mêlent mais s'emmêlent pas , t'arrives à garder le suspens et tout le reste bien en place, l'histoire glisse toute seule  !  Très bien joué

Ah ! Et j'ai adoré la façon dont t'as amené la contrainte "chat"
_________________
http://laplumeduchakal.wordpress.com/

"Un blog qu'il est bien pour le lire"

https://www.facebook.com/laplumeduchakal
Jeu 19 Mar - 12:32 (2015)
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 22:23 (2016)    Sujet du message: Le nettoyeur

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