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TON LUNDI C'ETAIT COMMENT ?

 
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hector vugo
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Inscrit le: 18 Sep 2013
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MessagePosté le: Mer 15 Avr - 12:22 (2015)    Sujet du message: TON LUNDI C'ETAIT COMMENT ? Répondre en citant

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Un philosophe Guyanais chantait : le travail c’est la santé, rien faire c’est la conserver.

J’ai fait de cette maxime un principe de vie. Seulement je n’ai jamais eu les moyens de cette ambition. Alors faute de mieux, je travaille. J’obéis à cette obligation parce qu’il faut payer le loyer, remplir le frigo, jouer aux incérés en suivant toutes sortes de codes plus imbéciles les uns que les autres.

Bêtement j’espère encore gagner le gros lot au loto, avoir les 6 numéros et le complémentaire. Je regarde le tirage à la télévision et je vérifie mon pseudo ticket de caisse. Tous les mercredis je tombe dans le piège.

Je rêve deux minutes à peine. Après je replonge dans ma satanée vie.

Je m’autoflagèle : « Mon pauvre Ernest t’es pitoyable ».

Au réveil, c’est la première phrase que je me balance l’œil sur le miroir. C’est un conseil que je vous donne, n’en installez jamais un à proximité de votre lit, vous risqueriez de le regretter très vite.

La tête du matin peut rapidement vous dissuader de vivre. J’ai décidé d’ignorer la mienne pour éviter de mourir.

Voilà pourquoi je baisse le visage en me levant. Je dis bonjour à mes pieds, puis à mon chat qui se frotte à mes chevilles. J’aime bien sentir son corps contre mes malléoles.

Pour autant je n’interprète pas ce geste comme de la gratuité sentimentale. C’est l’appel du ventre que le pousse à se prostituer.

Animaux ou humains, on se ressemble tous. Il y a toujours une Josiane qui sommeille en nous. Josiane c’est plus classe que putain. Ça sonne mieux à mes oreilles. Depuis minot, on m’a toujours appris à proscrire l’utilisation des gros mots. Bref mon chat est une Josiane. Je l’ai appelé Marvin. Allez comprendre. Vous me direz pour un mâle c’est plus adéquat.

Je nourris Marvin d’abord. Je me débarrasse de la corvée.

Après quoi je m’occupe de moi. Un café, deux biscottes, les infos du jour, la météo à la radio. Très important la météo. D’elle dépendent mes vêtements du jour.

Pluie sur Paris dit la speakerine.

Je vais devoir mettre ma casquette grise. Ce sera dépareillé avec mon costume noir. Tant pis.


Qui observe qui dans le métro ? Nous vaquons tous à nos occupations sans se soucier des autres.

Je regarde mon téléphone. Il a vibré au moment où j’ai mis mon passe Navigo sur la borne. Etrange coïncidence.

Arthur m’envoie un texto. : « Je ne serai pas au bureau aujourd’hui. J’ai une laryngite ». Je reste sans voix. Il a un toupet celui-là. Il faut avouer que les intérimaires de nos jours c’est plus tout à fait le top. Arthur est en mission chez nous. Il remplace Vanessa pendant son congé maternité.

Notre déléguée du personnel, à force d’être trop proche des collaborateurs, a vu sa masse corporelle évoluée.

Qui est le père ? Je l’ignore. Nous attendons l’arrivée de l’enfant pour savoir. Ses traits délivreront son identité.

Nous sommes tous sur le qui-vive et menons notre propre enquête. Ça crée une ambiance très particulière dans le service.

Car mise à part le Pakistanais Elmer, imberbe et l’efféminé Dario dont l’ignorance du sexe « faible » est aussi immense que le désert de Gobi, les autres hommes peuvent prétendre à la paternité du futur nourrisson.


Nous avons participé au concours : « qui veut être mon géniteur ? ».

Heureusement que ce n’est pas de la télé réalité. Encore que je parle vite. Vanessa est capable de mettre ses ébats en ligne. Cette fille, en plus d’être connectée aux garçons, est connectée tout court.

Un peu comme Pedro, notre Argentin. Il prend la même ligne que moi et descend place d’Italie.

Ce matin, je le vois préoccupé sur son strapontin. Il consulte son portable.

- madré de dios, ce n’est pas poussible. Elle l’a fait
- Salut Pedro t’en fais une tête. Qu’est ce qui ne va pas ?
- Salou Ernesto. Regarde. Vanessa a mis ça sur You Tube.
- Ça ne capte pas Pedro.
- Normal, on passe sous un tounnel. Tiens ça y est, on a dou réseau. Regarde
- Ma parole mais tu l’embrasses super bien….
- Ye ne souis pas d’houmeur à plaissanter. T’y es toi aussi
- Quoi ? Tu veux dire qu’elle a filmé les préliminaires avec tous ses mecs depuis six mois
- C’est ça elle a planqué oune caméra dans sa tchambre.. Et ça en a fait des vidéos.
- Combien ?
- Ye sais pas moi. Peut-être 7.
- Nous sommes 7 mecs au bureau Pedro
- Non Ernesto, Nous sommes 9.
- Elmer et Dario ne comptent pas
- C’est vrai t’as raison
- Nom de Dieu, Vanessa c’est vraiment une Josiane.
- C’est marrant ma madre s’appelle Josiane. Qu’est-ce que tou veux dire par là Ernesto ?
- Rien, je me comprends

Place d’Italie, le terminus. Nous sortons des entrailles du métro, poussés par une foule décervelée. Le jour est là, Il nous accueille en haut de l’escalier avec en avant-scène un chinois.

- Tu sais Ernesto, la première fois que ye souis venou ici. Yai été dessou. Ye m’attendais à voir un Romain.
- Un Romain ?
- Place d’Italie, c’était logique
- T’as raison.

Bien. Si on la rebaptisait Place de Pékin, ou encore l’esplanade du Tonkin ? Non. On reste sur la place d’Italie. Alors que ça sent le men, le ravioli vapeur, le brocoli croquant, le soja et que sur les trottoirs des échoppes s’étalent avec des asiatiques à tout va.

C’est un contresens. Dans une ville ou le palais de Tokyo est dirigée par un européen, ou place Saint Michel un restaurant grec est tenu par un iranien en exil, ou à Beaubourg un marocain vous sert une quatre saisons en vous chantant du Dalida, il ne faut pas s’étonner que les gens soient paumés.

Et j’oublie dans ma démonstration le brésilien qui, au bois de Boulogne, fredonne « j’ai deux amours, mon pays et Paris ».

J’entends déjà les sociologues bac + 12 me répondre que c’est à cause de la mondialisation, qu’il faut accepter les mélanges, repousser la peur de l’autre.

Tu parles ! C’est facile à dire. Vous avez déjà repoussé la peur de l’autre devant un travesti made in Rio hyper maquillé, affichant un énorme 110 D, des attributs de taureau dépassant d’un string en fin de carrière et qui vous envoie, « c’est 150 mon chéri » ?

Non

Vous avez de la chance. Je ne le souhaite à personne.

Quoi ? Fallait pas trainer là ?

Ce n’est quand même pas de ma faute, si ma voiture est tombée en panne.

A ce que je sache, j’ai le droit de faire des ballades bucoliques nocturnes et d’être en contact avec des témoins représentatifs de la misère du monde.

Témoins représentatifs de la misère du monde, tiens c’est une belle tournure.

Je la note pour les diners en ville.

Bien que je n’en aie pas souvent.

Nous longeons l’avenue de Choisy, prenons une ruelle adjacente. Un porche couleur acajou nous invite a tapé un digicode. C’est celui de notre boîte.

3615 ! Quelle stupidité. Si on croit être en sécurité, c’est raté.

Pas plus tard que la semaine dernière, on s’est fait braquer par une bande de vieux. Ce sont les seuls qui connaissent encore le minitel.

Ne me regardez pas comme ça ! Le minitel. L’internet à la française. Le boitier qui explosait les notes de téléphones de vos parents ou vos grands parents. Vous voyez maintenant de quoi je veux parler.

Je sais, je ne suis pas tout jeune. Mais j’ai quelques trimestres à glaner avant de passer la main.

Vivement la retraite.

Quoique. Quand je vois l’état de certains anciens, et plus particulièrement celui de nos braqueurs, je ne suis pas pressé.

Les pauvres ont confondu l’adresse de nos locaux avec celle de notre voisin prothésiste dentaire.

Le meneur a paru surpris : « quoi, chez vous c’est des tampons, ce n’est pas les dents ? »

Et oui, nous, on tamponne des bulletins scolaires, des colis, des dossiers, 8 heures par jours. Notre job c’est ça et rien d’autre.

Quand on rentre dans cette espèce d’atelier, on entend frapper avec une régularité entrainante. Chez nous, c’est stomp.

Mon bureau est proche d’une fenêtre et touche celui de Rachel, une étudiante de 30 ans ayant septuplé son master de langues orientales.

Je suis admiratif devant sa persistance devant l’échec et sa fraîcheur toujours renouvelée pour remettre sur le métier son ouvrage.

De sa voix elle adore me dire : « cet exam’ je vais l’avoir »

Pourvu que les épreuves ne tombent pas un lundi. C’est le jour où elle travaille chez nous.

Peut-être qu’elle se fera remplacer par Irina, une russe qui suit un cursus dans la pharmacie. Elle vient le mardi.
.
En vérité, si j’analyse mon voisinage professionnel de prés, il n’est pas un jour où je ne change de collègues. C’est un moyen agréable de tuer la routine.

Je collectionne les étudiantes. Je fais le tour du monde des cancres. Toutes sont obligées de tamponner pour arrondir leur fin de mois, leur parent ayant divisé par deux, leurs allocations.

Leur séjour en France dure trop longtemps aux yeux de leur famille.

J’aime chez elles, cette absence de jalousie. Elles ne rêvent pas de piquer mon poste. Mieux elles me plaignent.

J’adore, par-dessous tout, me plonger dans leurs yeux quand elles me ronronnent : « comment fais-tu pour rester à cette place ? »

Et moi de ma voix de stentor, je leur réponds : « je ne sais pas ». Mon sens aigue de l’humilité m’interdit de me caresser le torse en tripotant ma chaine de premier communiant. Il n’y a que Belmondo qui puisse le faire.

Pour les cinéphiles, se référer au « Magnifique ». Enfin les vieux cinéphiles.

Bref. Reprenons le fil de notre histoire.

Je parlais de quoi tout à l’heure ? Ah oui…de jalousie. Mes jeunes collaboratrices ne sont pas jalouses. Contrairement aux titulaires de CDI. Ils sont peu nombreux chez nous.

Que des hommes. C’est étrange. Zut j’oublie Vanessa. Avec elle ça fait 10 permanents en tout, sans compter le patron.

Entre nous, on s’appelle les loosers.


Les loosers. Ça sonne comme un film des années 50 avec James Dean et Marlon Brando. Seulement chez nous, on n’a pas un casting pareil. Question de budget.

Quoique, quand on observe notre big boss, on lui trouve des allures de Brando vieux, celui dont le tramway a déraillé parce que le désir a foutu le camp.

Quand nous arrivons, on aperçoit, à travers la porte du local de pause, l’ombre de son ventre tutoyer la machine à café. Mezzo voce, je lance « Don’t move. Le parrain prend son expresso ».

A cet instant, on sait qu’il faut rester à distance. Dès qu’il aura touillé son gobelet, nous pourrons le rejoindre.

A part Arthur l’intérimaire, nous sommes tous là. Dario nous fait le résumé du dernier épisode de « plus belle la vie », Elmer dévore le GQ de juin en espérant avoir les mêmes abdos que le gars en couverture, Jean Mi, écouteurs sur les oreilles, chuchote du Obispo, Corentin, Kevin, Abderrahmane et Bob crachent tous en cœur : « Aujourd’hui j’ai les boules et j’ai la haine grave » Quant à Rachel, elle dévore les pages saumons du Figaro.

Ça y est, Marlon a pris sa touillette et mélange son café. On peut y aller.

Dire bonjour à son supérieur, surtout un lundi, est un exercice d’équilibriste. On doit l’interroger sur son week end, sans toutefois aller dans les détails. C’est périlleux.

Si par malheur, votre question est un tantinet ouverte. C’est l’horreur. Le chef vous débite ses dernières 48 heures précisément.

Malheureusement la frontière entre une question ouverte et une question fermée est ténue.

Par exemple, celle du type : « le week fut bon ? » demande une réponse courte.

En revanche, « Alors ce week end ? » peut laisser libre cours aux confessions.

Rachel lâche son Figaro, regarde Marlon dans les yeux et dit distinctement : Alors, chef ce week end ?

L’homme prend une large respiration, pose son gobelet sur la table. Nous allons en avoir pour quatre heures, la matinée est fichue.

- Je glisse à l’oreille de Pedro : Ca sent le chômage technique
- La tortoure psychologique tou veux dire Ernesto

- La voix du patron éventre la pièce : « je me suis fait l’intégrale de trois premières saisons de Derrick. C’est passionnant, vous devriez essayer. »

- Rachel, transportée, enchaîne : Derrick, je ne connais pas, ça parle de quoi ? »

- Ernesto, sous le manteau, me confie : « c’est mort. La journée sera blanche »



Mon bureau ne verra pas son paquet de factures avec la mention « duplicata certifié conforme ». Je les tamponnerai demain.

Je suppose qu’il est inutile de vous narrer par le menu, un à un les épisodes du Maigret germanique.

Restons bon amis voulez-vous ?

Qu’ajouter de plus à ce lundi ?

Que j’ai vu, des fenêtres du local du pause, le jour baissé, la nuit venir. Que l’on a été à deux doigts de commander des pizzas.

Seulement à deux doigts, Rachel nous ayant libéré de cet enfer avec un « il faut que j’y aille. J’ai mon partiel à réviser ». Et nous autres de la suivre en prétextant qui un rendez-vous chez des amis, qui son épouse à rejoindre.

Marlon est resté seul, un moment avec son gobelet et sa touillette. Ensuite il a fermé la boutique.

Demain, nous travaillerons. C’est certain. Au café, personne ne posera la question : ton lundi c’était comment ? Tout le monde connait déjà la réponse.
Mer 15 Avr - 12:22 (2015)
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Alicia
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MessagePosté le: Ven 17 Avr - 18:23 (2015)    Sujet du message: TON LUNDI C'ETAIT COMMENT ? Répondre en citant

Un côté un peu stand-up, un enchaînement de situations et de blagues, c'est un peu décousu, j'ai eu du mal à adhérer à l'histoire. Je trouve le passage sur la collègue Vanessa un peu trash. Le thème et la contrainte sont respectés, j'ai bien aimé les passages un peu absurde (les employés qui passent leur journée à tamponner). J'aurai bien aimé que tu développes cet aspect là. Merci Hector pour ta participation  Very Happy
Ven 17 Avr - 18:23 (2015)
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Yannick Darbellay
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MessagePosté le: Mer 22 Avr - 21:16 (2015)    Sujet du message: TON LUNDI C'ETAIT COMMENT ? Répondre en citant

Je rejoins un peu Alicia. Ton récit paraît assez décousu, les situations humoristiques s'enchaînant au détriment de l'homogénéité du texte. Il manque peut-être un fil conducteur pour nous garder en permanence sur ton texte. Mais ton écriture est là, toujours habile, et pleine de trouvailles. Et te lire c'est toujours un bon moment à passer !
Mer 22 Avr - 21:16 (2015)
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 12:15 (2016)    Sujet du message: TON LUNDI C'ETAIT COMMENT ?

Aujourd’hui à 12:15 (2016)
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