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Je vous écris de Téhéran - Delphine MINOUI

 
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hector vugo
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MessagePosté le: Dim 19 Avr - 11:43 (2015)    Sujet du message: Je vous écris de Téhéran - Delphine MINOUI Répondre en citant

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Je vous écris de Téhéran de Delphine Minoui

Difficile de classer ce livre, d’y mettre une étiquette. D’ailleurs je n’ai pas envie de lui en coller une. C’est à la fois un témoignage, une radiographie, un courrier.

Delphine Minoui est une journaliste, correspondante pour France Inter et Le Figaro au moyen orient. De 1997 à 2009, elle vit longuement ou en pointillé (selon l’humeur du régime des mollahs), à Téhéran.

Ses origines familiales expliquent son lien à l’ancienne Perse. Son père est Iranien, sa mère française.

Mais un évènement va transformer ce lien en un attachement quasi charnel.

1997, son grand père est malade. Il est cardiaque, Il revient en France pour se faire soigner.

Delphine n’en avait qu’une image partielle, celle du Papy gâteau qui l’accueillait l’été à Téhéran pour les vacances dans les années 80.

Mais là c’est l’homme qu’elle côtoie, qu’elle voit souvent. Ils parlent, ils échangent. Insidieusement le vieil homme transmet à sa petite fille une douce maladie dont elle ne pourra jamais se guérir : L’Iranite.

Tout commence par ces mots d’Hafez , un poète du XIVème siècle

Celui qui s’attache à l’obscurité a peur de la vague.
Le tourbillon de l’eau l’effraie.
Et s’il veut partager notre voyage.
Il doit s’aventurer bien au-delà du sable rassurant du rivage.

Ces vers, Delphine les a reçus en cadeaux. Un présent du grand-père.


Sa mort, survenu dans le courant de l’année 1997, enclenche un processus irréversible chez la petite fille. L’auteure va tomber amoureuse d’un pays, son pays l’Iran. Elle part là-bas.

Dès lors elle n’aura de cesse d’essayer de le comprendre, d’en découvrir la complexité, de l’expliquer.

Quoi de mieux qu’une longue lettre pour le faire.

Qui plus est adressée à l’homme qu’elle surnomme affectueusement Babai : son grand père.

Cette lettre court sur 393 pages et nous entraine, loin des clichés, dans une Iran schizophrène, au contact d’une population jeune ( 70 % des iraniens ont moins de 30 ans) douée d’une capacité de résistance que peu d’entre nous connaissent.

Ces gens pratiquent la liberté de l’intérieur au mépris du danger. Par exemple, les jeunes organisent des soirées privées dans les appartements de Téhéran. Les femmes se dévoilent et dansent sur du Madonna, les hommes boivent du « jus de grenade » c’est le nom de code du vin. Et quand un membre de la milice, alerté par un voisin, frappe à la porte, tout redevient normal. Ni vu, ni connu, le silence se pose, les filles remettent leur voile, les garçons reprennent leur mutisme de bon aloi.

Autre exemple de résistance .Quand un enfant nait, les jeunes couples lui choisissent un vieux prénom perse. C’est mieux qu’un arabisant préconisé par le pouvoir religieux.

Ils esquivent, Ils s’adaptent, Ils font avec. Parfois, c’est plus dur quand le régime se crispe. Ils voient la mort frapper les amis, les intellectuels, les arrestations arbitraires être de mise.

C’est leur vie quotidienne.

Mais les enfants de la révolution islamique de 1979 ne sont dupes de rien. Ils sont au contact du monde, via les antennes paraboliques. Ils regardent les programmes de la diaspora.

Pour autant ont-ils envie de partir, d’aller voir ailleurs ?

Non, ils rêvent de vivre libres sur leur terre. Ils ont l’Iran chevillé au cœur.

Ils sont nationalistes et poètes. Ces sentiments traversent la société de part en part.

C’est le point commun entre le milicien (défenseur zélé du régime), l’imam, l’étudiant et la femme iranienne.

Cette dernière jouant à cache-cache avec les conventions, pour gagner des territoires d’indépendance.

L’auteure en cite des exemples très parlant. Je pense particulièrement à cette épouse de milicien, voilée en noir, puis au fil du temps osant la couleur, prenant des cours d’anglais, pour, pendant un voyage à Dubaï, dévorer « Autant en emporte le vent » dans la langue de Shakespeare.

L’Iran c’est aussi cela, savoir gagner une liberté mètre après mètre dans un milieu hostile, par moment, paranoïaque. Je pourrais vous parler d’autres personnages qui jalonnent cette missive. Mais il me faudrait des pages et des pages.

Delphine Minoui dépeint cet Iran là avec le talent et l’œil d’une journaliste rompue à la difficulté du terrain.

Sa lettre est à lire absolument……
Dim 19 Avr - 11:43 (2015)
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Rafistoleuse
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MessagePosté le: Dim 19 Avr - 12:23 (2015)    Sujet du message: Je vous écris de Téhéran - Delphine MINOUI Répondre en citant

Wow. Ben tu en parles tellement bien, que OUI, j'ai vraiment envie de la lire ! 
Merci beaucoup Hector ! 



_________________
Rafistoleuse
Dim 19 Avr - 12:23 (2015)
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 12:13 (2016)    Sujet du message: Je vous écris de Téhéran - Delphine MINOUI

Aujourd’hui à 12:13 (2016)
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