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Les oiseaux

 
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Yannick Darbellay
Giga Coup de Coeur...
Giga Coup de Coeur...

Inscrit le: 18 Sep 2013
Messages: 2 836

MessagePosté le: Lun 8 Juin - 15:58 (2015)    Sujet du message: Les oiseaux Répondre en citant

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D'après la légende indienne (Abénaki) des oiseaux.


On avait bronzé tout l'été sur les plages. Quand je dis « on », j'englobe toute l'humanité. L'humanité qui habite la région d'Oka au Canada. Les barbecues avaient vu défiler bien des cheptels arrosés à la bière, des océans de bière dans lesquels se baignaient des nymphettes sculpturales en mini trikini, à la peau dorée, luisante comme les morceaux de volaille grésillant sur les grills. Et les enfants jouaient au râteau dans le sable et érigeaient des châteaux avec leurs papas ahanant, aux épaules carrées de canadiens nourris au bœuf transgénique, qui creusaient des trous profonds dans le ventre blond de la plage alanguie, tel des fantasmes démesurés, et les mamans sous les parasols rêvassaient en regardant les sauveteurs musculeux ne rien faire, et des adolescents loin des parents, jouaient aux râteaux avec des adolescentes méprisantes.
Et puis l'hiver est arrivé alors même qu'on s'acheminait vers un été natif américain des plus agréable. Les érables se paraient déjà du rouge écarlate automnal qui promettait bien des promenades romantiques, et le soleil ne faiblissait qu'à peine et puis plus rien. Blackout. Des flocons gros comme le poing fermé de Nikolay Valuev se sont mis à dégringoler du ciel sans interruption, et du sombre et du vent qui sanglotait ça mélodie de cristal s'est mis à souffler, faisant  tourbillonner le grésil blanc, et les adultes on rangé leurs barbecues. Ils ont allumé des feux de cheminée et se sont câlinés sur des peaux de grizzlis. Des filles interminables et blondes se sont couvertes de chapkas d'hermine, de longs manteaux resserrés à la taille et de bottes et les hommes, raquettes aux pieds se soufflaient dans les pognes en les regardant pavaner, et les adultes étaient bien à se désirer, s'envisager, s’entre-dévorer pendant que les enfants s'ennuyaient.


Mémé Tabernacle n'avait pas perdu la mémoire. Elle était un peu indienne Abénaki et un peu folle aussi. Elle se souvenait avoir rencontré bien des millénaires auparavant, au commencement de toutes choses, le bon Dieu Tabaldak créateur d'u jardin merveilleux, la terre. Elle se souvenait comment elle était allée frapper à sa porte pour l'implorer de trouver de quoi occuper les enfants. Il l'avait accueilli dans sa lumière béate, et il avait songé à créer puis à colorer les oiseaux pour amuser les enfants quand les hivers s'étaleraient sur la terre.
Alors, bien des millénaires plus tard, elle prit son courage à deux mains, émue ; une bouteille de liqueur d'érable entre les orteils et une boîte de chocolat entre les dents, puis elle se rendit tant bien que mal devant le siège de la multinationale Tabaldak. Une tour d'acier et de verre un monstre de métal, qui s'élevait jusqu'aux cieux.
Frigorifiée, elle implora la sécurité de la laisser entrer pour rencontrer le P-DG tout puissant, le Bon Tabaldak lui-même.
-C'est un ami. Affirmait-elle. Un très vieil ami. Dites-lui. Parlez-lui de Mémé Tabernacle!
Mais les mastards en costume cravate la repoussèrent avec brutalité, et chancelante, elle s'affala dans la neige au bas des marches de marbre. C'était bien connu, Tabaldak n'avait pas d'ami. À ce moment-là, surgit un véhicule sombre et massif qui stoppa au bas de l'escalier et en sortit un homme maigre, voûté au visage crevassé et gris. Mémé Tabernacle en fut stupéfaite, était-ce là le bon et fier Dieu de toutes choses ?
Il lui lança un regard fuyant et grimpa les quelques marches qui le séparaient de la porte tambour.
-Tabaldak ! L'interpella-t-elle.
Elle s'était à demi relevée, barbouillée de neige. Il se retourna furtivement laissant apparaître un sourire froid. Puis sembla l'ignorer.
Elle resta interloquée.
-Tabaldak, as-tu donc tant changé ? L'hiver est venu bien trop tôt cette année et les enfants s'ennuient, comme aux premiers temps de l'humanité. Sauras-tu les égayer à nouveau ?
-Les temps ont changé.
-Les Dieux ne changent pas !
-Quels dieux ?
-Toi !
-C'est moi qui est capturé le soleil. Je le garde en cage comme l'ont fait les enfants avec mes oiseaux. J'ai changé. Je me suis adapté à mon temps. Le temps de l'innocence a passé comme passe l'été. J'ai ouvert les yeux. À mon tour je garderai les enfants en cage !
Tabaldak esquissa une nouvelle grimace et disparut dans sa tour de verre.
Mémé pleurait, révoltée et meurtrie. Puis elle rentra chez elle, désolée.

Tandis que Mémé s'en retournait par les bois sanglotants, on discutait au dernier étage de la tour Tabaldak.
-Éliminez-la. Marmottait le vieux requin.
-Hum... Pardon ?!
-Massacrez cette vieille peau. Suis-je assez clair ?
-Si je puis me permettre, vous n'avez rien à craindre d'elle Monsieur. Ça n'est qu'une vielle...
-Ne discutez pas mes ordres ! Hurla le patron décharné au bord de l'hystérie.
Lafleur inclina la tête puis sortit. Il s'était sali les mains plus d'une fois, obéissant aux ordres de son patron. Il avait réduit des dentitions en poussière, menacé au surin, au flingue, au katana, paparazzé, tabassé, torturé, fait pleurer et bien d'autres choses encore pour cet homme à qui il devait tout, mais ceci est une autre histoire.
Il avait brisé des tas de types aussi vicieux que l'était Tabaldak. Mais jamais il n'avait tué. Ça n'avait pas de sens. Pourquoi éliminer une vieillarde fêlée.
Mais on ne discutait pas les ordres. Il se saisit de son glock et se glissa dans l'ascenseur vitré.


Mémé peinait dans la neige de plus en plus épaisse. Les traces de ses pas s'effaçaient peu à peu derrière elle, comme Tabaldak souhaitait voir s'effacer son souvenir. Il haïssait l'évocation douloureuse d'un temps où l'on croyait en lui. Le créateur préféra replonger dans ses feuilles de chiffres où il se sentait bien, détaché de tous souvenirs. Puis il fit appeler ses plus proches collaborateurs.

Lafleur parvint enfin à retrouver une trace de pas, partiellement effacée au cœur du bois sombre. Il tenait une piste et il accéléra, résigné.

-Messieurs je souhaite faire un dernier tour de table afin de m'assurer que tout est en place pour le lancement de notre prochaine console de jeux vidéos. 
Tour à tour les dirigeants exposaient en quelques mots les avancées du projet. Le directeur marketing et communication se félicitait de la réussite de la campagne publicitaire. Sur internet, le buzz avait fonctionné. La directrice financière s'en frottait les mains et avançait des prévisions au-delà de toutes espérances. Les retombées financières seraient énormes. Un unique doute subsistait quant à la simultanéité des sorties de la console, et du premier jeu d'envergure, le très attendu « Destroy in Birdland », conçu pour tourner exclusivement sur leur machine.
Tabaldak afficha un sourire carnassier et se saisit de son téléphone pour appeler son homologue chez le développeur de jeux Ubihard, afin de lui mettre la pression. Rien que de très normal dans le monde des affaires.

Mémé songeait au passé. À la fierté d'appartenir au peuple des Abénakis à la droiture divine du créateur. À l'honneur et la foi indienne.
Elle fut tirée de ses pensées par un son métallique. Elle se retourna vivement. Une ombre à travers le rideau de flocon.
-Tabaldak ?! Est-ce toi ?
Un unique coup de feu lui répondit.
Lun 8 Juin - 15:58 (2015)
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Matt Anasazi
Plumivores
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Inscrit le: 18 Sep 2013
Messages: 763
Localisation: Agen

MessagePosté le: Lun 8 Juin - 23:03 (2015)    Sujet du message: Les oiseaux Répondre en citant

J'apprécie ton effort de reprendre une légende, qui plus est amérindienne, (tu connais mes penchants !) mais je regrette le manque de... peur ! En effet, rien n'est réellement angoissant, on suit plutôt une chronique d'une mort divine annoncée (celle symbolique de Tabaldak et celle réelle de Mémé Tabernacle).


Merci en tout cas d'avoir répondu mon appel !
_________________
"Faire sortir les maux de l'âme, c'est la psychanalyse.
En faire sortir des mots, ici naît la littérature."
Lun 8 Juin - 23:03 (2015)
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 10:49 (2016)    Sujet du message: Les oiseaux

Aujourd’hui à 10:49 (2016)
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