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Viennoiseries et chewing-gums. - Partie II

 
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Rafistoleuse
Coup de Coeur ...
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Inscrit le: 11 Sep 2013
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MessagePosté le: Mar 29 Sep - 16:49 (2015)    Sujet du message: Viennoiseries et chewing-gums. - Partie II Répondre en citant

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La suite n'était pas prévue, mais le hasard des défis en a décidé autrement... Viennoiseries et chewing-gums - Partie I
_____

Cela fait près d’un mois que je m’octroie cette petite heure hors du temps. Le dimanche est le jour idéal pour les petits plaisirs. Ma chère Oli est la mère au foyer la plus surbookée du monde, et le seul jour où son réveil interne se met en veilleuse, c’est bien celui-là. Alors je m’adonne à la même tradition. J’emprunte le chemin qui me mène au Cabinet du Rien, j’y passe une heure, pas plus pas moins. Cet endroit est entré dans ma vie sans que j’y comprenne vraiment quelque chose mais je m’y suis particulièrement attaché. Comme s’il avait toujours existé. Ce que j’y fais ? Absolument rien de plus, que la première fois, et j’y prends plaisir, un bien fou rien qu’à moi. Lorsque l’heure touche à sa fin je rentre chez moi, aussi discret que possible.

Oli a repris toute la place dans notre lit presque trop petit pour jouer à l’étoile de mer. Gaby dort encore à poings fermés, son pied gauche recroquevillé sur lui-même, comme dans le ventre de ma chérie, il y a quatorze ans.

Lorsque les femmes de ma vie se réveillent, je donne l’impression de tout juste arriver de la boulangerie.

« - Bonjour ma chérie, bien dormi ? Je lui picore la joue jusqu’à sa bouche.
- Oui… Ses gestes renvoient un genre de distance que je n’avais pas encore ressentie. Je préfère ne plus y penser.
- Regarde ce que je t’ai ramené ! Dis-je sur un ton trop enjoué, qui se rapproche de celui qu’on adopte lorsqu’on offre un voyage à Tahiti.
- Des croissants ! Quelle surprise…

Là, clairement, quelque chose ne va pas. En attendant de savoir quoi, je tente de ne pas perdre contenance.

- Ils sont tout chauds ! J’ouvre le sac en papier marron pour lui en tendre un.
- Plus tard, je vais me prendre un café. »

Elle se défait de mes bras pour se diriger vers la cafetière.

Oli n’est pas du genre à bouder les croissants. Jusqu’à cet instant, je m’étais figuré que ma combine pourrait marcher une éternité. Son regard est fuyant, elle est de mauvais poil. Je ne suis pas en bonne posture. Je n’ai pas envie de poser des questions qui me retomberont dessus, je n’ai pas non plus envie de donner à Oli une raison supplémentaire de s’éloigner. Mes petites escapades secrètes devaient me revenir dans la tronche, à un moment où à un autre.

Oli me lance des regards, comme par à-coups. Elle qui est du genre pipelette d’ordinaire, elle donne dans la bavarde réprimandée pour l’instant.

- Qu’est-ce que tu as ? Je m’aventure.
- Oh rien de spécial… et toi ?
- Un gros coup de fatigue, sans doute, attends viens-là je vais te requinquer moi, en deux temps trois mouvement, tu seras de nouveau le petit piment que je connais …

Elle revient un peu, mon Oli, elle me sourit. C’était sans doute qu’un petit coup de mou.

*


On est dimanche. Mon moment à moi, c’est dans une demi-heure. Je sens Oli qui bouge dans mon dos. Elle pose une main nonchalante sur mon torse. Je ne réagis pas. Puis ses doigts se font plus entreprenants en descendant vers mon bassin. Oli est clairement réveillée. Je joue l’endormi et résiste quelques secondes à peine. Mon corps est incapable de lui jouer la comédie, et sa langue fait les plus belles conversations du monde. Nous restons enchevêtrés sous les draps quelques minutes. Et le tic-tac me revient. A cette heure, je suis déjà en route d’habitude.

« - Je vais chercher les ..
- Laisse tomber, tu veux ?
- Nan mais, ça me fait plaisir ! T’en as pas envie ?
- Bon ben c’est moi qui y vais cette fois ! »


Oli fait preuve d’une autorité implacable. Je reste penaud dans le lit. Je sens bien que tout ça n’est pas anodin. Mais très vite, mes pensées convergent vers mon ailleurs.

Je voudrais savoir, s’il y a quelqu’un en ce moment, à ma place. Quelqu’un qui se retrouve confronté à une porte close tous les dimanches et qui à force d’acharnement et d’espoir, peut enfin, ce matin, pénétrer dans ce bureau vide. Je ne pourrai pas attendre le weekend prochain.

***


Je n’arrive pas à croire ce que je suis en train de faire. Je trouverais cette situation bien drôle si je n’étais pas en train de surveiller Luc. Je n’ai rien d’une détective privée, je suis tout à fait ridicule, mais je dois en avoir le cœur net. Mon foulard noué sur le côté enveloppe la presque totalité de ma masse capillaire, ce qui me donne l’impression d’être une cancéreuse. Je me sens coupable. Qu’est-ce que je fiche, accoutrée comme ça, planquée derrière des lunettes de soleil, en plein automne. Luc va se retourner, me reconnaître, et se moquer de moi pour le restant de notre vie.

Ce matin, il est parti plus tôt. Je l’ai suivi jusque son travail. Il y est resté jusqu’à midi, moi aussi. Son déjeuner, il l’a passé à la cantine du boulot. Luc n’aime pas les petits pois, habituellement c’est moi qui les mange, et là ils ont dû fatalement restés sur le coin de l’assiette. J’avais l’estomac serré, comme essoré par une machine. Je craignais le pire.

J’allais abandonner mon enquête, forcée de constater que je me faisais des idées. Seulement, en quittant le boulot, il n’a pas pris le chemin habituel. Et je me retrouve à le suivre, comme une désespérée.

Il tourne à gauche puis se gare. Je me gare en bas de la rue afin de le suivre avec une distance minimale. Je le vois pousser une porte lourde, et le temps qu’elle se referme sur lui, j’ai le temps d’apercevoir des tentures sur les murs. C’est très sombre. Je n’ai aucune idée de ce que cet endroit peut être mais il ne m’inspire pas confiance, pas le moins du monde. Je rentre à la maison. A son retour, Luc affiche un tel bien-être. Je voudrais lui demander, ce qui lui arrive, ce qu’il a fait, ce qui lui donne ce sourire si énigmatique. Mais les mots restent coincés dans ma gorge.

*

J’ai résisté toute la semaine. J’ai peur des réponses à mes questions.
Je traverse la rue, je reste immobile devant la porte, aussi lourde que le secret de Luc. Il y a un code. A tout hasard, je tape mon année de naissance et la porte s’ouvre, avec le même bruit que celui des portes de prison. J’entre, ahurie. Le couloir est immense et parsemé de coussins brodés. Tout le plafond est recouvert de tissus tendus. De la soie, du velours. Je respire mal. Des miroirs. Trop. Ça sent les bougies récemment éteintes. Il y a des rideaux tout au fond, faits de perles en bois. Je n’entends rien. Je ne peux pas être seule ici, il y a forcément quelqu’un. Ça sent l’amour sale, ça sent les mensonges et le sexe interdit. Et le parfum de Luc est partout sur les tapis. J’ai envie de vomir.

Je pense à son regard tendre, à son sourire marshmallow, je n’aurais jamais cru qu’il puisse avoir envie de détruire tout ce qu’on a, visiblement je ne lui suffis pas. Je ne suis qu’une idiote.
J’avance vers les rideaux puis je rebrousse chemin. Je cours de toutes mes forces, j’ai le cœur qui cogne si fort qu’il doit me faire des bleus. La blindée s’ouvre, gracieusement et je m’échappe haletante. Je ne suis pas certaine de ce qui s’est réellement passé. J’ai ce sentiment d’angoisse qui me colle du froid jusque dans les os.

Les questions me démangent comme un nid de fourmi. Que fait-il ici ? Qui rencontre-t-il ? Que trouve Luc ici, que je ne puisse lui offrir ?

*


On est dimanche, c’est le petit matin. Je n’ai pas dormi de la nuit et je ne dormirai pas. Je l’ai écouté dormir, il a l’air si paisible. Il ronfle. Il ne fait pas semblant. Je crois qu’on est jamais plus honnête que lorsqu’on dort.

Faites qu’il dorme encore. Je ne veux plus de viennoiseries.
Je veux juste qu’il reste là, contre moi.
Loin de là-bas.
_________________
Rafistoleuse
Mar 29 Sep - 16:49 (2015)
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hector vugo
Super Master CDC *
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Inscrit le: 18 Sep 2013
Messages: 819
Localisation: vigneux sur seine

MessagePosté le: Mar 29 Sep - 20:20 (2015)    Sujet du message: Viennoiseries et chewing-gums. - Partie II Répondre en citant

Le quotidien, les non dits, les fissures, le couple qui a l'air heureux, l'homme qui se sent coupable, l'épouse qui se fait  des idées, qui frôle la vérité, qui n'ose pas aller plus loin. Et nous lecteurs, au milieu de tout cela s'imaginant le pire dans ces sous entendus.


C'est magique, c'est fin, c'est une viennoiserie littéraire 
Mar 29 Sep - 20:20 (2015)
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Rafistoleuse
Coup de Coeur ...
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Inscrit le: 11 Sep 2013
Messages: 4 563

MessagePosté le: Mer 30 Sep - 05:32 (2015)    Sujet du message: Viennoiseries et chewing-gums. - Partie II Répondre en citant

Merci beaucoup Hector, pour ton commentaire !
_________________
Rafistoleuse
Mer 30 Sep - 05:32 (2015)
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Yannick Darbellay
Giga Coup de Coeur...
Giga Coup de Coeur...

Inscrit le: 18 Sep 2013
Messages: 2 836

MessagePosté le: Mer 30 Sep - 11:41 (2015)    Sujet du message: Viennoiseries et chewing-gums. - Partie II Répondre en citant

Un beau texte sur le couple, le doute, la confiance à la fois subtil et qui interpelle. Bravo
Mer 30 Sep - 11:41 (2015)
Visiter le site web du posteur
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 03:05 (2016)    Sujet du message: Viennoiseries et chewing-gums. - Partie II

Aujourd’hui à 03:05 (2016)
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