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Tomber les armes...

 
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Cerise_david
Plumivores
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Inscrit le: 07 Avr 2015
Messages: 93
Localisation: TOULON

MessagePosté le: Sam 10 Oct - 21:23 (2015)    Sujet du message: Tomber les armes... Répondre en citant

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La porte claque. Je sursaute. Je ne mesure jamais ma force. La manière dont je suis forte…
 
Le soleil se lève doucement sur PARIS, j’ai quitté l’hôpital juste avant les bouchons. Je suis vite chez moi, où personne ne m’attend. Les dernières 24h se sont bien passées. Enfin, entre la douleur, la morphine, l’agonie parfois… silencieuse. J’aime beaucoup être là-bas. J’ai l’impression d’être à ma place. Prendre soin des autres. Quand personne ne prend soin de vous, c’est déjà çà. Je ne suis pas à plaindre. Je ne manque de rien et j’ai beaucoup à donner. Je suis arrivé dans le service des blessés de guerre de PERCY, il y a 1 an. Un peu après mon diplôme… c’était une dure évidence. Mes éclopés ont mon âge pour la plupart, souvent même un peu plus jeune. Quelqu’un a mis leurs vies sur pause. Avec une simple télécommande, on leur a arraché une jambe, un bras, parfois plus. Parfois, ce ne sont que quelques éclats. Parfois, il ne reste plus rien. Mais dans tous les cas une blessure invisible se cache derrière leurs visages. Leurs yeux se vident du reflet de la vie. Plus aucune étincelle. Rien. Sans doute le pire. J’alterne les jours, les nuits. Je crois que je suis appréciée au boulot, et je reste toujours un peu... Personne ne m’attend et y’a toujours un peu de boulot. Mais je suis organisée et chaleureuse. Cà permet de prendre soin des gens. Si tu t’éparpilles t’as le temps de rien faire. Déjà que je compte plus mes heures, si je commence à en perdre. Heureusement, l’équipe est sympa. On se soutient, on est des soldats aussi. Des soldats en blanc. Nous on attaque à coup de seringues et de compresses stériles. Et pour nous aussi l’ennemi à plusieurs visages. Même que des fois, il porte un masque. Pour passer incognito. Alors tu cherches. Tu poses des questions, tu tournes en rond. Tu le sens. La douleur, la peur, la mort, tout çà ben çà pue. Y’a pas d’autres mots. Alors quand tu rentres dans une chambre, tu le sens bien que tes soins ne marchent pas. Que la mort rode encore autour de ton malade. Il faut trouver. Traquer sans relâche les moindres écarts dans les constantes… Traquer je sais faire. C’est mon premier boulot de soldat. Çà évite des situations, le genre compliqué… un peu comme hier. 
  
  
Y’a eu bruit sourd. Et puis tout est devenu blanc. Ensuite, j’ai entendu des voix au loin. On m’a soulevé, sans mal. J’avais mal. A tel point que j’ai préféré fermer les yeux. Quand je les rouvre, je suis à l’abri, dans une pièce blanche. Du silence à entendre chaque bruit de mon corps. Et puis, on ouvre la porte. Tout doucement. Elle sourit et me murmure bonjour. Comme un soupir. Je peux pas répondre. Je sais pas d’habitude avec les camarades j’ai toujours la bonne blague. Mais là, y’a plus rien. Je m’habitue à la lumière, et je la regarde. C’est mon boulot. Analyser. Chercher l’information. Je crois que je me rappelle qu’on était bien avancé. Et puis, ce flash. Je cherche la réponse dans ses yeux. Elle a l’air si douce. Elle commence doucement, détachant chaque phrase, me laissant le temps de comprendre en faisant une pause. Sa main est posée à côté de la mienne. Je la saisis quand elle dit, « IED », « perdu », « 2 jambes ». J’attends un instant et me redresse doucement pour voir. Mais il n’y a plus rien à voir. Alors je la regarde ; son visage est devenu grave. Sérieux. Tout redevient noir. Je suis fatigué… je me laisse partir. Je ne veux plus être fort. Plus être le soldat que tous admire. Je veux partir. Mais les images reviennent. Entrecoupés. J’entends les cris. J’entends le chef qui donne des ordres pour « sortir de ce merdier ». Je ne sais pas où sont les autres. Je rouvre les yeux, je vais pour lui poser la question quand ma mère déboule littéralement dans la chambre. Elle est le premier traumatisme de ma vie. Le genre de femme qui vous pousse à fuir. Mon père est parti très tôt, et depuis, elle ne me pardonne pas non plus de l’avoir laissé seule. Je la regarde assaillir l’infirmière avec ses questions, ses réponses toutes prêtes, ses reproches, sa méchanceté. Alors je parle. Je dis « STOP ! ». Je crois que j’avais encore assez de force pour çà. Çà et supporter la douleur… 

 
  
Il a l’air d’avoir mal. Je profite du silence pour lui expliquer comment gérer sa morphine. Je m’applique à parler doucement, il a l’air si loin. Il faut lui laisser le temps de revenir. Mais il faut qu’il revienne. Certains ne reviendront jamais. On les voit quitter doucement leurs corps. Ils ne mangent plus, ne se battent pas. Ils attendent. Pour lui, comme pour les autres je me bats. C’est fatiguant mais c’est mon métier. Sa mère est au bord de l’explosion. Je lui demande de rester calme, que le médecin va arriver. Tout leur expliquer. Elle soulève le drap sans rien demander et offre à la vue de mon pauvre infirme la vue de ses 2 moignons difformes, la chaire encore à vif. Le fil noir zigzague sur la peau rouge… Le vide dans ses yeux. 
  

 
Le visage de l’ange blanc devient sévère. Elle pose une main ferme sur celle de ma mère et lui intime l’ordre de lâcher le drap. Elle remet en place les fils de ma perf et demande à ma mère de sortir. Elle doit faire mes pansements. Son visage est dur. Ma mère abdique. Ce que je ne l’ai encore jamais vu faire. Je regarde son badge et découvre son prénom. Elle m’autorise d’un sourire à l’appeler ainsi. Elle est délicate, ses doigts sont chauds. Elle répond à chacune de mes questions, me rassure sur mes camarades. M’explique ce qui va se passer. Ce qui doit se passer. Me dit que je dois faire face. Pour moi au début. Pour les autres quand je le voudrais. Qu’elle sera là pour prendre soin de moi, et faire en sorte que ma mère ne traine pas trop dans nos pattes. Elle a perçu mon malaise. J’ai mal et je suis fatigué mais j’écoute chaque mot, chaque syllabe. La réalité. Enfin, le médecin rentre, ma mère sur les talons. L’air grave. Comme si elle venait de prendre conscience qu’on ne pourra pas recoller mes jambes et que çà l’embête parce que je ne pourrais plus nettoyer les feuilles du jardin. D’ailleurs nous sommes en automne. Je n’écoute pas le médecin, d’ailleurs il ne me regarde pas. Parle avec ma mère, sans même s’inquiéter de ma présence. Il se sert de mots compliqués, et ma mère fait semblant de comprendre. Je regarde à l’intérieur de moi. Je me demande ce que les autres verront à présent. La douce blanche est sortie discrètement… des mecs comme moi elle en voit tous les jours. Je sais pas si çà lui fait rien mais elle avait l’air bien. Elle doit être forte. Faut en avoir une sacrée paire pour toucher des corps à moitié mort tous les jours. Et sourire. Moi je crois pas que je pourrais à nouveau sourire. Et puis, qui sera là pour me voir à nouveau sourire ? Avant les filles me regardaient. J’étais pas le plus mignon, mais je fais du sport, les tablettes de chocolat çà les fait fondre, çà et une bonne coupe de cheveux. Un peu courts sur les côtés et plus long sur le dessus. Quand elle te passe la main dans la tignasse, tu te sens un homme. Tu peux la soulever et la porter jusqu’à tes reins… qui va me pousser à présent ? Comme une valise trop lourde. Ma mère s’approche et passe sa main dans mes cheveux comme il y a 10 ans quand je faisais de la fièvre… Je lui dis de sortir. Qu’ils me cassent les oreilles. Que je veux plus les voir… 
  

 
J’entends ses cris depuis le bout du couloir. Je lâche son dossier et me dirige vers sa chambre. Je croise notre courageux interne qui a encore du mal à affronter ses patients. Encore un officier à l’aise dans ses baskets qui ne sait que courir loin du danger et lancer quelques ordres pour se protéger des bêtises. Encore un qu’il faudra biper 7 fois avant d’avoir une réponse… J’entre dans la chambre, la marâtre est campée au bout du lit. Je lui propose d’aller se chercher un thé, je lui indique un couloir plus loin. Je crois qu’elle ne m’aime pas trop. Je m’en fous. Elle n’est pas encore dans le lit à la place de son fils, quand viendra son tour, je ferais preuve d’un peu plus de patience… quoique… Je m’approche du lit et demande si la douleur est plus forte. 
-          - Au vu de vos cris j’ai cru qu’on vous avait arraché le reste de votre cuisse… 
Il ne me regarde plus. Il a décroché. Je lui repose la question. Je ne dois pas le laisser partir. Je fais le tour du lit et descend mon visage au niveau du sien. Je détache mes mots, les fais légèrement claquer. Ses yeux sont froids. Comme ses membres. Je décide de le masser un peu. Il se laisse retomber dans le lit. Il est perdu. Comme un enfant. Mais c’est un homme. Un homme qui a perdu la moitié de son ombre.  
  

 
-         -  Et vous, vous voudriez d’un homme comme moi ? 
J’ai dit çà à voix haute. Sans réfléchir. Je sentais ses mains sur mes bras, sur mon dos. Ça faisait longtemps qu’une femme ne m’avait pas touché avec douceur. Les nanas aujourd’hui tu les baises, comme des chiennes. Parait que c’est la mode. Mais elles te regardent même pas. J’attendais pas de réponse mais elle m’en a donner une.  
-          - Et vous, vous voudriez d’une femme qui n’est jamais à la maison, qui rentre tard et part tôt ? Vous voudriez d’une femme qui passe sa journée à toucher des hommes, qui les lave, les habille, qui les change ? Même si elle a ses 2 jambes ? 
J’ai pas su répondre. A vrai dire, je crois que je serais trop jaloux. Elle a l’air d’être la même avec nous tous. Douce. Calme. C’est ce qu’elle semble être. Mais je ne l’avais jamais vu, ni imaginer. Et maintenant, que je l’ai vu dans sa blouse, je ne sais pas si je pourrais la voir autrement, dans un simple jean. Elle a l’air triste d’un coup. Seule. Comme moi. Comme si chacun de nous avaient laissé tomber les armes. Je lui présente mes excuses… Elle me répond qu’elle n’attendait pas de réponse non plus. Qu’elle a fini de me masser. Que ma mère va revenir. Qu’elle doit s’occuper des autres. Que je pourrais bientôt sortir de cette chambre… Maintenant, il ne reste plus qu’à choisir. Que l’équipe fera tout pour que je reste un homme. Que certains soldats ont même repris le boulot. Et rencontrés une femme, une vraie. Une qui les aimera avec ou sans jambes. Parce que le plus important c’est le cœur. Tant qu’il bat… 
  
  
J’ai fini ma journée et enchaînée sur ma nuit… Je suis passée le voir plusieurs fois, il a fini par s’endormir. Je crois qu’il va se battre… je l’espère pour lui. Le soleil se lève doucement sur PARIS, et je bois un thé brûlant. C’est comme çà que je l’aime. Et puis, personne n’est là pour souffler dessus. Je croise mon regard dans la vitre au-dessus de l’évier. Hier, j’ai baissé les armes, j’ai perdu mon sourire, une fraction de seconde. Assez pour être vulnérable. Je n’aime pas être vulnérable. Et parfois, j’aimerais être ailleurs. Loin. Pour ne plus avoir à sourire. 

 

 

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Sam 10 Oct - 21:23 (2015)
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Cerise_david
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MessagePosté le: Sam 10 Oct - 21:26 (2015)    Sujet du message: Tomber les armes... Répondre en citant

C'est assurément bourré de fautes et mal présenté. Trop compact mais je manque de temps... et c'est venu tout seul. Je sais que c'est très implicite mais j'espère que vous apprécierait quand même...
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Sam 10 Oct - 21:26 (2015)
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MessagePosté le: Dim 11 Oct - 16:42 (2015)    Sujet du message: Tomber les armes... Répondre en citant

Ton texte prends au corps et au cœur, c'est le moins que l'on puisse dire! Cela se sent que c'est un texte qui t'est venu tout seul, d'un jet, et ça donne l'impression de rentrer dans la tête des personnages, de suivre leurs pensées unes à unes. Je ne trouve pas que ce soit un mal, surtout dans ce genre de situation.
Les trois visages de tes deux personnages sont suggérés mais je trouve qu'on les perçoit quand même bien, et d'ailleurs ils se ressemblent tous les deux. Il y a le visage qu'ils montrent au monde, ou peut être celui avec lequel le monde les voit, quand ils portent leur uniforme: le visage du courage. Ensuite il y a celui plus joviale qu'ils montrent à leurs proches et camarades, et celui de l'angoisse, de la solitude intérieur, qu'ils essaient de ne montrer à personne. En tout cas c'est comme ça que je l'ai compris, et c'est beau.

Merci de ta participation Cerise, et continue à nous écrire ces histoires de soldats qui sont toujours si touchantes!
 

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MessagePosté le: Mar 13 Oct - 12:06 (2015)    Sujet du message: Tomber les armes... Répondre en citant

Dur dur de passer après les commentaires de Valet, parce que je la rejoins sur pas mal de points !

On est projeté à l'intérieur de leur tête ( à chacun de tes personnages) ce qui nous donne une perception très vive, directe, de leurs ressentis, de leurs visions... Et cette omniprésence de la première personne apporte un côté oppressant, et je ne sais pas si c'était volontaire, mais j'ai trouvé que ça donnait d'autant plus de force a ton texte !


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MessagePosté le: Ven 16 Oct - 19:10 (2015)    Sujet du message: Tomber les armes... Répondre en citant

C'est vrai que le côté "sur le vif" se ressent vachement... maiiis au contraire, il ajoute à l'intérêt du texte. On voit qu'au tout début tu tâtonnes encore parce que les phrases sont plus propres, et bah ça, justement, c'est presque dommage (mais presque seulement), parce que du coup il m'a fallu quelques lignes avant de rentrer dedans.

En tout cas, le visage intérieur est vachement bien représenté. J'vois un peu moins le visage social, celui qu'on montre au monde, parce que la situation choisie ne s'y prête pas forcément, mais bon, en tout cas, le texte est quand même vachement fort.
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MessagePosté le: Mer 18 Nov - 22:07 (2015)    Sujet du message: Tomber les armes... Répondre en citant

Ton texte fait écho à l'actualité. J'ai pensé aux attentats de Paris et à ces innombrables blessés de guerre auxquels ont dû faire face les hôpitaux parisiens. 
Je craignais que tu bascules vers une histoire d'amour, un peu trop facile, mais non, tu restes sur cette ligne réaliste et sensible qui met en lumière le dévouement du personnel soignant. Beau texte.
Mer 18 Nov - 22:07 (2015)
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 08:07 (2016)    Sujet du message: Tomber les armes...

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