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Machine à Souhaits

 
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Rafistoleuse
Coup de Coeur ...
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MessagePosté le: Mer 28 Oct - 08:00 (2015)    Sujet du message: Machine à Souhaits Répondre en citant

PublicitéSupprimer les publicités ?
Cela faisait bien longtemps que le bonheur n’était plus un simple questionnement philosophique. Désormais, il était devenu une donnée mesurable, quantifiable. Quelque chose que l’on observe, que l’on détermine, que l’on analyse avec une foule de paramètres. L’Indice de bonheur mondial, le bonheur national brut, des termes qui apparaissaient aujourd’hui, sans provoquer le moindre haussement de sourcil. Autrefois un Graal intime, personnel et propre à chacun, il faisait aujourd’hui l’objet de toutes les préoccupations : économiques, écologiques, culturelles.


La nouvelle qui était tombée dans les journaux, ce matin-là, avait poussé le Président au 36ème dessous : La France n’était pas heureuse. Il tombait des nues, et entre ses doigts, une tartine beurrée perdait la moitié d’elle-même dans son café. Le pays était en crise certes, mais lui s’y était fait, alors pourquoi pas les français ?


Dès lors, un Ministère du Bonheur avait été créé dans l’urgence et l’on voyait fleurir des observatoires dédiés à ce concept dans toutes les grandes villes.
 
Clémence, trente-et-un ans, caissière, habitait la petite commune d’Abscon, en colocation avec Pierre-Louis, un infographiste en freelance – au chômage – et Zacharie, un étudiant qui cumulait les masters - psychologie, chinois, économie - et actuellement, sciences du langage.


La faim dans le monde, la guerre, la hausse du chômage…  Ça ne représentait dans leur vie pas tellement plus qu’une notification push sur leur téléphone. Mais alors tout ce bruit autour du bonheur, ils trouvaient ça plutôt drôle. Ils imaginaient des gens aux regards pendus sur les milliards de caméras - dans les rues, dans les parcs, dans les écoles – à scruter avidement afin de déterminer, par exemple, si monsieur Untel est heureux en allant promener son roquet. Quels gestes trahissent son ressenti intérieur, quelle est sa démarche. Des gens payés pour jauger si oui ou non, les français sont malheureux.


Comme si le monde était devenu un magazine psychologique, celui qu’on feuillette en attendant le médecin, ou bien dans ses chiottes.
 
Un après-midi, alors que Clémence peinait à digérer le sandwich au poulet, qu’elle avait ingurgité en vitesse pendant sa pause déjeuner, elle entendit une conversation qui accrocha son oreille. Les bribes qui lui parvenaient l’occupèrent tout le reste de sa journée. Une campagne de Sensibilisation aux Souhaits, qui serait organisée par la Mairie. Le soir même, elle fit un détour sur le chemin du retour pour avoir plus d’informations. La seule affiche qu’elle trouva à disposition, était un fouillis de citations racoleuses - On a tous le droit au bonheur, le bonheur n’a pas de prix, le bonheur ne s’achète pas - mâchées, remâchées et dégueulées depuis la nuit des temps, saupoudrées de titres – C’est quand le bonheur ? Je veux être un homme heureux - piochés dans la variété française. Aucune information supplémentaire si ce n’est la date du début de cette campagne étrange.
Clémence retint un rire avant de rentrer retrouver ses colocataires pour leur raconter l’anecdote.


« Vous connaissez la dernière ? »


Ils trinquèrent à la bière, à l’absurdité du monde, et se posèrent de sérieuses questions sur la grandeur, la matière et la couleur de leur futur canapé pour la terrasse.
 





 
 
Un matin, coincée dans une enfilade de voitures immobiles, Clémence pestait tout en s’interrogeant sur la raison de ce bordel monstre. C’est ce matin-là, à huit-heures quarante-six, que le communiqué de la mairie lui revint en pleine figure. « Putain de campagne, qu’est-ce que c’est encore que cette connerie ! » Elle abandonna l’idée farfelue d’atteindre le supermarché, c’était l’occasion rêvée pour avoir une bonne excuse de faire la caisse buissonnière. Elle attendit de pouvoir se garer de manière acceptable et se rendit vers la mairie, stupéfaite devant la foule amassée. La petite ville d’ordinaire très calme, était dans un état d’excitation qui intriguait la jeune femme. Aucun maire, aucun feu d’artifice du 14 juillet n’avait rassemblé autant de monde. Pas peu fière d’elle, l’adjointe du maire, prit le micro afin d’expliquer en quoi consistait cette campagne mystérieuse.


« Je remercie Monsieur Courtemanche d’avoir eu le bras long… » Elle vibra la bouche ouverte quelques secondes pour souligner sa boutade avant de poursuivre son discours.


« Comme vous le savez tous, votre bonheur nous préoccupe particulièrement, et notre objectif est d’y contribuer de toutes les manières possibles. » Le public médusé, reste attentif. « Nous nous sommes demandé de quelle manière pourrions-nous agir concrètement. »


« En donnant du boulot à nos jeunes ! » Pulsa une voix anonyme.


«  En nettoyant les bacs à sable des parcs, ma fille s’est blessée avec un bout de verre d’une bouteille de vodka ! » Renchérit une mère outrée.


« Ouais ! C’est facile de parler, hein ! Tous les mêmes ! » Le silence gêné qui avait envahi l’estrade, conférait aux habitants un certain pouvoir.
Les revendications et réclamations pétries d’amertume fusaient de toute part et déstabilisaient la porte-parole.
Le Maire récupéra le micro dans les mains fébriles de son adjointe.


« J’ai pensé, enfin nous, avons pensé à un concept, qui n’existe nulle part ailleurs, à notre connaissance. Il a fallu débloquer un budget spécialement dédié à notre projet mais nous y croyons et nous espérons que vous aussi.
 
Chacun de nous, individuellement,  a dans son cœur, des attentes, des espoirs, des rêves… des souhaits. Nous proposons de les réaliser. Tout simplement. »


L’annonce déclencha l’hilarité générale, ce qui dissolut immédiatement le sourire satisfait de Monsieur Courtemanche.


« Je veux un million d’euros ! Comment on s’organise ? » Plaisanta un homme.


« Ouais !! Moi je veux être une star planétaire ! » Sautilla une adolescente


« Du calme, du calme. Justement nous allions y venir. Vos souhaits devront être réalisables, raisonnables… »


Des cris et moqueries écorchaient déjà les espoirs des maîtres de cérémonie, mais ils ne se laisseraient pas abattre.


« Pour prévenir certains abus, nous avons limité les souhaits au nombre d’un par personne. La campagne durera une semaine. Pendant celle-ci, chacun inscrira son souhait, en n’omettant pas de mentionner ses coordonnées précises »


« Et quoi, d’un claquement de doigts, ça y est ?! Excusez-nous monsieur, mais nous ne croyons plus au Père-Noël… »


« Bien sûr, et je comprends votre méfiance… D’ailleurs nous ne savons pas encore la façon dont évoluera ce projet… Dans un souci de cohérence avec la loi, nous avons mis en place une équipe de détectives privés, assistantes sociales, médecins, policiers qui s’assureront de la viabilité et de la réalisation du souhait en question. »


« Bonjour l’intimité ! » Railla une vieille dame.


« Moi je veux bien qu’on fouille mon intimité de fond en comble, si je peux réaliser mon souhait ! »


« C’est pas déjà ce qu’a fait le petit Luc dans les toilettes du Bistrot hier soir ? »


 Clémence se délectait des réactions des autres. Elle était au spectacle, du grand art. Pour elle, cette campagne faisait beaucoup plus de bruit qu’elle ne réaliserait de souhaits. Selon la jeune femme, ça relevait plus d’une initiative politique honteusement déguisée.


« Une fois le souhait déposé dans la machine, ce sera à notre équipe d’œuvrer le plus rapidement possible, les souhaits étant pris en compte de manière totalement aléatoire. La première semaine de campagne commence demain. Nous avons installé la machine à l’accueil de la Mairie. L’accès sera ouvert à huit heures tapantes, demain matin. »


Certains huaient tandis que d’autres applaudissaient. Il était difficile de considérer cette annonce autrement que comme une blague ridicule. Clémence était plus que sceptique, mais après tout, l’initiative partait d’une bonne intention. Certains visages s’éclairaient déjà. Elle eut un pincement au cœur en apercevant cette lueur fragile au fond de leurs yeux. « Savent-ils qu’ils jouent avec des vies ? » S’interrogeât-elle intérieurement.


Elle regagna son épave qui lui servait de voiture. Lorsqu’il faisait trop humide ou trop chaud, les portières devenaient susceptibles. Aujourd’hui, le temps avait dû les énerver parce qu’elles faisaient clairement la gueule, et Clémence dû se résigner à rentrer par le coffre. « Et si je souhaitais une nouvelle voiture ? »  Une petite, qui prendrait peu de place, mais avec un embrayage en bonne santé … Une bagnole avec des amortisseurs qui n’auraient pas le même bruit qu’une bouteille de vodka vide slalomant dans son ventre ?  « Mais ça, dans un mois ou deux je peux me la payer… Je dois pas gaspiller mon souhait avec quelque chose qui reste à ma portée »
Clémence sondait son intimité à la recherche de l’ultime souhait. Son esprit vagabondait aux quatre vents et des vœux fleurissaient à chaque feu rouge. Que voulait-elle plus que tout ? Que pouvaient-ils concrètement réaliser ? Clémence grimaça en repensant à l’annonce faite par le maire. Chaque vie allait être observée à la loupe, et selon elle, ce n’était qu’une menace croustillante enveloppée d’un ton mielleux.


« Tout se saura. »


 Quand bien même, une petite poignée d’absconnais profiteraient de cette opportunité, cela valait tout de même la peine de tenter sa chance. Les incertitudes, les espoirs, les inquiétudes se tricotaient entre chien et loup.


Il fallait attendre.


Elle fit un crochet au petit marchand de légumes. Clémence n’était pas du tout la stéréotype de la fille qui mange bio et équilibré. Mais d’une part, elle détestait faire les courses, hors de question de ramener du boulot à la maison. D’autre part, elle vivait avec deux garçons, qui étaient capables de s’accommoder de fast-foods, kebabs, et pizzas sans jamais se lasser. Elle remplit un sac de pomme de terres, fallait pas non plus les brusquer, acheta des tomates, poivrons, des oignons… Elle composerait avec la partition que lui proposerait le réfrigérateur.
 
Elle posa ses sacs qui lui saucissonnaient les doigts, et inséra sa clé dans la serrure avant de se rendre compte.  


« Pelo, tu viens m’ouvrir ? »  


Il ne venait pas.


« Allo, Pelo ? Oui je suis là… Ben là, là ! Devant la porte ! »


Clémence posa ses affaires et invita Pierre-Louis à faire une pause clope. Elle fumerait, et comme ce n’était pas le cas de son ami, il se contenterait de prendre la pose.


« Il s’est passé un truc énorme aujourd’hui !


- Je sais !


- Naaaan… »


Il savait. Il avait vu une vidéo, de qualité médiocre, se sentait-il forcé de le préciser, filmant le discours du maire. Pierre-Louis était tombé sur cette vidéo avant même qu’elle ne rentre chez elle, ce n’était pas du jeu.


« Tu me laisseras l’annoncer à Zach ?


« - M’annoncer quoi ? Entra le dernier membre du trio.


- Ah, toi au moins tu ne me gâches pas mon plaisir…


- Si c’est tout ce que tu souhaites…


- Naaaan… Nan mais là, vous êtes chiants les gars, vous m’avez volé mon moment !


- Tu souhaites qu’on te le rende ? » Se moqua Zacharie.
 
Clémence fit couler du café et ils s’avachirent dans le vieux canapé à moitié démembré. Ils passèrent l’après-midi à s’imaginer la petite ville d’Abscon sous l’influence de cette machine à souhait. Clémence imaginait une ville grouillant de grands manteaux surmontés de lunettes noires et coiffés d’un chapeau, scrutant, épiant chaque centimètre de vie laissé à la vue. « Déjà que j’ai toujours la désagréable impression qu’on me regarde quand je marche seule ! » Pierre-Louis craignait le Livre des Conditions « Condition 2487 : Vous devez avoir porté un bonnet bleu en 1998 lors de la coupe du monde, pour pouvoir prétendre à l’acquisition d’un appartement avec vue sur la mer ». Ça rigolait beaucoup jusqu’à ce que Zacharie pose la fameuse question. 


« - Dans le fond, si c’était vraiment possible, ce serait quoi votre souhait ?


- Une coupe de cheveux pour Clem !


- Hin hin ! Et un sens de l’humour pour Pierre-Louis !


- Nan mais on n’osait pas t’en parler, mais on le vit très mal au quotidien !


- Allez-vous faire voir ! Rigola Clémence en les bousculant. Je vais aller cuisiner un truc…


- Haaaan !!


- C’est quoi cet orgasme, Pelo ?!


- Elle vient de réaliser mon souhait ! »


La surenchère des vannes et les hypothèses fantasques occupèrent les colocataires jusque tard dans la nuit.




 
Le lendemain, il semblait que la France entière soit au courant de cette fameuse campagne mise en place. Clémence n’avait pas vu la machine en question, mais se basant sur les conversations rapportées des clients, cette machine avait plus ou moins l’apparence d’une machine à sous mais en carton.


« Mon gamin de six ans aurait construit quelque chose de mieux ! »


« On dirait une grosse blague »


« Une tirelire géante aurait suffi, tout ce buzz pour une boîte »


On ne pouvait plus éternuer sans avoir des clins d’œil des gens autour. Clémence commençait à trouver ça flippant.


 
Aux infos le midi, la France entière en parlait déjà. La Machine à Souhaits était l’attraction absolue.  Les gens voulaient tous savoir. Les journalistes harcelaient les habitants. Les médias se bousculaient devant la mairie, grignotant les miettes d’informations comme des hyènes affamées.
Clémence évita soigneusement les environs afin de ne pas rester prise des heures dans l’embouteillage. Et en regardant le journal du soir, elle se félicita. Il y avait autour de cette boîte en carton colorée, un mystère, une aura qui la dépassait. On voyait des interviews de français, la mort dans l’âme, de ne pas pouvoir déménager à Abscon, pour pouvoir profiter de cette chance inespérée.


Clémence et ses colocataires se moquèrent de bon cœur. Cette Machine avait réveillé la ville, le pays, comme jamais.




 
Le lendemain, les gros titres éclaboussaient de partout. Les Radios, les téléphones, les émissions télévisées, les voisins dans l’ascenseur, les clients à la caisse, les mamans accompagnant leurs enfants à l’école.




- La Machine à Souhaits incendiée pendant sa première nuit, anéantie sans avoir réalisé un seul vœu. - 
 
 
- La fin de la Campagne, la fin de l’espoir. - 
 
 
- La France en deuil pour les Absconnais. - 
 
 
- Le soutien du Président face à cette terrible nouvelle. - 
 
 
- Des Mesures seront prises pour faire face - 
 
 


*** 
 
 
 
Deux mois plus tard. 
 
Le réveil sonna, grinçant inutilement dans les oreilles de Clémence, déjà levée depuis des heures. Clémence ne dormait pratiquement plus. Ce qui ressemblait à une blague ridicule avait pris des proportions catastrophiques.
Aujourd’hui aurait lieu la troisième journée de Campagne. Les deux mois qui avaient succédaient à l’attentat à la Machine, avaient entraîné des colliers d’absurdités, toujours plus grosses que les précédentes. Le gouvernement s’en était mêlé. Le monde entier se sentait concerné. Le bonheur, tout le monde en voulait une part. Elle était à des années-lumière la machine en carton fabriquée par madame l’adjointe. L’exclusivité dont se targuait autrefois la petite ville, avait ouvert la porte à des monstres informatisés, numériques, électroniques.


Courtemanche n’avait plus la main sur quoi que ce soit. Les nouvelles règles avaient été dictées par les dirigeants de tous les pays. Et Abscon n’était plus qu’un mouton sage et obéissant.
Chaque ville, de chaque pays bénéficierait du même dispositif. D’abord il fallait des limites. Chaque individu aurait le droit à trois souhaits, donc un souhait par campagne. Une campagne durerait un mois, pendant lequel chacun aurait le droit de formuler un souhait, anonymement. Chaque souhait serait envoyé à une base de données. A cet effet, des bornes de dépôt bourgeonnaient à chaque coin de rue. A la fin du mois - pas un jour de plus - les bornes seraient verrouillées et placées selon des mesures de haute sécurité.


Et là où la proposition naïve de Monsieur Courtemanche consistait à réaliser chaque souhait aléatoirement et à échelle humaine, la mise en place du gouvernement se révélait plus pernicieuse. Comme il serait complétement impossible de réaliser les vœux de tout le monde à la fois, le ministre du Bonheur annonçait la construction d’une chaîne d’établissements : Les Quasi’mots. L’entrée et l’accès aux Machines à Souhaits seraient entièrement gratuit, puisque le bonheur ne s’achète pas. C’est le hasard qui se chargerait du reste. Personne ne saurait quand, mais surtout personne n’aurait le choix de son Souhait.


L’aberration de cette organisation semblait, fatalement, émoustiller les foules, voire les déchaîner complètement. Deux jours, que la Campagne avait commencé et les bornes avaient beau s’être installées en nombre, des queues s’allongeaient sur tous les trottoirs.


 « Le monde entier en érection devant ce piège à cons. » pensa Clémence.


Les gens n’allaient plus travailler, n’allaient plus faire les boutiques, ne mangeaient plus. Pire que la sortie d’un nouveau jeu vidéo. Pire qu’un concert d’un artiste international. Non il fallait à tout prix déposer son Souhait.


Et pourtant ce n’était rien comparé à ce qui les attendait ensuite.
Clémence, Zacharie et Pierre-Louis n’avaient pas formulé de Souhaits. Maigre résistance. Eux rêvaient simplement que tout ça n’ait jamais commencé.




 
Dans toute la ville, des banderoles aux couleurs et aux polices criardes, des affiches scotchées sur la moindre surface nue disponible. Il fallait vraiment être coupé du monde pour échapper à cette information. Le Quasi’mots était ouvert depuis des jours, et les rues qui l’entouraient étaient aussi bondées qu’à la première heure suivant l’inauguration. Les gens faisaient désormais des détours de plusieurs kilomètres s’ils voulaient juste conduire de manière fluide. Le monde, du moins  leur petite commune, était scindée en deux. Ceux qui avaient un souhait en jeu, et les autres.   Aujourd’hui, les trois colocataires se décidaient, pour mesurer l’étendue des dégâts, à se rendre au  grand Quasi’Mots. Comme ils le redoutaient, les routes étaient bloquées à un kilomètre à la ronde. Les gens qu’on voyait sortir de leurs voitures semblaient partir en excursion ou en pique-nique. Des sacs de randonnées, des glacières, des tabourets pliables. Des couples se disaient au revoir comme si leur moitié s’en allait en guerre.


«- Je ne sais pas quand je reviendrai …
- J’ai foi en toi, mon ange, courage, je t’aime ! »


 Clémence et ses amis rigolaient doucement en passant. En s’approchant un peu plus du bâtiment, on pouvait voir des tentes plantées aux abords. Le ridicule ne tuait pas encore mais il menaçait grandement. Des barrières avaient été plantées pour qu’un circuit se fasse plus naturellement pour la file d’attente. Celles provoquées par les bornes n’étaient que de la gnognotte, en comparaison de ce qui se tramait. Les gens se disputaient leurs places, comme si leur vie en dépendait.  


Les curieux regardaient à travers les vitres. Les trois colocs se dirigèrent vers ces vitrines, et le spectacle qui les attendait était aussi affligeant qu’ils se le figuraient. Des gens assis à des machines pourvues de rouleaux colorés. Des lumières, des écrans scintillants et des alarmes dès que des souhaits venaient d’être remportés. Une grande liste s’affichait et l’on voyait les souhaits disparaître au fur et à mesure.  La gratuité de ces machines avait rendu les gens cinglés. C’était le premier à aller se désaltérer ou bien se vider la vessie, qui perdait sa place. Les gens actionnaient les leviers en priant, en embrassant les machines, en croisant les doigts, pour qu’un souhait se réalise. Le monde avait arrêté de tourner. Le monde souhaitait.


Les amis quittèrent leur poste d’observation, épris d’un tourbillon de sentiments. De la révolte, des regrets, de la peur, du dépit, de la terreur. Ils avaient envie de demander à ces gens, pourquoi, ils auraient voulu les secouer tous. Mais la réponse était déjà toute écrite : « Pour être heureux. »
Que pouvaient-ils faire contre ce désir-là, pas grand-chose.


Clémence s’avança vers une personne et demanda spontanément :


«- Vous, monsieur, quel est votre souhait ?


- Un billet d’avion pour rejoindre ma fille à l’autre bout du monde.


- Vous savez que vous risquez de gagner la dernière trottinette à la mode ? Vous savez que vous avez un millier de chances de tomber sur un autre Souhait que le vôtre.


- Oui, mais au cas où… »


Clémence, s’éloigne de l’homme, ahurie, attristée.


« - Et vous, Mademoiselle, que souhaitez ?


- Une nouvelle voiture !


Clémence s’apprêtait à répondre lorsqu’une voix provenant de quelques mètres derrière s’écria.
« - Je vends une voiture ! Je peux vous faire un prix !


La jeune femme tiraillée entre l’envie d’aller discuter de cette proposition et la crainte de perdre sa place.


Clémence, soudain gonflée d’espoir se sentit poussée des ailes.


- Attendez, mademoiselle. On va faire quelque chose.


Et en s’adressant à ses amis :


 « Bon les gars, vous m’aidez ? 
- Euh, comment ça ? L’interrogea Zacharie, complètement paumé.
- C’est simple, tu vas voir ce gentil monsieur qui vend sa voiture, tu lui demande son prix et tu viens me le dire, voire si ça peut régler le souhait de mademoiselle. Ça fera un souhait de réalisé, et par la même une place de moins dans la file !


- Euh… T’es sérieuse ?


- Oui, oui tu vas voir…


- Nan mais comment te dire … Tu connais personne, toi qui aurait GRANDEMENT besoin d’une caisse ?


- Oui oui bon je prends la prochaine proposition ! Bon allez, qui veut quoi ? Pas tous en même temps, c’est pas la foire à la saucisse, non plus … Alors… Toi petit, tu veux un avion télécommandé ? Pelo, c’est bon t’as noté ? »


 
Les trois amis s’amusèrent pendant des heures à créer des ponts entre les gens. Surpris de voir autant de souhaits se réaliser d’eux-mêmes. Avec cette même adrénaline, à chaque personne qui quittait la file, heureux.


Ils ne changeraient pas le monde, ils le savaient. 


Mais même les dragons les plus puissants pouvaient être touchés par les plus petits coups d’épées. 
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MessagePosté le: Mer 28 Oct - 08:08 (2015)    Sujet du message: Machine à Souhaits Répondre en citant

Excusez la longueur, j'espère juste qu'au moins la juge de cette semaine aura le courage de me lire  Embarassed
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Mer 28 Oct - 08:08 (2015)
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MessagePosté le: Mer 28 Oct - 11:42 (2015)    Sujet du message: Machine à Souhaits Répondre en citant

J'aime beaucoup  


Déjà c'est fluide a lire.  Et ça se lit d'une traite malgré la longueur


Ça montre bien que des que le gouvernement se mêle de quelque chose on commence par marcher sur la tête haha. 


Et puis j'aime bien la morale. Le fait d'aider les gens . Même a son niveau seulement. Je trouve ça beau. 
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MessagePosté le: Mer 28 Oct - 11:56 (2015)    Sujet du message: Machine à Souhaits Répondre en citant

Ah ben ça me fait grave plaisir, que ça t'aies pas rebuté la longueur, j'espérais justement que ce soit fluide et pas trop embrouillé, du coup je suis contente.


et puis voilà pour le gouvernement je me prononcerai pas plus  Mr. Green


Ravie que t'aies aimé le message, merci beaucoup !!!! 
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MessagePosté le: Mer 28 Oct - 15:27 (2015)    Sujet du message: Machine à Souhaits Répondre en citant

Aaaah Rafiii! 


Déjà, bravo pour tout le boulot que t'as abattu dans ce texte! Pouah! La classe!

Pour la longueur, ON S'EN FOUUUUUUT! lol On te suit dans la lecture, t'aurais pu écrire un roman ça serait aussi bien! XD héhé

Bref; un petit commentaire à chaud (je te réserve l'analyse complète pour la fin de la semaine haha).

Mon ressenti général: j'ai adoré ton univers; limite, j'en aurais voulu plus! Au final, je suis restée devant ton texte à me demande "Hors thème ou pas?" (mais tu le sais déjà haha)

Après réflexion, tu termines dans le thème, avec vraiment le monde entier sous l'effet des trois souhaits mais je suis frustrée de pas en avoir plus justement sur l'univers en place. Ceci dit, c'est super extra d'avoir sa création en intro... Donc, à moins de te demander d'écrire un roman en une semaine, c'était ton choix, un parti pris bien mené du début à la fin, et avec une super chute qui laisse entrapercevoir une suite possible.

Bref, bravo à toi! Autant de pages en si peu de temps, avec une plume toujours aussi agréable à lire, tes personnifications d'objets qui me font toujours autant marrer et des personnages bien campés, un vrai groupe d'amis avec sa dynamique. Chapeau!

UNE SUITE! UNE SUITE! UNE SUITE!

mouahahaha!
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Mer 28 Oct - 15:27 (2015)
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MessagePosté le: Mer 28 Oct - 21:04 (2015)    Sujet du message: Machine à Souhaits Répondre en citant

J'ai commencé à lire ton texte lors de ma pause déjeuner, et j'ai du m'arrêter avant de l'avoir terminé faute de temps... et t'imagines même pas combien j'ai été frustrée!
D'abord, ton écriture est vraiment agréable et tu m'as emporté dès les premières lignes. Tu arrives très bien à donner vie à tes personnages en nous donnant des petits détails, des particularités qui les rendent réels.
Ensuite, j'ai particulièrement apprécié la façon dont tu avais amené le thème. Tu arrives à le rendre réaliste, à l'incorporer dans un quotidien qui ressemble au notre si bien qu'on a l'impression que ça pourrait vraiment arriver. Pour ça, tu colles vachement bien au fait que l'histoire doit se passer dans notre monde.
La seule petite ombre serait peut être le fait qu'on ne voit pas que tout le monde a 3 souhaits... mais perso moi je suis pas juge alors je m'en fout!
J'ai vraiment adoré.

Bravo!
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Mer 28 Oct - 21:04 (2015)
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MessagePosté le: Mer 28 Oct - 21:47 (2015)    Sujet du message: Machine à Souhaits Répondre en citant

C'est que je me sentirais presque coupable de ne pas avoir poussé mon texte plus loin quand je vois le "tome" que tu nous as fait là ^^

Comme dit plus haut, ça se lit comme "du petit lait" . Je reconnais bien là ton style dans ces personnages pétillants et taquins ancrés dans un quotidien simple et sans fioritures. Par rapport au thème, j'ai bien aimé ton approche : la découverte du système en même temps que le personnage, c'est graduel et ça colle tellement à ce qui pourrait VRAIMENT se passer... 

Après, je ne suis pas très fan des Happy Endings (question de goût) et j'attendais plus de noirceur. C'est peut être trop "frais" et "enjoué" (dans le rythme, dans les dialogues) par rapport au sujet de fond.

Mais bon, je pinaille parce que c'est vraiment un chouette concept et une belle exploitation des vices de l'Homme. Bravo ^^
Mer 28 Oct - 21:47 (2015)
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MessagePosté le: Jeu 29 Oct - 02:09 (2015)    Sujet du message: Machine à Souhaits Répondre en citant

Wahou Merci beaucoup les filles !!

D'abord Ali, pour la longueur j'ai pris le risque parce que je savais que c'était ton défi, donc je suis contente que finalement on ne sente pas de "longueurs"

En fait j'ai eu un soucis majeur qui m'a poussé à triturer mes méninges ce sont les termes de ton défi, j'ai vu "notre monde", "réaliste" alors j'ai passé vachement de temps à imaginer comment notre cher monde pourrait en arriver là, et je voulais aussi montrer de quelle manière tout pouvait dégénerer aussi.

Du coup je comprends ta frustration, puisque finalement on en a pas assez à se mettre sous la dent concernant le monde tel qu'il est devenu avec les Machines à Souhaits. Et je comprends aussi que j'aurais pu commencer direct avec l'arrivée des machines, que ça t'aurais pas choqué Mr. Green

Après y a un truc que j'aime c'est parler du quotidien des gens, du coup j'ai aimé prendre mon temps à décrire comment la machine à fait irruption dans leur vie, qu'est-ce que ça a bougé ou non chez eux...

Après en prenant le début de mon texte dans file d'attente, je pourrais largement dépeindre un monde noir, et j'ai plein d'idées Du coup je comprends ce côté Happy Ending qui t'emballes moins !


Après pour te répondre Valet au sujet des 3 souhaits, j'ai joué sur les mots m'enfin pour moi j'étais pas hors sujet non plus. Chaque humain a le droit à trois souhaits, il est pas forcé de les utiliser.

Bon pour la suite, ben à voir si un défi me le permet

En tout cas ça fait plaisir, merci !
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Jeu 29 Oct - 02:09 (2015)
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MessagePosté le: Sam 31 Oct - 00:18 (2015)    Sujet du message: Machine à Souhaits Répondre en citant

Ah, la machine à souhaits !


Toi, toi, tu m'as donné du fil à retordre!


Le texte ; je l'ai relu à haute voix en prenant le temps et tout. Un premier détail m'a perturbé : le passage de l'imparfait au présent. Hormis ça, et sans parler du thème, tes personnages sont vraiment attachants, ils ont une vraie complicité et une vrai relation. J'aime beaucoup tes petites personnification d'objets placées par-ci par-là, la poésie de ta plume. Il y a vraiment plein de perles ! Pour la longueur, ce n'est pas moi qui vais critiquer.


Maintenant, vu le thème, tu aurais pu resserrer un peu l'intro pour vraiment nous parler du monde en place avec les Machines à Souhaits. Tu tiens un univers intéressant, intrigant, potentiellement sombre et qui pousse à la réflexion. Les trois souhaits sont là mais un peu loin pour moi dans ton récit et, surtout, l'histoire se centre vraiment sur la petite commune, faisant presque passer à la trappe le fait que le monde entier est victime du phénomène. Après, pour le coup, c'est vraiment l'évolution de notre monde que tu dépeints et, rien que pour ça, bravo !:-*


La contrainte, au risque de faire dans la redite, rien à redire. (haha ! XD)


En bref, à part un petit goût de trop peu niveau du thème, tu as remplis le contrat !:-p


Bravo à toi ! Merci pour ta participation ! Et n'hésite pas à nous écrire la suite... (oui, j'y tiens à mes suites.)
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MessagePosté le: Sam 31 Oct - 01:24 (2015)    Sujet du message: Machine à Souhaits Répondre en citant

Ah ah je savais que je serai pas dans la course, j'ai failli ne pas être dans le thème d'ailleurs

Alors oui tu as raison, pour le resserrage de l'histoire, que j'aurais pu faire mais je ne suis pas sûre que j'aurais fait ce que tu voulais. Parce que pour moi observer la décadence d'un monde en suivant simplement 3 personnages dans leur vie, c'est pas moins juste que de dire "Ouais dans le monde entier c'était pareil" du moins ça j'aurais pas pu l'étaler autant dans mon défi... Après le gros frein que je me suis mise toute seule c'est le côté réaliste, qui m'aurait empêché sinon de dire choisir le monde tel que dans mon textes sur les afficheurs publicitaires, t'sais...

Bref pour les problèmes de temps, j'essaie de bosser là dessus mais sur des grands textes je dois être moins au taquet ...


Merci beaucoup en tout cas !
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MessagePosté le: Lun 23 Nov - 21:11 (2015)    Sujet du message: Machine à Souhaits Répondre en citant

Ce texte m'a rappeler l'histoire de Moulamo, dans l'esprit. J'aime beaucoup quand tu construis des univers comme celui-ci avec des touches de surréalisme et un message sous-jacent, entre Orwell et Vian.
J'ai trouvé l'ellipse entre la première partie à la seconde un peu abrupte. Quant à la fin elle est chouette, mais enfin, tu as tellement bien mis en place ton univers que l'on aurait souhaiter y évoluer un peu plus. 
Lun 23 Nov - 21:11 (2015)
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 03:04 (2016)    Sujet du message: Machine à Souhaits

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