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La belle et le zonard

 
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Alinoë
Méga CDC...
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MessagePosté le: Lun 16 Nov - 00:46 (2015)    Sujet du message: La belle et le zonard Répondre en citant

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Note: merci d'avance à tous ceux qui auront le courage de lire jusqu'au bout! XD Et puis pour la petite histoire, c'est la suite (le développement plutôt) du défi 80: "Le Grand Retour"
Vala. Enjoy!    
Et courage, Valet! HAHAHA! 
PS: si quelqu'un à le courage de relever mes fautes, je suis preneuse...
 
   

La belle et le zonard
   


Morg'han courrait à travers le dédale de souterrains, pratiquement plié en deux pour éviter les reliefs escarpés du plafond suintant d'humidité. Ses vêtements déchirés lui collaient à la peau, mouillés de sang et de sueurs. Quelques mèches blondes échappées de leur catogan barraient ses prunelles violettes, l'empêchant de distinguer clairement où il mettait les pieds. Le prince se serait certainement égaré depuis longtemps au milieu de ces tunnels sans Yall'han, le vieux maître d'armes. L'homme, au tonus impressionnant malgré son âge avancé, ne semblait souffrir d'aucune forme de fatigue ni de sentiment. Il ne pouvait pas se permettre d'en éprouver. Il avait une mission, protéger le dernier descendant de la Lignée des Rois à tous prix, et il comptait bien s'en acquitter. Pour cela, ils devaient traverser la Porte, quitter au plus vite Amaly'ah, s'éloigner autant que possible des Pères, leur coup d'état et leur folie meurtrière.


Il était aisé de perdre son chemin dans les souterrains. Des kilomètres de galeries sombres reliant les quatre Cités Dômes du Royaume. Des couloirs étroits, affreusement identiques pour des yeux non avertis. Yall'han ne faisait pas partie de ceux-là. En tant que maître d'arme et protecteur du prince, il connaissait chaque recoin du labyrinthe, ses pièges, ses passages secrets et même un moyen infaillible de s'y retrouver. Il s'était préparé à ce jour comme à tant d'autres, priant pourtant qu'il n'arrive jamais, mais les bonnes choses ont forcément une fin, l'équilibre d'un monde y compris. Après plus de cent années d'existence, il avait appris à savourer le meilleur tout en envisageant le pire.


Les Pères voulaient prendre les rênes, évincer une bonne fois pour toute la reine et sa lignée. Ils y étaient pratiquement arrivés. Cette nuit là, profitant de l'ivresse du vingt-et-unième anniversaire du prince Morg'han et de sa soeur Sar'ah, ils avaient envahit le Palais et repeint les murs clairs de la salle de balle du sang et des boyaux de toutes les âmes présentes – nobles, gardes et petit personnel – sans la moindre distinction.


Entre surprise et panique, la Garde s'était rapidement retrouvée dépassée, incapable de contenir le flot de civils enragés encouragés par les Pères alignés dans leurs dos. Dix hommes en toge noire, leurs iris rouges brillant sous l'ombre de leur capuche. Dix mages redoutables contre lesquels Yall'han se savait impuissant. Il n'avait d'ailleurs pas chercher à combattre, uniquement à sauver les derniers héritiers. Le dernier. Vu la gravité de sa blessure, Sar'ah devait être morte à présent, ou aux mains de l'ennemi, la première hypothèse étant certainement préférable.


Si le maître d'arme parvenait à faire fi de ses émotions le temps de leur fuite, Morg'han réussissait à peine à le suivre sans se prendre les pieds dans le moindre petit renfoncement, obligé de se raccrocher aux murs gluants de mousse pour ne pas tomber. Les entrailles en feu, le coeur qui battait à tout rompre et un défilement incessant d'images du carnage auquel il venait miraculeusement d'échapper. Le corps démembré de sa petite-cousine, son oncle battu à en crever, son père éviscéré, la tête de sa mère plantée au bout d'une pique,... Et puis Sar'ah. C'était elle l'héritière légitime, la future reine. Il n'était que son homologue, un futur roi de l'ombre comme leur père et un chef de garde incapable de se protéger lui-même.


« Sir Morg'han ! », beugla soudain Yall'han, ramenant brutalement le jeune homme à la réalité.


Ce dernier réprima avec peine un sursaut et, après une veine tentative pour dégager son regard du rideau blond qui l'encombrait, il pivota sur lui-même en avisant le cul-de-sac obscure au fond duquel il était arrêté. Bien que parfait nyctalope, il ne repéra aucune trace d'issue et, surtout, aucune trace de son maître d'arme.


« Je suis pas Sir, y a plus de Sir au cas où t'as pas remarqué ! », aboya-t-il dans l'espoir d'obtenir une réponse rapide du vieil homme. Même dans un monde où la magie faisait partie intégrante du quotidien, on ne disparaissait pas comme ça, sans un son ou un résidu. Il n'y avait rien de tout cela dans cette galerie, à part des murs douteux. Yall'han devait forcément se trouver dans les environs...


De fait.


« Par ici, bougre de licorneau ! », gronda-t-il depuis le fond de sa cachette.


Avant que Morg'han n'ait le temps d'esquisser le moindre geste, un bras puissant surgit dans son dos, l'attrapa fermement par la ceinture et l'entraîna à travers le pan de pierre factice. En quelques secondes, le prince se retrouva nez à nez avec son maître d'arme mécontent, dans une pièce parfaitement cylindrique étonnamment chaleureuse. L'air y était beaucoup moins vicié que celui des galeries, sans poussières moites et autres particules flottantes, un régal pulmonaire dont le prince n'eut malheureusement pas le temps de profiter.


« Qu'est-ce que je t'ai dis ? », interrogea Yall'han sur le ton de la réprimande, ses prunelles azur plantées aux fond de celles de son jeune protégé.
« De...je... », balbutia ce dernier.
« Tu, tu ! Je ne peux pas veiller sur toi si tu n'es pas capable d'écouter et de faire ce que je te demande ! Rester derrière moi, ce n'est pourtant pas compliqué ! »
« M... »
« Pas d'excuse. Monte sur la stèle. », ordonna-t-il avant de se détourner, laissant enfin à Morg'han l'occasion d'aviser la salle et la légendaire Porte en son centre exacte.


Une porte, un bien grand mot. Tout juste un rond de pierre sombre gravé de douze chiffres, tel le cadran d'une horloge dépourvu d'aiguilles. Un plafond constitué d'une sorte de verre translucide diffusait une douce lumière. Des murs parfaitement lisses, ornées de douze torches exactement. Et une sorte de console que Yall'han était en train d'activer.


Pas le temps d'approfondir l'inspection. Morg'han prit place au centre de la stèle, la mort dans l'âme. Il ne voulait pas quitter son peuple, pas plus que le monde qui l'avait vu naître. Il voulait simplement effacer cette journée et que tout redevienne comme avant.


*


Un silence assourdissant. La pierre lisse et tiède contre sa joue. Le corps perclus de douleurs, un goût de poussière dans sa bouche et le cerveau engourdi comme un lendemain de cuite. Péniblement, Morg'han souleva les paupières pour aviser l'épaisse obscurité de la pièce. Une salle circulaire, les torches éteintes aux murs et puis la stèle en travers de laquelle il était allongé. Un râle plaintif se coinça dans sa gorge tandis qu'il luttait contre ses muscles épuisés, tentant vainement de se relever.


« Plof. » Il retomba mollement contre la Porte, à bout de force. Aucune trace de Yall'han, aucun panneau de commande et un froid mordant qui contrastait nettement avec la chaleur de la stèle. Le passage semblait avoir fonctionné, alors où était le maître d'arme ?


Morg'han se retrouvait seul, à moitié inconscient, perdu dans les sous-sols d'un monde dont il ne connaissait strictement rien. Seul, et cette douleur au fond de l'âme, l'absence de Sar'ah. En vingt-et-un ans, ils n'avaient jamais été éloignés plus de quelques heures, rarement plus de quelques kilomètres. Là, c'étaient des milliers d'années lumières qui les séparaient et pourtant, il pouvait encore la sentir. Il n'avait pas le droit d'abandonner. Mort, il serait inutile. Il devait vivre pour elle, pour son peuple et pour Amaly'ah.
Encouragé par cette pensée, il ouvrit à nouveau les yeux puis, dans un grognement rageur, s'arracha au bras de la gravité et se mit sur ses pieds. Une bonne chose de faites. Le temps de trouver une stabilité convenable, il tendit l'oreille au silence, cherchant un bruit, quelque chose qui lui indiquerait dans quel genre de monde il venait de débarquer.


Yall'han avait vaguement évoqué le nom de Terr'ah. Un détail qui n'aidait pas vraiment le Prince. Les cours de Géographie Universelle n'étaient pas sa tasse de thé, les cours en général. Sar'ah aurait su, elle, comment fonctionnait Terr'ah, ses coutumes, ses langues, ses Portes. C'était elle le cerveau du duo. Lui n'était que les muscles.


Un soupire filtra entre ses lèvres comme il se décidait à descendre de la stèle. Puisque son regard ne décelait aucune sortie, il ne lui restait qu'à utiliser une vieille méthode infaillible, tâtonner le mur jusqu'à passer au travers. Certes, le plan était simpliste mais Morg'han n'en voyait pas d'autre. La téléportation se verrouillait automatiquement dans l'enceinte de la Porte. Ca, il l'avait retenu.


Résigné, il entama donc le long et lent pelotage de mur en quête d'une issue. La tâche se révéla plus ennuyeuse que compliquée et, au bout de dix bonnes minutes, il avait tout juste atteint le milieu de l'enceinte. Il s'apprêtait à abandonner lorsque la pointe de sa botte heurta quelque chose. « Boc. » Un bruit sourd, sec. Aucune résonance. Un objet en bois, certainement plein. Morg'han baissa les yeux, s'attendant à voir l'objet en question. Rien. Juste le vide au bout de son pied. Un vide pourtant palpable. Prudemment, le prince s'accroupit et, tout comme il venait de la faire pour le mur, tâta l'invisible chose pour tenter d'en évaluer la forme, la taille et l'envergure.


Une surface rêche, ni chaude ni froide, un gros rectangle arrondi sur le dessus et une serrure métallique qui cliqueta lorsque les doigts de Morg'han effleurèrent son contour. Paré à toute éventualité, le jeune homme s'écarta prestement de ce qui semblait être un coffre et se plaqua au sol, les bras par dessus la tête.


Un grincement puis le silence.


Il resta immobile un moment, osant à peine respirer dès fois que son souffle suffise à déclencher une quelconque sécurité. Un coffre caché contenait forcément des objets de valeurs et, de ce fait, il était forcément protégé. Non ? Non. En tous les cas, pas celui-là. Convaincu par sa conclusion mentale, le prince entreprit donc de se relever.


« Clic. Pfit pfit pfit. »


Une salve de flèche fendit l'air que Morg'han évita de justesse en reprenant sa place contre le sol. Détection de mouvement, évidemment. Il était entraîné à déceler ce genre de piège à con, pourtant. Mais la soif, la faim, la fatigue et le surplus d'émotions n'aidaient pas vraiment son cerveau à tourner rond.


Aplatit par terre, le front dans la poussière, le prince rassembla ses dernières bribes de lucidité. Réfléchir. Il avait compté seulement trois projectiles, tous partis dans la même direction, fichés sur deux bons centimètres dans le mur d'en face. Le coffre contenait certainement d'autres surprises du genre que Morg'han devait désamorcer s'il voulait quitter la salle entier.


Moyennement enchanté, il releva doucement la tête, juste assez pour apercevoir le coffre – visible à présent – dont le couvercle grand ouvert ressemblait à la gueule béante d'un chien d'Asl'han, le maître des Enfers. Un frisson dévala la nuque du jeune homme en lui électrisant le corps. Pourquoi avait-il donc fallut qu'il chipote à ce truc ? Si Yall'han était là, il lui flanquerait une belle rouste.

« Ce que tu ne vois pas, ne touche pas ! », singea Morg'han, en reposant le front contre la pierre froide.


La salle, le sol, la Porte ; tout était tellement terne et désolé comparé à la pièce chaleureuse qu'il avait découvert de l'autre côté. Avec sa chance, son voyage l'avait pétée, la Porte, et projeté Yall'han dans un tout autre espace-temps. Une secousse de tête pour chasser cette idée. D'abord, quitter cet endroit, se mettre en sécurité, après il pourrait pleurer toutes les larmes de son corps si l'envie lui prenait. Après.


Déjà, sa main droite glissait à sa ceinture, ses doigts agiles analysant soigneusement le bouchon de chacune des trois tubes en verre qui y étaient accrochés. Anniversaires ou soirées banales, Morg'han trimballait toujours quelques potions de son cru, des armes imparables pour impressionner en société. Au moins, l'une d'entre elles aurait une réelle utilité cette fois.


Celle du milieu, remplie d'un liquide moiré, ornée d'un bouchon souple légèrement évasé.


Un rictus satisfait effleura les lèvres du jeune homme tandis qu'il saisissait la fiole. Lentement, il ramena le bras au-dessus de sa tête puis fit sauter le morceau de liège du bout du pouce. « Pop. Pfff. » Une légère volute blanchâtre s'éleva de la fiole en soupirant.


« Brum'ah nim'ay. », murmura Morg'han sans décoller le front du sol.


La réaction fut pratiquement immédiate. Le liquide se mua doucement en une brume claire laquelle s'extirpa en ondulant de l'étroit tube en verre. Un nuage se forma dans les airs, grandit, grandit encore puis se resserra jusqu'à former une gracieuse silhouette dansant en cercle autour de la pièce telle la ballerine d'une boîte à musique muette.


« Pfit pfit pfit. Pchit. Poc. Pouf. »


Le prince releva prudemment la tête, juste à temps pour voir la danseuse se volatiliser dans les airs. Il aurait volontiers utilisé une autre fiole pour s'assurer qu'il n'y au plus de danger mais il ne pouvait décemment pas se permettre de gaspiller ses trop rares munitions. Seule la déesse Ely'ah et ses oracles savaient quelles épreuves l'attendaient au dehors. Il devait rester raisonnable, envisager le pire comme le lui avait appris Yall'han.


Avant de se relever, une vérification s'imposait donc. Joignant le geste à la pensée, Morg'han roula sur le dos et tendit une main – la gauche, la moins utile – qu'il agita ensuite dans le champ de « vision » du coffre, si tant est qu'il avait une vision... En quelque sorte. Un champ de détection serait plus exacte.


Rien. Heureusement. Il senti une pointe de soulagement en ramenant son membre entier vers lui. Et maintenant, le test ultime. Il prit une grande inspiration visant à se donner du courage puis, les sens en alerte, commença à se relever en priant mentalement sa divinité de ne pas le trucider tout de suite.


Etait-ce le revirement de sa chance ou l'exhaussement de sa prière ? Il atteignit la position debout sans la moindre égratignure. Le coffre restait sagement immobile, la gueule ouverte, un parchemin fixé dans le couvercle. La curiosité de Morg'han eut tôt fait de chasser ses angoisses et ses belles promesses de réflexions. Il traversa la pièce en trois enjambées, s'accroupit près du coffre et arracha le message de son vieux clou rouillé.


De l'Amalyen, facilement reconnaissable même partiellement effacé par l'humidité. Une écriture cunéiforme complexe, un mélange d'idéogrammes et d'alphabet incompréhensible pour la plupart des gens du peuple. Un jeu d'enfant pour un descendant de la Lignée des Rois. (Non, tout le monde ne savait pas lire sur Amaly'ah.)


Sir Morg'han,
Si je ne suis pas de retour à ton réveil, ne m'attends pas !
Il y a des affaires dans le coffre. Change d'apparence, de vêtements et sort. J'ai désactivé la Porte et sécurisé le passage pour que tu sois le seul à pouvoir l'emprunter.
N'utilise aucun dons en dehors de la salle de la Porte et ne cherche surtout pas à me localiser ! Ils te repéreraient en un rien de temps. C'est moi qui te retrouverai.
Mets-toi à l’abri quelque part et, surtout, ne te fait pas remarquer.
Yall'han


« Génial. », grogna le prince, réduisant le parchemin en un boulette compacte.


Son maître d'arme l'avait planté comme un vulgaire bagage trop encombrant. Ou bien était-ce encore un de ses tests à la noix? Quoiqu'il en soit, Morg'han n'avait pas vraiment d'autre choix que de s'exécuter s'il ne voulait pas crever là. Un regard vers le contenu de la malle.


« C'est une blague ?! », s'exclama-t-il à haute voix en tirant le seul vêtement à sa disposition.


D'accord, il n'était peut-être pas « terryen » mais il savait encore reconnaître une robe de femme lorsqu'il en voyait une. Rouge vif, moulante et fendue jusqu'en haut de la cuisse. Qui pouvait bien porter ça ? Sans parler des accessoires aussi étranges qu'indécents. Hors de question qu'il enfile ces trucs-là, même sur un corps de femme. Il était prince, au nom d'Ely'ah, pas fille de joie !


Un coup d'oeil à sa tenue suffit à le faire changer d'avis. Sa belle chemise en soie ressemblait à un torchon de boucher, la jambe gauche de son pantalon ne tenait plus qu'à un fil doré et sa veste était juste bonne à servir de combustible à cheminée. Seules ses bottes gardaient un peu de dignités. Elles mériteraient certes un bon coup de cirage mais, à part ça, elles n'avaient à déplorer que très peu de dommage. Quelques éraflures et accrocs qui leur donnaient un certain charme.


Bien. Avec un peu d'imagination, il devrait réussir à composer un ensemble potable.


C'est donc affublé d'un look très « Resident Evil » que Morg'han franchit le mur factice de la Porte, atterrissant directement dans un large tunnel obscure au fond duquel courraient deux rangées de rails électriques. Un tunnel de métro malodorant et, heureusement, dépourvu de toute circulation. A droite comme a gauche, il – ou plutôt elle à présent – pouvait apercevoir la lueur des deux quais, les seules issues envisageables, sans pour autant parvenir à définir laquelle était la plus proche de lui – elle –.


« Tic, tac, pouf. » Droite. Un rapide rajustement de sa robe, un tirage de short improvisé (les restes de son pantalon) et une remise en place de poitrine parfaitement indélicate. Il se mit en marche d'un pas décidé, manquant cruellement de féminité malgré les courbes de son enveloppe charnelle. Comme il l'avait prédit, cette tenue était d'un terrible inconfort et ces seins, pourtant pas bien gros, ne cessaient de s'agiter à chacun de ses pas.


Un soupire sonore filtra entre ses lèvres tandis qu'il arrivait enfin à destination. Sur sa gauche, un grand pan de mur bariolé de petits carreaux vernis et colorés séparait les deux voies ; un mélange de bleu, rouge, orange et jaune flash, esthétiquement contestable. En face, le quai tout aussi peu engageant. Un sol jaune passé, des panneaux électroniques qui vous jetaient à la figure leurs spots publicitaires déconseillés aux épileptiques. Des graffitis sur chaque centimètre exploitable. Deux grandes machines rectangulaire plantées l'une à côté de l'autres comme de dociles soldats. L'une d'entre elle était ornée d'une image rouge et blanche lumineuse ventant les mérites d'une boisson gazeuse, la seule disponible dans ses entrailles. Sa voisine, moins tape à l'oeil, laissait voir son contenu pas plus diététique ; chips, bonbons, barres de chocolats, gaufres, etc. Et puis, il y avait les escaliers « magiques », les poubelles métalliques et les banquettes en plastique orange vif, aussi moches et peu engageantes que le reste du décors. A quoi pouvait donc servir un tel endroit ?


La question ne transita qu'un bref instant dans sa conscience. Il devait sortir de là et trouver une planque convenable en attendant le retour de Yall'han. Attendre, il détestait ça comme tout ce qui avait attrait de près ou de loin à la patience. Il en était dépourvu et ne comptait absolument pas remédier au « problème ». Ni une ni deux, il se hissa sur le quai et fila au petit trot vers le premier escalator venu. Il mourrait de froid avec ses épaules dénudées, autant bouger. Et puis, s'il y avait une cité à la surface, Morg'han était pressé de découvrir à quoi elle ressemblait.


*


L'étage se révéla tout aussi peu engageant. Un café et un press shop aux volets métalliques baissés. Des machines au langage incompréhensible. Des portails en métal et plexiglas qui refusaient obstinément de le laisser passer, le forçant à les escalader. Et un long couloir blanc, sale, à l'odeur douteuse ; un mélange de pisse sèche, d'alcool frelaté et de vomis. Une grimace effleura le visage de Morg'han tandis qu'il allongeait le pas, les bras serrés autour de son corps de fillette beaucoup trop frêle à son goût.


Il pouvait déjà entendre le bruit des moteurs, des klaxons et la pluie qui battait le pavé au dehors. Un courant d'air glacé balayait le couloir, transportant avec lui un odeur d'humidité hivernale. Mais ce n'était pourtant pas le temps ni l'agitation extérieure qui inquiétait le prince, plutôt le grincement métallique à peine audible au milieu du vacarme. Encore deux pas puis la bifurcation. Morg'han se figea net, submergé par une vague de désespoir. Quelque mètres plus loin, un imposant rideau de fer infranchissable barrait l'escalier de pierre menant vers la sortie. Il état coincé, piégé, fait comme une chimère dans un labyrinthe.


« Ben voyons... », souffla-t-il en glissant une main dans sa crinière sombre.


Il pivota sur la pointe de ses bottes trop grandes, avisant d'un rapide coup d'oeil le couloir désert puis, à nouveau, le volet. Aucun espoir de le soulever dans son corps actuel. Restait encore la magie mais Yall'han avait été très clair à ce sujet et le prince n'était pas certain de vouloir signaler sa présence à ses potentiels poursuivants. Soit. Il se rapprocha donc du rideau de métal dans le but d'en examiner la structure. En cherchant bien, il trouverait peut-être un moyen d'activer le mécanisme d'ouverture.


Belle utopie ! Il comprenait à peine le fonctionnement des cristaux, comment pourrait-il mettre en marche une technologie alien ? Effectivement, il réussit tout juste à arracher quelques grincements supplémentaires au malheureux volet. Il était prêt à se résigner lorsqu'un jeune homme à l'étrange dégaine surgit en haut des escaliers, trempé jusqu'aux os et, de toute évidence, frigorifié. Ses cheveux, rasés sur les côtés et longs sur le sommet, collaient à son crâne, retombaient contre son front et barraient ses yeux marrons. Un casque rouge vif sur ses oreilles laissait échapper en sourdine les basses d'un morceau de jump up bien punchie. Il portait un jeans skinny qui dévoilait largement son caleçon rayé, un t-shirt lapin crétin beaucoup trop froid pour la saison et un blouson bardés d'écussons plus insolites les uns que les autres. Un bijou planté dans l'arcade sourcilière, plusieurs dans les oreilles et même un sous sa bouche étirée en un sourire niais à la vue de la demoiselle. D'une main fébrile, il fit glisser les écouteurs autour de sa nuque et dévala rapidement les marches trempées sans se soucier un seul instant de déraper, chose aisée quand on porte de simple Converses en plein milieu du mois de janvier.


« Et ben ? T'es paumée en rev'nant d'un concours cosplay ? », ricana le jeune homme en venant se planter face à Morg'han visiblement charmante dans sa robe échancrée.


Bien qu'il n'ai pas compris un mot de la boutade, le prince secoua la tête en soupirant, une expression de franche consternation sur le visage. Si Ely'ah voulait lui envoyé un chevalier servant, elle aurait au moins pu en choisir un crédible, pas un gnome doté du charisme d'un caillou.


« Okééé. », lâcha le dit-gnome sans se départir de sa bonne humeur. Pourtant, à bien regarder la demoiselle en détresse devant lui, elle ressemblait d'avantage à la rescapée d'une agression qu'à une fêtarde en galère. « T'as fait quoi pour te r'trouver là ? T'as pas une veste, un truc ? Tu dois t'geler les miches comme ça... Tu piges rien de c'que j'dis en fait ? Ou tu me snob. Nan. Tu piges pas un broc. », débita-t-il à une vitesse folle comme s'il pensait à haute voix. Soudain, un blanc. Il plongea la main dans la poche de son pantalon, dégaina son téléphone toujours relié à ses écouteurs et, un doigt levé, ordonna : « Bouge pas. » Un léger ricanement filtra entre ses lèvres. « J'suis con ! T'irais où ? Bon. Attends là, j'reviens. J'crois qu'sais comment t'faire sortir. Faut juste que j'passe un coup d'fil sauf qu' cette merde capte quedal ici d'sous. »


Les bras croisés sous sa poitrine pointante, les yeux écarquillés et l'air passablement largué, Morg'han dévisageait la pipelette sans trop savoir que penser. Déjà, ce terryen parlait vite, beaucoup trop vite pour que le prince puisse tenter de décrypter son langage. Ensuite, il lui donnait le tournis à s'agiter comme ça dans tous les sens. Il ne laissa d'ailleurs pas l'occasion à la « demoiselle » d'en place une. Si tôt sa tirade terminée, il remonta les escaliers en composant le numéro de Mélissa, ce qui se rapprochait le plus d'une grande-soeur.


Cinq minutes d'attente interminable pour Morg'han coincé dans son corridor glacé, dans un corps de femme auquel il ne parvenait pas à s'habituer, avec une drôle de pile électrique comme sauveur. A ce train-là, il n'était pas prêt de la voir, la surface...


« Méli arrive, ma soeur. 'fin, tout comme. », annonça joyeusement le jeune homme en redescendant les marches. Un grand saut pour les quatre dernières. Il atterri face à Morg'han, le visage fendu d'un large sourire fier. « Elle bosse à la Stib... Ca t'aide, hein ! » Un léger rire à sa propre remarque, il rabattit sa mèche en arrière, sautilla un peu sur place pour se réchauffer et poursuivit sans sembler se soucier de la mine clairement perdue de son interlocutrice : « Elle habite à deux pas, elle d'vrait pas tarder. J't'offre un café après s'tu veux. Ou n'importe, aut' chose. Comme ça, hein ! T'fait pas d'idée... T'as l'air d'te g'ler, un peu paumée aussi. J'connais un endroit sympa où y t'filent café, bouffe pis, s't'as b'soin, y z'ont même des fringues propres, des plumards et des douches. C'pas un quat' étoiles mais y fait chaud pis les gens sont cool. Y peuv' t'aider à rent... »
« Par les cornes d'Asl'han, tu vas te taire ! », explosa soudain Morg'han, à bout de nerfs et, de toute évidence, très énervé malgré les sonorités chantantes de sa langue natale. « T'as pas remarqué que je pige pas un mot de ce que tu baragouines depuis un quart d'heure ? Et puis, arrête de sourire comme un débile ! C'est juste une paire de seins ! » Il conclut en empoignant sa poitrine, ce qui ne fit qu’aggraver l'abrutissement du terryen. A croire qu'il n'avait jamais vu une femme de si près... Un soupire consterné filtra entre les lèvres du prince tandis qu'il pivotait dos au volet, les bras croisés pour tenter de conserver le peu de chaleur que son corps réussissait à produire.
« Putain ! C'est quoi, ça, comme langue ?! », s'exclama le jeune homme en venant s'agripper – se suspendre serait plus exacte – au rideau de métal. Il savait pertinemment que la curieuse girl in red ne répondrait pas à sa question. Elle semblait ne pas comprendre un mot de français et, de toute évidence, c'était même mise à bouder... Le visage à moitié collé contre les larges mailles du volet, il laissa ses pensées dériver en admirant sans aucune gêne la frêle silhouette de la demoiselle en détresse. Ses bottes d'hommes beaucoup trop grandes pour elle, sa robe rouge qui soulignait parfaitement ses courbes, son fessier rebondit, sa crinière sombre et ses épaules dénudées offertes au courant d'air glacé... Sans parler de l'étrange ceinture qui lui barrait la taille. Une secousse de tête suivit d'un raclement de gorge ; le terryen glissa la langue entre ses dents avant de demander : « C'est quoi ton nom ? » Reconnaissant le ton de la question, le prince lui adressa un coup d'oeil perplexe par dessus son épaule de femme, ses prunelles virant un bref instant du bleu au violet. « Ton nom. », insista le garçon. Puis, l'indexe planté dans sa poitrine à lui, il rajouta : « Moi c'est Théo. »
« Té-ho ? », répéta Morg'han en daignant enfin se retourner, pas du tout certain de comprendre ce que le terryen attendait de lui.
« Ouais, Théo. », renchérit celui-ci, la mine réjouie par cette ébauche de communication. Il glissa ensuite un doigt dans le grillage et, pointant la demoiselle, demanda encore : « Et toi ? »
« Et toi ? », tenta le prince en enfonçant l'indexe entre ses seins, ce qui ne manqua pas de faire rire le garçon.
« Toi, ton nom à toi, c'est quoi ? », insista-t-il, aussi têtu qu'agité.


Mais Morg'han n'était pas vraiment persévérant, dans son genre. Ne rien comprendre l'agaçait au plus haut point et plus Théo insistait, plus le prince avait envie de lui en coller une pour le faire taire. Il mourrait de faim, de soif et de froid. Il se sentait affreusement faible et fébrile, seul et perdu, sans le moindre repère auquel se raccrocher. Et ce corps trop étroit dans lequel il se sentait enfermé. Un soupir suivit d'un secousse de tête, il ébouriffa sa crinière en ravalant sa colère. Aussi saoulant qu'était ce terryen, Morg'han ne pouvait pas se passer de son aide. Il devait sortir de ce corridor glacé et vite, avant de tourner de l'oeil.


« Moi, Théo. Toi ? », renchérit le garçon, loin de se laisser démonter. Sa persévérance avait toujours payé jusque là, pourquoi pas cette fois ?
« Oh. Morg'han. », répondit le prince, le visage marqué par l'illumination soudaine.
« Morgane ? », répéta Théo en la pointant du doigt, histoire de s'assurer qu'il avait bien compris. La demoiselle acquiesça, faisant naître un nouveau sourire niais sur le visage du terryen. « Ca t'va pas mal ! J'aime bien. J'avais une copine qui s'appelait comme ça... Enfin, elle s'appelle toujours comme ça, j'suppose. Juste, on s'voit plus quoi. Ouais, bon, tu t'en fiches, j'me doute. T'aime bien la musique ? J'peux en mettre s'tu veux ? »
« Tu peux pas t'empêcher de causer, en fait... », lâcha le prince dans un soupir emplit de consternation. Le silence devait être vachement dangereux sur Terr'ah pour que Théo se sente obligé de le combler en permanence. C'était ça ou ce gamin manquait cruellement de contacts humains. Quoiqu'il en soit, Morg'han n'eut pas vraiment l'occasion d'approfondir la question. De petites tâches noires s'étaient mises à danser devant ses yeux, le décor commençait à tanguer dangereusement et ses jambes flageolantes menaçaient de céder sous le poids de son corps de donzelle. Un pas, puis deux. Il se rattrapa au volet sous l'oeil passablement inquiet du terryen.
« Morgane ? », tenta celui-ci en posant ses mains glacées sur celles de la demoiselles comme si ce geste pouvait l'empêcher de s'effondrer.


Absurde. Le prince épuisé lui adressa un dernier regard consterné avant de s’étaler de tous son long sur les larges dalles anthracites auréolées de pisse.


*


Le corps engourdi par la douce chaleur d'un duvet, Morg'han reprenait peu à peu connaissance. Mis à part le vide sidérale de son estomac, il se sentait bien, là, persuadé d'être dans son lit à lui sur Amaly'ah. La poursuite, le massacre, la fuite avec Yall'han et le drôle de terryen, tout ça n'était qu'un aberrant cauchemar. Un sourire effleura ses lèvres à cette pensée. Il roula sur le dos, étendit les bras au dessus de sa tête et s'étira avec délice jusqu'à sentir une masse vivante à côté de lui. Son souffle se coupa tout net alors qu'il ouvrait enfin les paupières.


Un plafond blanc, en pente, barré de larges poutres ; rien d'Amalyen. Sur sa gauche, un mur aussi blanc et, à droite, la face baveuse de Théo à moitié dissimulée sous la couverture rose. Le prince ne put réprimer une grimace à cette vision. Non seulement son cauchemar s'avérait réel mais, en prime, il se réveillait dans le même lit que ce gnome débile. Magnifique ! Et puis d'abord, comment s'était-il retrouvé là ?


La mine froissée, Morg'han se redressa dans les draps pour aviser l'étrange habitation. Une seule pièce pas bien grande qui faisait visiblement office de...tout. Une table et ses deux chaises devant le coin cuisine minimaliste, un meuble immense débordant de bibelots, de cadres photos et de livres, un petit écran de télé, le futon deux places sur lequel il était installé, une garde robe et la porte grande ouverte de la microscopique salle de douche. Point. Qui pouvait vivre dans un espace aussi restreint ?


Délicatement – autant que possible –, le prince se glissa hors du lit beaucoup trop proche du sol à son goût. Il ne voulait surtout pas déranger le sommeil du terryen de crainte d'avoir à supporter une nouvelle salve de babillages incompréhensibles et affreusement agaçants. Un grognement, Théo s'agita un instant sous les draps, enfonça son visage dans l'oreiller et poursuivit sa nuit en ronflant.


Sa nuit, façon de parler. Le store de du vasistas laissait filtrer quelques raies de lumière bien trop vive pour provenir d'un éclairage artificiel. Une nouvelle grimace effleura le visage de Morg'han alors qu'il découvrait sa tenue. Un short rose et un débardeur de travers orné d'une grosse tête de chat blanc affublé d'un gros noeud au dessus de l'oreille. Les terryens semblaient avoir de réels problèmes avec les animaux, un besoin inexplicable de les déformer en dessins particulièrement affreux.


Soit. Il rajusta les fines bretelles du top, tira brutalement sur le short et traversa la pièce en direction de la cuisine, ses pieds nus claquant sur le paquet stratifié. Avec son évier en inox, ses petits carreaux blancs aux murs et ses grands couteaux fichés dans un cube de bois, il y avait de forte chance pour que la réserve de nourriture se trouve par là. Morg'han crevait littéralement de faim, il devait s’alimenter avant d'envisager une quelconque forme de réflexion. Boire aussi. Mais où trouver de l'eau ?


Planté entre la table et la gazinière, il observa un instant l'espace cuisine devant lui. Des armoires fermées, un gros cube blanc avec deux portes – une petite et une grande – bourrées de petites lettres multicolores, une drôle de machine qui émettait de léger gargouillis en laissant filtrer quelques gouttes d'un liquide noir dans une cruche en verre, le four, les quatre taques de cuisson, le lavabo et l'étrange tube métallique qui le surplombait. Le prince poussa un long soupir en ébouriffant sa crinière. Il ne lui restait qu'à ouvrir les armoires une à une jusqu'à trouver quelque chose susceptible de le sustenter.


Dix minutes plus tard, il avait vidé la quasi totalité des placards, y comprit le frigo, et étalé sur la table tout ce qui l'intriguait. Installé en tailleur sur l'une des chaises, il entama sa dégustation, bien décidé à goûter chacun des mets posés devant lui. Céréales chocolatées, brique de lait, de jus de fruits, yaourts natures allégés, biscuits au beurre, bouillons cubes, un citron, des sachets de soupe lyophilisée, des spaghettis pas cuits, et tout un tas de machins emballés dans de jolis paquets colorés. Il allait forcément trouver quelque chose de bon là-dedans.


« Tu d'vrais met' ça dans d' l'eau. », suggéra Théo d'une voix enrouée alors que Morg'han s'apprêtait à avaler le contenu d'un sachet de Royco au poulet.


Le prince ne put réprimer un sursaut, faisant voler la poudre de soupe tout autour. Un grognement féminin se coinça au fond de sa gorge. Il coula un regard assassin vers le terryen très amusé par la situation.


« C'est malin... », souffla Morg'han, mauvais.
« C'tait une insulte, ça ? Ou un truc du genre ? », demanda le garçon en quittant le futon. Si Méli et lui avaient pris la peine de changer la girl in red, Théo arborait encore son « beau » t-shirt Lapin Crétin sur son caleçon rayé, dévoilant sans la moindre honte les cannes de serin qui lui servaient de jambes. D'accord, il avait peut-être un peu honte, surtout face à une nana aussi canon. Un raclement de gorge, il tira sur sa mèche, se détourna d'un bloc et fila en direction de la salle-de-douche sous le fallacieux prétexte de devoir se laver. Il sentait surtout venir la trique d'enfer et il ne voulait pas que sa belle égarée le remarque.


Raté. Morg'han laissa échapper un léger ricanement en le regardant s'éloigner. Apparemment, les hommes de Terr'ah souffraient du même problème matinal que ceux d'Amaly'ah. « Clac. Cloc. » Enfin seul. Le prince rajusta sa position face à la table débordante de vivres, tendit le bras et saisit d'une main avide le grand paquet bleu ornée de jolies tuiles orangées et d'un espèce de gros fruit rouge surmonté d'une queue verte. Plutôt appétissant.


Il en dévora la moitié et siphonna la brique de lait en savourant le calme ambiant à peine troublé par le bruit de la douche. Rien de tel qu'un peu de paix et un estomac plein pour réfléchir. Oui, mais réfléchir à quoi ? Il était coincé, obligé d'attendre patiemment que Yall'han lui mette la main dessus. D'ici là, il lui fallait un lieu sûr, une planque où les chasseurs des Pères ne penseraient pas à venir le chercher, un endroit semblable au petit cagibi dans lequel il se trouvait à l'instant.


Pas besoin d'être terryen pour remarquer la touche très girly de la déco. Les draps de lit rose vif, le store violet, les animaux en porcelaine, les portraits encadrés de copines et ceux de leurs bébés, les peluches en guise de serre-livres et le calendrier Anne Geddes punaisé près de la porte d'entrée. De toute évidence, le propriétaire des lieux n'était pas Théo.


Quand on parlait du loup... Le jeune homme surgit de la salle-de-douche, vêtu des même frusques que la veille mais propre, à nouveau souriant et déjà excité comme une puce. En quelques sautillantes enjambées, il avait rejoint Morg'han dans la cuisine.


« Tu veux un café ? », proposa-t-il en attrapant un mug dans l'armoire au dessus de l'évier.
« Je comprends toujours pas ce que tu racontes. », grommela le prince en guise de réponse. Disant ces mots, il détaillait le terryen avec ses longs membres tous maigres et ses vêtements défraîchis. Il ressemblait un peu aux bannis des cités dômes, des rebuts sans fois ni lois qui vivaient à l'air libre sous la menace des pluies d'astéroïdes.
« J'vais prend' ça pour un oui. », poursuivit Théo sans sourciller. Il sorti une seconde tasse, plus petite, la remplit de liquide noir encore fumant et la tendit à Morg'han.
« T'espère pas que j'avale ça quand-même ? », ricana ce-dernier en avisant le café d'un oeil torve. Rien que l'odeur lui retournait les boyaux. Ou bien était-ce le litre de lait qu'il venait d'ingurgiter ? D'ailleurs, il devait pisser aussi, comme le laissait sous-entendre les tressautements frénétiques de son corps.
« Oh. Ouais... », souffla Théo, les pommettes rosies de gêne. Même les belles en détresse utilisaient les toilettes, il aurait dût y penser. « C'est là. », rajouta-t-il en pointant la salle-de-douche d'un petit geste de menton avant de vider le café comme s'il s'agissait d'un shot de whisky.


Un instant, les prunelles azur de Morg'han oscillèrent de la porte au terryen. De prime abord, il semblait lui indiquer les commodités mais rien n'était moins sûr...


« Céla ? », répéta le prince entre deux sautillements.
« C'est là, les toilettes. Tu sais, l'endroit ou tu... 'fin, tu vois. Les toilettes. », tenta d'éclaircir Théo à grand renfort de mimes parfaitement risibles aux yeux de l'amalyen, lequel ne se gêna absolument pas pour éclater de rire.


Grossière erreur. S'il s'habituait doucement à son corps de femme, il était encore loin d'en maîtriser les subtilités, à commencer par le contrôle de sa vessie. Il ne lui fallut donc pas plus de deux gloussements pour en répandre le contenu sur le parquet. La grande classe ! Et au lieu de réagir, Morg'han fixait son short rose tout trempé, la mine franchement déconfite.


Autant dire que Théo dût faire preuve d'un self-contrôle hors norme pour ravaler quelques ricanements moqueurs. Sa langue glissa brièvement entre ses dents tandis qu'il abandonnait sa tasse vide sur le plan de travail.


« Viens. », dit-il simplement, saisissant délicatement la main de la jeune femme malgré la couche orange de paprika collée à ses bouts de doigts.


Une seconde de flottement. Le regard de Morg'han passa du short à leurs mains emmêlées avant de remonter vers le visage souriant du terryen. Celui-ci n'était peut-être pas beau ni même charismatique, encore moins viril cependant, il se dégageait de lui une rassurante bonté. Un sourire illumina brièvement le visage du prince comme il se levait enfin, enjambant la flaque tiède d'un mouvement souple à défaut d'être féminin. L'acrobatie lui valut d'atterrir pratiquement dans les bras de son chevalier servant, lequel n'en sembla pas incommoder et ce malgré le short mouillé.


« J'voulais t'montrer la douche mais ça, c'est bien aussi. », souffla Théo en resserrant sensiblement les doigts autour de ceux de la demoiselle. Il avait la bouche sèche et le coeur qui battait à tout rompre. Ce n'était pas souvent qu'une femme se tenait si près de lui, surtout aussi jolie. Personne ne s'intéressait à un pauvre gosse SDF.
« On t'a jamais dit que tu parlais trop ? », lâcha le prince en le regardant droit dans les yeux, pas gêné pour un sous par la proximité de leurs enveloppes charnelles. Les normes sociales étaient bien différentes sur Amaly'ah. D'un côté, il y avait l'homologue, déterminé dès la naissance par la compatibilité des âmes, la seule personne avec laquelle la reproduction était physiquement possible ; un moyen efficace de contrôler les naissances sous les dômes. De l'autre, il y avait les partenaires récréatifs, hommes, femmes ou les deux à la fois tant que tous donnaient leur consentement. L'idée que le terryen puisse donc avoir un problème avec sa nature première n'effleura même pas l'esprit de Morg'han.
« J'ai aucune idée de c'que tu viens dire mais ça sonne plutôt sexy... », lâcha le garçon dans un petit rire nerveux.
« Blabla. Si tu me montrait la salle-d'eau au lieu de causer. », répondit l'amalyen en tirant du bout des doigts sur son short mouillé, la mine dégoûtée. Difficile de faire plus clair.
« Oh ! Mh. Ouais. Sorry. », balbutia Théo incapable de contrôler le rougissement de son visage.


Et avant que Morg'han n'ai l'occasion de se moquer de lui, il l'entraîna vers la salle-de-douche, loin d'imaginer la galère qui l'attendait.


*


Le prince n'avait jamais vu de douche, jamais vu d'eau sortant toute seule d'un tuyau ou de savon liquide en pot, d'ampoule, de sèche-cheveux ou de rasoir électrique. A ses yeux, la toilette ressemblait d'avantage à un siège confortable qu'à des latrines et le papier en rouleau semblait sortir tout droit d'un conte futuriste. Tout était étrange, nouveau et magique, lui faisant presque oublier la tournure tragique qu'avait pris sa vie ces dernières vingt-quatre heures.


Entre perplexité et amusement, Théo regardait sa girl in red – rose maintenant – triturer les poils de la brosse à dent, sniffer tous les flacons qui lui tombaient sous la main, arracher quelques carrés de pq, ouvrir et fermer les robinets, tirer la chasse encore et encore en admirant le tourbillon d'eau qui se formait au fond de la cuvette. A croire qu'elle venait d'une autre planète...


« Sérieux, tu viens d' Mars ou quoi ? », rigola-t-il, s'appuyant au chambranle de la porte pour mieux l'admirer. « C'est juste une salle-de-bain. »
« Justune saldebain. », répéta Morg'han toujours penché au dessus de la cuvette. Certes, son short lui collait à la peau répandant de petits picotements à l'entre-jambe assez désagréables mais ça, le tourbillon d'eau dans le fond de la faïence, c'était tellement intriguant.
« Ouais, juste une salle-de-bain. Enfin ça, c'est la toilette. Et, tu sais, elle s'ra toujours là quand tu te s'ras lavée. », continua le terryen en pointant la cabine encore humide.


Le prince releva vaguement la tête, avisa le jeune homme puis la douche d'un oeil perplexe. A quoi cette étrange cube en verre pouvait-il bien servir ? Il avait forcément une utilité sinon pourquoi Théo le pointerait de la sorte ? Peut-être Morg'han devait-il simplement entrer dedans et laisser l'étrange magie terryenne faire son oeuvre. L'idée se tenait, vu la profondeur du bac... Aucun moyen de s'immerger dans un espace aussi restreint. Sûr de sa conclusion mentale, il entra donc tout habillé dans la douche et se planta au milieu en regardant le jeune homme comme s'il attendait son approbation.


« C'est mieux si tu t' désapes avant. », ricana Théo, tirant sur son t-shirt en guise d'explication. Pas très efficace. Morg'han se contenta de le dévisager, la mine froissée par l'incompréhension. Le terryen allait devoir être plus clair s'il voulait se faire comprendre. Joignant le geste à la pensée, il quitta son appui pour venir se planter devant l'ouverture de la cabine et, tirant sur le bas du top Hello Kitty fit mine de le remonter en expliquant : « Faut enlever tes fringues d'abord. »


Comprenant enfin ce qu'il était sensé faire, le prince s'empressa d'ôter short et débardeur sans se soucier un seul instant du regard de Théo braqué sur son corps de donzelle. « Plof. » Les deux pièces de tissus atterrirent dans le fond de la douche, au grand dam du garçon. Les joues en feu, il riva le regard aux bouts de ses Converses en soufflant :
« Tu pouvais attendre que j'sorte, aussi... »


Réaction aussi étrange qu'amusante pour l'amalyen. Un corps n'était qu'un corps, rien de gênant là dedans. Il laissa échapper un petit rire cristallin en secouant la tête.


« T'as jamais vu de femme nue ? », lâcha-t-il d'un ton clairement moqueur, même pour un terryen.
« Ca, c'tais pas sympa. », grommela Théo en lui adressant un bref regard sous cils. Très bref.


Il se sentait mal à l'aise, là, partagé entre son envie d'entrer dans la douche avec elle, de céder à ses pulsions de mâle primaire, et celle de fuir la pièce à toutes jambes. La seconde option lui sembla la meilleure mais, avant, un petit tour d'explications s'imposait. Prenant son courage à deux mains, il releva plus franchement la tête et montra à Morg'han tout ce qu'il y avait à savoir ; l'eau froide, la chaude, le savons pour le corps, celui pour les cheveux et la serviette qu'elle pourrait utiliser quand elle aurait terminé. Satisfait de son cours express, il s'apprêtait à quitter la pièce lorsque un jet d'eau glacé trempa le dos de son t-shirt en lui arrachant un cri de stupeur bien trop aigu à son goût. Légèrement contrarié, il pivota d'un bloc vers le prince mort de rire, plié en deux dans son corps de fille, les bras serrés autour de ses abdominaux au mépris du tuyau toujours allumé entre ses mains, lequel eu tôt fait de mouiller toute la salle-de-bain.


« Ouais, rigole seulement ! », grommela le terryen en pénétrant tout habillé dans la cabine.


Morg'han n'eut pas le temps de réagir, bloqué dans le coin de la douche à peine assez large pour leur permettre d'y tenir à deux. Un sourire de sale gosse au coin des lèvres, Théo lui arracha littéralement le pommeau des mains et, après s'être assuré que le jet soit au plus froid, le braqua sur elle sans le moindre scrupule. `


« Ha ! C'est froid hein ! », ricana-t-il, apparemment très fier de lui.


S'en suivit une jolie bataille d'eau dès plus innocente aux yeux de l'amalyen, beaucoup moins pour le terryen. Voir une si jolie fille se trémousser nue devant lui, contre lui, c'était une véritable torture ! Alors que dire lorsqu'elle entreprit d'enlever un à un les vêtements trempés qui lui collaient à la peau ? Un pas en arrière, il lâcha brutalement le pommeau pour récupérer le pan de son t-shirt en s'écriant :
« Tu fais quoi, là ? »
« Fauenlvé téfring dabord. », argua le prince, répétant les mots du terryen sans trop comprendre le sens.
« Ouais... Non ! J'su d'ja lavé, moi ! », se défendit Théo, un pied en dehors de la cabine, prêt à s'esquiver si elle réitérait sa tentative pour le déshabiller.
« Jsudjalavé moi », singea Morg'han en riant de plus belle. Il avait besoin d'évacuer la pression et la séance de bidonnage était plutôt efficace.
« Gnagnagna ! Pff ! Tu piges même pas c'que tu radotes ! », grogna le garçon, un poil vexé de la voir ainsi de moquer de lui. « Me suis pas foutu d'toi, moi, quand tu t'es pissée d'sus ! »


Non, effectivement mais l'amalyen ne comprenant toujours pas un mot de français, il ne fit donc que rire d'avantage à la remarque insensée. L'égo écorché par la moquerie, Théo quitta la pièce sans demander son reste.


*


Il ne fallut pas longtemps à Morg'han pour terminer sa toilette. Seul, la douche était beaucoup moins amusante... Il se savonna rapidement, rinça le tout à l'eau froide et, sortant de la cabine, s'enroula dans l'immense serviette fushia, ses long cheveux trempés retombant librement jusqu'au milieu de son dos. Un dernier tirage de chasse totalement gratuit. Il rejoignit la pièce à vivre où le terryen, après avoir débarrassé la table de ses victuailles, s'activait à de nettoyer le parquet.


C'était le studio de sa soeur et Théo était à peu près certain qu'elle n'apprécierait pas de retrouver une flaque de pisse sur son plancher en revenant du taf. Il avait donc sorti seau d'eau, savon et serpillère pour laver tout ça à défaut de pouvoir se changer. Il ne possédait pas d'autres vêtements et ne songeait même pas à emprunter ceux de Mélissa. Déjà, c'étaient des fringues de nana et puis, même s'il n'était pas bien gros, il devrait s'enlever les os s'il voulait rentrer dedans.


Concentré sur son nettoyage, il ne vit pas l'amalyen se planter dans l'encadrement de la porte de la salle-de-bain. Les bras serrés autour de sa serviette, ce-dernier l'observa un moment, le regard agités par d'intenses réflexions. Il se sentait bizarre en présence de Théo, une envie irrépressible de glousser à chacune de ses remarques, de le toucher, de dire des conneries bien qu'ils ne parlaient pas la même langue et puis, il y avait cette chaleur au creux de son bas-ventre presque dérangeante. Ce fichu corps de nana et toutes ses hormones l'empêchaient de penser normalement. Une secousse de tête suivie d'un soupire.


« T'as mis où mes affaires ? », demanda-t-il de sa voix de fillette tandis qu'il faisait quelques pas dans la pièce.


Si Théo ne comprit pas le sens de la question, elle eut au moins le mérite d'attirer son attention et de le surprendre au passage.


« Putain ! Tu m'as saisi ! », s'exclama-t-il en se relevant d'un bond, manquant de peu de renverser son seau.
« Mes affaires, tu les as mises où ? », réitéra Morg'han à grand renfort de mimes. Il n'avait plus très envie de rire, juste de s'habiller et de quitter cet endroit au plus vite histoire de se trouver une autre planque avant la nuit.
« Tes vêtements ? », tenta Théo en pointant son t-shirt encore mouillé.
« Tè vètments. », répéta le prince dans un léger hochement de tête.


A son acquiescement, le terryen abandonna sa serpillère et fila vers le lit sur lequel étaient déjà soigneusement préparés jeans, top, pull, sous-vêtements et l'étrange ceinture de l'amalyen posée par-dessus. Il se pencha, attrapa la belle pile bien régulière et, tout en se redressant, expliqua :
« C'est des fringues à Méli mais, vu ton gabarit, tu d'vrais rent... »


Il se stoppa net au milieu de sa phrase lorsque son regard se posa sur le corps nu de Morg'han à côté de lui, tout perlé de gouttelettes, la serviette en boule à ses pieds. L'impudique prince l'avait naturellement suivit jusqu'au lit.


« Hm...C...Ca ira ? », balbutia Théo, au comble de la gêne.
« Ca ira. », répéta Morg'han comme un bon perroquet. Aussi pudique que patient, il empoigna la pile de vêtements, s'assit sur le bord du futon et entreprit d'analyser les pièces de tissus une à une. La majeure partie des accessoires, s'il semblaient rêches et pas très confortables, avaient une utilisation assez évidente ; le soutien-gorge, c'était autre chose... Morg'han resta un bon moment à l'étirer dans tous les sens, sous l'oeil passablement amusé du terryen planté près du lit, les mains enfoncées dans les poches de son pantalon.
« C' t'un soutif. »
« Un soutif ? », s'enquit l'amalyen en lui adressant un de ses regard perplexe plutôt craquant sur sa bouille de demoiselle.
« Ouais. T'as d'jà vu un soutif quand-même ?! J'veux dire, ch'ais pas, tu viens d'alaska ou quoi ? », s'étonna Théo, de plus en plus intrigué par cette drôle de nana. De quel coin du globe débarquait-elle pour ne jamais avoir vu un soutien-gorge ? Parce qu'il était évident qu'elle n'en avait jamais vu avant. « Attend. », dit-il gentiment alors qu'il s'installait à côté d'elle. « Donne, j'vais t'montrer. »


Morg'han n'émit aucune résistance dans le terryen lui prit l'objet des mains, pas plus lorsqu'il passa délicatement les bras autour de sa taille pour le fixer. Il le regarda simplement faire, un petit sourire niais flottant aux coins des lèvres.


« T'as plus qu'à l'remonter. », déclara fièrement Théo en se redressant pour contempler son oeuvre. La demoiselle n'esquissa pourtant pas le moindre geste, se contentant de fixer le soutien-gorge d'un oeil perplexe. « Le remonter. », mima le jeune homme, sans grand succès. Une fois de plus, il allait devoir être plus clair ou se résoudre à le faire lui-même. Un soupir filtra entre ses lèvres à cette pensé. « Tu t'fous d'moi, c'pas possible. », grommela-t-il. « C'toi qu'à des nibards et c'est moi qui t'montre comment ça marche... » Mais Théo était gentil, souvent trop. Il remonta donc doucement l'élastique, installa les seins dans les poches comme il pût et finit par l'enfilage des bretelles. « Voilà... », souffla-t-il en s'écartant d'un geste vif, le corps enflammé par ce bref contact.
« Merci. », murmura Morg'han, le dévisageant derrière ses cils. C'était plutôt marrant de le voir rougir comme ça pour un rien. Son regard s'illumina soudain d'une lueur espiègle alors qu'une idée lui traversait la tête. Ni une ni deux, il se pencha en avant pour capturer les lèvres du terryen, juste un bref instant.
« Pouh ! Tu..je..me... De rien. », balbutia le garçon, le cerveau à l'arrêt. Il sauterait bien sur la jeune femme, là, tout de suite mais son corps refusait obstinément de lui obéir, figé par ce baiser impromptu.


Un léger rire cristallin s'échappa des lèvres de Morg'han tandis qu'il se relevait, le shorty à la main. Ca, il savait l'enfiler tout seul, le reste aussi d'ailleurs. Il termina donc tranquillement de s'habiller sous le regard hébété de Théo.


*


Quelques minutes plus tard, ils quittaient le studio sans avoir dit un mot. Le terryen n'arrivait toujours pas à se remettre du baiser volé. Quant à l'amalyen, il avait retrouvé son sérieux de prince héritier bien que toujours affublé de son corps féminin. Il devait bouger, éviter de rester trop longtemps au même endroit comme le lui avait enseigné Yall'han. Et puisque Théo ne semblait pas vouloir le lâcher, il s'accommodait donc de sa présence. Rien de très compliqué. Il l'aimait bien, le gnome, et maintenant, il savait comment mettre fin à ses bavardages.


Ils abandonnèrent l'immeuble et son quartier propret pour s'enfoncer un peu plus dans la ville bouillonnante de vie. A pied, Morg'han y tenait. Il voulait voir, sentir, toucher. Il voulait profiter de l'air du dehors, des maigres rayons du soleil sur sa peau claire, comprendre ce monde étrange, lumineux et pourtant si terne avec toutes ces pierres en dégradé de gris. Ce monde tellement bruyant avec son défilé incessant de boites fers. Les flashs publicitaires omniprésents. Le foisonnement de boutiques aux marchandises si futiles. Les Hommes qui se croisaient sans se voir, les yeux rivés à l'écran de leurs petites machines de communication, la musique à fond dans les oreilles pour mieux s'ignorer. Leurs tenues vestimentaires allant de l'indécence à la pudeur extrême. Toutes ces teintes de peaux, ces visages typés. L'air épais, saturé d'hydrocarbures. L'odeur de malbouffe côtoyant celles d'alcool frelaté, de gerbes et de pisse.


Beaucoup trop de choses à découvrir en un après-midi.


Théo suivit sans broncher, répondant patiemment à chacune des questions que Morg'han lui posaient, celles qu'il parvenait à comprendre. Ils marchèrent pendant des kilomètres, dévorèrent les restes d'un paquet de frites tièdes abandonné sur un vieux banc vert tout tagué, regardèrent quelques programmes télé bidons à travers la vitrine d'un magasin d’électroménager, testèrent un à un les jeux d'un parc pour enfants – le prince s'y prit d'affection pour le tourniquet –, firent le tour complet de trois supermarchés, une banque, un fast-food et ses cuisines, une librairie, un sexshop et une halte devant le Manneken Pis. Ils conclurent cette magnifique journée par un repas chaud – à défaut d'être bon – dans un resto du coeur du centre ville et s'endormirent serrés sur un vieux matelas miteux dans une petite maison abandonnée coincée entre deux immeubles de bureaux.


Morg'han émergea au bout de quelques heures, sentant une main le secouer doucement. Il ouvrit brutalement les yeux, le corps tremblant, tendu comme un arc, en sueur et des images de carnage plein la tête. Penché sur lui, Théo le regardait, la mine inquiète.


« Tu...Tu f'sais un cauchemar. », murmura-t-il en récupérant sa main comme s'il craignait la réaction de la jeune femme.


La mine du prince se froissa tandis qu'il se redressait sur le matelas, avisant la petite pièce délabrée, l'oeil brillant d'anxiété. Le papier-peint gondolé, partiellement arraché. La fenêtre condamnée de vieilles planches ajourées laissant filtrer quelques raies de lumière rougeoyante. Un vieux canapé qui ne tenait plus que sur deux pieds, les cousins défoncés et le rembourrage en mousse mis à nu grouillant de mites, de puces et autres. Le froid mordant, l'air humide et l'odeur de moisi. Un grimace effleura le visage de Morg'han. Le souffle encore trop court à son goût, il coula un regard désolé au terryen.


« Excuse-moi, je t'ai réveillé. », lâcha-t-il d'une voix à peine audible. Un sourire attendrit effleura ses lèvres en découvrant la bouille ensommeillée de Théo, la langue coincée entre ses dents et la mèche pendouillant entre ses yeux mi-clos. Il était adorable le gnome, si bien que Morg'han ne put réprimer un élan d'affection. Il saisit délicatement la main glacée du terryen et, se penchant légèrement, posa un furtif baiser sur sa joue. « Tu devrais essayer de te rendormir. », susurra-t-il à son oreille, ses doigts libres courant tendrement le long de la tempe rasée du garçon.


Un frisson irradia le corps de Théo à ce contact. Timidement, il releva la tête, les yeux en premier, le visage pratiquement collé à celui de la demoiselle. Son coeur s'était remis à tambouriner dans sa poitrine. Sa bouche, brutalement asséchée, refusait de former le moindre mot. Il n'avait aucune idée de ce qu'elle venait de lui dire mais s'en fichait royalement ; ça sonnait bien et puis, vu la douceur du geste qui avait suivit, ce ne pouvait être que gentil.


Innocemment, le prince lui sourit à nouveau puis se rallongea en l'entraînant avec lui. Théo se lova contre le corps de la demoiselle, la tête enfouie dans son cou et la main timidement posée sur son ventre si plat. Ils restèrent un moment enlacés en silence, les doigts de Morg'han emmêlés dans la mèche du garçon tandis qu'il fredonnait une mélodie de son enfance, celle que Sar'ah aimait tant. Il pouvait sentir le souffle irrégulier de Théo contre sa peau, le corps en feu malgré le froid ambiant, de quoi partager le prince. Il ne connaissait rien aux coutumes locales, aux implications d'une relation physique, à la compatibilité de leurs deux races...


Un bisous dans son cou, à peine esquissé.


Réprimant un frisson, il détourna les yeux du plafond boursoufflé, baissa la tête en tirant doucement sur la mèche de Théo pour le forcer à le regarder en face :
« Tu devrais pas faire ça... »


Menace inefficace. Le terryen se dégagea d'une légère secousse, se tira un peu plus haut, à moitié par-dessus le corps brûlant de la demoiselle définitivement trop canon, et, sans lui demander la permission, captura ses lèvres avec passion. Tant pis si elle le repoussait ; il était incapable de contenir ses pulsion plus longtemps.


Mais Morg'han ne chercha pas à s'esquiver, que du contraire. Il approfondit le baiser en passant les bras autour du garçon pour l'attirer subrepticement entre ses jambes. Plus qu'un simple désir, il avait besoin d'affection, de contact physique, d'oublier un instant les affres de sa vie. Et puis, il était assez curieux de découvrir les plaisirs de la chair à travers son corps de fillette.


*


Ils étaient bien lancés, les mains glissées sous les vêtements à peine soulevés pour ne pas trop souffrir du froid, lorsque la porte s'ouvrit à la volée, le pan heurtant le mur dans un « bong » sonore. Coupés dans leur élan, Morg'han et Théo descellèrent leurs lèvres, tournant la tête comme un seul être.


Un homme pénétra dans la pièce, grand et baraqué, les cheveux ramassés en catogan. Un visage parfaitement glabre, fin, sillonné de rides profondes. Des prunelles azur qui vous transperçaient l'âme. Il portait un blouson de cuir sur un t-shirt noir, un jeans, une paire de santiags et un sac de sport dans la main droite. A sa taille, une ceinture en cuire semblable à celle du prince, ornée de plusieurs tubes en verre, une bourse et une boucle dorée gravée d'une rose enlacée autour de la lame d'une dague. Mais le plus effrayant était certainement l'immense épée bâtarde ostensiblement accrochée dans son dos.


« Oh putain ! C'est qui çui-là ? », s'exclama Théo en se levant d'un bond, le teint brutalement délavé par la stupeur et l'effroi.
« Yall'han... », souffla Morg'han, quittant le confort précaire du matelas pour s'interposer entre le son maître d'armes et le terryen. Il était partagé entre le soulagement profond de revoir son protecteur et la frustration d'avoir été coupé au milieu de ses élans graveleux.
« Ya-qui ? », beugla Théo dans son dos, plaqué contre le mur le plus éloigné du taré à l'épée. « Tu connais c' gars ?! »


Yall'han avisa rapidement les deux jeunes gens jusqu'à arrêter son regard au fond de celui de la donzelle ; c'était elle, sans aucun doute. Réprimant quelques remontrances quant à la position dans laquelle il venait de les retrouver, le maître d'arme jeta le sac à son protégé en ordonnant fermement :
« Enfile ça. On y va. »
« T'étais où ? », grogna le prince en avisant le contenu du dit-sac : des vêtements, d'homme cette fois.
« On discutera plus tard. J'ai trouvé un lieu sûr. », répondit sobrement Yall'han. Du coin de l'oeil, il surveillait le terryen totalement largué, au cas où il tenterait de filer. Aussi insignifiant que ce dernier pouvait paraître, les amalyens ne pouvaient se permettre de laisser la moindre trace.
« Un lieux sûr ? », s'outra vivement Morg'han, ses prunelles virant subitement de l'azur au violet. « On va quand-même pas se terrer comme des rats ! » Emporté par sa colère, il raccourcit de trois grandes enjambées la distance qui le séparait de Yall'han, oubliant pratiquement la présence de Théo dans son dos.


D'une main de fer, le maître d'arme l'empoigna par le col roulé de son pull et le souleva de terre, la mine sévère. Le prince tenta bien de se débattre mais son corps trop frêle ne réussit même pas à faire frémir le vieil homme.


« Pose-moi par terre ! Je suis ton prince, au nom d'Ely'ah ! », hurla Morg'han, à deux doigts de la crise de nerfs. Il ne voulait pas attendre, lui. Il voulait rentrer sur sa planète, sauver ceux qui étaient encore sauvables et retrouver enfin sa moitié, sa Sar'ah.
« Prince ou pas, tu feras ce que je dirai. », gronda Yall'han que les beuglement du prince semblaient agacer au plus haut point. Il n'avait pas le temps de gérer pacifiquement ce genre de crise. Ils devaient partir avant qu'un chasseur ne les localise.


Mais Morg'han ne l'entendait pas du tout de cette oreille. Sous l'oeil passablement choqué de Théo – à présent racrapoté dans un coin de la pièce –, les cheveux sombre de l'amalyen virèrent soudain au blond cendré, presque blanc, son corps grandit dans un craquement de tissus et d'os, jusqu'à reprendre sa carrure initiale, pratiquement égale à celle de son protecteur et pratiquement nu aussi, les vêtements en lambeaux à l'exception de ses bottes.


« Je refuse de rester là sans rien faire. », renchérit-il d'une voix grave, les poings serrés à s'en blanchir les articulations. « Ils détiennent Sar'ah, au cas où tu l'aurais oublié ! »
« Sar'ah est... », tenta d'intervenir Yall'han, obligé de reposer le prince devenu trop lourd pour son bras.
« Sar'ah est vivante ! », le coupa vivement Morg'han, prêt à lui sauter à la gorge s'il osait contester ses paroles. Les larmes délavaient ses joues sans qu'il ne cherche à les retenir. Sa soeur, c'était tout ce qu'il lui restait, la personne qui comptait le plus à ses yeux. « Elle est en vie. Je la sens, là, au fond de mes tripes ! Elle souffre, je dois aller la chercher ! » Les poings dressés, il s'était mis à frapper le torse du maître d'arme comme s'il s'agissait d'un vulgaire mannequin d'entraînement.
« C'est exactement ce que les pères attendent ! », répondit ce dernier sans ce laisser démonter, encaissant les coups avec une totale indifférence. « Ils te connaissent, Morg'han. Elle n'est qu'un leurre, pour eux. »
« Je n'ai aucune valeur sans elle ! », s'enflamma le prince, la voix brisée par les sanglots trop longtemps réprimés.
« Tu es le dernier descendant. », affirma Yall'han, d'une loyauté indéfectible, empoignant la nuque de Morg'han pour l'empêcher de fuir.
« C'est Sar'ah, l'héritière, pas moi ! Je peux la sauver, je le sais, laisse-moi y aller ! », insista celui-ci dans un ballet de membres déstructuré par la douleur qui lui vrillait le coeur.
« Tu n'iras nulle par dans cet état. »


Disant ces mots, le maître d'arme porta sa main libre à la ceinture, dégainant l'une des fiole emplie d'une poudre particulièrement volatile. Le bouchon sauta rapidement dans un léger « pop » et, avant que le prince n'ai le temps de réagir, une volute argentée s'insinua dans son nez, habilement soufflée par Yall'han. Morg'han perdit presque immédiatement connaissance, s'écrasant mollement contre le torse puissant de son protecteur qui le saisit à bras-le-corps.


Un instant de flottement. Yall'han allongea le prince à même le sol puis avisa le terryen tétanisé dans son coin, la bouche entrouverte, la mine d'un drogué en pleine hallu flippante. Un cauchemar, bien sûr, c'était un cauchemar. Quoi d'autre ? Personne ne pouvait changer d'apparence, comme ça ; pas sans une série d'opérations et d'injections d'hormones en tous cas.


Un soupir filtra entre les lèvres du maître d'arme tandis qu'il se remettait sur ses pieds. Sans un mot, il traversa la pièce jusqu'à venir s'accroupir devant le terryen légèrement traumatisé. Une seconde fiole qu'il tendit au garçon :
« Buvez. »


Il fallut quelques secondes au cerveau de Théo pour comprendre qu'on lui parlait et une dizaine de plus pour réaliser que c'était du français. Du français ; mais alors, il allait pouvoir poser toutes les questions qui le turlupinaient et peut-être même obtenir quelques explications.


« T'es quoi ? Qui ? », souffla-t-il en adressant un regard mi-inquiet mi-curieux au drôle de gars devant lui. Puis, se levant d'un bond comme s'il venait de se ramasser une violente décharge, il rejoignit le prince inconscient sur le plancher vermoulu et rajouta : « Et elle... lui, tu lui as fait quoi ?! »


Le maître d'arme ne sembla pas surpris pas le flot de parole du garçon, plutôt légèrement agacé, un peu plus. Il se releva d'un geste souple, pivota sur la point de ses bottes et énonça solennellement :
« Je suis Yall'han Gor'han'tsen Ery'ah'tsan, maître d'arme et protecteur du prince Morg'han Nol'han'tsen Ary'ah'tsan, dernier descendant de la Lignée des Rois. » Deux larges pas. Il rajouta platement : « Vous m'en voyez navré mais je vais devoir vous effacer la mémoire. » Effacer, c'était un bien grand mot. On n'effaçait pas un souvenir d'un cerveau, jamais totalement. On pouvait tout juste les dissimuler sous un épais voile noir. Mais le terryen n'était pas obligé de le savoir.
« Me quoi ?! Non ! Pourquoi ? », s'écria Théo en s'écartant vivement, dans le but évident de tenir le maître d'arme à distance. « J'dirai rien, j'te l'jure ! Pis, même si j'le f'sais, personne me croirait ! »
« Des chasseurs sont à notre recherche et, croyez-moi, il ne se gêneront pas pour vous arracher ces souvenirs de force si je ne les effaces pas. », insista Yall'han en le suivant des yeux.
« Pourquoi y viendraient m'voir, j'suis rien qu'un zonard ! », se défendit le garçon, le corps tendu en guise d'argument. Il n'avait pas envie de l'oublier, sa girl in red même si, de toute évidence, elle était en réalité un mec. Un blondinet aux traits fins, presque féminins, qui contrastaient largement avec sa musculature de guerrier.
« Je suis navré. », réitéra le maître d'arme en venant droit sur le terryen, la fiole brandie devant lui. « Nous ne pouvons risquer de laisser des traces de notre passage, quelles qu'elles soient. »
« Et qu'est-ce qui m'dit qu' c'est pas toi le psychopathe dans l'histoire ? Si ça s'trouve, tu vas l'butter dès qu' s'rai hs ! », tenta Théo en dernier recours, reculant jusqu'à sentir le mur moite d'humidité dans son dos. Piégé.
Yall'han se planta devant lui, le visage crispé, les yeux rivés au fonds de ses pupilles dilatées de frousse. La voix durcie par l'urgence du moment, il grogna :
« Ecoute, petit, j'ai pas le temps de négocier. Bois, ou je te le fais avaler de force. »
Déglutissant avec peine, Théo avisa tour à tour Morg'han, la fiole et le maitre d'arme qui, de toute évidence, ne rigolait pas.
« J'vous r'verrai ? », demanda-t-il timidement.
« Je crains que non. », répondit Yall'han sans la moindre émotion.
« Je...j'pourrais au moins lui dire au r'voir ? », tenta encore le terryen dont le timbre tremblotant trahissait la tristesse à présent. Ce n'était pas très souvent qu'il se liait de la sorte avec un autre être vivant.


Un soupir résigné filtra entre les lèvres du maître d'arme. Il était pressé, pas totalement insensible. Et puis, avec un peu de chance ce geste de bonté déciderait le garçon à lui faire confiance. Soit. Il s'écarta d'un grand pas, la mine moyennement enchantée par cette nouvelle perte de temps. Sans réfléchir une seule seconde – de peur que l'amalyen ne change d'avis –, Théo quitta précipitamment son appui poisseux pour venir s'agenouiller près du corps immobile de Morg'han. Et maintenant ? Difficile de dire au revoir à quelqu'un qui ne parlait pas sa langue, encore plus s'il était inconscient.


« Y a moyen d'le réveiller ou... ? », s'enquit-il, osant à peine jeter une oeillade à Yall'han.
« Si je le fais, tu bois ? », répondit celui-ci, loin de perdre le fil de son idée.
« Promis ! »


Une parole simple qui sembla satisfaire le vieil homme. Après avoir re-bouchonné sa fiole, il rejoignit le prince et le zonard au centre de la pièce, ses santiags arrachant quelques plaintes au parquet.


« Tâche de ne pas me le faire regretter. », dit-il en s'abaissant respectueusement près de son prince, le genou gauche en terre. Une belle gifle aller-retour et un regard au terryen légèrement désappointé. « Voilà. » C'était si simple. Et tandis que Morg'han commençait à émerger, Yall'han alla se poster dans l'encadrement de la porte grande ouverte, dos à la pièce comme s'il ne voulait pas les déranger.


Un clignement, puis deux. Les paupières du prince se soulevèrent avec peine, dévoilant ses iris violettes au regard ahuri de Théo, pour ne pas dire choqué. Ce dernier ne pouvait s'empêcher de détailler le corps d'homme de sa girl in red, ses prunelles irréelles, son visage lisse et sa bouche tordue dans une moue désolée ne collant pas du tout avec sa stature de guerrier.


« T'es un mec, putain ! », s'exclama le terryen sans laisser à Morg'han ne serait-ce que le temps de s'asseoir sur le plancher. « Comment tu fais ? C'est...énorme ! Et tu peux l'faire comme ça quand tu veux ou ?  Ouais, je sais, tu piges rien mais pouah ! C'est juste... 'fin. T'es un mec, putain d'merde ! T'aurais pu trouver l'moyen d'me l'dire, ça, quand-m... »


Il n'eu pas l'occasion de dire un mot de plus. Le prince glissa les doigts dans sa nuque, se redressa d'un mouvement souple et captura brièvement ses lèvres dans le but évident de le faire taire. Plutôt efficace. Théo resta interdit, incapable de savoir comment réagir, tiraillé entre son dégoût et le goût de Morg'han dans sa bouche. Ce dernier laissa échapper un petit rire narquois, clairement amusé par la pudeur terryenne. Sa joie fut de courte durée, rapidement brisée par le regard sérieux de Yall'han braqué sur eux.


« Je suis désolé. », souffla le prince avant de se relever. Il avait très bien compris le message de son maître d'arme. Il fallait qu'il s'habille puis qu'ils s'en aillent. Il s'exécuta donc sans broncher, récupérant le sac et ses vêtements sur le plancher.
« Emmenez-moi avec ! », tenta Théo en se levant brusquement, tourné d'un bloc vers Yall'han. Lui, il ne voulait surtout pas que sa vie redevienne morne et plate, de retrouver ses errances solitaires. Mec ou pas, il préférait de loin la compagnie de Morg'han au froid mordant des nuits d'hivers.
« Tu as promis. », répond le maître d'arme d'un ton sans appel. Déjà, il tendait la fiole débouchée au terryen dépité.


Un dernier regard au prince qui terminait de boutonner sa chemise. Un soupire filtra entre les lèvres de Théo. Il saisit le tube entre ses doigts fébriles, inspira un grand coup et, fermant les yeux, vida le liquide mordoré d'une seule gorgée. Son corps s'engourdit rapidement, la fiole glissa de sa main, se brisa sur le plancher, percutant le cerveau de Théo comme un cliquetis lointain. Ses paupières alourdies peinaient à cligner alors que le décors autour s'était mis à tanguer. Il tituba quelques instants avant de s'effondrer, rattrapé de justesse par le prince décidément bien charmant. Un sourire illumina une dernière fois le visage du terryen tandis qu'il plongeait le regard au fond des prunelles violettes de Morg'han.


« M'oublie pas... », lâcha-t-il dans un souffle avant de perdre connaissance.


L'amalyen senti son coeur se serrer dans sa poitrine bien qu'il n'ai pas saisit le sens de ces derniers mots. Il souleva le corps de Théo qui lui semblait si frêle à présent et, délicatement, l'allongea sur le matelas miteux. Un dernier baiser sur ses lèvres inertes. Il posa le front contre celui du terryen, ferma les paupières et murmura doucement :
« Adieu, petit gnome bavard. »
« Sir Morg'han. », raisonna la voix de Yall'han dans son dos.


Aucune négociation possible. Réprimant quelques rouspétances, le prince rejoignit son protecteur près de la porte en traînant les bottes. Le maître d'arme n'attendit pas plus longtemps. Une main fermement accrochée à l'épaule de Morg'han, il sorti une gouttelette de verre de sa bourse et la brisa à leurs pieds. Un nuage jaunâtre s'en libéra brutalement, enveloppa les deux amalyen et se dissipa aussi sec, ne laissant qu'une vague trace brûlée sur le plancher et Théo inconscient sur le matelas mité.


A SUIVRE... (mouahaha !)
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MessagePosté le: Lun 16 Nov - 19:49 (2015)    Sujet du message: La belle et le zonard Répondre en citant

Aaaah! J'adore j'adore j'adore! Encore!
Comme d'habitude, j'aime bien tes personnages et la façon dont tu les fais parler. Les dialogues sont géniaux, surtout quand le prince ne pige rien! Ca donne de la légèreté à cette situation qui est pourtant très difficile. Même le prince devient naïf devant ce nouveau monde et cela contraste avec son côté plus sérieux et sa détresse face à ce qui est arrivé à sa sœur. Ce mélange subtile entre humour et gravité est réussi. Peut être qu'on pourrait penser qu'il est parfois trop enjoué par rapport à ce qu'il lui est arrivé mais je pense que c'est aussi sa façon de gérer le stress et la profonde tristesse qui le submergerait si jamais il la laissait le prendre (ou alors c'est moi qui extrapole complètement!).
Enfin bref, tu m'as emporté avec ton histoire et j'espère revoir le petit gnome bavard un de ces jours, il est trop chou!
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MessagePosté le: Lun 16 Nov - 21:20 (2015)    Sujet du message: La belle et le zonard Répondre en citant

AAAAh Merci Valet! XD

"Peut être qu'on pourrait penser qu'il est parfois trop enjoué par rapport à ce qu'il lui est arrivé mais je pense que c'est aussi sa façon de gérer le stress et la profonde tristesse qui le submergerait si jamais il la laissait le prendre (ou alors c'est moi qui extrapole complètement!)."
Haha non, t'extrapole pas... Enfin, si d'une certaine manière vu que ce n'est pas précisé tel quel dans le texte mais t'as pigé mon idée quoi. XP

Bref, très contente que ça t'ai plu!

Et oui, j'espère avoir l'occase de le replacer le gnome bavard.... On s'y attache à ces petites choses-là! hahaha
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MessagePosté le: Mer 18 Nov - 00:23 (2015)    Sujet du message: La belle et le zonard Répondre en citant

Bon, s'agit de pas faire un copier/coller du commentaire de Valet, même si j'en pense globalement la même chose.

Mais j'vais quand même commencer par J'adore j'adore j'adore !!

J'ai été écroulée de rire pendant la moitié du texte. La rencontre entre les deux personnages fonctionne vraiment du feu de dieu. On s'attache dès les premières secondes à Théo, et Morg'han, s'il m'apparaît un peu fade au début, se révèle d'une adorable naïveté face à l'inconnu. D'ailleurs, j'adore vraiment toutes ses réactions, vachement appropriées, je trouve. Dans les films, ils arrivent toujours à se comprendre plutôt facilement, que là, le quiproquo dure pratiquement toute la durée du texte.

Cette légèreté ne m'a pas vraiment troublée, d'ailleurs. A vrai dire, ça te ressemble complètement. Même sur des sujets gravissimes, tu gardes une importante dose d'humour, et ça c'est bien ^^ puis bon, j'pense qu'il y a non seulement le blindage, mais aussi le fait que face à un monde totalement inconnu, il n'a même plus le temps de s'épancher sur ce qui lui est arrivé. Ca justifie aussi pas mal l'attachement entre les 2 persos je trouve : Théo sert de pansement à Morg'han, sans qu'aucun des deux n'en soit vraiment conscient (et même pas du tout en ce qui concerne Théo d'ailleurs).

Bon, après, j'ai trouvé la mise en place vachement longue. Tout le passage dans la "porte", je l'ai pas trouvé utile, et pas très clair non plus, et du coup, au départ, ma lecture était vachement laborieuse. J'aurais p'tet pas persisté si ça n'avait pas été toi et que je savais qu'à un moment donné, je finirais par me laisser porter par l'histoire. Ca n'a pas loupé.

'Fin bref, j'me suis vachement amusée à la lecture de ce texte ! il fait du bien par où il passe ! Bravo !
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MessagePosté le: Mer 18 Nov - 00:37 (2015)    Sujet du message: La belle et le zonard Répondre en citant

Very Happy AAAh Mo! Déjà, merci pour ta lecture! Et puis pour ton commentaire malgré la fatigue... 

hum.

Alors, super contente que les personnages t'aient plu! XD Et pis les réaction de Morg'han tout ça tout ça. (oui, il est tard, je vais pas tout répété quoi :p) Effectivement, vu le sujet, je voulais pas faire le truc gnangnan déprime et violons. Et puis, je vois le prince comme un guerrier de formation, pas vraiment habitué à se morfondre. Il doit avancer, il a pas le choix dans sa situation et Théo arrive comme "pansement" au bon moment. (tout comme tu dis quoi XD)

Sinon, effectivement, le début pourrait être un peu resserré, surtout le passage de la porte, pour entrer plus vite dans le vif du sujet. ^^ (j'en prend bonne note! et merci l'oeil de Mo! haha)

brefouille, contente de t'avoir fait rire! XP Au plaisir de recommencer!
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MessagePosté le: Mer 18 Nov - 20:43 (2015)    Sujet du message: La belle et le zonard Répondre en citant

hum... Difficile de rajouter un mot de plus après les filles, mais j'ai adoré cette histoire moi aussi ! J'ai trouvé que la première partie instaurait justement un quiproquo d'atmosphère Mr. Green Je me comprends... Enfin en tout cas je suis bluffée, tu nous emmènes vraiment avec toi, dans chacune de tes histoires, longues ou pas, c'est toujours aussi prenant ! Tes personnages, comme elles le disent, son hypers attachants...

Bref bravo pour ce CDC !!
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MessagePosté le: Jeu 10 Déc - 01:00 (2015)    Sujet du message: La belle et le zonard Répondre en citant

Le texte m'a vraiment plu. Comme Mo j'ai eu un peu de peine à l'entame, pour digérer la mise en place, puis par la suite je me suis laissé embarquer par l'histoire, l'humour, la situation, et ce duo fort sympathique. C'est vraiment bien écrit, un vocabulaire riche, parfois certaines descriptions sont un peu trop minutieuses à mon goûts (la cuisine par exemple) mais enfin tout ça est d'un sacré calibre. Bien joué !
Jeu 10 Déc - 01:00 (2015)
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