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Quand on boit de l'eau, on pense à la source.

 
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moyen chog
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Inscrit le: 21 Juin 2015
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MessagePosté le: Lun 23 Nov - 19:27 (2015)    Sujet du message: Quand on boit de l'eau, on pense à la source. Répondre en citant

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La pluie tombait. Drue. Impertinente. Elle fouettait mon visage. Une pluie violente de fin septembre. Mousson. Fin d’après midi au sud Vietnam. Un pays que j'apprenais à connaitre depuis seulement deux jours. Atterrissage à Ho Chi Minh. Puis un bus bondé pour parvenir à Bac Lieu. Dans le delta du Mékong au bord de la mer de Chine.


Pays tout en longueur, le Vietnam m'impressionnait, m'intimidait. Couleurs, odeurs, bruits, jeunesses, sourires, rien à voir avec les clichés que j'avais en tête. Les villes étaient énormes, tentaculaires, surpeuplées. Impressionnant mélange de traditions et de modernités.


J’étais là, trempés jusqu'aux os, en attendant le soleil, qui reviendra bientôt. La route se transformait en un petit ruisseau dévergondé. J'avais trouvé une petite chambre dans une ancienne maison de maître transformé en hôtel. De style coloniale, construite par les français, décor défraîchi, ma chambre était petite mais confortable, dans le centre de Bac Lieu, Vo Thi Sav Avenue, en face du Tan Dinh Church.


Jetais là, en face de l’hôtel, dans Park Van Tan, et je pensais à Boussad. Mon pote Boussad. Mis par hasard cote à cote le jour de la rentrée à la maternelle, nous étions devenus copains. Puis amis. Jusqu’à sa mort il y a 6 mois. Écrasé par son propre tracteur en labourant un champ.


Boussad Takbou, j'aurais aimé que tu sois là avec moi. Et entendre ton grand rire, grave, rassurant.


Je pensais à Boussad, à nos jeux de gamins. Assis sur les marches de pierre de la ferme de ses parents, chaudes et accueillantes. On devinait, grâce aux plaques, la provenance des voitures qui passaient devant la bâtisse. 21 Cote d'Or, 18 Cher, j’étais trop fort à ce jeu là.  Boussad, lui s'en foutait, il disait que cela ne lui servirait pas pour conduire un tracteur.


La pluie s’arrêta comme elle était venue. Violemment. Je restai quelques minutes dans le Park Van Tan, pour prendre du soleil. Autour de moi, la vie reprenait, grouillante, bruyante. Ou là, il n'y avait rien il y a quelques instants, maintenant il y avait foultitude de vendeurs ambulants, fruits, legumes, grillons et autres insectes grillés.
Je rentrais à l’hôtel, montais dans ma chambre. Je me déshabillais et m'allongeais sur mon lit défait. Je pris les trois morceaux de papier, gardés précieusement dans ma valise, et les relus. Encore une fois. Une fois de plus. Je les connaissais par cœur, ils étaient comme un guide, une marche à suivre. Mon cœur battait fort, ces trois morceaux de papier allaient changés ma vie. Je le savais. Je le voulais. Fort.


Le jeu préféré de Boussad, c’était de prendre le nom d'un personnage connu et de mimer des scénettes en rapport avec ce personnage. Là, il était très fort, il choisissait toujours des personnages historiques, guerriers. Boussad De Gaulle, Boussad Vercingétorix, Boussad pucelle d’Orléans, Boussad Napoléon. Moi, je préférais les chercheurs. Stephane Pasteur, Stephane Curie. Mais, mimer la découverte d'un vaccin, c’était pas top, alors Boussad gagnait. Et Riait.


Boussad takbou, j'aurais aimé que tu sois là avec moi. Et que tu me prennes dans tes bras et que tu me donnes des grandes claques dans le dos avec tes mains généreuses.


J’étais allongé sur le lit, et je pensais encore et encore à la rencontre que j'avais faite il y a 15 jours dans un café. Accoudé au bar avec des amis, je l' aperçue assise à une table, au fond de la salle, avec ses parents. Je supposais. Nos regards se sont croisés et ne se sont plus lâchés. Regards furtifs, puis accrochés. Sourires complices. Gênés. Ses parents, sont sortis les premiers, en passant à cote de moi, elle a glissé dans ma poche de chemise, un petit morceau de papier. Plus rien ne sortait de ma bouche, de mon cerveau. Le sang ne circulait plus que dans mon cœur. Même mes potes ne déblatérais plus leurs conneries habituelles.


Allongé sur mon lit, je relisais ce petit papier:
Mlle Cuoi Phong
Région de Bac Lieu Vietnam
Canton de Gahau Hao
District de Dong
Than Van Dat High Sc hool




Than Van Dat était une toute petite ville, à 15 kilomètres de Bac Lieu au nord, à l’intérieur des terres. J'avais trouvé ce matin un moyen de m'y rendre. Location de mobylette. J'avais décidé de partir demain matin, cela m’éviterait la mousson de fin d’après midi.


Les 15 kilomètres se transformèrent en une interminable galère.. La route était pleine d’ornières, pleine de vélos, pleines de mobylettes, pleine de gens. Le loueur m'avait dit: Si tu ne cris pas, tu n'existes pas. Alors, j'ai crié. Beaucoup, et je suis arrivé à Than Van Dat. L’école était à l'image de l’hôtel. Coloniale. Les enfants jouaient dans la cour. Criants. Grouillants. Avec la même tenue, bleu et blanche. Short pour les garçons et jupe pour les filles.
Flash back, moi et Boussad jouant sous le préau.
Je me suis avancé au milieu des enfants, tous firent silence, peu habitués à voir un étranger dans leur école.
Alors elle apparut, à une fenêtre du deuxième étage, telle qu'elle m'avait quitté. Souriante. Et Belle. Si Belle. Une main tremblante passa devant sa bouche bée, pour réprimer un cri cristallin. Elle mit deux minutes pour descendre les quelques marches qui nous séparaient. Elle se jeta dans mes bras accueillants, et nous sommes restés longtemps enlacés sous les quolibets des enfants. Sa mère arriva, curieuse. Je sortais les deux papiers. J'en donnais un à Cuoi où j'avais écris: TAI YEU BAN,  et l'autre je le donnais à sa mère: TOI NUON KET HON VOI LAN GAI CUAN BAN


Je t'aime.
Je veux épouser votre fille.


Cela fait maintenant six mois que j'habite au dessus de l’école. Avec  Cuoi. Sa mère m’apprend  le Vietnamien et moi, j'apprend le français aux gamins. Dans quelques semaines je serais l'heureux papa d'un petit garçon.
Mais la mère de Cuoi ne veut pas que je l’épouse. A cause de mon nom.
Polpot. Stephane Polpot.
Lun 23 Nov - 19:27 (2015)
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valet2trefle
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MessagePosté le: Lun 23 Nov - 20:12 (2015)    Sujet du message: Quand on boit de l'eau, on pense à la source. Répondre en citant

J'aime beaucoup le style. On ressent bien les sentiments de ton personnage, que ce soit pour son ami d'enfance ou pour cette jeune femme qu'il a rencontré dans un café. Et tu nous emmènes facilement au Vietnam, en très peu de phrases. C'est fort!
Et la chute... hum... oui bon je peux comprendre la maman!
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Lun 23 Nov - 20:12 (2015)
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Rafistoleuse
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MessagePosté le: Lun 23 Nov - 20:49 (2015)    Sujet du message: Quand on boit de l'eau, on pense à la source. Répondre en citant

C'est vrai que tu nous fait voyager, immédiatement on y est dès les premières lignes. J'ai aimé découvrir le pays à travers la vie de ton personnage, son amitié avec Boussad et son amour compromis par son nom de famille.

On ne s'attend pas à la chute, du coup tu nous offres une double lecture ! C'est bien amené, et y a beaucoup de poésie.
_________________
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Lun 23 Nov - 20:49 (2015)
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Alinoë
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MessagePosté le: Mer 25 Nov - 21:37 (2015)    Sujet du message: Quand on boit de l'eau, on pense à la source. Répondre en citant

Alors Moyen, waw! J'ai trop kiffé! Du début à la fin. Que ça soit la première ou la seconde lecture, j'étais pendue à tes mots. Tu nous entraînes avec un rien dans ce pays étranger avec ton héros, tu nous fais visiter tout en nous partageant ses émotions, ses pensées, ses souvenirs.

J'ai vraiment adoré la façon dont tu dépeins sa relation avec son ami Boussad, comment le hasard les à fait se rencontrer pour devenir les meilleurs amis et puis sa fin tragique.

Tout ton récit coule naturellement, se suit. On pense, on vit avec lui et ce "lien" que tu fais entre l'histoire d'amitié et celle d'amour par l'absence, le manque de l'autre, c'est tellement juste. (Enfin, je me comprends... XP)

Bref, j'ai vraiment adoré!

Et ta chute m'a tué!

Pas besoin de préciser que t'es bien dans le t/c.

Bravo à toi! Et merci pour ce très bon moment de lecture!
_________________
THE TRUTH IS OUT THERE


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https://www.youtube.com/watch?v=OttPq7ceH9E&feature=youtu.be&eml=2015September21%2F2733333%2F6010044&etsubid=30262197
Mer 25 Nov - 21:37 (2015)
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Octobell
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MessagePosté le: Mer 25 Nov - 22:25 (2015)    Sujet du message: Quand on boit de l'eau, on pense à la source. Répondre en citant

Bon je suis un peu passée à côté de la chute, parce que j'avoue assez honteusement que je savais pas qui était Pol Pot. Bon je me suis quand même renseignée sur Google hein, mais du coup c'était déjà moins drôle ^^


J'ai beaucoup aimé que tu nous emmènes au Viêtnam. C'est exotique et recherché. mais pour la relation avec Boussad, j'aurais ptet aimé être un peu plus dans l'émotion , ressentir un peu plus le manque. puis j'ai trouvé la rupture entre l'évocation de Boussad et la rencontre avec Cuoi un peu trop franche. Je vois pas tellement le rapport entre les deux, et j'aurais aimé qu'il y ait un lien, que l'évocation de Boussad serve un peu plus le récit.  


Mais globalement c'était très charmant ^^
_________________
Octobell

Tous les propos exprimés dans les bonus de ce DVD n'engagent que l'intervenant
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Mer 25 Nov - 22:25 (2015)
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Yannick Darbellay
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Messages: 2 836

MessagePosté le: Ven 11 Déc - 01:13 (2015)    Sujet du message: Quand on boit de l'eau, on pense à la source. Répondre en citant

J'aime toujours bien ton écriture. La simplicité, la retenue dans la façon d'aborder le chagrin. ça rend les choses très forte. L'évocation de ce personnage, Boussad, quelques souvenirs. ça rend tout très réel.
Y a quelques maladresses peut-être, les temps (imparfait/passé simple)
La rencontre furtive, le but du voyage, ça m'a moins convaincu, je les ai trouvé moins crédible. Cela dit la chute est très drôle. 
Bref, monsieur, vous avez du talent ^^
Ven 11 Déc - 01:13 (2015)
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 01:08 (2016)    Sujet du message: Quand on boit de l'eau, on pense à la source.

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