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Il est né, le divin Connard

 
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La Plume du Chakal
Super Coup de Coeur
Super Coup de Coeur

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MessagePosté le: Jeu 21 Jan - 15:35 (2016)    Sujet du message: Il est né, le divin Connard Répondre en citant

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Cette histoire est une histoire vraie. Elle raconte comment l’Elfe en capuche, le Professeur sans tête, mais saindenisé, et le Poète presqu’anagrammé, se sont rencontrés après un long voyage de plusieurs mesures au carrefour des Routes, par une nuit sans Lune. Trop pleine, celle-ci avait pris la tangente avant minuit pour aller chercher le vieux frère Soleil, avec dans l’idée de se payer un coït astral. Il fait nuit noire, il neige, un peu. Voilà pour les intempéries, ça te pose une ambiance. Mais revenons-en à nos héros, car c’est bien eux qui nous importent : 
La première, l’elfe en capuche et couverte de neige, arrive par la route de l’Est, un baluchon sur l’épaule, contenant trois carnets en poils de poiscaille violets, et un transistor radio dans l’autre pogne. L’Elfe ne parle qu’en musique, sinon c’est silence, radio, lui-aussi. Les ondes se noient dans la bruyère. De toute façon, elle n’a encore personne à qui parler, à part elle-même, alors elle se tait et plonge rejoindre les ondes, elle leur fait du bouche à bouche et les sauve in-extremis.  
De la route du Sud, arrive un homme endimanché, comme sapé pour ses funérailles, et quand on le croise, d’aucun se demande comme tient son nœud-papillon, le Professeur portant sa tête et une grande partie de son cou tranché sous le bras. Dans la poche de son veston, on peut apercevoir un livre replié sur lui-même, un livre de chants, ceux de Maldoror. Dans l’autre poche, il traine un bouquet de diverses fleurs ramassées en bord de route, au cours de son voyage ; des clématites, des myosotis, mais si on lui demande sa favorite, le Professeur répondra une mellifère, et je serais tout à fait infoutu de te dire ce que c’est. Moi, j’aime pas les fleurs, mais je ne suis ici que le narrateur, alors mon opinion quant à la flore de la Route, on peut toujours se la tailler en biseau. Le Professeur se fout pas mal de ma narration inexacte, et rampe sous la Bruyère. 
Le Poète, pas tout à fait anagrammé correct’ par manque évident de lettre, et pour une meilleure sonorité, joue de sa licence pour que ça passe quand même, au nombre de souliers. Il en avait lui-même un à chaque panard quand il prit la route de l’Ouest ce matin-là, soit deux au total. Dans son habit propre, il cache une plume d’oie et, au fond de son gosier, une voix de ténor. Sur le dos, le Poète trimballe une étrange bosse. Quand il arrive au carrefour de la Route, il pénètre à son tour la bruyère le recouvrant et y laisse un de ses souliers, qu’il remplace aussi sec par un chausson en cuir de lama.  
            L’Elfe, le Professeur et le Poète arrivent en même temps au cœur du carrefour de bruyère, dont la couleur pâle, mais violette tout de même, n’est pas sans rappeler les carnets en poil de poiscaille trimballés par l’Elfe, mais passons, ce détail n’étant détaillé ici que par soucis du dit-détail. Le trio se salue avec respect et dévotion, reconnaissant en chacun un certain talent de géo-localisation, car si les Routes menant à la Bruyère sont bien droites et aisées à parcourir, pour peu qu’on suive les saumons remontant le fleuve en bord de route, il faut un exceptionnel sens de l’orientation pour retrouver son chemin dans le dédale noueux qu’est la Bruyère et arriver en son centre, éclairé par des arbres en ferraille rouillée. Là, ils trouvent ce qu’ils sont venu chercher, l’entrée d’une tanière sombre d’où provient une musique entêtante, paraissant irréelle à leurs esgourdes. Les trois voyageurs n’entrent pas tout de suite. L’Elfe, dont les ondes radios ont trouvé un second souffle, chante son opinion ; 
« J’crois bien que c’est là, nan ? T’façon, genre, vous aussi, z’avez suivi les saumons ? Et tous les saumons mènent à la Bruyère, donc ça doit être ici. » 
Le Professeur est charmé par le chant de l’Elfe, moins tortueux et plus doux que ceux qu’il trimballe dans sa poche, et toujours perché sous son bras, sa tête reprend la litanie ; 
            « Oui, je crois aussi, les saumons n’auraient pas menti. » 
Le Poète, lui, est plus sceptique, mais décide de s’en remettre à l’opinion générale. Il est d’habitude du genre à s’en éloigner à tire d’ailes qu’il se construit si besoin est à partir de sa plume d’oie. Cette fois, néanmoins, sensibilisé par le chant de l’Elfe, il décide d’acquiescer et voilà que les trois aventuriers entrent dans la pénombre malodorante de la tanière.  
Au fond de celle-ci, ils trouvent ce qu’ils sont venu chercher, emmitouflé dans un pelage doré, un chacal tout môme, allongé dans la caisse d’une guitare espagnole. Il est entouré par un homme habillé d’une chemise noire, d’un jean noir, de bottes noires. Ses yeux et le reste de son visage sont dissimulés dans l’ombre d’un chapeau de paille, eh ! Noir, lui aussi. De l’autre côté, une gonzesse enserrée dans une camisole blanchâtre en granit égyptien. C’est ce gosse que nos trois aventuriers sont venu trouver, après avoir reçu chacun un télégramme, porté par un dragon porté sur la bouteille et vivant au nord de la Route du nord, là où les hivers se sont installés pour encore quelques décades. Le bailleur n’a rien à dire, ces loustiques payant leur loyer à chaque solstice. Mais je divague.  
L’Elfe s’approche, dépose le transistor qu’elle règle sur une station crachant du blues ; 
« Le Chacal aura besoin de rythme, pour garder le cap, pour pas s’marcher sur les pattes, et pas s’viander contre le ciel en macadam’z. » 
L’homme en noir salue l’Elfe, lui offre un sac à dos en échange du transistor. Dedans, l’Elfe trouve un harmonica, un violon et un oud, une famille en fait, afin que plus jamais, elle ne soit seule à chanter.  
Le Professeur s’avance à son tour, s’assoit en tailleur face au môme Chacal et pose sa tête dans le creux formé par ses jambes. Il sort de sa poche son livre étrange ; 
« Le Chacal aura besoin des Chants, pour saisir la vie, la mort, la bêtise et la beauté. Ainsi, l’absurdité du monde lui sera pleinement révélée. »  
La gonzesse en camisole part dans un fou rire, lui crache dans le cou et l’invite à se remettre la caboche en place. Le Professeur est absolument jouasse et se délecte des retrouvailles entre sa tête et son corps. Ses idées s’éclaircissent alors, il voit au travers de la pénombre avec une perspective nouvelle, moins au ras de la ceinture, et il rit en s’imaginant la tronche que vont tirer les copains restés au Mont de Marbre, tronches qu’ils conservent aussi sous le coude sans jamais le lever.   
            Vient le tour du Poète. Il ploie un genou devant le môme et dans un geste mécanique, cliquetant des articulations, détache la bosse lui bombant le dos. Dans le court espass’temps séparant le dos du sol, la bosse se métamorphose dans un flash ovidien en une machine à écrire Underwood portative ; 
« Le Chacal aura besoin d’un récipient où conserver ses brokes et ses notes, un réservoir pour sa verve révélée par la musique de l’Elfe et les enseignements du Professeur. Ne lui manque donc que l’encre du Poète pour harmoniser le tout en une peinture noire. » 
L’homme en noire et la gonzesse en camisole marquent un silence, reluquent le Poète, de sa bosse disparue à son panard dénudé. L’homme en noir retire une de ses grolles et la lui jette. L’homme en noire et la gonzesse en camisole explosent dans un fou rire. Un nuage de poussière ensanglanté, émanation tellurique désincarnée, couvrent les trois aventuriers et le Chacal. Ainsi baptisé des restes de ses géniteurs, il ouvre un oeil, puis le deuxième. Il gueule qu’il a soif. Un satyre aux nibards dingues sort de la pénombre, en colle dans le gosier du Chacal qui avale le liquide, du bourbon, sans discontinuer. Les Aventuriers observent la scène, ataraxiques, ils ne sont pas bien sur de piger tout ce qui se trame sous leurs yeux éberlués. Ils jettent un œil au calendrier, vérifient que nous sommes bien un vingt-cinq décembre. Mais ce môme velu ne ressemble en rien à ce qu’ils avaient imaginés, en chanson pour l’Elfe, comme une histoire pour le Professeur, ou en alexandrin pour le Poète. Bah ! Merde. Le Chacal a finit de picoler. Il se dresse sur ses pattes, tangue un brin mais parvient à s’écrouler à temps sur la machine à écrire. Il glisse une feuille de papier hygiénique, tapote le clavier sur un trois-temps bluesy et quand il termine enfin son récit, l’offre aux Aventuriers : 
  
CASSEZ VOUS DE CHEZ MOI,  
TAS D’ENFOIRES !!! 
  
Cette histoire est une histoire vraie, puisque je vous la conte. Certains percuteront le bousin et l’accepteront malgré son apparent hors-propos. D’autres, non. Et pourtant, tout est vrai, et même que j’étais là, moi aussi, planqué sous la bruyère.  

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Jeu 21 Jan - 15:35 (2016)
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valet2trefle
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MessagePosté le: Jeu 21 Jan - 18:52 (2016)    Sujet du message: Il est né, le divin Connard Répondre en citant

Bon déjà tu fais vibrer ma corde sensible en prenant le ton du conte. Ensuite, cette histoire je que pense avoir bien pigé, moi je l'accepte telle quelle! Joli hommage aux 3 zigotos et j'aime bien la chute  Mr. Green
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Jeu 21 Jan - 18:52 (2016)
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Yannick Darbellay
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MessagePosté le: Mer 27 Jan - 23:44 (2016)    Sujet du message: Il est né, le divin Connard Répondre en citant

ha ha, enfin je lis ton texte. Quand j'ai capté que tu parlais de nous j'ai préféré attendre d'avoir écrit le mien. 
D'abord c'est plutôt flatteur, hein, puis ça me plaît comment tu brodes à ta façon délirante cette histoire que je n'ai rattaché à l'Histoire dont on nous cause ailleurs, qu'à la fin ^^
Bref bravo !
Mer 27 Jan - 23:44 (2016)
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El.
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MessagePosté le: Dim 31 Jan - 12:48 (2016)    Sujet du message: Il est né, le divin Connard Répondre en citant

c'est la classe d'écrire avec vous putain, d'être embarqué là-dedans, libre et barré...on forme une putain d'équipe de lascars...et toi t'es un divin connard avec une putasse de plum qui déchire et qu'arrive trop bien à raconter notre trucz alors...re-thanks 
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El.

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Dim 31 Jan - 12:48 (2016)
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 03:03 (2016)    Sujet du message: Il est né, le divin Connard

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