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Please, don't walk.

 
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Iwik
Coup de coeur
Coup de coeur

Inscrit le: 09 Nov 2015
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MessagePosté le: Mer 3 Fév - 22:03 (2016)    Sujet du message: Please, don't walk. Répondre en citant

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Tout est si calme, le silence s’est habillé des crépitements d’un feu de bois, et de la douce caresse des vagues. Qui s’agrippent, s’allongent, s’abîment contre le sable fin. 
Le silence me traverse, parcoure mon épiderme, jusqu’à la moelle. Tout est si calme autour de nous, c’est presque beau. Cette plage encombrée par nos corps, notre bordel, mais pas encore par notre histoire.
Elle semble infinie, elle se perd dans un horizon avalé par la nuit. 


J’entends ton souffle endormi, ta poitrine se soulève de façon si imperceptible, et pourtant. C’est bien là. Nous sommes vivants. 


Tout est si flou autour de moi, les flammes s’aspirent les unes les autres dans une danse langoureuse. Et les grains de sable avalent nos pieds, grignotent des millimètres, puisque nos âmes si lourdes.


Ce flou, ce silence, ce calme, ça ne va pas durer. Mes rétines en impriment chaque couleur, alors que mes synapses calculent déjà la distance entre cet instant et la peur. Mon esprit rode autour de notre campement, s’exorcise de cette absurdité. La plage, et l’océan. La mer fume notre solitude comme si c’était la sienne, et toi tu gémis. 


Est-ce que tu rêves ? Si seulement c’était possible, si j’étais brave, je pourrais t’étouffer. Pour que tu meurs dans ce monde et te réveilles dans un songe où il n’est plus question de fuir. 
Ma tête tangue entre la bravoure et l’effroi, puisque ton gémissement pourrait nous tuer. Plongées dans le sable, mes mains se crispent, mon corps se redresse, quitte à se tordre pour échapper à la fatigue. A l’usure. 


C’est fini. Les dernières flammes succombent et la lueur des braises. 


- Merde ! Réveille-toi Judith. 


Je m’approche pour te secouer, mais tes yeux sont déjà grands ouverts. Et il n’y a plus rien à décrire, nous n’avons plus de temps pour trouver des adjectifs à la peur. Nous devons l’étouffer. 


Tout s’est passé si vite, c’est déjà fini. C’est comme si chaque grain de sable n’était qu’un cocon, délivrant à cet instant mille rochers pour nous entourer. La plage semble disparaître pour laisser place à l’arène constituée de dizaines de corps déjà. Titubant vers nous, la chair exposée à nos yeux comme si ce n’était qu’une putain de galerie d’art. les organes en orbite autour des membres, et ce bruit. Ce râle infernal. 


Et Judith s’est levée, brandissant ses deux poings en avant, l’un muni d’un couteau à la lame plus large que longue. 


- Mehdi là-bas… Je m’occupe de ceux-là.


Elle hurle à chaque coup qu’elle donne, comme une joueuse de tennis, une droite, un revers, elle boxe alors que le ring se resserre autour de nous. Soudain une main se pose sur mon épaule, non pas une main, des os qui ne se posent pas mais se plantent. Je décide de rouler sur le côté pour écraser mon assaillant. La douleur est lancinante, la douleur n’existe plus, pourtant. Il n’y a que la peur. 
Judith se bat toujours, je crois qu’elle me hurle quelque chose, mais je n’entends plus rien.


Tout est si calme. Le silence. Tout est si clair. 


Mon esprit fait un bond, mon corps le suit, ou peut-être que c’est l’inverse. Deux à droite, trois au nord, une vraie marelle, je fais de la corde à sauter, c’est leur cour de récréation, et ils imposent le rythme. Si tu ne suis pas, tu crèves. 


Nos regards n’ont plus le temps de se croiser. Et tant de noeuds restent à faire pour ne plus jamais se perdre. Tout s’est passé si vite sur cette plage. J’ai cru mourir, ils m’ont eu, étendu sous leurs corps, mordant la poussière. 


Plus rien, ni à droite, ni au nord. Quelques coups de couteaux auront suffi. Judith me fait face, me domine de toute sa hauteur. Sur son visage, sueur et sang tracent mille chemins pour raconter l’horreur. 
Elle se baisse et me tend la main, le coeur, ses lèvres s’étirent, tremblantes encore.
Et moi je fixe une ombre diluée à l’obscurité, sans rien pouvoir dire. J’entends son rire nerveux, et le râle de la bête, de celui qui n’est plus. 


- Tu m’en dois une… Ca commence à faire beaucoup. Allez vi… Arrrrggghhhhhhhhh.


L’ombre s’est extraite du néant, à la lueur des braises un visage qui n’en est plus un s’acharne sur sa nuque. Et elle hurle. Mais il n’y a plus de ring, plus de court pour tirer des balles, seulement un cercueil déjà ouvert. Judith hurle à m’en broyer les tripes. Tout s’est passé si vite.


J’ai fait ce que je savais mieux faire, j’ai fui, sur la plage infinie, j’ai couru pour sauver ma vie. Judith gémissait, rêvait encore, vivait par son courage et ses rires. Judith m’avait sauvé, mais elle m’aurait fait tuer.


Tout est si calme, et flou, mais de silence il n’y a plus. Son rire résonne, me hante, comme mille torpilles dans mes oreilles, s’infiltre, et je cours. Je ne sais pas où je vais. Les vagues me lèchent les pieds. J’ai si froid, si peur, et.


 Et je tombe. Je trébuche, le moteur enrayé, mes muscles lâchent prise. J’ai du sable plein la bouche, mes paupières s’affolent, et je rampe, essayant d’y voir clair. Et cette musique à nouveau. Celle de leur marche biscornue, handicapée par la mort. J’ai à peine le temps de me retourner. Je la vois, qui me domine, encore, toujours. Mais elle ne rit plus, il n’y a plus rien de nerveux en elle, il n’y a plus rien de vivant.


Tout s’est passé si vite.
Le calme, le flou, le silence. Cette mort qui s’éternise.






Océan mer.
The walking dead.
Mehdi.
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"Le seul, l'unique voyage est de changer de regard."
Mer 3 Fév - 22:03 (2016)
Auteur Message
Yannick Darbellay
Giga Coup de Coeur...
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Messages: 2 837

MessagePosté le: Sam 6 Fév - 00:44 (2016)    Sujet du message: Please, don't walk. Répondre en citant

Tu nous délivres un texte très visuel bercé par une poésie crépusculaire. Un récit haletant que j'ai aimé parcourir. 
Sam 6 Fév - 00:44 (2016)
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 22:19 (2016)    Sujet du message: Please, don't walk.

Aujourd’hui à 22:19 (2016)
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