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LE PORTRAIT

 
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hector vugo
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MessagePosté le: Sam 12 Mar - 19:31 (2016)    Sujet du message: LE PORTRAIT Répondre en citant

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   Planète choisie : Vénus 
  
LE PORTRAIT  
   
   
Le temps a fait son œuvre. Il a mis un linge sur la bouche pour taire le cri de la douleur. On ne le perçoit presque plus. D’un chuchotement, il est devenu un silence avare de mots.  
   
Car le silence parle.  Le mien a la voix enrouée d’avoir trop hurler.  
   
La naissance d’un silence ressemble à celle d’un bébé. Le contact avec le réel est si insupportable qu’il lâche sa colère d’exister. Ensuite il s’assagit sans pour autant perdre son caractère impétueux. Il se cache, il s’enfouit et ressurgit à de multiples reprises comme une piqûre de rappel. Le son de sa voix se fait alors entendre.  
   
A décortiquer cet étrange phénomène, je pense à mon silence, celui qui m’accompagne depuis que tu es partie.  
   
Mon silence c’est le tien, celui du jour d’après. Ce jour qui ne cesse de recommencer et de me dire : il  faudra faire avec.  
   
Même si on ne se fait pas vraiment à ton absence.  
   
Celle d’un corps, d’une voix et de ses mots qui rendaient le présent plus comestible, plus vivant, enfin compatible avec le rêve de mon enfance.  
   
T’ai-je déjà dit que tu avais le don de rendre ma vie plus agréable encore qu’un fantasme, de lui insuffler l’oxygène du bonheur ?  
   
Quand tu étais de ce monde, ma timidité me poussait au sens de la synthèse. Peut être que mes mots d’amours résumaient cette idée là. L’oxygène du bonheur = Je t’aime. C’était mathématique.  
   
 A voir ta réaction après ma démonstration, je pensais avoir vu juste. J’en étais heureux.  
   
Je l’ai été avec toi jusqu’au bout. Quand j’ai fermé tes yeux juste après ton dernier souffle, je t’ai dit : «  merci pour tout Corinne».  
   
On ne remercie jamais assez une personne qui s’attache à vous au point de vous accompagner des décennies entières. On s’interroge. Pourquoi moi ? Qu’ai-je d’aussi attractif pour mériter que l’on me suive ?  
   
On se pose la question quelques temps. Ensuite on accepte le miracle.  
   
Etre aimé pour ce que l’on est étonne toujours, surtout quand on a une mauvaise image de soi.  
   
   
Mon histoire avec toi commença sur un incident. C’était un jour de juin à Rome. La fin d’un long week end, un lundi. Peu avant de rejoindre l’aéroport et prendre mon avion pour Paris, je fis un crochet par la fontaine de Trévi.  
   
J’observais certains couples monnaies en mains se livrer à un étrange rituel. : À savoir jeter deux pièces dans l’eau, une pour un vœu, l’autre pour s’assurer d’un retour éventuel dans la ville éternelle.    
   
Plus loin,  je voyais d’autres couples se pencher sur une deuxième fontaine, celles des amoureux.. La légende voulait que s’étancher la soif ici assurât la pérennité d’un lien puissant.  
   
A l’époque j’étais seul. Je ne me faisais aucune illusion.  Pour moi l’espoir de boire cette eau là était aussi mince qu’un moustique camarguais.  
   
Et si j’en faisais le vœu ?  
   
Alors, tournant le dos à la fameuse fontaine de la Dolce Vita, je lançai une pièce d’un euro.  
   
Malheureusement trop sur le côté.   
   
A la place d’un plouf timide, j’entendis  un « Aie ! ». J’avais touché l’œil d’une touriste sans faire exprès. La touriste c’était toi.  
   
  • Pauvre imbécile ! Vous ne pouvez pas faire attention !  
     
       
     
    Tu avais le visage d’une femme en colère.  Du moins, je l’imaginais. Car ton chapeau de paille me donnait peu d’informations sur ton minois. Il le cachait à moitié. Toutefois, il me semblait parfaitement proportionné. Un rêve pour un peintre ou un sculpteur. Le fusain de l’ombre dessinait un menton aux courbes douces, une joue droite lisse et généreuse comme une pomme, une bouche charnellement équilibrée de sorte qu’un mot, même sec, de ta part m’eût paru diplomatique voir aimable.  
     
       
     
    J’allais m’excuser quand tu enlevas ton chapeau pour laisser apparaître une chevelure blonde vénitienne sensuelle et fluviale.  
     
       
     
     Tu sus fort bien la déployer avec l’amplitude nécessaire et ce geste précis de la main gauche dégageant, un temps, ta nuque.  
     
       
     
    A cet instant je regrettai mon incapacité artistique à l’immortaliser. Il aurait suffi, d’une photo, d’un croquis exécuté à la hâte. Mais je n’étais ni Capa, ni Picasso.  
     
       
     
    Juste un homme maladroit ayant touché  une femme qui pensait être la victime d’un dragueur encombrant.  
     
       
     
    Dragueur non, encombrant surement.  
     
       
     
    J’avais le corps en rase campagne et l’esprit lourd, la bouche sèche incapable de dire le moindre mot pertinent.  
     
       
     
     Tu le devinas très vite, d’un regard, un seul.  
     
       
     
    En une seconde ma vie se jouait. Je l’ignorais.  
     
       
     
    Tu aurais pu partir, me laisser choir. Tu aurais pu reprendre la parole et déverser ta bile sur moi. Mais non. Tu attendis ma réponse.  
     
       
     
    Et je t’offris mon silence. Un silence éloquent que mes yeux se chargèrent d’habiller.  
     
       
     
    Ces mêmes yeux que ma mère avait encensés depuis mon plus jeune âge et qu’aucune femme n’avait remarqués jusqu’alors.  
     
       
     
    Pour cause, Pas une n’avait pris le temps de les observer. Le temps du silence.  
     
       
     
    Toi, tu te posas quelques secondes face à moi, t’accordant un court instant d’étude. J’eus l’impression, alors, d’être disséquer de l’intérieur.   
     
       
     
     Puis tu ouvris enfin la bouche.  
     
       
  • vous n’êtes pas bavard dites moi ?  
  • C’est ce que je ne sais pas trop quoi dire  
  • Excusez vous d’abord  
  • Je voudrais vous faire plus que des plates excuses, mais je ne trouve pas les mots  
  • Voyons ça. Un taiseux qui me drague. Vous êtes un original vous ?  
  • Bof  
  • Vous avez déjà posé pour une peintre ?  
  • Non  
  • Ca vous intéresserait ?  
  • Ce serait avec plaisir mais j’ai mon vol pour Paris d’ici deux heures.  
  • Vous vivez là bas ?  
  • Oui  
  • Vous connaissez la cité de l’Ermitage ?  
  • C’est dans 20éme arrondissement je crois   
  • Oui, tout à fait. J’y ai un atelier. Tenez voici ma carte. Passez me voir.  
  • C’est que….  
  • Allez ne faites plus le timide. Après demain, ça vous irait ? Mercredi 14h ?  
  • Je vais y réfléchir  
  • Ne me décevez pas.   
     
       
     
    Tu partis en courant. Tu connaissais uniquement ma silhouette et mon visage. Tu ignorais mon prénom. Quelle importance. Tu savais déjà ce qui allait se passer entre nous. Tu faisais partie de ces femmes qui décident et qui agissent sans s’accorder une longue réflexion.  
     
       
     
    Un court temps de silence te suffisait.  
     
       
     
       
     
    Corinne Chevalet artiste peintre. C’était surement un pseudonyme. Ton adresse se situait rue de Ménilmontant.  
     
       
     
    J’avais hésité à composer le numéro de téléphone inscrit sur ta carte. En finissant de le taper sur mon portable, je tremblais comme une feuille.  
     
       
  • Bonjour Corinne, je suis… heu. C’est c’est moi le type de la fontaine de trevi, celui qui vous a balancé une pièce d’un euro dans l’œil  
  • Ah oui ! comment ça va ?  
  • Bien  
  • Ca tient toujours pour mercredi ?  
  • Oui.  D’ailleurs, je vous appelle pour confirmer  
  • Super. J’espère que vous aurez du temps à me consacrer  
  • J’ai l’après-midi de libre  
  • Formidable. J’ai eu une idée de tableau en pensant à vous  
  • Ah bon ! Je vous inspire ?   
  • Oui. Vous ne pouvez pas imaginer à quel point  
  • Ah  
  •  Au fait, Vous, le type de la fontaine de trévi, devez avoir un prénom.  
  • Oui. Paul  
  • Comme Gauguin  
  • A demain Corinne  
  • A demain Paul  
     
       
     
    Avant un examen, on ne dort pas. On tourne et retourne dans son lit. On cherche le sommeil. On ne le trouve jamais.  
     
       
     
    Cette nuit du mardi au mercredi fut blanche et silencieuse. Riche d’un silence bavard, d’un silence de célibataire à la voix grave que j’entendais dans mes moments d’angoisses. Cette voix que je pensais logée dans  mon oreille comme un acouphène jusqu’à la fin de mes jours.   
     
       
     
    Cette même voix s’invitait en BO d’un long métrage que je me repassais en boucle. Je te voyais sur la pellicule de mon fantasme.  Le son et l’image ne collaient pas ensemble.  
     
       
     
    J’avais besoin d’une mélodie du bonheur pour que  mon film fût digne de toi.  
     
       
     
    Elle vint telle une inspiration divine devant ton quartier.  
     
       
     
    Un endroit hors du monde, hors des clichés urbains. Ou était donc Paris ? Je l’avais perdu dans ces chemins pavés, de ces maisons de ville, dans ces arbres aux larges branchages, aux feuilles vertes sur qui la lumière exaltait la chlorophylle.  
     
       
     
    Certaines bâtisses avaient  des murs entiers cachés par du lierre ou de bien de vastes baies vitrées opaques que l’on devinait au-delà de portails anciens.  
     
       
     
    Ton atelier, lui, se singularisait par sa transparence. On pouvait tout y voir. A condition de sonner à ta porte en fer forgé.  
     
    J’étais comme un enfant, excité et fébrile à la fois, porté par un enthousiasme rarement rencontré. Peut-être l’avais-je frôlé lors de rares moments de joie dans mon existence.  
     
       
     
    Je n’en fis pas l’inventaire trop absorbé par ce que je découvris.  
     
       
     
    Certains lieux ont le don de vous rendre heureux.  
     
       
     
    Celui que je traversai, ce Mercredi-là, imposa le bonheur dans mon cœur, dans ma tête et dans mes oreilles.  
     
       
     
    Une autre musique, enfin, déroula ses notes dans mon subconscient. Une mélodie, soudain, digne de toi.  
     
       
     
    Dorénavant, elle pouvait coller à  ton visage.  
     
       
     
    Et quand il m’apparut, peu après avoir touché ton interphone, mon fantasme rejoignit la réalité.  
     
       
     
    Je répondis à  ton sourire par un autre sourire. Le mien. Large, franc, sans calcul.  
     
       
     
    D’où me venait cette absence soudaine d’angoisse  ? De ce silence radieux que ta maison jouait comme dans ces pièces de Beethoven ou les notes du piano se taisent et laissent un vide aimant vous envahir.  
     
       
     
    Je le sentais ce vide.  Je lui ouvrais les bras.  
     
       
     
    Il faut se laisser faire quand le bonheur frappe sans vous prévenir. S’abandonner vraiment.  
     
       
     
    Ce Mercredi-là, j’acceptai tout. Même le plus saugrenu, le plus fou.  
     
       
     
    Par exemple : me tenir droit devant toi pendant des heures, habillé d’une combinaison de ski et coiffé d’une passoire devant un fond blanc sur lequel était écrit cette phrase : il faut savoir laisser glisser, même le ridicule.  
     
       
     
    Tu me croquas avec ton pinceau sans éclater de rire et en gardant ta concentration.  
     
       
     
    Moi, je réussis à ne pas bouger d’un poil pendant trois heures. J’aurais fait n’importe quoi pour te plaire à ce moment-là.  
     
       
     
    Car je n’imaginais pas ma vie autrement qu’en ta compagnie, prêt à être tiraillé entre le désir et la contemplation. Le désir de toucher et de gouter à ta peau comme un explorateur s’amourachant d’une terre inconnue. La contemplation  de te voir et de m’en contenter comme un touriste en admiration devant le crépuscule.  
     
       
     
    Nous étions au début de l’automne. Le soleil rouge amorçait sa descente vers l’horizon.  
     
       
     
    Sa lumière timide annonça la fin de la séance de pose. Ton travail s’achevait pour cette journée. Nous allions nous revoir pour le besoin du tableau.  
     
       
     
    Quant aux nôtres, à ces envies qui nous poussaient l’un vers l’autre, j’étais pour ma part entre deux eaux.  
     
       
     
    Deux mers aux températures opposées.   
     
       
     
    Chaude : lorsque je devinais poindre derrière un de tes regards le début d’un sentiment ; froide : quand aucun geste ne venait le confirmer.  
     
       
     
    Ce premier jour je m’accrochais aux signes avant-coureurs d’une éventuelle histoire d’amour. La nôtre, celle dont j’apercevais les bourgeons même si ce n’était pas la saison des éclosions.  
     
       
     
    Le plus bel exemple en resta ce baiser : le contact de ta bouche sur ma joue. Ces micros secondes que ma mémoire enregistra dans mon disque dur sensoriel. Aujourd’hui encore, je me les repasse quand l’envie de vivre se fait moins forte.  
     
       
     
    Je me raccrochais à ces détails avec férocité. Il me donnait le droit de rêver à mieux encore.  
     
    Ce droit là je l’exerçais chaque nuit précédent nos rencontres. J’y appliquais le silence du désir, celui qui vous souffle la rage d’aimer.  
     
       
     
    Nous progressions, aussi bien dans l’intime que dans le professionnel. Le tableau avançait et notre histoire également.  
     
       
     
    Nous n’étions qu’au synopsis de notre amour. Mais sa lecture me rendait optimiste quant à la richesse du scénario.  
     
       
     
    Je te voyais parfois songeuse la tête inclinée sur la droite, en me regardant toujours immobile et obéissant. Une sorte de complicité silencieuse s’installait entre nous avec ces codes proches du morse que nos respirations intimes envoyaient.  
     
       
     
    A la fin de chaque séance, je demandais le droit de voir ton œuvre. Tant qu’elle ne serait pas finie, je n’en aurais pas accès.  
     
       
     
    C’était le deal entre nous.   
     
       
     
    Le tableau inachevé m’assurait de revenir chez toi. Je m’en contentais. Et mieux j’espérais que la situation stagne. Du moins artistiquement. Sentimentalement, c’était autre chose. Tout se passa en souterrain, dans l’invisible et le ressenti. Nous déclinions le latin de nos silences pour tout nous dire.  
     
       
     
    Puis quelques mois après ma première séance de pose, nous nous embrassions. Nous passions du latin au français. Un jeu de langues et de plaisirs.  
     
       
     
    Dès lors j’élus domicile chez toi et devint un modèle compagnon et un compagnon modèle.  
     
       
     
       
     
       
     
       
     
       
     
       
     
    Aujourd’hui l’atelier n’a pas bougé. Le chevalet est là sans ma Corinne. Les pinceaux sont immobiles. Seules les toiles sur les murs témoignent d’un temps béni. Le tableau de mon portrait trône au-dessus de notre lit. Tu l’as achevé juste avant de mourir. J’ai tenu ma promesse mon amour, je l’ai découvert quand tu es partie.  
     
       
     
    Chaque fois que je le regarde, il me revient en mémoire le seul silence que je supporte réellement : le silence heureux d’une histoire d’amour. De notre histoire. Celle que je m’interdis de conjuguer au passé jusqu’à ma mort. Au nom de ton souvenir.  
     
       
 
Sam 12 Mar - 19:31 (2016)
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MessagePosté le: Mar 15 Mar - 22:18 (2016)    Sujet du message: LE PORTRAIT Répondre en citant

Rolala ce que j'aime tes personnages, et ce que j'aime tes mots. Je crois que tu m'as fait craquée avec " C’est c’est moi le type de la fontaine de trevi, celui qui vous a balancé une pièce d’un euro dans l’œil". 
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Mar 15 Mar - 22:18 (2016)
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MessagePosté le: Mer 16 Mar - 02:18 (2016)    Sujet du message: LE PORTRAIT Répondre en citant

J'avoue pour ma part être un peu déçue, j'ai trouvé ça un léger brin "cucul". Même si certaines de tes expressions me bouleversent toujours. Bref, la forme est toujours aussi belle, le fond(et peut-être parce que c'est après avoir savouré SAïGON) un peu moins à mon goût.
_________________
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Mer 16 Mar - 02:18 (2016)
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 13:44 (2016)    Sujet du message: LE PORTRAIT

Aujourd’hui à 13:44 (2016)
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