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Ecris ton rêve

 
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El.
Mega Coup de Coeur
Mega Coup de Coeur

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MessagePosté le: Mar 29 Mar - 12:26 (2016)    Sujet du message: Ecris ton rêve Répondre en citant

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J’ai imaginé la console. Dans la pénombre. Fond de couloir. J’ai construit les images de la bâtisse imposante pour accueillir couloir, console, pénombre. J’ai ajouté un chat. Une bouteille de rhum. Un cheval à bascule.

Johana est assise au sol. Elle appelle ça lotus, je préfère tailleur. L’un ou l’autre elle est ailleurs, barrée dans son trip de méditation. Un jour elle va revenir à moi, elle aura cet air de celle qui a dormi cent ans, j’aurai envie de toucher son épiderme et d’entrer en elle. Un jour. Dans moins d’une heure.
Il va falloir que je me prépare…

Je n’ai aucune histoire à écrire, je compte me satisfaire du décor. Les objets eux-mêmes se suffisent. Ils sont sur la console et ne m’intéressent que mollement, je préfère la bâtisse. Parce qu’il y a les odeurs.
Ça sent un peu le fantôme. Ça sent la passion. La poussière. Le corps à corps et le secret de famille.

Johana inspire et expire, assise au sol dans mon dos. Elle se concentre sur l’air qui envahit son corps. Méditation à la con. Un livre est posé sur le sommet de son crâne, une histoire débile d’énergie et de flux. Elle est magnifique cependant. Je la regarde longtemps avant de trembler sensiblement et réaliser qu’il faut s’y mettre.

De là où j’écris, je vois le jardin. L’hiver est froid, au loin le lac est gelé, des enfants glissent dessus. Je pense Si la glace cède ils vont mourir. Et cette pensée qui me fout la trouille, m’empêche d’écrire. Je veux hurler qu’ils se cassent et aillent jouer ailleurs que sur mon lac. Je me tais. Je refuse d’être un connard, seulement un type bouffé par de vieilles angoisses. J’ouvre la bouteille de rhum, je verse au fond de la tasse. En bas de l’écran à droite, il est 10h54. Johana respire fort. Lotus. Dans mon dos.

Si je commence par les clés de voiture, je peux juste envisager de la vitesse et une route sinueuse, un chemin même. La chaleur de l’été et la poussière sous les pneus usés de la bagnole. C’est une décapotable. Au volant, une star de cinéma blonde fièrement éméchée. Elle file trop vite, elle ne craint rien d’autre que la perte de son amant. Il dort sur la banquette arrière défoncé à la coke. Elle est au téléphone avec son agent, un gros type gras. Oui je peux faire dans la caricature, je peux faire ça. Elle négocie un genre de contrat. Elle est très célèbre, elle vaut des tunes, elle n’a pas trente ans. Agacée elle balance le phone sur le siège passager, jette un œil dans le rétroviseur à l’amant endormi, puis accélère.

Johana est comme une statue. Cela doit-il durer des heures ? Figée. Le livre sur sa tête ne bouge pas. Est-ce possible ? Un chat qui est peut-être le nôtre finalement se faufile sous le bureau entre mes jambes, le rhum brule dans ma tuyauterie. La tension monte en moi. Elle arrive du sol, dans mes pieds et remonte insidieusement jusqu’à mon entre-jambes. J’essaie de me concentrer sur le travail : que faire de la chevalière ?
Sans doute au doigt de l’amant, elle ressemble étrangement à la mienne, lorsque je serre le poing. Parfois il se cogne au mur mon poing et mes phalanges craquent. C’est mieux que d’abîmer le visage de l’autre. Je cherche d’où vient cette violence, l’amant cherche aussi mais le poids de la coke dans son cerveau gène un peu la compréhension globale. Je réalise que je suis l’amant. J’ai quitté la bagnole, ma chevalière au pouce, tatouage sur l’avant-bras, clé de voiture sans doute tombée au sol et paire de Ray-Ban dans la poche arrière du jean. J’ai presque tout, mais je dois balancer ça sur la console.

J’entre dans la bâtisse. Pénombre, fraîcheur, couloir peu engageant et console. J’y dépose mon bazar. La fille est contre moi, elle sent la gloire, la fragilité, l’amour même. Je remplis ma tasse de nouveau, avec un peu plus de rhum. Je caresse la fille sous la robe, ses cheveux sont doux, sa boucle d’oreille est prise dans une mèche, elle la retire d’un geste furtif, je déboutonne mon jean. Je la pénètre dans cette pénombre, contre la console, je ne peux rien y faire, cette tension en moi est permanente.
J’aperçois le cheval à bascule. Autrefois j’étais un enfant.

Le livre tombe. Je l’entends, un son mat sur le tapis. Johana sort de sa léthargie, s’étire. Je reste le dos tourné, je regarde au loin le lac, les enfants sur l’eau gelée. Machinalement je tripote ma clé USB, celle sur laquelle il y a tout mon travail, donc rien. Je devine Johana se lever. Elle s’approche, colle ses petits seins contre mes omoplates voutées et ses lèvres à mon oreille mais ne dit rien.

La page est blanche. C’est ça qu’elle constate d’abord. Une page. Blanche. il n'y a pas d'écrivain.
Je n’ose pas dire, je n’ose pas regarder, je fais semblant que je dors. Assis. Ma tasse est vide.
Elle la saisit doucement.

- Je te sers un café ?

Elle s’éloigne vers la cuisine, je l’entends à peine s’affairer.
Je frotte mes yeux. Au loin le lac gelé. J’ai ajouté un cheval à bascule, pourquoi ? Où est l’enfant ?
Johana revient, pose son cul sur mon bureau tout près de l’écran, m’observe, me tend la tasse.


- Tu as rêvé c’est ça ?
- Oui. Il y avait un cheval à bascule.
- Tu devrais écrire ton rêve…
- Je ne sais pas, il n’y avait pas d’histoire dans ce rêve, pas de partition, pas de … enfin trop de…
- Un rêve quoi.
- Oui voilà, un rêve.

Elle a décollé son derrière du bureau, s’est étirée encore et a choppé le chat (le nôtre donc) tendrement en lui faisant un genre de gratouilles derrière les oreilles. Elle a semblé réfléchir longuement à quelque chose avant de me lâcher l’air de rien :
- Tu sais Antoine, je crois qu’il n’y a pas de page blanche s’il y a du rêve.

Elle m’a laissé comme ça. Un con. Puis elle a disparu fond de couloir, pénombre, chat. Console dans l'entrée. J’ai secoué la tête, j’avais furieusement mal au crâne. Le jour avait disparu. La bouteille de rhum était vide. La tasse aussi.

Où vont nos rêves ? J’ai pensé.
Où vont nos putains de rêves ?

_________________
El.

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Mar 29 Mar - 12:26 (2016)
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hector vugo
Super Master CDC *
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Inscrit le: 18 Sep 2013
Messages: 819
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MessagePosté le: Mar 5 Avr - 20:40 (2016)    Sujet du message: Usine à rêve Répondre en citant

Encore un autre univers, et une autre surprise en forme de making of. On est à l'intérieur d'une usine à rêve : la tienne. Bien que tu donnes à croire au lecteur que tu n'as rien écrit et qu'il n'y a qu'une page blanche, tu nous offres un jet riche et poétique. À divers degrés d'interprétations. C'est chouette d'entendre de nouveau ta petite musique des mots.
Mar 5 Avr - 20:40 (2016)
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Yannick Darbellay
Giga Coup de Coeur...
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Inscrit le: 18 Sep 2013
Messages: 2 835

MessagePosté le: Mer 6 Avr - 22:32 (2016)    Sujet du message: Ecris ton rêve Répondre en citant

Oui, c'est bien agréable de te relire. Voyage intérieur, rêve, sensibilité. Doute et douceur. 
Mer 6 Avr - 22:32 (2016)
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 13:45 (2016)    Sujet du message: Ecris ton rêve

Aujourd’hui à 13:45 (2016)
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