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Sur le chemin d'Istanbul

 
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valet2trefle
Super coup de coeur...
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MessagePosté le: Mer 13 Avr - 23:13 (2016)    Sujet du message: Sur le chemin d'Istanbul Répondre en citant

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Arthur repositionna son sac sur son dos. L'aube se levait à peine sur Paris et c'était le moment idéal pour partir, avant que les employés ne se lèvent et que les fêtards ne se couchent. Avant que la population ne reprenne ses droits sur le bitume et ne gâche son départ en solitaire. Il ferma sa porte à clef, vérifia deux fois qu'il n'avait rien oublié et descendit les escaliers de son immeuble en sautillant. Le vent frais balaya sa chevelure grisonnante, le faisant contracter ses épaules entre lesquelles il enfonça son visage rasé de près mais la rue était vide, comme il le souhaitait, et c'est d'un pas volontaire qu'il prit la direction du sud. Son téléphone portable était dans son sac, éteint. Il l'avait emmené au cas où et surtout pour faire plaisir à sa femme et à sa fille. Il pouvait bien faire cette petite concession si elle pouvait lui permettre de partir tranquille. La crise de la quarantaine qu'elles disaient. Il a peur de vieillir se moquaient ses collègues, il veut se prouver qu'il peut encore faire quelque chose de fou, partir à l'aventure comme au jour de ses vingt ans. Mais ils ne comprenaient rien, ce n'était pas ça. Avoir 43 ans, qu'est ce qu'il en avait à foutre! Rien! Si seulement il pouvait avoir la paix...      
Cela faisait des semaines qu'il ne pouvait plus dormir. Des semaines que ces questions tournaient et tournaient, que cette angoisse le hantait: et si ma vie était une gigantesque erreur? Il avait pourtant réussi, selon les normes de la société. Il avait un bon travail, qui payait bien, une belle voiture qu'il emmenait au lavage tous les weekends, un chien qu'il emmenait au parc tous les soirs, une fille qui avait eu son bac avec mention (et qu'il avait emmené tous les matins au lycée), une femme qui l'aimait et qui présentait bien. Il avait même une petite maison de campagne en Bretagne, le must du must. Et pourtant, il avait l'impression que sa vie était une énorme farce. Une blague si colossale qu'il en avait oublié la chute et qu'il n'arrivait plus à en rire. Il s'était perdu dans les méandres de la vie et il ne trouvait plus le chemin de la sortie.     
Alors, il avait décidé de partir. Non pas de fuir le monde, mais de s'enfuir vers lui. Après tout, cela faisait des siècles que les gens effectuaient des pèlerinages pour apaiser leur âme, alors, pourquoi pas lui? Les Chrétiens marchaient vers Saint Jacques de Compostelle, les rois vers Rome, Arthur avait choisi Istanbul. Parce que bon... pourquoi pas. Ils savaient comment faire du café et l'idée de traverser toute l'Europe lui plaisait bien. L'Allemagne, l'Autriche, la Croatie, la Serbie, la Bulgarie, et enfin la Turquie. Et d'abord bien sûr, la France. La Champagne, la Lorraine et l'Alsace. La bulleuse, la quiche et la choucroute. Il n'y avait pas de mal à se faire plaisir.     
Arthur rajusta une nouvelle fois son sac sur son dos et marcha en souriant. Sa femme trouverait bientôt sa lettre d'au revoir sur la table de la cuisine.     
      
      
      

     

     
      
Le cœur d'Arthur manqua s'arrêter et il retint son souffle. Là bas, au bord du lac miroir du ciel, un cerf s'ébrouait avant de boire les premières lueurs du soleil.     
Jamais n'avait-il vu quelque chose de si beau.     
      
      

     

     

     

     

     

     
Bordel de merde, mais quelle idée il avait eu de partir pour ce putain de périple? Il avait mal aux pieds, au dos, et il avait froid. En plus le café de cette saloperie de refuge était dégueulasse. Il aurait mieux fait de rester chez lui. Au moins, il pouvait lui dire à sa femme, quand elle foirait le café.     
      
« Vous aussi vous n'osez pas lui dire?     
- Mh?     
- Que son café n'est pas bon. »     
Arthur releva la tête vers la femme qui partageait la grande table en bois.     
« Non... déjà qu'il n'y a pas beaucoup de place, je voudrais pas qu'elle me foute dehors.     
- Hahaha, moi non plus.     
- Vous marchez vers Compostelle?     
- Oui, je fais un morceau chaque année. Ca me revigore. Et vous?     
- Je vais à Istanbul, ne me demandez pas pourquoi.     
- D'accord. »     
Elle lui sourit, et il lui sourit en retour.     
      
Sa bouche était douce, et ses seins durs. Son sexe chaud et étroit.     
      
      
      

     

     

     

     
      
      
« English?     
- Huh?     
- Do you speak english?     
- Ne razumijem što ti kažeš, neka me.     
- Bordel y a personne qui parle anglais dans ce patlin? Do you know where is the road to Virovitica?     
- Verovitica?     
- Yes, yes! Verovitica!     
- Ti si predaleko na istok, spuštaju prema jugu, prema E661.     
- Quoi? What?     
- E661.     
- L'E661? La route? The big road?     
- Da, da. E 661.     
- Ok! Merci hein! Hvala! »     
      
      
      

     

     

     

     
      
La cloche d'une église qui résonne sur la place du village. Au loin les bergers affrontaient les pentes pour regrouper leurs troupeaux. Il faisait beau, Arthur se sentait bien. Le serveur lui sourit avant de poser sa tasse de café avec le journal du matin sur sa table en terrasse. Il lui donnerait un pourboire.     
      
      
      
      

     

     

     

     
      
« Allo? Oui c'est moi. Oui je vais bien, ne t'inquiète pas. Non je ne pouvais pas, je n'avais pas de réseau. Non je ne mens pas! Tu vas pas commencer! Sinon je raccroche. Bon. Comment va la petite? Ah elle est rentrée à la fac ça y est. C'est vrai que c'était la rentrée. Mais non je ne vous ai pas oublié, le temps passe différemment sur la route, c'est tout. Je n'ai pas constamment mon calendrier sous la main, excuse-moi! Mais non ne t'énerve pas.. pardon, je ne voulais pas être méchant. Je suis fatigué c'est tout. Quand est-ce que je rentre? Je ne sais pas. »     
      
      
      
      

     

     

     

     
      
      
« J'en ai marre... j'en ai marre j'en ai marre j'en ai marre! Saloperie de pluie! Saloperie de pays! Saloperie de chaussures pourries qui valent pas un clou! Putain je les ai acheté une fortune tout ça pour qu'elles prennent la flotte! Quel monde de merde.     
- Е, че ... е, че се нуждаят от помощ, сър?     
- Toi ta gueule. »     
      
      
      
      

     

     

     

     
      
Arthur ne ferma pas les yeux. Il avait entendu qu'ici, près de la frontière il y avait beaucoup de contrebande, et beaucoup de gens qui disparaissaient. Il serra le flingue qu'il avait acheté à un papi motard rencontré par hasard contre son torse.     
Il ne devait pas avoir peur.     
      
Mais il avait peur.     
      
      

     

     

     

     

     

     
      
      
« T'as vraiment essayé de te défendre avec ça? Hahahaha!     
- Hey! C'est pas drôle! Comment je pouvais savoir que c'était un faux! J'ai jamais manié d'arme moi.     
- Hahahahaha! T'es trop marrant! »     
Arthur frappa l'arrière de la tête du jeune homme moqueur mais ne put s'empêcher de  lui sourire. Ce baroudeur de 27 ans le suivait depuis quelques jours et un peu de compagnie lui faisait du bien.     
« Prends un peu de café au lieu de dire des conneries.     
- Il est dégueulasse ton café. »     
Le quarantenaire leva de nouveau la main pour frapper mais des doigts se mêlèrent soudainement aux siens.     
Les yeux noirs le fixèrent, et il le fixa en retour.     
      
Sa bouche était sucrée, et ses cuisses fermes. Son sexe long et dur.     
      
      
      
      

     

     

     

     

     
Le cœur d'Arthur bondit et il rit comme un enfant. Là bas, au bord de la mer aux milles reflets, Noé faisait le poirier avant de se laisser retomber dans un "splatch" retentissant.      
Jamais n'avait-il ressenti quelque chose d'aussi si fort.     
      
      
      

     

     

     

     

     
      
Arthur posa son sac sur le parvis de Sainte Sophie. Le soleil se couchait doucement sur Istanbul et c'était le moment idéal pour s'arrêter et admirer la beauté de l'édifice. Les touristes avaient quitté les lieux et les gardiens n'avaient pas encore commencé leurs rondes. Le vent frais balaya sa chevelure grisonnante, le faisant contracter ses épaules entre lesquelles il enfonça son visage mal rasé, mais la place était vide, comme il le souhaitait, et c'est d'un pas volontaire qu'il s'approcha des portes. Enfin, il avait la paix.   
Cela faisait des semaines qu'il s'endormait comme un bébé. Des semaines qu'il ne se posait plus de questions et qu'aucune angoisse ne le hantait. Pourtant, il n'était qu'un raté aux yeux de la société. Il n'avait plus de travail, plus de voiture, son chien ne lui manquait pas et sa fille ne lui parlait plus, sa femme voulait le divorce et il n'avait même pas une paire de chaussure digne de ce nom! Et pourtant, il avait l'impression que sa vie était une véritable mine d'or. Un trésor d'opportunités si colossal qu'il n'en voyait pas le bout et qu'il avait envie d'en rire. Il avait retrouvé le sens de la vie mais ne cherchait plus le chemin de la sortie.   
« Tu ne pourras pas rentrer tu sais, lança Noé de son ton toujours moqueur.   
- Je sais, mais ce n'est pas important. L'important, c'est que je la touche.   
- T'es vraiment bizarre.   
- Et toi tu es trop jeune pour comprendre. »   
Arthur esquiva la frappe du baroudeur et sourit.   
« Pourquoi est-ce que tu es venu jusqu'ici d'ailleurs?   
- Parce qu'ils font du bon café.   
- Non mais sérieusement?!   
- Je suis sérieux!   
- Pourquoi Sainte Sophie?   
- Parce que toutes les grandes religions se sont installées en son cœur. Si je devais trouver Dieu en chemin, j'imagine que ce serait en venant ici.   
- Et alors, tu l'as trouvé?   
    
- Je me suis trouvé moi. »   

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MessagePosté le: Mar 19 Avr - 20:22 (2016)    Sujet du message: Sur le chemin d'Istanbul Répondre en citant

Magnifique cette petite nouvelle!! Chaque morceau est bien choisi, à sa place. Tu m'as embarquée dès les premiers mots.  Y a pas à dire, j'adore ta plume! 
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MessagePosté le: Jeu 21 Avr - 23:36 (2016)    Sujet du message: Sur le chemin d'Istanbul Répondre en citant

Tu proposes un texte parfaitement dans l'esprit du défi, et du début à la fin on y est complètement. 
Le type de la quarantaine qui fait sa crise (la fameuse crise quoi ) c'est une idée classique voire banale mais tu t'en sors bien et en plus perso j'aime beaucoup parce que mes héros préférés sont ceux de la vraie vie.
J'ai bien aimé l'ensemble même si parfois j'ai manqué peut-être de...je sais pas trop comment te dire mais j'ai eu un peu ce sentiment qu'il manquait des bouts...ou des transitions entre les étapes du parcours du gars. Et à la fois j'te dis ça mais j'ai aussi perçu que ce manque pouvait être un plus parce que cet enchaînement parfois un peu brutal donne de la force et du caractère à ton texte. 
C'est juste mon avis mais j'dirai que tu peux oser bien plus, que tu peux développer encore, entrer dans les détails du décor, des ressentis tout ça...j'dirai que t'en as vachement sous la plume, vachement ouais...faut lâcher les ch'vaux j'dirai (mais je dis ça, j'dis pas grand chose quoi! ^^)


Merci pour ce défi et bravo 
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MessagePosté le: Ven 22 Avr - 11:43 (2016)    Sujet du message: Sur le chemin d'Istanbul Répondre en citant

J'ai pas accorché dès les premiers mots, en fait , au début j'ai truové ça quelconque, pas mauvais, mais pas . .. 'fin brefz,
et puis, ça 


"La cloche d'une église qui résonne sur la place du village. Au loin les bergers affrontaient les pentes pour regrouper leurs troupeaux. Il faisait beau, Arthur se sentait bien. Le serveur lui sourit avant de poser sa tasse de café avec le journal du matin sur sa table en terrasse. Il lui donnerait un pourboire. "


J'adore ce machin , c'est efficace, c'est simple, net/beau
Poésie, et du coup regain pour la suite,
Et là , 'suis tout  à fait dedans  . . .pas encore la quarantaine 
(t'façon je m'arrête à 27) , 
et pourtant , identification , Arthur , moi/toi , 
une chierie de gens, et ça ;
Ca, ça bute ,


Bien ouéj



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MessagePosté le: Ven 22 Avr - 17:49 (2016)    Sujet du message: Sur le chemin d'Istanbul Répondre en citant

Merci Ali, et puis El. et Chakal aussi.
C'est vrai que j'aurais pu développer plus, mais je ne l'ai pas fait pour deux raisons:
- la première (mauvaise): j'avais pas le temps :/
- la deuxième (meilleure): je trouve que souvent, ce qui change la vie de quelqu'un, ce qui marque vraiment, ce sont des petites choses, des petits événements qui peuvent paraître anodins pour les autres mais qui, pour la personne concernée, a une signification. C'est ce que j'ai essayé de montrer à travers ces morceaux de vie. Et j'ai du coup choisi également de montrer l'impact de ces moments sur sa vie de façon aussi anodine en travaillant sur la symétrie du texte qui est en miroir, et en ne nommant que le baroudeur qu'il rencontre à la fin (sa femme, sa fille, son chien ou ses collègues ne sont jamais nommés parce qu'ils n'ont pas d'importance) par exemple.
Bref, tout ça n'est pas facile à comprendre et remarquer d'un point de vue extérieur, et si le texte avait été plus long cela aurait sûrement été plus visible.
Merci en tout cas pour vos com', c'est toujours cool d'avoir des retours! 
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Ven 22 Avr - 17:49 (2016)
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 10:50 (2016)    Sujet du message: Sur le chemin d'Istanbul

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