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RICK BASS

 
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moyen chog
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MessagePosté le: Mer 20 Avr - 00:46 (2016)    Sujet du message: RICK BASS Répondre en citant

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Alors, l'homme reposé se leva de bonne heure, ce matin. Il avait terminé de ranger la cabane en rondins, il avait terminé d'emballer précieusement les dernières peaux. Son ami rick n'avait pas pu tout prendre. Il était venu le voir hier, avait laissé son 4x4 au bord du lac Dempsey, avait marché près d'une heure dans la neige épaisse à l'aide de ses raquettes pour arriver ici, à la cabane en rondins. Rick était resté jusqu'en début d’après midi, à regarder le trappeur qui tannait ses peaux. Ils avaient discutés des multiples actions que Rick avait engagé pour la sauvegarde de la vallée du Yaak. Puis, il était reparti avec deux ballots de peaux prêtes à la vente.
L'homme devait beaucoup à Rick. Il y a 15 ans il habitait et travaillait à Genève, et un jour il tomba sur un bouquin écrit par Rick Bass, il y parlait de sa vallée, de sa montagne, de ses lacs et de ses combats. Ecolo avant l'heure. Alors, l'homme encore jeune, séduit par cette vision de voir les choses, prit les quelques économies qu'il avait en banque et partit pour Phillipsburg dans le nord Montana. La suite fut on ne peut plus logique, il rencontra l’écrivain et devinrent amis, réunis par les mots. Et l'action. Au cours de cet été là, il lui présenta un vieil homme, un trappiste qui voulait céder une cabane en rondins construite sur le mont Powell. Au milieu de nulle part. Et c"est ainsi que l'homme devint trappiste. Au cours du premier hiver passé dans la montagne, le vieil homme était resté quelques semaines pour lui expliquer les peaux, le tannage, le danger. Pour lui expliquer la façon de poser les pièges, de reconnaître les traces dans la neige. Pour lui faire comprendre le vent, le froid. 
Et, quand le vieillard avait su que l'homme en savait assez, il était parti, sans même se retourner.
La cabane était spartiate, une seule pièce, dans un coin un couchage et un gros poêle à bois, le reste servait d'atelier pour le tannage. Dehors il y avait un appentis pour garder le bois au sec et pour mettre la moto neige à l'abri. La moto neige était la seule concession faite à la modernité, il n'avait ni l'eau courante, ni l’électricité, pas même un groupe électrogène.
L' homme se prépara et sortit de la cabane.








Alors, l'aigle volait en tournoyant au dessus de la vallée du Yaak. Majestueusement. Se laissant bercer par les courants. Comme un planeur.
Ses yeux transperçaient les eaux claires et gelées du lac Dempsey.
Ses yeux transperçaient la forêt qui tapissait le mont Powell.
Ses yeux transperçaient la neige entassée autour de la cabane en rondin.
A la recherche d'une proie. de LA proie.
Ses yeux s’abattirent sur l'homme qui sortait de la cabane et il vit à travers lui, le malheur.
Alors, l'aigle se remit à faire de larges cercles dans le ciel limpide, il savait qu'il devait suivre cet homme.
L'instinct du chasseur.








Alors, l'homme qui fermait la porte en bois, avait le sourire. Le sourire d'un homme satisfait par le travail accompli tout au long de ces 5 derniers mois. La saison se terminait ce soir, car cela devenait dangereux. Les animaux comme les ours bruns, sortaient de leurs tanières, après plusieurs semaines d’hibernation et partaient à la recherche de copieux repas. Bientôt les loutres, les lynx, les castors, les visons, les cerfs, tous les animaux que le trappiste chassaient pour leurs peaux ou pour leurs chairs se feraient de plus en plus rare. Bientôt, la chaîne alimentaire se reformerait, et l'homme n'y avait pas la bonne place.
La neige crissait sous les chaussures à semelles crantées de l'homme. Le trappeur faisait le bilan de sa 15éme saisons dans les rocheuses. La revente de ses peaux lui permettra de passer l'été tranquille, chez lui à Troy.
L'aube est propice à la réflexion.
L'homme arriva prés de son antique moto neige. Elle refusa de démarrer. Pas même le moindre gémissement. Heureusement, il avait pris l'habitude en rentrant le soir, de poser son engin sur des rondins de bois, cela évitait que la chenille et les skis restent en contact avec le sol gelé. L'homme avisé alluma un petit feu de brindilles sous le moteur. Bientôt à la lueur du soleil montant il ira relever ses pièges.
Le bruit du moteur à bout de souffle empêchait l'homme de profiter des bruits de l’éveil de la foret. Au loin, dans le ciel, il aperçut un aigle qui volait, majestueusement, en décrivant de grands cercles. Le trappiste su qu'il avait repéré une proie.








Alors, l'aigle aperçut l'homme qui s'enfonçait dans la foret sur les traces faites par la moto neige tout au long de l'hiver. L'oiseau, au fur et à mesure qu'il descendait, dessinait comme une spirale. Doucement, il se posa sur la carriole fatiguée, fabriquée par l'homme, et accrochée derrière la moto neige.
Ses yeux transperçaient le corps de l'homme. Il vit la fatigue accumulée et le poids des ans. Il vit le chemin enneigé et les arbres qui défilaient. L' aigle sentit les larmes qui coulaient des yeux du trappiste  et qui gelaient le long des joues rugueuses et mal rasées de l"homme. L'effet du froid cinglant.
L'aigle comprit l'environnement hostile, où l'homme n’était pas le bienvenu.
Alors, comme la moto neige ralentissait, l'aigle reprit son envol. Et reprit ses cercles. Et il vit l'ours brun, au bord de la rivière gelée, en train d'essayer de briser la glace pour engloutir quelques saumons fatigués revenus frayés là où ils étaient nés.
Et il vit la horde de loups au sommet du mont Powell. Inhabituel à cette hauteur. Ils ne tarderaient pas à  redescendre  pour se mettre à l'abri de la foret. 










L'homme avait environ 30 kilomètres à faire pour relever tout ses pièges. De plus, il devait passer par le lac Dempsey voir s'il avait pris des castors. Au fil des ans, il avait construit deux petites cabanes pour couper sa tournée en tronçons de 10 kilomètres environs. Elles lui servaient de relais, pour se reposer, pour stocker du matériel. De plus, c’était une sécurité au cas ou sa moto neige tomberait en panne.. Aujourd'hui il devait les fermer pour les beaux jours. Les ours seraient attirés pas l'odeur des pièges. Il devait donc barricader la porte et mettre devant une planche cloutée. Même les ours n'aiment pas marcher sur les clous.
En fin d’après midi, le trappiste avait ramassé tout ses pièges et fermé ses deux cabanes. Il lui restait à descendre au lac et à rentrer à la cabane en rondins. Il arriverait juste avant la nuit. il leva la tête et aperçu, haut dans le ciel, l'aigle. Alors, il ne vit pas la branche au milieu du chemin, il ne vit pas les skis de la moto neige volés en éclats. Il ne vit pas non plus la branche qui bloquait la chenille. l'engin s’arrêta net, comme dans un mur. Et l'homme surpris, se fit éjecté par dessus le guidon et heurta violemment un grand pin à 3 mètres de là. Le visage en sang, l’épaule droite démise, la clavicule cassée, une fracture ouverte au niveau du tibia droit, les blessures étaient nombreuses et graves. Le sang coulait. L'homme blessé mis quelques minutes à reprendre ses esprits.
Et compris qu'il fallait réagir. Et vite.








L'aigle volait haut dans le ciel azur. Les loups étaient redescendus à l'abri de la foret.
Ses yeux transperçaient le jour baissant. il vit l'homme allongé au pied d'un grand pin. Sa moto neige fumante renversée au bord du chemin. Le trappiste essaya de se relever, en vain. Alors il se traîna jusqu’à sa carriole. ou il prit sa carabine.
Alors l'aigle vit les loups, museaux en l'air, humant, sentant, cherchant d"où venait cette odeur de sang. Ils ne tardèrent pas à se mettre en chasse.
L' homme livide était assis à même le chemin, adossé contre sa moto neige. Le sang coulait toujours, malgré le froid. Lucide, il avait entendu les loups et il savait qu'il ne lui resterait pas beaucoup de temps.
Il attendit que la horde arrive et tira. un seul coup.
L'aigle entendit le coup de feu et vit l'homme mort, couché sur le dos, le canon du fusil dans sa bouche, le haut du front sanguinolent. Les loups hurlaient, assis devant la proie. Attendant comme un signal.
Alors, l'aigle descendit du haut de son ciel et se posa délicatement sur la poitrine de l'homme mort. Les loups le regardaient, gueules grandes ouvertes et baveuses et dents acérées. Alors, l'aigle, à l'aide de son bec, arracha les yeux du trappiste et les avala.
Il reprit son envol juste au moment où les loups affamés se jetèrent sur le corps.


Alors, l'aigle vit le monde ou vivait l'homme, il vit son sourire d'homme heureux.
Il vit les loups repus.
Mer 20 Avr - 00:46 (2016)
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valet2trefle
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MessagePosté le: Mer 20 Avr - 14:21 (2016)    Sujet du message: RICK BASS Répondre en citant

J'aime bien l'atmosphère dans laquelle se passe l'histoire. Ça me fait un peu penser au film The Revenant. On perçoit bien le contraste entre la beauté de la nature et sa violence.
_________________
I've never been wise

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Mer 20 Avr - 14:21 (2016)
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El.
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MessagePosté le: Jeu 21 Avr - 23:55 (2016)    Sujet du message: RICK BASS Répondre en citant

Ton jet est tellement étrange...on est plongé dans un univers où l'on n'est plus qu'infime. Au coeur des éléments, des forces de la nature. Ton décor est magistral putain, vraiment. Et j'attache toujours une importance démesurée au décor, c'est comme une maniaquerie chez moi et là c'est...assez dingue. La nature est le rôle principal quasi j'adore. 
Après sur ton style, j'aime l'épure. Les phrases courtes, les phrases justes. Il y a beaucoup de force je trouve parce que tu vas à l'essentiel, tu t'emmerdes pas à prendre des détours. Tu donnes un rythme aux mots tu joues avec eux, tu insistes (les répétitions de début de phrase du genre "Alors, l'aigle/Alors l'homme..." ou encore "Ses yeux transperçaient" que tu répètes en boucles), tu enfonces le clou, comme si tu laissais pas le choix...comme si tu signifiais au lecteur "C'est écrit bon voilà c'est comme ça". 
Et ça c'est fort quoi je trouve.


Puis l'idée finale
l'aigle qui voit le monde à travers les yeux de l'homme et voilà c'est comme ça, bah ouais c'est comme ça, la boucle est bouclée. Putain...énorme!



Merci pour ce défi intense et merci pour Rick Bass que je vais découvrir grâce à toi 
_________________
El.

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Jeu 21 Avr - 23:55 (2016)
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 06:02 (2016)    Sujet du message: RICK BASS

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