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FAUX JUSQU'AU BOUT DES ONGLES ET PLUS

 
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hector vugo
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MessagePosté le: Sam 28 Mai - 18:55 (2016)    Sujet du message: FAUX JUSQU'AU BOUT DES ONGLES ET PLUS Répondre en citant

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                                FAUX JUSQU’AU BOUT DES ONGLES ET PLUS         
 
Entre le dehors et le dedans il y avait une telle différence.  La lumière était bipolaire.  Noire dehors avec le ciel chargé.  Blanche angélique sur mes toiles dedans 
L’orage grondait dans le quartier du Marais, un orage sans éclair rendant les silhouettes des passants anecdotiques. 
Le nez sur le carreau de la vitre, l’observai le tableau de l’averse. Il était plus riche et détaillé que mes croutes. 
Personne n’avait remarqué la supercherie. Aucun n’avait démonté l’arnaque. Malgré l’éclairage d’un sadisme chirurgical posant ses néons sur les faiblesses de ma technique, je voyais un a un ces incultes se pencher sur mes œuvres et  s’exclamer devant. 
Ils tournaient le dos à la vitre et ignoraient le spectacle du monde extérieur. Ils se foutaient de la pluie. Ils étaient au sec. 
On était mieux à l’intérieur. A l’abri de tout. Sauf de la bêtise. 
 Il gobait du regard mes peintures en alignant les qualificatifs élogieux. J’expliquai ce manque de clairvoyance par la comédie de la posture. Nous jouions tous un rôle, la diplomatie en bandoulière,  l’alcool festif comme plus grand dénominateur commun. 
Il fallait en boire des verres pour croire à mon supposé talent. Les cocktails descendaient dans les gosiers à une vitesse effrayante. 
Plus j’entendais les louanges se déposer sur mes oreilles, plus je me disais que la nécessité de travailler sur son art était vaine. 
Les deux tableaux que j’avais sélectionnés par cette expo étaient un résumé de la chose. 
Je les trouvais triste et moche comme ceux de mes confrères. 
Nous faisions partis d’un collectif de peintres, un truc hybride dont les branchés se gargarisaient. 
La preuve : la boutique du marchand d’art n’avait plus un seul centimètre carré de libre, entre les bobos, les bimbos, les aristos du pinceau, les plateaux de petits fours, les coupes de champagnes, les platines du dj balançant un mix de Claude François et de La callas. La Norma à Alexandrie. 
Tous parlaient de vacances à Marrakech, de défiscalisation, de sex toy par commandes à distance, de la dernière « Tesla » (la fameuse voiture électrique). Puisqu’il fallait paraître de gauche,  chacun finissait sa bouchée de bélouga en évoquant les migrants, les sans-abris, et de temps en temps les œuvres exposées. Ces gens riches pouvaient les voir en exclusivité. Mieux, ils cherchaient, si par hasard, dans le cas où un coup financier serait possible,  à en acheter quelques-unes. 
J’étais un peu comme la lumière, en bipolarité. Je trainais là par opportunisme, assumant mal le rôle du peintre avant-garde. J’avais le front lisse, le regard enjôleur, les lèvres crispées et le menton raide. Le haut du visage décomplexé à l’anglo-saxonne, le bas coincé à la catholique.  
Le patron de la boutique était heureux. Son vernissage faisait le buzz, aux vues du nombre de tweets qui engorgeait son portable.  
  •  Après avoir consulté son smartphone, il s’adressa à moi : Tu vas vendre tes deux tableaux, je te le prédis mon vieux 
  • J’aimerais être aussi sur que toi, Pierre-Yves 
  • Sois le Marc. Regarde ce type là-bas. Sais-tu qu’il adore ce que tu fais ? 
  • Ah bon 
  • C’est un cador pour les marchands d’art comme moi 
  • C’est quoi un cador ? 
  • Un gars qui est riche comme crésus et qui n’y connaît rien. 
  • Personne ici n’y connait rien à l’art 
  • Lui c’est plus que ça. Son disque dur est vide. 
  • Comment ça ? 
  • Je vais te le présenter. Tu vas comprendre très vite. 
Derrière deux couches de lasagnes d’hypocrites se cachait un homme seul. Assis sur un banc, il dévorait des yeux une œuvre improbable. Ce n’était ni une peinture, ni une sculpture. Le genre inclassable, plus proche d’un concept et d’un attrape gogo.  
  • Bonjour Sandro 
  • Ah Pierre Yves. Bravo pour cette expo. C’est…. Je ne trouve pas les mots. 
  • Je te présente Marc. C’est l’auteur de cette toile. 
  • Laquelle ? 
  • Celle accrochée près de l’entrée de la boutique 
  • Celle qui représente une fraise dans un océan de fromage blanc. Formidable !!!!! Je la veux. 
  • Attend au moins que je t’en donne le prix 
  • Combien ? 
  • Un chiffre à plusieurs zéros. 
  • Je vois. Tu sais que je suis capable des pires folies.  
  • Je te reconnais bien là Sandro.  
  • Je l’achète !!!! 
  • Tu vas te ruiner 
  • Je m’en moque. J’ai les moyens. Et puis dans deux ans leur prix doublera. Pas vrai ? 
  • C’est possible Sandro. C’est possible. 
  • Bon Sandro, je file. Je vous laisse toi et Marc faire connaissance. 
  • Parfait Pierre Yves 
Le Sandro en question se leva et me saisit par le bras. Direction le buffet. Nous donnions l’impression d’être un couple mal assorti. Lui était aussi chétif que moi gros. Une sorte de cure dent accompagné de son chamallow 
A mesure que nous fendions la foule, j’entendais les rires et les commentaires sarcastiques  « Le maigrelet a changé de mec. Mon dieu quelle horreur » ou encore « voyez à quoi nous mènes le mariage pour tous ». On nous prenait pour une attraction de cirque, des animaux de foires. Plus nous avancions vers la table ou les coupes de champagnes se dressaient au garde à vous, plus le chemin s’élargissait. Tous s’écartaient nous laissant le champ libre. 
  •  Regardez les, il y a à peine une heure Ils me souriaient tous. A présent que je vous parle, ils me fuient. Quelle bande de faux derches ironisa Sandro 
  • Pourquoi donc ? 
  • Parce qu’ils savent qu’ils ne me vendront rien. 
  • C’est leur manière de réagir 
  • Soit.  Marc, voulez-vous que nous poursuivions la soirée ailleurs ? 
  • Je suis hétéro Sandro 
  • (Sur le ton de la confidence) Vous n’êtes pas mon type d’hommes.  Je préfère que nous discutions affaires dans un endroit plus calme. J’ai quelque chose à vous proposer. 
  • Mais si l’on voit sortir ensemble, ils nous croiront…. 
  • Non. Soyez tranquille. J’ai ma méthode pour tordre le cou à la rumeur.  
      
Il m’expliqua son stratagème. 
Sandro se dirigea vers la porte de sortie et me demanda de le suivre. A hauteur du vestiaire, il s’approcha d’un homme portant une casquette et un uniforme noirs, puis l’embrassa goulument. Un french kiss version gay,  C’était donc ça  « tordre le cou à la rumeur ». 
Sandro dit à son partenaire de bouche : rentrons à la maison mon canard. 
Le couple quitta la galerie sans saluer son patron et l’assistance. Moi je devais les rejoindre à leur voiture. 
Deux minutes plus tard, après avoir observé, l’assemblée ricaner sur Sandro,  je sortis dans l’indifférence générale. Même Pierre Yves m’ignora. 
  
La voiture, je ne pouvais pas la rater. C’était une berline noire sur laquelle étaient inscrits en lettres blanches  « I fuck the establishment ». 
  • Montez, montez . Ne soyez pas timide Marc. Alors, cette voiture vous en pensez quoi ? 
  • C’est très original 
  • Ca en jette hein. Elle a appartenu à Wharol, c’est ce que  m’a dit son propriétaire. 
  • En êtes-vous certain ? 
  • Non. Mais l’important est de la faire croire à son futur propriétaire.  Elle en vaudra le double quand je la lui vendrai. 
  • Vous avez le sens des affaires. 
  • J’ai surtout l’art de dénicher les cons. Pardon si je vous ai choqué Marc. Je ne parlais pas pour vous en disant cela. Vous êtes trop fin, trop cultivé. On ne vous la fait pas. N’est-ce pas Marc ? 
  • C’est juste. 
  • Tout le monde me croit plus con que je ne le suis. C’est ce qui fait ma force. 
  • Je croyais que vous vouliez m’emmener pour parler affaire ? 
  • J’y viens Marc. J’y viens. 
La voiture passa le portail d’un hôtel particulier aux façades Haussmanniennes. Le chauffeur la gara sous un abri de bus en toc. 
Nous traversâmes à pieds une cours bordée de faux thuyas. Le chauffeur nous précédait de quelques mètres. Il marchait d’une façon équivoque, à la manière d’un mannequin suivant une ligne imaginaire que son fessier dans son balancement rendait incroyablement vivace. 
Le cul triomphant indéniable antithèse version homo de l’origine du monde de Gustave Courbet. 
Sandro semblait absorbé par ce spectacle lui faisant oublier un temps la raison pour laquelle je venais chez lui. 
Un temps seulement. Car, quand il tourna sa tête en ma direction et que son regard se posa sur moi, La réalité lui revint en pleine face. 
Je l’avais dégrisé. 
Pour preuve : il demanda à son chauffeur de quitter son champ de vision et de regagner ses quartiers : une dépendance en lisière de l’hôtel. 
L’hôtel. Le bâtiment principal. Il avait le clinquant de ces quinquagénaires refaites à qui la vie donnait le temps additionnel des amours agréables. Celles où l’on avait plus l’occasion de consommer que de dire je t’aime. 
Les fenêtres n’avaient pas de volets. C’était open. On voyait tout à l’intérieur. L’éclairage y aidait grandement. 
Rien à cacher et fier de son patrimoine, Sandro paradait On était entré dans le hall. Les murs sentaient la menthe. Ils transpiraient une odeur d’eucalyptus. Deux faux penseurs de Rodin servaient de portes manteaux. 
Me les montrant, Sandro précisa qu’ils avaient appartenu à Christian Dior. Connaissant le personnage c’était plus un argument de future vente qu’une réalité historique. 
Je jugeai inutile de prendre un drink et de m’asseoir au salon. Malgré le canapé en cuir caramel, ayant d’après le maître de maison accueilli la silhouette de coco chanel. Je refusai aussi le cigare cubain gravé à l’initial de Fidel Castro.  
J’avais hâte de rentrer dans le vif du sujet. 
Sandro m’invita à l’étage. Sur un bureau, ayant servi à Churchill pour écrire ses mémoires, se trouvait un manuscrit. 
J’allais presque imaginer qu’il fût de Proust. Que nenni. C’était un original d’un illustre inconnu. 
Et Sandro de me narrer par le menu son contenu. 
Il racontait la vie de Léonard de Vinci avec toute une série d’épisodes méconnus. Comme son voyage au Brésil, sa rencontre avec une métisse. 
Ça sonnait encore faux dans la voix de Sandro. Mais je le laissais se gargariser de cette histoire. Je lui trouvais le charme épatant de l’imprévu. 
  • Et il me balança sans préambule :  Ca vous dirait de peindre une Joconde Black. Ce serait une preuve que ce bouquin est vrai  
  • Laissez-moi deviner Sandro vous avez l’intention de le vendre. 
  • Avec votre toile. Le livre plus le portrait de la Joconde noire. 
  • Celle qu’aurait aimée Léonard de Vinci 
  • Vous pigez vite Marc.  
  • Qu’est-ce qui vous fait croire que les gens goberont cette histoire ? 
  • Plus c’est gros, plus ça passe. Le faux c’est le résumé de toute ma vie 
Sandro alluma la lampe du bureau. Il y colla presque son visage. 
Il avait une tête à s’appeler Simone. 
  • Vous voyez mes traits ? 
  • Oui 
  • Ils sont encore trop féminins. La trace de ma vie d’avant. 
  • Vous êtes ….. 
  • Je suis un transsexuel. Un faussaire jusqu’aux couilles.  je comprends mieux les animaux que les hommes Et Il me fit cette confidence :  je ne sais pas ce que je vois au juste dans les yeux des bêtes mais leur regard a une sorte d’interpellation muette, d’incompréhension, de question, qui me rappelle quelque chose et me bouleverse complétement. Je n’ai d’ailleurs pas de bêtes chez moi parce que je m’attache très facilement et, tout compte fait, je préfère m’attacher à l’océan qui ne meurt pas vite. Mes amis prétendent que j’ai parfois l’étrange habitude de m’arrêter dans la rue, de lever les yeux à la lumière et de rester ainsi un bon moment, en prenant un air avantageux, comme si je cherchais encore à plaire à quelqu’un. Un jour je partirai. Je serai assez riche pour vivre au bord de la mer. Je l’aime d’un amour sincère,  sans attendre d’elle quoi que ce soit. Cette absence de calcul est pourtant si étranger à moi-même. Oui je rêve de vivre dans une immense maison bercée par le son des vagues Parce que j’ai toujours l’impression que je suis sur le point de comprendre ce que l’océan me dit 
      
    Lignes en bleues extraites des « promesses de l’aube » de Romain Gary 
Sam 28 Mai - 18:55 (2016)
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valet2trefle
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MessagePosté le: Sam 28 Mai - 21:01 (2016)    Sujet du message: FAUX JUSQU'AU BOUT DES ONGLES ET PLUS Répondre en citant

Tes descriptions et tes jeux de mots, chapeau! Le pourquoi ton personnage est un faussaire jusqu'aux couilles, j'adore. Mais la façon d'intégrer le texte d'auteur, je ne sais pas, je reste un peu dubitative. Mais ça n'enlève rien à la qualité du reste!
_________________
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Sam 28 Mai - 21:01 (2016)
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Rafistoleuse
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MessagePosté le: Lun 30 Mai - 19:20 (2016)    Sujet du message: FAUX JUSQU'AU BOUT DES ONGLES ET PLUS Répondre en citant

En fait tuas super bien exploité le thème du faussaire, dans tous les sens possibles et on reconnaît bien tout l'art du verbe et du rebondissement que tu maîtrise  


Mais on a l'impression que tu n'as pas eu besoin de l'extrait choisi, que tu l'as moulé dans ton texte, pour qu'il dise ce que tu souhaites, et c'est pas moins difficile à faire, juste, je ne suis pas sûre que ça colle complètement mais ça n'enlève rien du tout aux qualités de ton texte !
_________________
Rafistoleuse
Lun 30 Mai - 19:20 (2016)
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Messages: 243

MessagePosté le: Mar 31 Mai - 06:08 (2016)    Sujet du message: FAUX JUSQU'AU BOUT DES ONGLES ET PLUS Répondre en citant

Sandro alluma la lampe. Il avait une tête a s'appeler Simone.
Trop fort. Je ne sais pas si c'est un hasard mais Romain Gary a eu deux fois le Goncourt, sous deux identités différentes: Romain Gary et Emile Ajar.
Mar 31 Mai - 06:08 (2016)
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