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Dernière Manif

 
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Matt Anasazi
Plumivores
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Messages: 763
Localisation: Agen

MessagePosté le: Dim 5 Juin - 17:55 (2016)    Sujet du message: Dernière Manif Répondre en citant

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Salut les plumis ! Le loup du forum revient (sur la pointe des coussinets car mon encre s'est figée pendant trooooop longtemps !)
Lâchez-vous dans les commentaires car j'ai besoin de connaitre l'étendue des dégats de ce gel d'encre dans mes veines ! A tchao !


Dernière manif




Le vent froid d'avril et le crachin parisien saisissaient les passants sortant du métro. Ils s'engouffraient dans la rue Saint-Gilles et s'éparpillaient en volée de moineaux.
Parmi les parapluies, une silhouette se détachait. Un long manteau noir. Le visage relevé mais les yeux vides. L'homme marchait à pas lents. Ceux qui le croisaient ressentaient un malaise inexplicable.


Les bras chargés de banderoles, je sors de chez moi. Ma voiture est garée deux rues plus loin. La galère de jours de manifs mais je vais pas emmerder tout le monde dans le métro. Toutes les familles qui profitent du 1er mai pour aller au parc, acheter du muguet...
Je balance mon barda sur la banquette arrière. Je regarde deux secondes le bordel qui s'est entassé. Annie, ma dernière compagne, m'a toujours dit que mon caractère n'a jamais été un problème. Enthousiaste ou endoctriné selon son humeur, elle aimait ce trait de caractère. C'est mon bordel qu'elle ne supportait pas, elle... toutes les autres, d'ailleurs ! Je resterai toujours le vieux syndicaliste rageux au grand cœur mais incapable de ranger quoi que ce soit ! Et malgré mes cheveux blancs, l'image que je véhicule n'a pas bougé depuis mes vingt ans.
J'écoute mon portable. Un message de Solange, la nouvelle déléguée chef de section. Elle me dit de ne pas m'éclipser comme à mon habitude à la fin du défilé et de les rejoindre au bureau de la section. Je parie qu'ils m'ont fait une surprise, vu que j'ai annoncé que je n'assurerais plus beaucoup de fonctions dans le syndicat. Grrr ! J'aime pas les surprises. Encore une facette que mes compagnes n'aimaient pas : mon côté ours asocial.
Je m'élance pour la place de la Bastille. En fait, les alentours car évidemment, c'est impossible d'aborder la place.


Les pans du manteau dansaient lentement autour de l'homme. Son visage blême aux cheveux roux semblait flotter sans s'accrocher à quoi que ce soit. Ses yeux bleus insondables passaient d'un passant à un autre en cherchant à attraper leur regard. Sans succès...


Après quelques minutes de route, je me retrouve bloqué par une file de lycéens. Mignons, ces gamins, la prochaine génération de la contestation ! Ils sont brouillons, un peu grossiers mais ils ont déjà du cœur au ventre. Je me gare et mes banderoles pointent enfin leurs nez. Les bras encombrés, je m'engage dans la rue et je commence à chercher des yeux la confédération locale de mon syndicat. Impossible de les voir ! Je remonte la rue et arrivé au croisement, je continue ma recherche. La marée de manifestants en préparation me bloque autant la vue que le passage. Une fois de plus, je me suis fait avoir ! Pour arriver à la manif, il faut être là tôt et se donner des consignes de rassemblement, sinon on ne se retrouve pas dans toute cette cohue. Je vais revenir à la station Chemin Vert pour avoir un point de repère.
Un flot ininterrompu de manifestants, de pancartes, de fanions. Des cris, des slogans. Je retrouve à chaque premier mai cet ambiance de contestation. Ça me ramène à mes premières luttes dans les années 60. Qu'est-ce ça peut être cliché de nos jours mais je suis fier autant de ma vie de travailleur que de syndicaliste soixante-huitard pur et dur. Certains blanc-bec me trouvent arriéré avec une vision d'un autre temps des rapports sociaux. Quand je parle des combats passés, ce ne sont pas des souvenirs de vieux gâteux qui s'accroche à mai 68 mais bien la vision concrète de la lutte des classes. En haut, les exploiteurs, politiques, chefs d'entreprise, patrons, en bas, les ouvriers, les travailleurs, la classe populaire qui n'a gain de cause que par la lutte.
Je repère au loin quelques banderoles qui portent le logo de ma section. Pas trop tôt ! J'avoue que, aussi bizarre que cela puisse paraître, je n'ai jamais aimé la foule. Je préférais cent fois être en plein milieu d'un piquet de grève, même en plein cagnard ou avec du gaz lacrymogène dans la gueule, que perdu dans un cortège si je n'ai pas mes camarades avec moi.


La silhouette en noir s'arrêta à l'angle de la rue Saint-Gilles et rue de Turenne. Il ne bougea plus pendant de longues secondes. Ses épaules et son corps au maintien impeccable donnaient l'image d'une décision arrêtée alors que ses pieds restaient cloués au sol. Les passants ne s’attardaient pas et maugréaient sur ses lubies en le dépassant. Il ne semblait pas les entendre.


Mon portable ne sonne toujours pas alors que le départ de notre intersyndicale est prévu dans une heure. Ça peut paraître énorme mais pour coordonner une manifestation d'une section de la taille de la mienne, c'est juste assez.
Je remonte le boulevard Beaumarchais quand... je vois des manifestants brandissant des crucifix et des pieux. Je m'arrête. Je dois rêver. On est pas à la manif pour tous ! J'en ai trop bouffé du curé et du catho réac pour en supporter encore qui pollue notre premier mai.
J'attrape le plus proche de moi par le col et le plaque contre un mur.
« Cassez-vous, les cathos, ici, c'est les travailleurs qui défilent, ducon !
  • Mais je...
  • Ta gueule ! Tu t'es trompé de place ! Le défilé du FN, c'est près de Jeanne d'Arc. Allez, casse-toi ! »

Une femme me bouscule.
« Vous allez le lâcher ?
  • Hé, gamine, on t'a pas sonné : va t'occuper de tes petits nazillons ! »

Elle me gifle. J'hallucine !
« Réveillez-vous, bon sang ! Vous voyez pas qu'on est de la CGT ? »
Je jette un coup d’œil à leur badge. Ils disent vrai ! Et ils tiennent des pancartes « Hollande, t'es foutu ! La colère est dans la rue ! » Mon poing retombe sans forces. Mes mots d'excuses se perdent dans le tumulte de la rue. Ils s'en vont en me jetant un regard noir.
Ma tête tourne.


L'homme reprit sa progression dans la rue de Turenne. De temps à autre, ses yeux turquoise balayaient les alentours et son corps s'immobilisait. Comme s'il attendait le moment parfait pour entrer en scène. Ou s'il attendait quelqu'un.


Depuis deux minutes, je suis appuyé sur une porte en bois. Je me sens vidé. Cette hallucination, la réaction des deux manifestants. Je flotte dans un brouillard de sensations confuses. Mes yeux ont dû me jouer des tours à cause de la fatigue. Je ne dors pas bien ces derniers temps et le stress de ce défilé qui est sûrement un des derniers auquel je participe n'a pas dû arranger les choses.
Je respire profondément. Ça va passer, ça va passer, ça...


Des nuages sombres s'amoncelaient au dessus de la ville. Les chaussures noires s'arrêtèrent près d'un tas de banderoles abandonnées. Le tas pêle-mêle ressemblait plus à une pile de baguettes de Mikado qu'à des banderoles posées en fin de manifestation. Même si la débandade des cortèges et leur dispersion avait tout du repli des armées napoléoniennes sur la Bérézina.
Les doigts de l'ombre au visage pâle palpaient le tissu des pancartes. Il repartit vers le bout de la rue.


Des CRS se massaient le long du cortège. Lourdement armés, les boucliers brandis, les casques aux visières abaissées. Ils étaient prêts à charger sur la foule qui se formait. C'était le meilleur moyen de créer une panique monstre.
Je m'apprête à crier. Une main me saisit le bras. Je me retourne. Je reçois un crochet en pleine mâchoire. Je m'écroule. Je vois trente-six chandelles.


La pluie se remit à tomber. Les derniers manifestants se dispersaient, croisant sans y prêter attention un homme nonchalant. Tous ceux qui le voyaient le prenaient pour un fou, promenant son regard bleu et sa silhouette noire sous les gouttes au lieu de s'abriter. Lui s'en moquait.


Mes yeux s'ouvrent. Des godillots serrés qui sortent d'un uniforme bleu marine. C'est pas un soldat, mais quel que soit l'uniforme, un pafton est un pafton. Je me relève lentement. Un nouveau coup me frappe à l'estomac et une violente bourrade me plaque contre un mur. Le souffle coupé, mes yeux se brouillent de larmes. A travers le rideau liquide, je vois un CRS qui me dévisage.
Un CRS... avec une tête de chien. Qui aboie littéralement des ordres. Qui crie et hurle à la mort alors qu'autour de lui, le cordon de sécurité s'est changé en meute de loups sauvages enserrant la foule. La horde se jette sur les manifestants. Cris, hurlements, sang. Mes sens flanchent devant la boucherie.
J'agrippe la veste de l'officier monstrueux. Il me repousse et me fusille du regard.
« Circulez, y a rien à voir !
  • Arrêtez cette folie !
  • Folie ? Les Enfers aussi ont leur service d'ordre. »

Je vais lui décocher un direct à la poitrine quand un chien des Enfers me bondit dessus . Je m'écroule, terrassé par la douleur qui me dévore la poitrine.


Le martellement léger des pas cessèrent. Le visage si pâle par rapport au manteau de nuit s'abaissa vers une masse de chair, de sang et de vêtements déchiquetés. Le corps étendu sur le trottoir bloquait le passage des passants mais l'homme en noir fut le seul à s'arrêter.
L'homme s'accroupit, tira le corps jusqu'au mur le plus proche, le redressa et l'adossa. Il entendit un râle. Le visage tuméfié, ensanglanté, le corps grimaça, les yeux fermés.


Je reste au sol. J’entends les bruits de bottes, les cris de la foule. Je n'ai plus de forces. Je sens ma veste et mon T-shirt maculés de liquide. Sûrement mon sang... Mais vu la folie ambiante, je ne suis sûr de rien.
J'ai une douleur sourde dans le bras et la poitrine.
Je sens des vibrations. Des pas.
Mes paupières pèsent ; je peine à les ouvrir.
Des chaussures noires. Des mains gantés me traînent et me déposent contre un mur. La forme s'accroupit. Je sens son souffle contre ma joue.
« Charles-Daniel, tu vis tes derniers instants.
  • Vous êtes fou.
  • Qui crois-tu que je suis ?
  • Une putain d'hallucination ? Après le CRS à tête de chien, l'homme en noir qui m'annonce ma mort.
  • Anubis t'es apparu?Toujours son sens de l'humour macabre à effrayer les mortels avant leur dernier soupir... »

J'essaie de relever la tête mais impossible... Plus de forces. La voix reprend.
« Je suis l'ange de la mort. N'aie pas peur et prends ma main. »
Je...


La silhouette noire se redressa. Ses yeux se posèrent une dernière fois sur la forme assise, vivante il y a encore quelque secondes. Puis un sourire angélique apparut sur ses lèvres. Il disparut au coin de la rue.
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"Faire sortir les maux de l'âme, c'est la psychanalyse.
En faire sortir des mots, ici naît la littérature."
Dim 5 Juin - 17:55 (2016)
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MessagePosté le: Lun 6 Juin - 21:40 (2016)    Sujet du message: Dernière Manif Répondre en citant

Bon, alors moi j'aime bien le fantastique, alors l'idée d'Anubis qui vient faire peur au perso je trouve ça bien cool! Par contre le texte est un peu confus, on ne comprends pas très bien ce qu'il se passe. Peut être que c'était voulu, je ne sais pas.
Pis si j'ai envie d'être un peu chiante, tu n'as pas vraiment respecté la contrainte, vu que ton perso y est allé à la manif, même si pas pour longtemps 
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Lun 6 Juin - 21:40 (2016)
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MessagePosté le: Mer 8 Juin - 23:26 (2016)    Sujet du message: Dernière Manif Répondre en citant

J'ai vraiment bien aimé le contraste proposé par l'alternance de paragraphes ancrés dans un univers concret et d'autres plus évanescents, intemporels.
Il rythme l'histoire et ménage le suspense. Du coup j'étais bien pris dans le récit. L'émergence du surnaturel peut déstabiliser le lecteur, car tu perds un peu en clarté, mais pour ma part je m'y suis retrouvé.
Au final, tu opères ton "dégel" avec savoir-faire, et nous offres un texte qui promet de futurs défis goûteux !
Mer 8 Juin - 23:26 (2016)
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hector vugo
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MessagePosté le: Sam 11 Juin - 12:07 (2016)    Sujet du message: Dernière Manif Répondre en citant

Voilà un retour bien agréable. Ton personnage est bien campé. On s'y attache. Tu dépeins sa réalité.
Et il y a ce glissement vers l' anormal, le fantastique.  Ca interpelle, ca émoustille. C'est fait par touches. Je trouve le procédé malin.


Car il prépare le lecteur à la traversée du miroir.


Traversée que l'on devine à la fin
Sam 11 Juin - 12:07 (2016)
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El.
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MessagePosté le: Dim 12 Juin - 10:08 (2016)    Sujet du message: Dernière Manif Répondre en citant

Sympa de te retrouver Matt! Tu le sais bien que la SF est loin d'être ma came cependant, pour une plume inactive aussi longtemps, tu n'as vraiment pas à rougir. C'est bien écrit, et l'alternance de narration j'ai trouvé ça très habile pour nous faire glisser vers le fantastique. T'as bien fait de revenir! 
_________________
El.

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Dim 12 Juin - 10:08 (2016)
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