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JEU SET ET MATCH

 
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hector vugo
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MessagePosté le: Sam 13 Aoû - 17:06 (2016)    Sujet du message: JEU SET ET MATCH Répondre en citant

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JEU SET ET MATCH 
   
Lui
Mon portable vibre. Il me prévient. J’ai rendez-vous chez mon cardiologue dans une demi-heure. Les nouvelles technologies sont épatantes. Elles pallient à la défaillance de votre mémoire. Mon smartphone est une mère juive sans les inconvénients. Il me rappelle à l’ordre avec le ton impersonnel des gens de maisons, ce ton qui me fait croire que je suis important à ses yeux.  
J’aime à le penser comme j’aime à me sentir indispensable à la survie de mon univers. 
Je me prends pour Dieu avec, en plus, les avantages de mes nombreuses insuffisances. 
Mon univers c’est quoi ? Une maison en lisière de Paris avec un jardin, une épouse et deux enfants adoptés : des asiatiques : des thaïlandais. Une fille et un garçon. 
Quand je sors ma voiture du garage, ma voisine m’observe toujours avec ce regard jaloux et heureux à la fois. Jaloux de ne pas connaître mon bonheur mais heureux de le constater aussi paisible et bourgeois. 
Tant que je verrai ce regard-là, je saurai que je suis sur le bon chemin, celui d’une vie respectable en accord avec les idées du temps. Conforme à l’opinion du plus grand nombre. 
Même si cette opinion se forge sur la surface des choses. Et heureusement, car fouiller l’intérieur de nos lasagnes intimes est un exercice effrayant. On en connaît par cœur les zones d’ombres sans avoir l’impérieuse nécessité de les visiter. Cela vaut mieux. 
Certains éprouvent le besoin d’appeler un psychiatre, juste pour prendre les dimensions de leurs désordres et voir s’ils peuvent faire le ménage. Je les démasque aisément. Ces fous de la loi Carrez du surmoi conduisent mollement.  
A peine garé, j’en retrouve d’autres qui marchent presque résignés. 
Ils trainent sur le trottoir et manquent à chaque fois de me mettre en retard. Le cabinet de mon cardiologue touche celui d’une psy. Ceci explique cela. Deux plaques l’une sous l’autre sur la façade d’un même immeuble. 
C’est drôle mon cardiologue s’appelle Rodrigue et la psy Anna Lise. 
  
On n'entre pas ici comme dans un moulin. Il faut avoir le code d'accès, celui qui ouvre cette caverne agréée par la sécurité sociale. Je dis caverne sciemment, car on s'y trouve dans une étonnante obscurité. Quelques appliques murales me permettent de distinguer les noms sur les boîtes aux lettres. Et encore je dois m'en approcher tous près pour en lire les patronymes. 
  
Ça sent la vieille France et le Cac 40 à plein nez. Bizarrement la psy et mon cardiologue font tâches. Ce sont les seuls roturiers du coin 
  
À part peut-être l'ascenseur dont le prénom, Otis, me rappelle un chanteur R n' B de Memphis malheureusement trop tôt disparu dans un accident d'avion. 
  
Deux étages plus haut c'est un tout autre décor. On se croit dans un couloir d'hôtel de luxe, les portes des appartements sont larges, épaisses, d'un noir violet effrayant laissant apparaître en lettres blanches le nom des propriétaires. Celui de mon cardiologue est en gris. Il est encore locataire. 
  
Depuis le temps c'est décevant. 
  
Le docteur Rodrigue n'a pas la tête d'un loueur. Il a le visage d'un homme passant ses vacances de printemps et d'étés à Marrakech, celles d'hivers à Courchevel. Toujours hâlé d'où qu'il vienne, le sourire et les yeux enjôleurs. 
  
Il a le physique d'un crooneur. J'ai  l'impression qu'il va me chanter " Mona Lisa". Et il me fait un électrocardiogramme. 
  
J'ai beau le savoir. C'est chaque fois la même chose, je tombe dans le panneau 
Je suis un patient fidèle. Je viens le 18 juin tous les ans depuis 20 ans. Exactement depuis le jour de mon cinquième anniversaire de mariage avec Alice. Une autre histoire de cœur  
  
Si cela n'avait tenu qu'à moi je me serais marié à la mairie. Mais Alice exigeait l'église. En bon catholiques, nous devions nous unir devant un autel, un curé, le tout derrière familles et amis si désireux d'en finir avec une cérémonie bien trop longue. 
  
Nous touchions au but. Le curé se pencha vers Alice. Il lui demanda si elle voulait me prendre pour époux. 
  
-     Ma future femme d'un ton détachée  lui répondit : je ne sais pas si je devrais. J'hésite  
-     Moi furieux mais enfin chérie c'est une blague 
-     Non mon amour c'est l'engagement d'une vie 
-     Le curé intervenant : mon fils, essayez de la raisonner, j'ai trois baptêmes et deux mariages après vous 
-     Écoutez mon père ce n'est quand même pas de ma faute 
-     Si. Un peu. Je la comprends. Elle se demande si vous serez un bon père pour ses enfants. 
-     C'est vrai, mon père, que question famille et paternité vous êtes un spécialiste. Me retournant vers Alice : bon, tu te dépêches mon amour, tu dis oui je dis oui et on enchaine sur le vin d'honneur. Ça devrait te plaire, il y a du rosé. 
  
Alice accepte tout pour du rosé. Hier comme aujourd'hui. À quoi tient un mariage ? A  une bouteille de Listel. 
  
Le vin d’honneur semblait réussi.  J'avais oublié l'hésitation de mon épouse à l'église grâce à trois verres avalés, quelques rires et une tonne de félicitations dont celle d'un étudiant en médecine jouant les barmen.  
  
  
-     Une vodka orange Monsieur ? 
-     En plein après-midi ? 
-     Oui 
-     C’est un peu tôt. 
-     Il n’est jamais trop tôt pour une vodka orange 
-     Pourquoi pas. C'est un jour spécial pour moi. Allons-y pour la vodka orange 
  
  
On sympathisa vite. Au point qu'il m'avoua faire le serveur pour financer ses études de médecine. Il espérait être Cardiologue comme son père.  D'ici cinq ans précisa-t-il. 
  
Tout chez lui inspirait la confiance. De sa manière de me servir jusqu'à l'insolente volonté de créer une proximité plus que professionnelle avec moi. Impossible de refuser l'échange de nos numéros de téléphone. Le début d’une amitié. 
   
A chaque fois que nous nous voyons, le docteur Rodrigue me renvoie à ce vin d’honneur, à cette première rencontre. Est-ce son réflexe de m’offrir une vodka orange  qui lui rafraîchit la mémoire ? Sans doute. Il sait que je refuse d’en boire à cette  heure matinale. Pourtant il me la propose comme une habitue de savoir vivre, un préambule à une phrase qui déclenche la nostalgie heureuse.
 
Quand j’entends  la fameuse formule :: tu te souviens le jour où, je sais qu’il va revenir à mon mariage, à ce vin d’honneur. Son regard ira ailleurs, sur la fenêtre et les stores entrouverts qui lui cachent la rue. Ses yeux mélancoliques s’y perdront un temps et se poseront après sur mon torse dénudé.
 
Aucune surprise. Le docteur Rodrigue suit ce scénario.
 
Le voilà qu’il écoute mon cœur. Il en étudie les courbes noires en silence.
 
Je déteste ce moment-là. J’imagine le pire. J’angoisse. Et ça se voit. Le cœur ne ment jamais. C’est comme la pression artérielle.
 
-     Détends-toi et respire fort.
-     J’ai la trouille
-     La trouille de quoi ?
-     Que tu me trouves un défaut cardiaque
-     Tu me fais le coup tous les ans. Relax l’ami, t’as un cœur de jeune homme.
-     A 46 ans ? Tu me racontes des histoires
-     Non je t’assure.  Tout va très bien.
-     C’est bien ça le problème. Ça va trop bien. C’est louche.
-     Profite de ton bonheur
-     Je n’y arrive pas.
-     Avec tes enfants ça va bien ?
-     Oui
-     Ta femme aussi ?
-     Oui. Trop bien. On s’engueule de moins en moins.
-     C’est magnifique.
-     Ah bon.  C’est d’un triste. C’est trop calme. Je me méfie des eaux qui ne bougent pas.
-     Alors plonge à la surface.
-     Pour que je découvre des horreurs. Ca non !
-     Faudrait savoir ce que tu veux
-     Et toi ça va ? Ça s’est tassé avec Anna Lise ?
-     Non ça s’écroule. On ne vit plus ensemble. Se marier avec sa psy a été une ânerie.
 
Que dire après ça. Je me tais. Le silence est le secret d’un électrocardiogramme réussi. Contrairement au mariage.
 
 
Il existe une différence écologique entre la région parisienne et Mexico.  Ici on voit encore le ciel bleu. La circulation aidant, j’ai largement le temps de l’admirer. Entre les feux rouges, les intersections ou les voitures ne cèdent jamais le passage, les piétons traversant à la sauvage, je crains être encore bloqué là un moment. 
Et pourtant, on avance à la vitesse d’un gastéropode. Trois mètres, un arrêt de presque une minute et trois mètres encore. Les joies de la circulation en ville. 
Je laisse un texto à Alice : Serai en retard. Échauffe-toi sans moi. Je sais qu’elle ne commencera pas seule le match de tennis. Elle a besoin de son coéquipier pour un double mixte, à moins qu’elle ne soit ambidextre et hermaphrodite. 
  
  
  
  
  
  
  
  
  
  
  
Elle 
J’ai senti la poche intérieure de ma jupe vibrée pendant mon échauffement. Un texto pendant la frappe d’une première balle. J’ai servi comme une débutante, à peine plus vite qu’à la cuillère. Mes adversaires en ont ri. J’ai entendu particulièrement le gloussement de cette pintade de l’autre côté du filet. Je la déteste déjà. Si j’ai l’occasion de l’allumer quand elle sera à la volée, je ne me générai pas. 
Je lis le message. Mon mari sera en retard. C’est une habitude chez lui. A tel point que j’ai abandonné toute idée d’y voir derrière la moindre histoire extraconjugale. Il m’est fidèle sans l’être à la ponctualité. 
C’est une vieille manie date de notre mariage. 
Le jour où il fallait être à l’heure, il ne le fut pas. 30 minutes de retard. Si je n’avais pas usé de mon charme auprès du prêtre, il nous aurait demandé de quitter les lieux et de laisser la place aux couples suivants. Même ce diocèse de province se la jouait Las Vegas avec un gout douteux du profit.  le montant de l’enveloppe versée pour les deniers du culte incitait au concubinage. 
Le curé n’avait pas l’apparence de sa fonction, il affichait un physique d’homme à femmes. Ce brin ténébreux bien charpenté se nommant Joseph posait un regard de gastronome sur ma silhouette. Dieu sait ce qu’il aurait fait si nous nous étions retrouvés seuls dans un confessionnal. 
 Je le voyais bien imaginer des scénarios tordus. Il aurait fait n’importe quoi pour m’être agréable. La preuve : il accepta le retard de mon futur époux dont l’arrivée resterait graver dans l’histoire du sacrement matrimonial. 
Mon amour se pointa essoufflé avec un costume gris clair  tacheté de noir, la veste déchirée à hauteur de l’épaule. Son pantalon trop court dévoilait ses mollets de coquelet. Et pourtant un charme était intact, enfantin avec cette trottinette empruntée à un gamin.  
-     Le pauvre me glissa à l’oreille : la voiture de ton frère m’a lâché à deux kilomètres d’ici. J’ai emprunté ce truc et je me suis gaufré avec. 
-     Grouille tout le monde t’attends 
-     Qu’est-ce que je fais de la trottinette 
-     Planque là sous l’autel 
-     Tu crois.. 
-     T’inquiétes le curé a le dos tourné. Il discute avec le président du Rotary.  
-     Mais 
-     Vas –y fais le ! 
Je lui balançai un regard  si noir que mon homme s’exécuta. Il glissa l’engin sous l’autel maladroitement.  
Vision d’effroi. Voilà donc l’être avec qui je désirais construire ma vie. Le clown que j’avais face à moi aurait il les épaules assez solides ? Je ne le savais plus. 
D’où ma réponse évasive à la question du prêtre. Mon j’hésite à la place du oui. 
L’amorce de notre première scène de ménage. 
  
  
  
Lui 
Je suis à 500 mètres du club house. Le moteur de ma voiture s’est tu. La fonction stop and start. Ma file s’est figée depuis 5 longues minutes.  Le conducteur de la berline devant moi est sorti. Il peste. Son polo Lacoste a une grosse auréole dans le dos. Cet imbécile devrait utiliser sa clim’. 
Pour passer le temps je me branche sur  Radio Classique. C’est généralement efficace contre le stress. Pourvu qu’il passe une sonate de Chopin. Je me cale au fond de mon siège. J’attends la fin de la page de pub. J’ai constaté une chose étonnante. A chaque fois que j’entends une sonate de Chopin, la circulation devient fluide. 
En revanche si c’est du Beethoven, c’est la cata. C’est le blocage du trafic assuré. 
Zut ! J’entends les premières mesures de la 5éme symphonie.  La situation n’évolue pas. Bientôt 5 minutes que la voiture devant moi n’a pas bougé d’un centimètre. L’effet Beethoven. C’est rappée !  Il faut agir vite. 
Je dois  me changer dans ma « Picasso » . Je me mets en warnning. Je prends l’un des deux sacs à l’arrière. Je le vide. J’enfile un short, un sweet, me coiffe d’une casquette. Je cherche mes Nike, je ne les trouve pas. Tant pis, je jouerai en weston. Elles seront bousillées par la terre battue. C’est bientôt mon anniversaire, je demanderai à ma belle-mère de m’en payer une nouvelle paire. Après tout elle a les moyens. 
C’est assez jouissif de quitter son véhicule sous le regard de ces chauffeurs tous excités. Il y a de quoi l’être. Au bout du bout de la rue, une camionnette de la mairie bloque la circulation. C’est le jardinier de la municipalité. Il arrose les fleurs d’un rond-point et tape la discute avec l’homme à tout faire du  Vilas Tennis Club, à la fois viideur physionomiste,  voiturier,  barman,  sparing partner. Il a des faux airs d’Agassi jeune. On l’appelle André. 
J’interromps la conversation. Je lui donne les clés de mon monospace. 
-     Salut Dédé, tu peux me garer la Picasso. Je l’ai laissée en warnning à hauteur d’ l’abri de bus. 
-     Bien Monsieur. Dédé s’adressant à son ami. Tu m’excuses il faut que j’y aille 
-     T’inquiétes mon frère, je finis mon taf et je file. 
Un dernier coup d’arrosoir et le jardinier s’en va. 
Je vois mon Dédé qui part en courant rejoindre la voiture. Et à mesure qu’il allonge sa foulée, le bouchon se désagrège. le trafic redevient normal, sauf à hauteur de l’abri de bus ou ma Citroën fait son sitting.  Pas pour longtemps, elle bouge. C’est qu’il est efficace le Dédé. 
Je marche vers le court numéro 4 ou Alice parle à l’arbitre 
Elle essaie de gagner du temps. J’hurle en sa direction. Je lui fais des grands signes. J’entends ma femme qui crie : « il arrive. On va pouvoir jouer ». L’arbitre monte sur sa chaise. Il met un temps fou à s’y installer. La faute à sa soutane. C’est le curé de la paroisse qui comptera les points, celui qui nous a mariés. 
Le monde est parfois trop petit et stupide. 
  
Je me suis échauffé à la va vite, plus obnubilé par le nom du curé que par mon coup droit dévastateur. Qu’est qu’il fait là sur cette chaise en hauteur ? Ah oui ça me revient, c’est le tournoi qu’organise le diocèse pour récolter des fonds. Au prix ou est l’inscription, je devrais m’en rappeler. Ce curé, comment s’appelle-t-il au juste ? Je me fais vieux. Je perds la mémoire. Je convoque mes souvenirs, ceux de ma cérémonie de mariage, mon retard, la prise de bec qui l’a suivi. Un flash me saisit :  son visage à l’époque. Cette tête de jeune puceau agréé par le saint siège, un mix entre le visage d’Elvis Presley et Matt Dillon, sa soutane blanche avec ses initiales, deux lettres que je cherche désespérément de retrouver. 
J’ai la tête ailleurs. J’ai fini mon dernier revers incroyablement relâché. Je regagne le banc sur lequel Alice a posé une bouteille d’eau. Elle me parle. Je ne l’entends pas. 
Le curé arbitre me sourit. Je n’ai d’yeux que pour la partie gauche de son torse, deux lettres sur le cœur. J’ai ma réponse enfin. Les deux initiales JC : Joseph Charpentier. Sur que c’est un nom de scène.  
Ma femme me gueule dessus. 
-     Tu pourrais au moins me répondre quand je te parle ! 
-     Pardon Alice je pensais à autre chose 
-     Le problème avec toi c’est que tu n’es jamais là 
-     Tu disais quoi au juste ? 
-     Je te disais qu’à deux minutes près nous étions éliminés sans jouer. mais toi tu t’en moques, tu regardes le torse du père Charpentier 
-      Eliminés sans jouer ? 
-     Oui un double ça se fait à deux ! 
-     Merci pour l’info Alice 
-     Je suis obligé de te rappeler certaines règles essentielles comme arriver à l’heure pour un match. J’espère que tu as une excuse béton pour ton retard. 
-     Mon cardiologue 
-     A non. Rodolphe  a encore fait traîner ta consultation. 
-     On a un peu parlé du bon vieux temps. 
-     Et vous avez bu une vodka orange. 
-     Je ne bois jamais le matin. 
-     Pierre c’est vrai ce mensonge ? 
-     Je t’assure Alice. 
-     De toute façon, je vais le voir tout de suite. Si tu sers mal c’est que… 
-     Je vais claquer des première balles ma chérie 
-     Le père Charpentier nous interrompt : bon, quand vous aurez terminé votre scène de ménage on va pouvoir y aller. C’est que j’ai rendez-vous pour une confession dans une heure. 
-     Moi à voix basse : le JC il commence à me les briser 
-     Pierre ! moins fort il pourrait t’entendre 
-     Je m’en fous Alice. 
-     Au lieu de tripoter les oreilles comme Nadal, tu me la frappes ta première balle 
-     Du calme Alice. Ça vient. 
-     Au moment de lancer ma balle. Attends Pierre. Tu joues avec ces chaussures 
-     Quoi encore Alice ! 
-     C’est des Weston, c’est des chaussures de ville. Tu vas massacrer le terrain. 
-     Ça m’est égal. 
-     Et tes Nike ? 
-     C’est le petit qui me les a piqué 
-     Le jour où tu auras de l’autorité sur ton fils 
-     Alice, tu me gonfles ! 
-     Sers imbécile !!!! 
-     Première balle dans les bâches. Et merde !! 
-     Bravo Pierre. C’est l’effet de la vodka 
-     Non Alice, c’est l’effet de ma Donnay Bjorn Borg 
-     Sers à la cuillère, ça vaut mieux Double faute. Bravo Pierre. 
-     Si au moins tu me soutenais un peu.. 
-     Ça fait 25 ans que je te supporte Pierre. 
-     Et moi donc Alice. Et moi donc. 
-     0/15. Tu les vois rigoler en face. Un conseil Pierre, mets tes lunettes de soleil, enlève la housse. Et frappe moi cette putain de balle jaune !!! 
-     Elle est noire Alice. Elle est noire 
-     Quoi ? 
-     La balle, Alice 
-     Elle est noire à cause de tes lunettes Pierre. Ne réfléchis plus mon chéri. Joue. 
-     Ah !!!!! 
-     Voilà. Ça c’est du premier de service. C’est comme ça que je t’aime,  Pierre. 
-     Bourin et primaire ? 
-     Oui. 
-     C’est charmant. Moi qui pensais t’avoir séduit par ma finesse. 
-     Jadis tu étais fin chéri. Mais avec l’âge 
-     Pourquoi tu dis ça en regardant mes abdos ? 
-     Rien chéri, rien. Sers. On a encore trois points pour gagner ce jeu. 
  
  
  
  
  
  
  
  
  
Elle 
En regagnant le vestiaire je suis furax. Nous avons été battus à plat de couture. Au nom d’une étrange conception de la parité Pierre est resté au filet et j’ai fait le reste. Je n’ai plus de jambes et lui plus de Weston.  
Deux sets secs, 6/1 6/2. Nos adversaires ont été délicieusement odieux. Elle toujours aussi pintade avec ses  gloussements à chaque jeu remporté, lui d’une froide efficacité. 
C’est l’après match. Nous buvons un verre au club house. Les vainqueurs sont radieux. Les vaincus font la moue. Conversation degré 0. Aussi plate que la poitrine de la pintade.  Pierre se plaint d’avoir des ampoules, moi j’ai les cuisses aussi dures qu’un steak congelé. 
Le père Charpentier ému nous observe. 
Il nous avoue sa fierté : « voilà mes deux plus beaux couples, mes deux plus belle réussites ». 
A part le fait d’avoir posé la question à l’origine de nos unions, il n’a rien fait. 
A quoi bon le lui dire. Le propre d’un homme de foi est de croire en des certitudes qu’ils ne le sont pas. 
Avec le temps il est devenu encore plus beau. Je lui pardonne tout. Même son job, son sacerdoce comme il dit. 
Il essaie de partir discrètement tout en répondant à un appel. 
Son portable a sonné : «  plus près de toi mon Dieu, plus près de toi !!!! » 
Il s’approche de la sortie du club house et on entend hurler. « Mon révérend de Frangin comment tu vas !!!!! » 
-     La pintade me glisse : comme c’est drôle son accent pied noir. J’adore pas vous ? 
-     Ca dépend… Depuis Roger Hanin, je trouve ça surfait. 
-     Roger qui ? 
-     Son compagnon lève les yeux au ciel : bon chérie. On y va. Il faut chercher les petits chez la nourrisse. 
Il a eu surement son gamin par insémination artificielle. Elle est bien trop vieille. Au carbone 14 elle dépasse le demi-siècle. 
-     Elle me fait la bise et enchaîne : «j’espère qu’on jouera de nouveau ensemble 
-     Les lèvres intoxiquées de crème je lui rétorque : qui sait  
La pintade part, heureuse, enlaçant son partenaire de mari. 
-      Je confie à Pierre :  Et le curé appelle ça un beau couple  
-     Chacun ses goûts ma chérie. 
-     On est quand même mieux ? 
-     Si on veut. Regarde-nous là. Moi je me traîne avec mes ampoules aux pieds. Et toi, tu as un mal de chien à avancer 
-     Si tu te bougeais un peu plus quand on joue, je n’aurais pas de telles courbatures 
-     Je ne pouvais pas avec mes chaussures chérie. 
-     T’as souvent une bonne raison pour en faire un minimum. 
-     Ca dépend 
-     Pourquoi j’ai épousé un fainéant. Je me le demande 
-     Tu as eu un moment d’égarement et j’en ai profité. 
-     Ca fait 25 ans que ce moment dure. Avec toi j’ai toujours su que c’était perdu d’avance. 
-     Comme au tennis. 
Pierre m’embrasse. Ce baiser c’est la plus belle des victoires. 
Sam 13 Aoû - 17:06 (2016)
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valet2trefle
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MessagePosté le: Mar 16 Aoû - 14:11 (2016)    Sujet du message: JEU SET ET MATCH Répondre en citant

C'est sympa d'avoir montré le point de vue des 2 protagonistes. Peut être que tu aurais pu en jouer un peu plus, en montrant leurs points de vue différents sur les même scènes  (même si tu l'as déjà fait un peu).
En tout cas, jolie participation! C'est un couple à la fois déprimant et attachant. 
_________________
I've never been wise

https://bibliothequedesophie.wordpress.com/
Mar 16 Aoû - 14:11 (2016)
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 14:27 (2016)    Sujet du message: JEU SET ET MATCH

Aujourd’hui à 14:27 (2016)
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