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SOLEIL DE MINUIT

 
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hector vugo
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MessagePosté le: Dim 4 Sep - 12:35 (2016)    Sujet du message: SOLEIL DE MINUIT Répondre en citant

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Voici ce petit texte hors délai. Bon voyage et bonne lecture à vous



  
 
SOLEIL DE MINUIT 
 
  
 
J’avais choisi cette semaine parce que j’aimais les symboles.  
 
Je l’avais cochée sur l’agenda de mon téléphone portable avec ce commentaire : soleil de minuit. 
 
Curieux titre pour qualifier un voyage au long cours. 
 
  
 
Première escale : Oslo 21 juin au soir. 
 
La nuit était claire. Elle se prenait pour le jour en le travestissant avec la minutie terrifiante d’une faussaire de génie. L’été touchait le zénith. Il transportait avec lui un carrousel d’odeurs et de souvenirs. 
 
Combien de visages croisés dans ces rues sans qu’aucun ne ressemblât à celui que j’avais aimé le plus. Pourtant les femmes ici poussaient l’esthétique à devenir un adepte de la polygamie. 
 
Mon aversion pour toutes sortes de collections me fit abandonner cet étrange projet et plus encore ma haute idée de la fidélité. 
 
Fidélité à toi dont le visage restait présent dans mon esprit. 
 
Pas une frimousse nordique n’y résistait. 
 
Comme quoi le vieux concept de comparaison traversait les siècles. 
 
Le seul sans doute à tutoyer l’éternité. 
 
J’aurais dépensé des fortunes pour que toi aussi tu la tutoyasses. 
 
Mais j’étais pauvre de t’avoir perdu. 
 
Dans ce soleil de minuit je te cherchais. Dans ces ruelles je te cherchais aussi. J’essayais de retrouver le goût de tes lèvres, le son de ta voix, la saveur de tes premiers mots d’amour. Ceux que j’avais entendus un 21 juin il y a 10 ans. « Je t’aime. Faisons le tour du monde en 7 jours et Epousons nous à Wellington » 
 
On oubliait la notion du temps à Oslo.  Pour moi c’était différent.  J’avais l’impression d’en sentir la douleur et le poids. 
 
0h01 22 juin l’obscurité commença doucement sa reconquête. Mon cœur, lui, resta fatalement au  crépuscule avec dans le coin du ventricule gauche un vague battement de survie à chaque fois que je répétais à tue-tête ton prénom : Isabella.   
 
Je  marchai quelques minutes avant d’entrée dans ce bar. Les jeunes s’y noyèrent dans l’alcool avec entrain. 
 
J’eus l’idée de les suivre et vaguement toucher cette euphorie estivale.  
 
  
 
  
 
Comment avais-je regagné ma chambre d’hôtel ? C’était un mystère pour moi. Pas pour le garçon d’étages qui me raconta le lendemain matin les circonstances rocambolesques de mon retour. Sans l’intervention d’un taxi ancien champion de boxe, je n’aurais jamais atterri dans mon lit. 
 
22 juin 8h30 le réveil fut atroce. Un levé à la va vite.  Le corps à moitié endormi, la tête dans la brume et les yeux vaseux fuyant le moindre regard. 
 
Le même garçon d’étages eut un moment de dédain pour ma personne. 
 
-          Voilà votre petit déjeuner monsieur 
 
Sa voix neutre presque robotique me coupa l’appétit. 
 
  
 
Je m’installai sur la terrasse face à la ville. Je goutai au vent du nord, à sa douceur étonnante, à cette absence d’hiver qui le rendait si fréquentable. C’était donc cela l’ultime secret touristique d’Oslo : sa capacité d’aller au-delà de ses apparences et de sa propre histoire. 
 
  
 
On la disait frigide aux sentiments 
 
Seul un baiser me fit comprendre 
 
Que sa peau s’accordait au verbe aimer 
 
  
 
Le vent ressemblait à un baiser. A ton baiser. Je me surpris à enlacer le vide en croyant tenir dans mes bras ton corps qui n’était plus. 
 
Je voyageai dans le temps, dans un souvenir cotonneux  ou tu avais gravé de ton prénom ces instants de grâce. 
 
Dix ans déjà que j’avais embrassé la femme de ma vie sur cette terrasse-là. 
 
  
 
Je t’avais fait la promesse de revenir en Norvège. Là où notre histoire avait commencé. 
 
J’étais heureux et triste à la fois, mais aussi traversé par un courant de plénitude. Un patchwork de sentiments. 
 
Toi et moi hier. Moi sans toi aujourd’hui.  Et entre les deux, être ici dans un no man’s land, le visiter comme on regardait un vieil album photos. 
 
  
 
Le jour n’avait pas décampé. Il donnait à Oslo des allures printanières, une couleur méditerranéenne inimaginable. 
 
La foule épousait les teintes chaudes dans ses vêtements. Contraste saisissant entre le lait des peaux et le feu des tissus. Je me sentais en décalage avec ma tenue  blanche et sans saveur. 
 
A force de porter le deuil japonisant de mon tendre amour, j’étais en marge du tableau des vivants. 
 
Il m’attirait de nouveau. 
 
Etait-ce la proximité avec ce bonheur  paisible ? Ce bonheur que personne n’osait importuner par un salut de la main, un bonjour chantant ou une conversation à bâtons rompus avec des femmes et des hommes buvant un verre en terrasse, toutes ces ingérences heureuses venues du Sud pour qui j’avais un profond mépris parce qu’on me les imposait. 
 
Oslo oscillait entre la distance et le respect. Elle ne jouait jamais l’indifférence. 
 
Un peu comme toi Isabella.  
 
Tu avais le charme de la timidité, celui de l’aurore qui, en public, n’osait pas être le plein soleil. 
 
Dans l’ombre de l’intimité, tu étais éblouissante.  
 
Les souvenirs des alcôves avec toi me rendirent un sourire que je renvoyai à celles et ceux qui me l’avaient donné. 
 
Un échange de bons procédés, une politesse toute norvégienne. 
 
Tu aurais été heureuse en me voyant ainsi. 
 
  
 
Je détestais quitter quelqu’un ou quelque chose. L’abandon m’insupportait au point d’en avoir des maux de tête. 
 
Seule ta présence, Isabella, m’en délivrait qu’elle fût physique ou spirituelle. 
 
L’avion décolla pour Ouarzazate en ce 23 juin sans douleur apparente. 
 
Je pensais à toi en gagnant de l’altitude. 
 
  
 
  
 
En lisant ces lignes,  vous vous dîtes : ce type-là est une girouette. Il déteste le Sud et il y va. 
 
Mais ce Sud-là est différent, moins touristique, moins commercial, plus authentique, plus enclin à supporter la soif de discrétion du narrateur. 
 
Ouarzazate répond aujourd’hui comme il répondait hier à ce cahier des charges me rendant le Sud supportable et mieux encore accessible à l’adhésion. 
 
23 juin 18h. Le tarmac Marocain m’accueillit comme une olive dans un tajine, avec chaleur sans toutefois être compressé par une foule de voyageurs. 
 
On me laissait vivre. C’était cela que j’appréciais le plus ici. A mille lieues des habitudes balnéaires. L’absence de la mer rendait attractif l’endroit et conférait à ses habitants une amabilité délicieuse. 
 
Le sel du désert de l’Atlas était chez les gens du cru, hospitaliers, paisibles, doués d’une douceur étonnante. 
 
Isabella, tu les aimais aussi comme moi, parce qu’ils n’étaient pas intrusifs. Ils m’ offraient leur monde sans obligation en retour. 
 
Ils avaient l’art du don. Ils ressemblaient à l’aridité de leur bâtisse, à cette terre battue ornant leurs murs, foulant le désert jusqu’à rendre presque monochrome le paysage. 
 
Presque parce qu’ici ou là, on rencontrait de la verdure alors que rien ne prédestinait à sa présence. 
 
Cette région du monde était un miracle, un oasis hors du temps. On croisait plus le sourire des enfants qu’un véhicule à moteur. 
 
Isabella quand toi et moi étions allés main dans la main sur les chemins, marchant de villages en villages, personne ne nous avait pris pour une espérance de revenus à deux pattes. On nous avait simplement salués. 
 
Un vieillard avait même pleuré de joie devant nous. Il nous avait dit : « vous vous aimez et ça se voit ». Puis il avait ajouté : « vous transportez du bonheur comme les porteurs d’eau. Merci pour tout » 
 
J’empruntai le même itinéraire que jadis, mais seul, avec dans un coin de ma tête le souvenir de tes fous rires et la chaleur de ta main droite. Même si je ne la tenais plus, je la sentais toujours. Je souffrais du syndrome de l’amputé. 
 
Les chemins  n’avaient pas changé, les villages non plus. La maison du vieillard campait à sa place, agrippant le temps, l’exhortant à faire une pause, à rendre les minutes qu’il nous  chapardait. 
 
Arrêt sur image. Une seconde d’éternité. Quel dommage ne pas voir le vieux sur sa chaise à bascule à l’ombre du porche. Il aurait embelli la photo. 
 
A contrario de l’immobilier, les femmes et les hommes disparaissaient. Toi comme lui vous n’étiez plus là. Restaient vos fantômes respectifs que le projecteur de ma mémoire plaquait sur ce décor sans vie. 
 
Et pour autant vous n’étiez pas morts puisque je pensais à vous. 
 
Au loin j’entendis le tonnerre d’un orage. La pluie arriva. La promesse que l’oued là-bas ne serait plus aussi petit. 
 
Tout allait très vite ici. On passait de la sècheresse à la gadoue en quelques secondes. L’oued devint une rivière nerveuse. Et avant même qu’elle ne se transformât en torrent, je le traversai à pieds, les chevilles trempées. 
 
J’imaginai alors ta réaction. Toi qui aimais tant l’eau douce, tu aurais sans doute plongé la tête la première dedans 
 
Je m’en amusai et passai pour un dingue devant quelques marcheurs apeurés. Ça tombait dru à croire que le ciel se mettait en colère devant mon fou rire. 
 
Je retrouvais le goût de l’insouciance. 
 
Plus tard, le ciel copia la terre avec cette teinte orange pour virer au noir bleuté annonçant la nuit. 
 
A quelle étoile allais-je me raccrocher pour continuer mon existence ? La tienne s’était éteinte sans me prévenir vraiment. 
 
Depuis je n’avais cessé de me balader avec deux bougies sur moi. Une que j’allumais à chaque crépuscule pour rendre mes nuits moins sombres, l’autre que je gardais pour la remplacer quand sa cire rendrait l’âme. 
 
Au petit matin l’odeur de la mèche brûlée associée à la lumière de l’aube m’invitait à vivre un nouveau jour. 
 
24 heures supplémentaires ou la question de ton absence serait sans réponse.  
 
Il fallait faire avec et poursuivre la route vers la troisième escale. 
 
  
 
25 juin – 27 juin 
 
Un caillou au milieu de l’océan indien, une île atypique ayant eu le nom de Bourbon. Depuis quand appelait-on une terre comme un whisky ? D’autant qu’il y avait de l’eau autour. Ironie de l’histoire et de la colonisation. Vue d’avion cette île n’avait pas de charme. Elle paraissait recroquevillée sur elle-même. Je lui ressemblais un peu.  A peine le premier pied posé, on changeait d’opinion sur ce territoire. En était-il de même pour moi ? Ma compagnie était-elle agréable ? Je me savais infréquentable comme ces forêts calcinées du var. Le charbon n’attirait jamais le regard. 
 
Mon cas était réglé pour de bon. Je l’oubliais dans le taxi menant aux Salines. Je m’oubliais. Je tournais le dos à Saint Denis. Je découvrais « cette petite France ». Le chauffeur appelait son île comme ça : « la petite France ». C’était juste. Il avait raison. Les paysages  semblaient si riches, si variés, volcaniques, luxuriants, parfois d’un vert humide normand avec quelques zébus, pour finir sur la mer et les lagons. 
 
Toutes ces cartes postales vivantes me ramenaient à toi Isabella. Parce que ce pays-là s’était collé à ta peau comme une décalcomanie indélébile. En visitant la Réunion je te voyais. Tu étais là avec ta beauté cosmopolite, le teint cuivré, le regard émeraude, la chevelure brune et la silhouette épousant la courbe des rivières. Que dire aussi de cet épatant paradoxe qui te caractérisait. Toi, une insulaire ouverte sur le monde. Cette île-là affichait aussi cette qualité épatante. Elle était tolérante et acceptait toute les races, toutes les religions. Peut-être était-ce dû à sa position géographique. Un trait d’union entre l’Afrique et l’Asie. 
 
J’avais compris très vite  ton enthousiasme débordant  quand nous étions venus ici pour la première fois. Tu avais eu tant d’espoirs de me voir partager cette ferveur. 
 
J’étais tombé amoureux de la Réunion comme j’étais tombé amoureux de toi. 
 
Tu étais une île sur laquelle je voulais finir mes jours. Je n’avais jamais pensé être le rocher sur lequel tu allais finir les tiens. 
 
Cette idée-là m’était encore insupportable au point d’avoir reculé la date de ce voyage. 
 
Quand l’avion quitta Saint Denis, mon cœur saigna. On n’arrachait de nouveau à toi. 
 
  
 
28 juin 
 
Survolé Wellington c’était revenir à la réalité. Faire le tour de la boucle. Accepter les choses. 
 
J’adorais venir ici  à la tombée du jour et profiter des couleurs du temps, cette lente déclinaison vers le noir devant la mer calme. 
 
Boire un café serré en admirant la vue et espérer secrètement  faire une nuit blanche, occuper cette chambre d’hôtel et regarder ce lit, cette succession d’actions me mèneraient aux petits matins. 
 
Je ne m’ennuyais jamais en Nouvelle Zélande. Et quand il m’arrivait de m’ennuyer, le barbant était passionnant. 
 
Le bout du monde était donc là. L’atteindre seul me déprimait. Isabella je t’avais dit souvent : « j’irai jusqu’au bout du monde avec toi ». 
 
Je t’y avais emmené. Je t’y avais épousé. J’y avais fait la promesse de te rendre heureuse. 
 
On avait pris le funiculaire rouge pour aller au jardin botanique. Pendant le voyage nous avions planifié notre rêve à deux, baliser notre futur bonheur, très conventionnel certes avec une maison, des animaux, des enfants.  Nous avions pensé avoir le temps, ce temps extensible que tous les amoureux du monde croyaient posséder. 
 
Nous nous étions mariés devant un pareterre de tulipes sans prêtre, sans témoin avec la ferme intention de ne jamais se quitter jusqu’à la nature le décidât. 
 
La nature je la haïssais  aujourd’hui. Je me moquais des fleurs. Je me moquais de tout. Sauf de toi Isabella dont la petite musique céleste me demandait de vivre. 
 
Même si le prix de cette existence me semblait aussi exorbitant que dérisoire. 
 
La vie ne vaut rien, mais rien ne vaut la vie……. 
 
  
 
Dim 4 Sep - 12:35 (2016)
AIM MSN Skype
Auteur Message
valet2trefle
Super coup de coeur...
Super coup de coeur...

Inscrit le: 09 Avr 2015
Messages: 831
Localisation: Paris, Orléans, Tokyo...

MessagePosté le: Mer 7 Sep - 12:41 (2016)    Sujet du message: SOLEIL DE MINUIT Répondre en citant

Un beau voyage dans le temps et dans l'espace. Merci Hector
_________________
I've never been wise

https://bibliothequedesophie.wordpress.com/
Mer 7 Sep - 12:41 (2016)
Visiter le site web du posteur
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 10:49 (2016)    Sujet du message: SOLEIL DE MINUIT

Aujourd’hui à 10:49 (2016)
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