S’enregistrer FAQ Rechercher Membres Groupes Profil Se connecter pour vérifier ses messages privés Connexion
IL EST OU LE BONHEUR IL EST OU ?

 
  Jetez l'encre ! Index du Forum » » Historique des Défis » Défi n°116
Sujet précédent :: Sujet suivant  
Auteur Message
hector vugo
Super Master CDC *
Super Master CDC *

Inscrit le: 18 Sep 2013
Messages: 819
Localisation: vigneux sur seine

MessagePosté le: Lun 3 Oct - 09:18 (2016)    Sujet du message: IL EST OU LE BONHEUR IL EST OU ? Répondre en citant

PublicitéSupprimer les publicités ?
Rien que pour le fun, j'ai écrit ceci.


IL EST OU LE BONHEUR….. IL EST OU ?

Le bruit de l’eau sur les carreaux de la baie vitrée me sort du sommeil. L’averse du petit matin.
Je sais qu’il y aura tantôt du vent pour chasser ces nuages et rendre au ciel le bleu pastel des jours heureux.
Depuis longtemps ces deux phénomènes ne sont plus des hasards. L’homme les a imposés par la loi. Selon les saisons, il ordonne aussi par décret la température.
Aujourd’hui nous sommes le 13 septembre 2046. L’automne approche. La douceur d’un été indien invite à nous dénuder encore un peu.
Je rêve dans mon sommeil nocturne de traverser les allées fleuries de la ville, de croiser le corps de ces inconnus, de sentir leur parfum, de butiner ces invitations à l’amitié : ces regards, ces sourires, ces mots, cette empathie que nous avons tous les uns envers les autres sans croire une seul instant trahir quiconque.
Il n’est pas question de tromper notre conjoint.
L’idée ne m’est jamais venue d’aller voir le bonheur ailleurs. Je l’ai à côté de moi dans ce lit aussi large que mes sentiments.
Une évidence. Un choix naturel dicté par la science, la génétique et la psychologie.
On ne perd plus son temps à chercher l’amour. On vous propose les solutions afin de l’atteindre et de le trouver.
J’ai rencontré Louise à l’institut matrimonial : un hôpital bien étrange ou l’on mélange les femmes et les hommes comme des aliments pour savoir si les uns collent avec les autres.
Tomber en amour équivaut à réussir une recette de cuisine.
Si cela sent bon, si cela ouvre l’appétit, c’est gagné.
10 ans que je vis avec Louise. 10 ans que nous partageons tout.
Des matins jusqu’aux nuits, des caresses aux étreintes, des silences aux conversations heureuses ou nous confrontons avec plaisirs nos opinions sans jamais nous chamailler.
J’aime la voir dans ce demi-sommeil, bouger un peu, donner à son corps un soupçon d’érotisme dans ce mouvement inconscient.
Je ne résiste pas de plonger ma main sous les draps. Je lui caresse la cuisse gauche en signe de ralliement à la réalité.
Elle se réveille. Elle m’embrasse. Dehors la pluie cesse et le soleil revient.

La buée sur les vitres préserve l’intimité de notre maison. Quand nous serons habillés, elle disparaîtra. Alors les chats nous espionneront. Ils essaieront de comprendre le secret de notre vie heureuse. Ils discuteront avec nous.
En attendant nous les entendons miauler entre eux. Ils espèrent vaguement que la porte fenêtre s’ouvre et que Louise leur donne un bol de lait.
Elle le fera dès le petit déjeuner fini. C’est non négociable. Elle et comme moi prenons notre temps. Un thé vert, des toasts, un fruit. Un voyage dans le passé. Les robots domestiques ne le saisissent pas. Ils buguent presque en nous observant.
- Ce serait plus pratique pour vous de prendre des pilules me conseille l’un d’entre eux
- Non. Le plaisir est dans les choses vraies
- Une pilule c’est vrai
- Pas autant qu’un fruit
- Ça m’échappe complétement Monsieur Antoine….
- Louise interrompt le robot : va plutôt te recharger à l’étage.
- Bien Madame Louise
- Je surenchéris : Bonne idée, profite du solarium pour prendre des forces. La journée sera longue pour toi.
Le voilà qu’il monte l’escalier sans broncher. Les autres le suivent.
- Regarde-moi ça Antoine, On dirait les 7 nains
- Les quoi Louise ?
- Tu ne connais pas Blanche Neige et les 7 nains ?
- Non.
- C’est un dessin animé. Il date du 20 éme siècle
- C’est trop ancien pour moi
- Tu devrais t’intéresser plus au passé
- Le présent m’accapare. Il me rend trop heureux
- Trop heureux je n’aime pas cette expression.
- Pourquoi donc ?
- Elle est signe de lassitude. Tu en as parlé à ton psy en ligne
- Non
- Tu devrais
- A quoi bon ? Il lit déjà mes relevés de sommeil.
- Ce n’est pas le psy qui lit tes relevés de sommeil. Tu confonds avec la police des rêves.
- Non. Ce n’est pas la même chose. Le premier te veut du bien, la seconde te surveille comme le lait sur le feu.
- Le lait sur le feu ?
- C’est une expression du 20 éme siècle mon chéri
- Psy ou police peu importe. Je me demande à quoi ils servent dans un monde ou tout va bien.
- Tu n’as jamais eu à faire à eux ?
- Pas que je sache
- Tu es désespérant Antoine
- Non Louise. Je suis un optimiste forcené
- Il serait temps que tu fasses un cauchemar.
- Pourquoi ?
- Pour que la police des rêves t’envoient une décharge dans le cerveau.
- Ouh là ! Une décharge ! quitte à choisir je préfère aller voir un psy.
- Alors prend un rendez-vous avec lui mon chéri
Ça ressemble à quoi un psy en vrai ? J’ai beau fouiller dans ma mémoire. Je ne trouve aucune trace de consultation avec un homme ou une femme s’en approchant.
Certes j’en entends parler. Souvent lors de confidences amicales que je recueillie toujours avec méfiance. Je les prends pour des affabulations.
Quand un ami me dit : je vais chez un psy, je le prends pour un zozo, un gars qui veut jouer son intéressant.
Je le comprends. Le bonheur c’est barbant. Alors il se démarque.
Il y en a même un qui a osé m’avouer suivre une cure de déprime.
Je ne l’ai pas cru. Je lui ai ri au nez.
D’un rire moqueur. D’un rire ironique. D’un rire acide qui mange l’innocence.
Il est plus facile de donner ce rire-là, on y trouve une malsaine satisfaction.
Jamais il ne nous vient à l’idée d’être à la place de notre victime.
Jusqu’au jour où l’on le reçoit.

J’appelle le psy de la sécurité sociale. Une conversation en ligne sur le net version 7 G. C’est un dialogue sans intérêt. Lui comme moi n’y croyons pas. On fait semblant de jouer au docteur. Le rôle du patient m’énerve. Je manque de lui raccrocher au nez.
- Il me rattrape avec un : passez donc me voir cette après-midi. J’affréterai un taxi sans chauffeur pour vous
- Je lui réponds : merci je préfère me téléporter chez vous
- C’est interdit. Ceci n’est pas un rendez-vous privé, c’est une convocation médicale
- Soit, j’attendrai donc votre taxi

Au 20éme, nos ancêtres appelaient ça une ambulance. Je tiens cette précision de Louise. Un véhicule blanc sonne à mon domicile. Des enceintes sur ses enjoliveurs me balancent une voix féminine. Elle m’adresse un ordre que je prends pour une invitation. « Montez donc ». Ses portes s’ouvrent. A l’intérieur c’est doux et confortable, presque à s’endormir sans ces écrans sur les vitres teintées. Ils me donnent des nouvelles du monde. Tout va bien. L’Afrique n’a plus faim, l’Amérique a proscrit les armes, le proche orient est devenu peace and love, L’Asie fait travailler exclusivement des robots, L’Europe s’est transformée en parc d’attraction culturel, la femme est l’égale de l’homme, le revenu universel nous épargne tous de la pauvreté.
Tout cela je le sais déjà. Je ressens en le voyant un début de lassitude. Mon psy a raison. Il faut que l’on se voie.
Dehors, la ville est belle et lisse comme les dessins d’architectes de mon enfance. J’ouvre la vitre. Je profite. Les routes ont abandonné le bitume pour embrasser la terre. Elles s’imposent en lignes de vies autour des jardins et des arbres. Ils entourent des bâtiments ne dépassant pas les deux étages. Ces cubes transparents en quasi lévitation ne gâchent pas la vue de l’horizon.

Le cabinet du psy se situe dans l’un d’entre eux.
L’homme est affable. Médicalement sympathique et pas que. Je le prends presque pour un ami avec son art de la conversation.
C’est son métier qui veut ça. Je me prête à l’exercice sans résistance.
Je parle plus que lui. Je me laisse aller. Je me confie. Puis après quelques mots, il me demande de m’assoir, il me pose un bandeau autour de la tête. Il regarde un écran. Des chiffres sur des colonnes.
- Il m’observe longuement et me dit : votre taux d’optimisme cérébral est bas. C’est inquiétant. Il est de 6. La côte d’alerte est à 8.
- Que faut-il faire ?
- Une cure de déprime de 24 heures
- Ça n’a pas de sens. Vous m’annoncez un taux d’optimisme au plus bas et vous me prescrivez une cure de déprime ! Je ne comprends pas.
- C’est simple. J’applique ici le traitement dit du rebond. On vous met au plus bas avec la cure. Et votre taux remonte au plus vite dès votre retour. Vous verrez. Vous serez à nouveau euphorique dans notre monde.
- Et je la commence quand votre cure ?
- Tout de suite. Votre taxi vous y emmène
- Avant je peux prévenir ma femme tout de même
- Non. Elle recevra un courrier électronique du ministère de la santé
- C’est charmant
- C’est la règle
Il me raccompagne jusqu’à la sortie. Nous traversons le couloir sans un mot. Il m’adresse un dernier sourire pour me rassurer en guise d’au revoir.
J’ai le teint blanc. Je baisse la tête. La caméra du taxi l’a vu. Et à peine installé sur la plage arrière du véhicule, je reçois un gaz hilarant chargé de maintenir mon taux d’optimisme. S’il atteint 0, on devra me changer le cerveau.
L’état ne supporte pas les vrais dépressifs.
10 minutes de trajet. Nous quittons la ville. De larges pleines nous entourent. Le vent nous accompagne. La banlieue ressemble à un vaste green de golf. Il ne reste des temps anciens que quelques stèles rappelant l’urbanisme glauque de nos ancêtres.
Pas une maison, pas un immeuble. Presque rien. Je dis presque rien parce que j’aperçois un hexagone blanc devant une forêt. C’est la clinique Léonard Cohen.
Le taxi me dépose devant l’entrée. Deux infirmiers me prennent en charge.
On m’installe dans une chambre blanche.
Cinq minutes plus tard un homme en blouse grise m’ausculte.
- Vous avez tardé à venir. Ce n’est pas très raisonnable. Un taux de 6 vous vous rendez compte ?
- Non
- A 5. L’état vous met en liste d’attente
- En quoi ?
- En liste d’attente… Pour un nouveau cerveau
- Le mien est en bonne état.
- C’est ce que vous croyez. Heureusement on va remédier à tout ça. Je vous préviens votre cure ce sera du costaud.
- Je vois. Vous allez me donner un remède de cheval, des tonnes de pilules.
- Vous n’y êtes pas. Vous n’aurez rien de cela.
- Pas de pilules !
- Non aucune. Vous allez voyager dans le temps.
- A quelle époque ?
- En 2015
- L’année du bac de mon père. Le voyage commence quand ?
- Tout de suite. Buvez ceci
L’un des infirmiers me tend un verre avec un liquide rouge. Je le bois. L’effet est immédiat.

Je me retrouve dans la file d’attente d’un pôle emploi de la région parisienne. Il est 9 heures du matin, nous sommes le 13 novembre 2015. Un ami m’accompagne. Il est au chômage, moi aussi. On a l’air de faire tâche dans cet endroit. On rit alors que les autres pleurent. Eux sont des inactifs de longue durée. Nous, nous venons de finir une mission d’intérim. Ceci explique cela.
L’ami s’impatience. La file n’avance pas. On entend un homme au physique imposant s’en prendre à la guichetière. Il hurle sur elle. Il sort une batte de base ball. La file d’attente recule. Certains consultent leur portable, d’autres détournent la tête. L’altercation ne nous regarde pas.
- L’ami me glisse : viens on s’arrache. Ca craint trop ici.
- T’as raison. Je te suis.
Sur le parvis du pôle emploi, le ciel est gris. Les immeubles qui nous encerclent sont tout aussi gris. En face la boulangerie a fermé boutique par manque de clients. Plus loin, le centre commercial vivote. On voit des femmes en sortir avec presque rien. On les rejoint. Je veux discuter avec elles. Je prends le prétexte de leur demander une cigarette. Pas de bol. Elles ne fument pas. L’une d’entre elles m’avoue que le paquet est hors de prix.
Puis elle poursuit : « tout est hors de prix. On a un mal de chien à se nourrir. Moi je ne peux me payer que des patates. Je travaille à mi-temps. Je touche que dalle. Regarde la grand-mère là-bas. Elle fait les poubelles du centre commercial. Elle bouffe les invendus pour survivre. Il est ou le bonheur mec. Il est ou ? Ce que tu ignores c’est que la grand-mère elle va se choper une intoxication alimentaire. Le patron de centre demande à ses gars d’asperger les ordures d’eau de javel.
Et de me reposer la question : Alors tu ne m’as pas répondu mec. Il est ou le bonheur, il est ou ?
L’ami me coupe la parole et lui balance : nul part ma vieille
Il ne prend pas de gants l’ami. Il est cash. Il me pousse à prendre physiquement mes distances avec cette femme. Il m’engueule : « tu veux avoir une dépression ou quoi ! Faut pas parler à ces gens-là. Ça fout le moral à 0. C’est déjà assez dur pour nous. Chacun pour sa peau !
On s’éloigne. On respire un peu mieux. Enfin façon de parler. L’ami me pollue avec sa cigarette électronique. Ça sent la fraise frelatée.
Il me confie en rigolant : « je ne mourrai pas d’un cancer de la gorge comme mon père »
Qu’est-ce qu’il en sait l’ami ? Rien. Il parade en narguant la misère. Lui qui en est si proche. Il fouille dans son portefeuille et exhibe un billet de 5 euros. Il ne brûlera pas. Une cigarette électronique ne se consume pas.
En voyant ce spectacle, j’ai une boule à l’estomac. J’ai le moral dans les chaussettes. Je commence à haïr les voyages dans le temps.
Le portable de l’ami sonne. C’est un message du site LOVE STORY. Il a un rencart avec , je cite, une gazelle. Un certaine Pamela. Elle habite à deux pas d’ici.
- L’ami m’annonce : On va y aller ensemble
- Quoi ? Mais je n’ai rien à y faire à ton rencart
- Si mec.
- Quoi donc ?
- Tu vas me filmer avec mon portable
- Pendant que tu….
- Oui t’as tout pigé mec. Tu feras ta première vidéo x
- Mais…
- Je la mettrai en ligne sur un site. Ca rapporte un max. T’auras 30 % de l’oseille. Ca te va ?
- Mais c’est dégueulasse !!!
- Qu’elle soit mariée ? Comment t’as su ?
- Je parle pas de ça . C’est à gerber ton truc !! Et elle est d’accord la gazelle ?
- Ça c’est secondaire. Ce qui est important c’est que ça rapporte plus que l’intérim ou les Assedic. Allez viens !!!
Je n’ai pas le temps de lui dire non. Ni une ni deux, on se retrouve devant l’immeuble de la gazelle. On prend l’ascenseur, le seul du quartier qui ne soit pas en panne.
Devant la porte de l’appartement je tremble. Les voyages dans le temps sont innommables.
- L’ami m’expose son plan : « je te donne les doubles de sa piaule. Tu te planques dans la cage d’escalier. Tu me laisses renter dans son appart. Et quand tu m’entendras dire : Merci mais Je préfère prendre mon café après, ce sera à toi de jouer
- A ce moment-là qu’est-ce que je fais ?
- Tu prends les doubles. Tu ouvres la porte. Tu me rejoins
- Dans le lit ?
- Non ducon. Tu attends que la Pamela prenne sa douche pour te planquer dans l’armoire de sa chambre. Tu entrouvriras la porte du meuble pour nous filmer. T’as pigé.
- Mais je ne connais pas l’appart de cette gazelle. Ou se trouve la chambre ?
- Pas de panique. T’as le plan de son trois pièces sur mon portable. J’ai tout prévu. Ne stresse pas mec.
Je suis dans un état second. Je le vois frapper à la porte de sa Pamela. Je la vois lui ouvrir, l’embrasser goulument. Le couple fond dans la cuisine laissant la porte ouverte.
Moi je reste stoïque dans l’ombre de la cage d’escalier. Le plafonnier ne fonctionne pas. J’ignore combien de temps j’ai attendu la phrase, le top de mon intervention. Un assez long moment pour potasser le plan de l’appartement. J’entends : je préfère prendre mon café après. Je fonce. Le bruit conjugué de la douche et d’une voix chantante féminine me donne le feu vert. C’est tout droit. La chambre est au fond d’un couloir. L’ami est déjà nu sous les draps. Il m’exhorte à me planquer dans l’armoire, de laisser la porte au trois quart fermée et s’assure que l’œil du portable puisse filmer les ébats.
- Il soulève la couette et me demande : alors tu vois tout ?
- Oui
- Cache-toi, elle arrive
L’amour physique n’a pas changé en 30 ans. Il en existe deux types. Celui qui utilise le verbe aimer, l’autre le verbe baiser.
J’ai droit au deuxième. Sans une once de sentiment avec des mots crus, une saleté bestiale en haute définition. Le téléphone de l’ami est de bonne qualité. Elle va dans la salle de bain. Avant qu’il aille aux toilettes l’ami me demande de déguerpir. Je fuis. J’atteins la cage d’escalier toujours dans l’obscurité. J’attends sagement qu’ils se disent au revoir.
L’ami sort. Pas euphorique pour un sou, juste satisfait de sa performance. Il n’en parle pas. Sa mine béate me suffit amplement.
Dans le hall de l’immeuble nous croisons le mari de Paméla. Il tape dans les mains de l’ami. Ils se connaissent assez pour se tutoyer, pour s’enlacer comme des méditerranéens. L’amitié tactile et braillarde, celle qui oscille entre la complicité de circonstance et le coup de poignard de nécessité.
- Le cocu apostrophe l’amant : au fait tu aimes le foot ou le hard rock ?
- Pourquoi tu me demandes ça. J’aime les deux
- Parce que j’ai des places ce soir et pour le France Allemagne de foot et pour le concert des Eagles of Death metal au Bataclan
- L’ami me consulte : qu’est-ce que tu préfères ?
- Quitte à choisir ce sera écouter du hard rock. Le foot je ne supporte pas
- Va pour du hard mon pote.
Le cocu distribue ses billets à l’amant.
C’est la fin d’après-midi. Le jour baisse à une vitesse folle. Les néons de la cité s’allument par intermittences. La lumière fait du morse.
Nous prenons le métro direction Paris. Planqué dans un coin de la rame, l’ami consulte la vidéo. Il est hilare. Il balance un rire gras et satisfait. J’ai pris mes distances. Je fais mine de regarder la première page de « l’Equipe » qu’un lecteur ouvre en grand face à moi. Si je ne sais pas qu’il y a un match ce soir c’est que je suis aveugle.
L’ami m’escorte à le rejoindre.
- Eh Spielberg, regarde un peu ce que tu as pondu. Il me tend le portable.
- Cache-moi ça par pitié ! J’arrive.
- T’as un sens du gros plan mec, je n’en reviens pas. Regarde putain !! T’as honte ou quoi ?
- Pas ici et pas comme ça. J’ai horreur que l’on nous remarque
- Les gens s’en foutent. Regarde les . Ca lit les journaux, ça écoute son lecteur MP 3, ça fait des textos, ça tweete, ça facebook. Personne ne fait attention à personne. Ce monde est pourri mec. T’entends. Pourri !!!
Et le voilà qu’il hurle jusqu’à couvrir le signal d’arrivée de la rame.
Nous descendons à la station Saint Ambroise. Les voyages dans le temps vont me rendre fou. Je veux rentrer chez moi au plus vite. Mais comment faire ça ressemble à un cauchemar.
Les couloirs du métro sont crasseux. La misère souffle le froid et dépasse l’entendement. Un enfant se blottit contre sa mère qui mendie quelques euros. Je repense à la question de la vieille du centre commercial : il est ou le bonheur, il est où ?
Je connais la réponse. Il se trouve dans mon monde en 2046. Mais personne ici ne me croira. On me prendra pour un illuminé. Autant ne rien en dire.
Apres quelques minutes de marche, nous retombons sur une file d’attente. Elle n’a rien à voir avec celle du pôle emploi de ce matin. Elle est plus joyeuse, plus foutraque aussi dans l’accoutrement de ceux qui la composent. C’est rock, c’est anticonformiste, c’est empathique Et je vois ici l’antithèse à la foule du métro. Ça se regarde, ça discute. On sent des points communs.
Devant le Bataclan, on chante. Tous sourient à la vie. Je goûte enfin au plaisir de l’existence. Je voyage dans une autre époque. J’ai l’impression de revenir en 2046 un court instant. Chaque visage que je croise ne fait penser à ceux que je côtoie dans mon monde. Ils se ressemblent presque. A ceci près que les facies de 2015 ont déjà des rides de crispations sur leur front.
Les portes du Bataclan s’ouvrent. Nous nous installons. L’ami ne tient pas en place.
Il est debout pendant la première partie, le reste lors des premiers morceaux des Eagles Death.
Jusqu’à cette minute ou des voix crient Allah Akbar. Elles viennent du fond de la salle. La musique les presque couvertes. Premiers coups de feu, une rafale. On n’entend plus une note de guitares. Des corps sont tombés dans les rangs. Parmi eux, celui de l’ami. Je sais qu’il a servi de rempart et qu’il m’a sauvé.
Il est ou le bonheur, il est ou ? Pas là. Ici c’est l’enfer. Je veux rentrer. Je manque de m’évanouir. Un homme habillé de noir pose son arme sur ma tempe. Il va appuyer sur la détente. C’est la fin. C’est la fin….
J’ouvre les yeux. Les murs blancs de ma chambre apparaissent.
- J’entends la voix du médecin : je suis heureux de vous voir parmi nous. Je ne pensais pas que le voyage serait aussi rude pour vous
- Et moi donc
- On a failli vous perdre vous savez. Votre taux a atteint le -1. Il a fallu vous ranimer
- Sans quoi…
- Sans quoi vous étiez mort
- Mort d’avoir côtoyé le malheur de trop près
- Dorénavant je serai un éternel optimiste. Mon taux sera à 10 car je sais ou se trouve le bonheur
- Ou se trouve-t-il Louis ?
- Ici et nul part ailleurs
Lun 3 Oct - 09:18 (2016)
AIM MSN Skype
Auteur Message
La Plume du Chakal
Super Coup de Coeur
Super Coup de Coeur

Inscrit le: 25 Sep 2013
Messages: 405
Localisation: Arkham Asylum

MessagePosté le: Mer 5 Oct - 10:44 (2016)    Sujet du message: IL EST OU LE BONHEUR IL EST OU ? Répondre en citant

Héhé , bon jet , mecz ,

Par contre , c'rose teinté sombre , quand mêmz , pas pour m'déplaire

Pas mal de bonn'z idées en tout cas , genre la cure de déprime , j'aime beaucoup

Bonne auto-participation
_________________
http://laplumeduchakal.wordpress.com/

"Un blog qu'il est bien pour le lire"

https://www.facebook.com/laplumeduchakal
Mer 5 Oct - 10:44 (2016)
Visiter le site web du posteur
Auteur Message
Contenu Sponsorisé




MessagePosté le: Aujourd’hui à 02:22 (2016)    Sujet du message: IL EST OU LE BONHEUR IL EST OU ?

Aujourd’hui à 02:22 (2016)
Poster un nouveau sujet  Répondre au sujet   Jetez l'encre ! Index du Forum » Défi n°116

Page 1 sur 1
Toutes les heures sont au format GMT + 2 Heures

Montrer les messages depuis:

  

Sauter vers:  

Index | Panneau d’administration | créer un forum gratuit | Forum gratuit d’entraide | Annuaire des forums gratuits | Signaler une violation | Conditions générales d'utilisation
Powered by phpBB © 2001, 2005 phpBB GroupTraduction par : phpBB-fr.com
Xmox 360 by Scott Stubblefield