S’enregistrer FAQ Rechercher Membres Groupes Profil Se connecter pour vérifier ses messages privés Connexion
LA BRUNE AUX CHEVEUX LONGS

 
  Jetez l'encre ! Index du Forum » » Historique des Défis » Défi n°117
Sujet précédent :: Sujet suivant  
Auteur Message
hector vugo
Super Master CDC *
Super Master CDC *

Inscrit le: 18 Sep 2013
Messages: 819
Localisation: vigneux sur seine

MessagePosté le: Mer 19 Oct - 00:32 (2016)    Sujet du message: LA BRUNE AUX CHEVEUX LONGS Répondre en citant

PublicitéSupprimer les publicités ?
 
 

LA BRUNE AUX CHEVEUX LONGS 
 
 
Mon grand-père me disait : Quand tu verras la brune aux  cheveux longs, tu sauras que ton dernier jour est venu » 
 
 je l’ai vue souvent et je suis toujours là. Pourtant Mon grand-père n’était pas du genre à balancer des paroles en l’air. Il ne mentait presque jamais. Quand il parlait on l’écoutait.  On prenait un soin particulier à décortiquer ses phrases. 
 
On analysait son texte. On s’écharpait dessus. Les paroles du vieux cimentaient autant qu’elles séparaient notre famille. Nous l’aimions tous. 
 
Quand il décèda, nous évitâmes de l’évoquer, par peur des larmes. Ils auraient détesté nous voir pleurnicher sur son cercueil. Alors nous prîmes notre courage à deux mains pour discuter d’autres choses, faire comme si ce à quoi nous assistions était à la périphérie de notre conversation, un événement secondaire. 
 
Oui les obsèques du grand-père furent un événement secondaire grâce à des apartés entre cousins et autres aïeux. Quant à moi j’eus  un dialogue avec ma sœur ainée sur l’astrologie, une rigolade. C’était un jeu entre nous que nous pratiquions pour échapper à la douleur du réel. 
 
Je ne sais plus comment nous quittâmes le premier rang sans être remarqués. Peut-être que Justine n’entraîna à l’arrière du cortège. Peut-être…  
 
-          Ce dont je me souviens avec certitude c’est ce mot qu’elle me glissa à l’oreille : « je crois en l’astrologie. Et toi ? »  
 
-          Je lui répondis du tac au tac : «  J’y crois aussi » et de reprendre comme un pitbull :  Tu sais pourquoi ?  
 
-          Non. Dis-moi 
 
-          Parce que la Balance se pourrit la vie à force de vouloir satisfaire tout le monde, que le bélier fonce sur tout ce qui bouge et ne bouge pas, que… 
 
-          Elle me coupa la parole : que le taureau démarre au rouge en toute circonstance, que le verseau change d’avis comme de chemise, que.. 
 
-          Je lui coupai la parole moi aussi. Que  la vierge ne couche jamais le premier soir, que le lion attend le deuxième soir pour lui faire des avances… 
 
-          sous le regard du cancer essayant contre vents et marées de lui faire aussi du charme, que… 
 
-           (accélérant le débit) Que le sagittaire jaloux s’exerce au tir à l’arc sur le lion et le cancer sans résultat probant, que le gémeaux cherche encore son double pour se caser, que le scorpion essaye de piquer la vierge par vengeance, que la capricorne rêve d’être bélier pour bousculer la vierge et que le poisson fait des bulles parce qu’il n’a rien dans le bocal » 
 
-          Justine pouffa de rire et conclut : « comme papy » 
 
-          Comme papy ? 
 
-          Oui. Papy était poisson 
 
-          Ah… Le seul hic c’est qu’il en avait dans le bocal 
 
-          (à voix haute et intelligible) Tu as raison Clément. Le vieux il n’était pas con. 
 
Et nous rîmes de cette grossièreté. Nous fûmes bien les seuls. Les autres faisaient semblant de pleurer entre deux phrases échangés. J’étais sûr que Grand-père, là-haut, nous avait entendu et avait ricané à la sottise de Justine. C’était sa préférée.  Il aimait sa beauté, sa malice. 
 
Aujourd’hui j’ai l’âge de mon grand-père à sa mort. Je ressens une certaine la lassitude de vivre. Le goût de la joie s’évapore. L’odeur de son parfum s’évente. Même la nostalgie des temps heureux ne ranime plus tout à fait la flamme. J’ai tendance à l’oublier 
 
C’est l’usure La mémoire s’effrite. Heureusement que mon corps garde les témoignages visibles de mon existence comme autant de stigmates. C’est mon anti sèche, ma biographie ambulante. 
 
Le matin au réveil, j’aime regarder mon pied gauche nu et y voir cette marque rouge délavée résister aux années. Elle est encore là. Moins éclatante qu’avant mais toujours présente. Mon médecin traitant ne se l’explique pas. 
 
D’habitude une piqûre de méduse disparaît. La mienne est fidèle. Elle a refusé le divorce cutané. 
 
 Cette piqûre je m’en souviens parfaitement c’était il y a 80 ans. Je sortais de l’enfance, la silhouette à peine achevée, la charpente frêle, j’étais une brindille avec une chevelure hirsute, des yeux bleus et une voix grave. J’en abusais. Avec elle je singeais l’homme expérimenté. Je faisais rire les filles bien malgré moi.  Je me prenais trop au sérieux. 
 
Avec le recul c’était pathétique.  
 
Le coton tige que j’étais se prenait souvent pour John Wayne.  
 
Ce jour-là, je fonçai dans les vagues, tentai de nager le crawl en buvant la tasse. J’en garde aujourd’hui une aversion pour le sel 
 
Je suivis une trajectoire en z. Je m’éloignai, puis, fatigué par tant d’efforts, fis une planche christique les bras en croix, la tête face au soleil.  
 
Je bronzai en dérivant. J’entendis au loin les cris des enfants, des parents portés par le mistral. Je n’étais pas mécontent de prendre mes distances avec le tumulte du monde. Parfois je trouvais les adultes barbant avec leurs drames et leurs mesquineries. Papa trompait Maman avec  la femme d’un député, elle lui rendait la  monnaie de sa pièce avec le conseiller municipal chargé de la culture. Tout ce petit monde s’embrassait en se tutoyant, se disait droit en amitié et en amour. Mais les sentiments sont comme le sport, à force de pratiquer on n’est jamais à l’abri d’une entorse, pire d’une fracture. Je la sentais arriver en cet été-là. Voilà pourquoi je nageais à l’écart. J’avais besoin de calme. 
 
5 minutes seulement. Pas plus. 
 
Je savais qu’à la 6éme, ma mère enverrait un maître-nageur me chercher. Ce serait la honte absolu : John Wayne rapatrié de force. Alors j’abandonnai la planche et repris mon crawl mal assuré. Le rivage s’approcha. Les voix des enfants et des parents se firent de nouveau présentes. Le retour au rivage, à cette réalité étouffante.  Une douleur psychologique, puis soudain physique, violente. Une décharge électrique au pied gauche. Une méduse m’avait piqué. 
 
Mon pied gauche doubla de volume. On m’emmena aux urgences à la Timone. Un médecin maladroit me donna un mauvais remède. Victime d’une erreur de diagnostic, je tombai dans le coma. Un avant-goût de la mort, un premier rendez-vous avec la brune aux cheveux longs. Mon grand-père disait donc vrai. J’eus droit un speed dating avec elle. Je fus bien incapable de lui plaire car trop en phase avec la vie. Elle me congédia en  disant « un jour vous serez prêt et nous pourrons faire le chemin ensemble ». 
 
Quand j’ouvris les yeux, je vis le visage déstructurée d’une infirmière aussi douce que laide. Même son sourire était une balafre de bonheur. 
 
Ses mots : « Te revoilà parmi nous »  m’annoncèrent le retour chez les vivants.  
 
J’en doutai un court instant. Seule la main de maman sur ma joue me le confirma. 
 
  
 
D’habitude on ressort conforté de cette expérience d’outre-tombe. J’en fus déboussolé, marqué par une terrible angoisse. Tout pouvait s’achever de jour au lendemain sur une broutille, un claquement de doigt. Avant cette piqûre de méduse je l’ignorais. Je vivais dans l’insouciance.  
 
Je devins un ado grave, une sorte d’adulte prématuré. A la lisière d’un monde que je désirais intégrer au plus vite. Ceux que les lycéens appelaient « les vieux » m’intéressaient. J’aimais les observer de près. 
 
Jamais je n’avais pensé, jusqu’ici, qu’une église fut un laboratoire épatant, un endroit où je pouvais étudier à loisir les femmes et les hommes. 
 
Ce qui m’avait poussé là c’était une dette envers Dieu. Je lui devais d’être encore en vie.  
 
Quelques semaines après ma sortie de l’hôpital, j’allai à Notre Dame de la Garde. J’assistai à une messe, puis à une deuxième, jusqu’à devenir un aficionado. 
 
Je fus séduit par la basilique, par son immensité. Ce lieu propice au recueillement poussait à une remise en perspective de ce que nous étions :  pas grand-chose. 
 
Tous les dimanches, les fidèles s’y pressaient. Ils prêtaient allégeance en baissant la tête. C’était étrange de les voir se recroqueviller sur eux-mêmes devant les mots du Cardinal. Ce dernier s’imposait directeur des consciences.  
 
Je connaissais  quelques personnes dans cette assistance. Ils fréquentaient ma famille. Je savais que leur semaine n’avait pas été très catholique. Quid de l’intégralité de cette assemblée ? Je ne me faisais aucune illusion. Tous étaient des faux-culs. Mais des faux-culs bénis. 
 
Leur vie était un double jeu perpétuel. Je le voyais bien à la maison. Chez nous c’était du Feydeau à tous les étages. Les amants et les maitresses allaient et venaient ne croisant jamais les titulaires du poste. Seule l’odeur de leur courant d’air trahissait leur venu. Mais Papa comme Maman avaient l’élégance,  quelques instants, d’ouvrir la fenêtre pour aérer les pièces. 
 
L’idée de divorcer ne leur avait-elle pas traversé l’esprit ? Non. Parce qu’il avait besoin d’elle comme caution morale. Parce qu’elle vivait à son crochet. C’était un couple à l’ancienne, très loin de Simone de Beauvoir et de Simone Veil.  
 
Justine, ma sœur ainée, ne supportait plus cet univers. Elle était partie vivre ailleurs, à peine ses 24 ans fêtés. 
 
Elle se disait être libre et avait claqué la porte. Toute la famille l’avait rejetée sauf moi. 
 
On me pensait trop sage pour jouer les rebelles. Maman claironnait « Clément c’est un amour il étudie, il lit, il va à l’église le dimanche. ». C’était la version officielle de mon existence. Comme les autres je menais une double vie. 
 
Quand ma mère faisait des galipettes avec le conseiller municipal chargé de la culture, je m’échappais de Marseille avec mon scooteur pour rejoindre ma sœur aux Saintes Marie de la Mer. 
 
Justine s’y était installée avec son amoureux. Pedro, un gipsy. Elle avait abandonné ses études de biologie. 
 
Par amour elle était devenue une diseuse de bonne aventure.  Elle lisait l’avenir dans une boule de pétanque. Elle vivait dans une caravane 
 
Quand elle me l’annonça, je crus à une arnaque.   Je fus l’un de ses premiers clients. 
 
-          Clément. Pour toi ce sera gratuit 
 
-          J’espère bien. De toute façon je n’y crois pas à ces trucs. 
 
Elle sortit une boule lustrée couleur acier. Elle la consulta un long moment dans le silence. C’était risible de la voir si concentrée. Elle jouait bien la comédie. 
 
-          Je pouffai de rire. Tu te souviens à la mort de Papy quand on parlait d’astrologie…. 
 
-          Chut Clément ! Tu me déconcentres…. 
 
La Justine des obsèques du Grand-père se serait moquée de la Justine de la caravane. Elle avait bien changé.  
 
-          Et combien ça coute  tes bêtises ? 
 
-          150 euros de l’heure 
 
-          Ouh 
 
-          Seulement si mes prédictions sont exactes 
 
-          Tu n’es pas prête d’être payée ma pauvre 
 
-          Détrompes toi. J’ai un don et ça marche. Jette un œil à la fenêtre 
 
-          Qu’est qu’ils font là ces gens ? 
 
-          Ils font la queue pour me reconsulter 
 
-          Ce n’est pas possible Justine 
 
-          Si Clément. Alors tu veux savoir ce que j’ai vu pour toi dans boule ? 
 
-          Qu’est-ce que je risque. Vas-y. 
 
-          Ta vie va être bouleversée dans quelques heures. Tu vas rencontrer quelqu’un par hasard 
 
-          Merci pour l’info et pour la précision surtout 
 
-          Je ne peux pas t’en dire plus. 
 
-           Bon je vais rester dans le flou. Je dois y aller. Marseille en scooteur ce n’est pas à côté. Maman risque de s’inquiéter. 
 
-          Je comprends. Allez file frangin. 
 
-          A plus Justine 
 
-          Clément ! 
 
-          Quoi Justine ? 
 
-          Fais attention à toi 
 
Elle avait posé un regard angoissé sur moi. Je n’aimais pas ces yeux-là.  
 
La route était belle, inondée d’un soleil frôlant le crépuscule. Une journée d’automne à l’agonie. J’aurais dû avaler les kilomètres dans un état de bonheur, me laisser aller.  Le dernier regard de Justine m’en empêchait. Il réveillait en moi une sale idée : Et si sa prédiction avait été évasive pour me préserver ? Et si Justine ne m’avait tout dit ? 
 
J’étais dans mes pensées. Un peu trop en pilotage automatique. J’en oubliai une priorité à droite. L’accident bête, le vol plané.  A  nouveau dans le coma. Pendant 4 jours cette fois ci. 
 
Et encore une rencontre avec la Brune aux cheveux longs. 
 
-          Comme on se retrouve. 
 
-          Je ne comptais pas vous revoir aussi vite 
 
-          Quelqu’un m’a dit que vous passeriez tantôt. Quelqu’un qui vous connait et qui tient à vous 
 
-          Vous êtes bien informée alors 
 
-          Rien ne m’échappe. Votre heure n’est pas encore venue. Vous devez repartir. 
 
-          Quand se reverra-t-on ? 
 
-          Seul le hasard le sait 
 
En salle de réveil,  face à face avec l’infirmière au visage déstructurée. Toujours aussi douce que laide. 
 
Derrière elle, je ne trouvais pas ma mère, mais une femme que je ne connaissais pas 
 
C’était la conductrice de l’Austin mini noire à qui j’avais grillé la priorité à droite. 
 
-          L’infirmière me fit cette confidence : elle est à votre chevet tous les jours. C’est une de vos tentes ? 
 
-          Non 
 
-          Alors elle doit en pincer pour vous. 
 
Non ma visiteuse n’en pinçait pas pour moi. Elle avait seulement des remords que je fusse dans un tel état :  le visage tuméfié et la jambe droite dans le plâtre. 
 
A peine réveiller elle s’approcha de moi et se présenta 
 
-          Solange 50 ans Kiné et célibataire 
 
Drôle d’entrée en matière.  Et je me souvins de la prophétie de la boule de pétanque. Ma sœur m’avait prédit une rencontre. 
 
Je ne m’attendais pas à ça… 
 
Avant que je n’ouvrisse la bouche, cette Solange me raconta dans le détail mon accident. 
 
Elle en était désolée : « je n’ai pas pu vous éviter, vous alliez si vite. Dieu soit loué vous êtes vivant. Passez à mon cabinet, je m’occuperai de la rééducation de votre jambe. Voici ma carte. Je vous laisse. Prenez soin de vous » 
 
Elle fila. Un passage en courant d’air. Pas le temps de lui parler. 
 
Elle s’appelait Solange F… et était étonnamment svelte pour son âge.  
 
  
 
Maman ne la croisa pas à proximité de ma chambre. Heureusement. Si non j’aurais eu droit à un interrogatoire. Elle me posa pas de questions mais me toisa tellement sur ma chute en scooteur que le personnel soignant lui demanda de sortir au bout de 5 minutes d’engueulade. 
 
Quant à mon père, je sus bien plus tard qu’il fît une tentative de visite le lendemain. Il s’écroula dans le hall de l’hôpital, victime d’un malaise. Le pauvre ne supportait ni l’éther, ni les blouses blanches. 
 
 Une semaine passa. Je quittai le CHU sans l’aide de mes géniteurs. Mon père et ma mère étaient partis en séminaire chacun de leur côté.  
 
Une ambulance me déposa au domicile familial comme un colis de la poste.  Heureusement que j’avais les doubles des clés de la porte sans quoi j’aurais passé la nuit dehors. 
 
Malgré tout, je positivais. J’avais le pavillon pour moi seul et le frigo était plein. 
 
Deux jours à goûter à cette liberté, deux jours que ma sœur n’avait pas vu  dans sa boule de pétanque. 
 
Au début du Troisième jour mes parents revinrent. Et la pièce de boulevard reprit ses droits. Les allers et venues des amours interdites rythmèrent mon existence avec de temps en temps des visites plus familiales. Ainsi les oncles et tantes purent parapher mon plâtre  Toutefois, la signature dont j’étais le plus fière restait celle de Solange la kiné.   Fréquemment elle prenait des nouvelles de ma santé. Elle me téléphonait en se faisant passer pour une certaine Rébecca, une copine de fac. On se voyait lorsque mes parents s’absentaient. Elle passait à la maison en douce. 
 
Ce manège dura trois mois. Avoir à ses basques une quinquagénaire fut une expérience étonnante.  J’allais sur mes 20 ans en béquilles  avec le minois d’un bad boy. Je ne ressembais pas à  une bombe sexuelle. J’étais au mieux un pétard mouillé ignorant tout de son potentiel érotique. 
 
Je le découvris malgré moi, un jeudi 12 avril. Je me souviens de cette date. Et particulièrement de cet instant où Solange me plaqua sur sa table de massage pour abuser de moi. 
 
J’aurais pu l’attaquer en justice pour viol, mais c’eût été malhonnête  de ma part tant ce moment fut fondateur dans ma vie d’homme.  Comme l’acte médical était remboursé par la sécurité sociale je me voyais mal mettre fin à la série de séances. 
 
Trop vite à mon goût, et aux siens aussi, je recouvrais l’usage de ma jambe droite. Trois mois après ma première visite au cabinet de Solange. Par la suite, nous continuâmes à nous voir en cachette. 
 
 Ma mue se poursuivait. 
 
Je franchissais le pas. Je mettais fin à mes études après avoir arraché un doctorat de droit. Je devenais un avocat au casier judiciaire vierge malgré le meurtre de mes parents.  
 
Je me débarrassai d’eux.   Un soir, ils avalèrent un cocktail digne d’une belle euthanasie. J’avais suivi une recette que Solange m’avait donnée. Et hop je constatai au petit matin  deux cadavres dans un même lit.  
 
On parla en ville d’un suicide à la Zweig. Personne n’imagina le meurtre. Avec ma sœur nous héritâmes de la propriété. J’en eus la charge avec sa bénédiction.  
 
Aussi je transformai la demeure familiale en nid d’amour avec ma tendre Solange. Les opinions du voisinage je m’en moquais. Comme je me moquais aussi des réactions de cette bourgeoisie puante qui déversait sa bile peu après nous avoir croisés. Oui je vivais avec une femme plus âgée que moi. Et alors !!!! Nous nous aimions, c’est ce qui comptait le plus. 
 
Un grand écrivain disait : « tout passe, tout casse, tout lasse ». J’y ajoute : « tout crève, même l’amour ». La poésie à côté du concept de réalité. 
 
Solange et moi, nous nous épuisâmes l’un de l’autre. D’un commun accord, nous mous quittâmes. Sans heurt et sans pension alimentaire, avec ce reliquat de tendresse qui adoucissait l’aigreur d’une séparation. 
 
J’allai avoir 30 ans. J’appris la solitude heureuse, celle qui mariait les périodes de passades et d’abstinences. 
 
Des amours peu contrariés uniquement motivés par la satisfaction du désir. 
 
Je remarquai en faisant le bilan de mes galipettes que je n’avais jamais couché avec une brune aux cheveux longs. Un autre grand écrivain disait « on ne baise pas avec la mort, on se fait baiser par elle ». Le concept de réalité sans la poésie. 
 
Ma vie suivit son cours mangée par une suractivité professionnelle coupable. Ne s’engager à rien qu’à frôler les sentiments et gouter à ce frisson étrange de croire en l’autre, y croire un peu jusqu’à l’aube seulement. Et dire à la femme d’une nuit : « votre mission d’intérim n’est pas renouvelée » 
 
Vint 40 ans. La maturité. Le bonheur. Quelle bêtise ! Le début du déclin, les premières douleurs et l’impression terrible de la descente  vertigineuse. 
 
Cet implacable état des lieux de mon corps et de mon âme me poussa dans l’urgence de l’action. Laisser une trace à la postérité, faire un enfant. 
 
Je tombai amoureux d’une jeune femme dénichée par hasard un soir dans une boîte de nuit. Entre deux verres de vodka je l’invitai à danser, entre deux autres verres de vodka je la demandai en mariage. Le pire fut qu’elle me dît deux fois oui. 
 
Une première fois après un slow, un Barry White je crois. La deuxième fois deux jours plus tard, sur un lit d’hôpital au sortir d’un coma élitique, au cours duquel je croisai de nouveau la brune aux cheveux longs. 
 
-          Cette dernière se moqua de moi : « ce que vous avez changé. Vous êtes un vieux jeune. Sans teinture aux cheveux. Le poivre et sel les femmes adorent. La vôtre surtout.  Vous devriez aller voir votre sœur et sa boule de pétanque.  Vous avez un ces avenirs mon grand 
 
-          Je dois partir alors ? 
 
-          Oui. Ce n’est pas encore la fin pour vous 
 
-          C’est pour quand ? 
 
-          Je ne peux pas vous le dire. Secret professionnel 
 
La salle de réveil de la Timone était une habitude, un carrefour de mon existence.  
 
Je revins à moi. Ma fiancée Kimberley m’embrassa tendrement sous le regard attendri du médecin de garde 
 
-          Elle : J’ai fait un vœu mon chéri 
 
-          Moi : quel est-il ? 
 
-          Si tu te réveilles. Je t’épouse et je te fais un enfant. 
 
Dans ces instants-là, on agit sous le coup de l’émotion. On suit rarement les promesses. 
 
Kimberley, elle, ne trahit pas les siennes. Elle m’épousa et me donna un garçon. Louis. 
 
  
 
  
 
Qu’est ce qui explique qu’aujourd’hui Louis boude le vieillard que je suis ? Tout et rien à la fois. Cette vie décousue que je lui ai infligée. La maison à la Feydeau, les tromperies que sa mère et moi nous sommes faites, comme si j’ai inconsciemment reproduit le schéma de mes parents. Copié, collé, raté. 
 
J’ai revu la brune aux cheveux longs il y a 3 semaines. Une visite rapide juste avant l’aube pour me prévenir. Depuis ce jour je sais qu’elle rode. La nuit j’entends sa voix. Nous parlons. Elle me prépare à la rencontre. Je la sens imminente. Je me renseigne. Je lui pose des questions. Je négocie une prolongation. Elle refuse. Elle me propose une mutation. J’ai trop pêché pour rester ; 
 
La vie c’est comme l’économie. On évite à tout prix le licenciement en acceptant la mutation. Ce sera la réincarnation à la place du néant. Un miracle aux vus de mes états de services. 
 
-          Vous quitterez votre enveloppe terrestre demain me glisse-t-elle à l’oreille 
 
-          Pour aller où ? 
 
-          En bas de l’échelle de l’espèce 
 
-          Je ne vais pas devenir une mouche tout de même ? 
 
-          Non. Seules les ordures se réincarnent en insecte. Vous n’êtes pas une ordure,  seulement un sympathique criminel. 
 
-          Et alors ? 
 
-          Vous verrez. Je vous laisse un indice. 
 
-          Attendez. J’ai une dernière question…. 
 
 Elle part. J’entends la porte s’entrouvrir. La chatte de la maison de retraite rentre dans ma chambre. Son ventre est rond. Elle s’allonge à mes pieds et demande à ce que je lui caresse la panse. 
 
Elle va accoucher dans la nuit. Je mourrai quand son chaton viendra au monde. Un passage de témoin. D’une vie à l’autre.  
 
La mienne continuera dans un autre corps. Celui d’un petit félin. 
 
  
 
  
 
Mer 19 Oct - 00:32 (2016)
AIM MSN Skype
Auteur Message
valet2trefle
Super coup de coeur...
Super coup de coeur...

Inscrit le: 09 Avr 2015
Messages: 832
Localisation: Paris, Orléans, Tokyo...

MessagePosté le: Mer 19 Oct - 13:24 (2016)    Sujet du message: LA BRUNE AUX CHEVEUX LONGS Répondre en citant

Tu creuse toujours tes personnages à fond. C'est ce que j'aime bien avec toi. Encore une fois on s'attache à ton anti-héros et on suit sa vie avec délice. Bravo!
_________________
I've never been wise

https://bibliothequedesophie.wordpress.com/
Mer 19 Oct - 13:24 (2016)
Visiter le site web du posteur
Auteur Message
Alinoë
Méga CDC...
Méga CDC...

Inscrit le: 18 Sep 2013
Messages: 1 789
Localisation: Bruxelles

MessagePosté le: Mer 19 Oct - 19:59 (2016)    Sujet du message: LA BRUNE AUX CHEVEUX LONGS Répondre en citant

Okay Oh oui! très bon ça!!

J'aime beaucoup ton personnage, sa façon de nous raconter sa vie. Et puis quelle chute! :-p J'ai bien kiffé!


_________________
THE TRUTH IS OUT THERE


https://alinoebraun.wordpress.com/


https://www.youtube.com/watch?v=OttPq7ceH9E&feature=youtu.be&eml=2015September21%2F2733333%2F6010044&etsubid=30262197
Mer 19 Oct - 19:59 (2016)
Visiter le site web du posteur Skype
Auteur Message
Contenu Sponsorisé




MessagePosté le: Aujourd’hui à 08:07 (2016)    Sujet du message: LA BRUNE AUX CHEVEUX LONGS

Aujourd’hui à 08:07 (2016)
Poster un nouveau sujet  Répondre au sujet   Jetez l'encre ! Index du Forum » Défi n°117

Page 1 sur 1
Toutes les heures sont au format GMT + 2 Heures

Montrer les messages depuis:

  

Sauter vers:  

Index | Panneau d’administration | créer un forum gratuit | Forum gratuit d’entraide | Annuaire des forums gratuits | Signaler une violation | Conditions générales d'utilisation
Powered by phpBB © 2001, 2005 phpBB GroupTraduction par : phpBB-fr.com
Xmox 360 by Scott Stubblefield