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La boite à musique

 
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Alinoë
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MessagePosté le: Mer 19 Oct - 19:10 (2016)    Sujet du message: La boite à musique Répondre en citant

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Un soleil automnal réchauffait péniblement la placette balayée par une brise légère. Comme chaque fois que le temps le permettait, Enora posa son sac-à-dos sur la margelle au pied de la fontaine. Elle ouvrit la fermeture-éclair, sorti son baffle wirelss puis, la mine concentrée, rassembla sa tignasse rousse en une haute queue-de-cheval.

Quelques clics sur son smartphone à l’écran fendillé et les premières notes se mirent à raisonner. Elle se redressa d’un mouvement souple, laissant ses paupières retomber pour mieux s’imprégner de la mélodie, et, doucement, commença à danser.


*  


Assis derrière sa table à dessins (une gigantesque tablette tactile mobile), Lucas fixait l’horloge digitale avec intensité, le stylet suspendu au dessus de sa trop maigre esquisse.

10 : 00

Il se leva d’un bond, abandonna son outil et se précipita sur le balcon. Comme il l’espérait, la danseuse tourbillonnait devant la fontaine, indifférente aux passants qui s’arrêtaient pour la regarder.
*  


Emportée par la mélodie, Enora oubliait le monde alentour, les ennuis, la ronflants routine de la vie. Les piécettes que déposaient les inconnus devant elle ne l’intéressait guère, pas plus que leur pitié face à sa tenue rapiécée ou son jeune âge. Elle venait là uniquement pour le plaisir de danser librement, sans l’entrave d’une scène limitée et d’une chorégraphie toute tracée.

Elle alignait les pas avec l’aisance qu’avaient les autres pour respirer, utilisant naturellement les éléments de ce décor qu’elle connaissait par cœur. Ainsi, le vieux banc verts où se côtoyaient prénoms, numéros de téléphone, mots d’amour et insultes, devenait le support d’une pirouette mi-classique mi-moderne, arrachant au public présent une salve d’applaudissements.



*  


Appuyé à la rambarde en fer forgé, Lucas ne pouvait s’empêcher de sourire, claquant des mains à chaque nouvel exploit de la mystérieuse danseuse. Il ne manquait aucune de ses représentations improvisées, subjugué par sa maîtrise plus encore que par sa beauté.

Son imagination avait déjà tissé des centaines d’histoires autour de la jeune femme : sa vie, ses origines, les raisons qui la poussaient à se produire ainsi à l’air libre et ce qu’elle faisait de ses journées lorsque le ciel trop lourd l’empêchait de danser.

Elle l’intriguait plus que de raison pourtant, par couardise ou désir de prolonger le mystère, il se contentait de l’observer depuis son promontoire, gardant pour lui seul ses scénarios les plus fous.

Quand bien même oserait-il descendre dans la rue pour lui parler, que pourrait-elle lui trouver ? Il n’était qu’un dessinateur à la petite semaine, un artiste raté qui ne faisait que illustrer les idées d'autres génies plus brillants que lui.

Ni grand ni petit, banal, timide et introverti, il passait le plus clair de son temps enfermé bien en sécurité entre les quatre murs de son studio. Une vie de solitaire planqué qui lui seyait à merveille.


*  


Une dernière cabriole sur la dernière note. Enora remercia son public d’un sourire modeste avant de s’asseoir sur la margelle. Elle ne prêta qu’un regard discret à la menue monnaie amassée près de son baffle silencieux et, plongeant la main dans son sac, sorti sa précieuse bouteille d’eau tandis que la foule se dispersait .

Seule, elle sentait pourtant encore le regard fasciné de l’inconnu du balcon, comme elle se plaisait à le nommer lorsque, le soir venu, elle racontait à son colocataire le contenu de sa journée.

D’ordinaire, elle aurait ignoré le curieux, but quelques gorgée d’eau et, pourquoi pas, lancé un second morceau mais pas cette fois. Elle rangea la bouteille dans son sac, libéra sa chevelure de l’élastique qui la maintenait et, l’ébouriffant un coup, leva les yeux vers le jeune homme en souriant largement.



*  


Lucas sentit son cœur bondir dans sa poitrine quand le regard de la danseuse croisa le sien. Réflexe incontrôlable, il recula d’un grand pas, heurtant bruyamment la porte vitrée, ce qui ne manqua pas de faire rire Enora. Au comble de la gêne et les pommettes en feu, Lucas pivota d’un bloc et s’engouffra dans son studio.

Voilà. Elle l’avait grillé. Plus jamais il n’oserait sortir sur son balcon pour la regarder. Son cœur battait douloureusement à ses tempes, ses muscles frémissaient sous le simple effort de rester debout. Il se sentait comme un enfant pris en flagrant délit de matage de film interdit.

Appuyé contre le carreau, il contemplait son trente mètres carrés sous combles en essayant de se raisonner. Sa réaction était stupide, pour ne pas dire débile. Après tout, il n’avait rien fait de plus que les curieux passants agglutinés sur la placette.



*  


La mine amusée, Enora rangea bouteille, baffle et monnaie dans son sac. Elle enfila son pull à capuche d'un vert parfaitement assorti à ses prunelles, rajusta les manches coupées qui ornaient ses chevilles, attrapa son sac et se mit sur ses pieds.

« Si tu ne viens pas à Lagardère, Lagardère ira à toi.1 », récita-t-elle pour se donner du courage.

Puis, après une étude rapide de la façade pour savoir à quel étage résidait le curieux, elle traversa la place jusqu'à la porte écaillée par les intempéries. Il n'y avait que quatre sonnettes dont la moitié ne possédaient même plus de nom pour les identifier mais, si le calcule d'Enora était exacte, la dernière appartenait à l'inconnu du balcon.

Pas assurée pour autant, elle releva les yeux vers les étages en se mordillant nerveusement le bout de l'indexe gauche, tandis que le droit restait suspendu à quelques millimètres du boutons.



*  


Le coup de sonnette tira brutalement Lucas de sa catatonie. La main agrippée à son coeur, il riva son regard au visiophone comme si cela pouvait faire fuir l'intruse. Espoir vain...

Une seconde stridulation raisonna à travers le studio, arrachant le jeune homme au carreau dans un sursaut incontrôlable. Au comble de la nervosité, il aplatit sa chevelure, lissa sa maigre barbe puis sa chemise de trois jours et, enfin, esquissa quelques pas en direction de la porte.

Non. Il se ravisa à la dernière minute, intimidé par la simple image de la demoiselle. Il n'adressait même pas la parole aux livreurs, comment pourrait-il lui parler, à elle ? Une secousse de tête conclut sa pensée, suivit d'un nouveau coup de sonnette.

Elle l'avait vu, elle savait qu'il était là et semblait prête à camper un bon moment. Pas le choix, il devait répondre.



*  


Têtue mais peu patiente, Enora commençait à désespérer lorsqu'un souffle se fit entendre à l'autre bout du visiophone, une respiration hachée par l'anxiété. Le sourire s'épanouit à nouveau sur le visage de la danseuse, agrémenté d'une pétillante lueur dans son regard.

« Et si tu descendais boire un café ? », demanda-t-elle en guise d'introduction.

« Je préfère pas. », répondit Lucas au bout de quelques secondes.

« Alors tu me fais monter ? », renchérit Enora, loin de se décourager.

Certes, s'incruster chez un inconnu n'était pas très prudent mais celui-là n'avait pas l'air méchant. Quand bien même, elle savait se défendre.

« Ca non plus, je préfère pas. », maintint le dessinateur.

« T'as peur de quoi ? », ricana la danseuse. « Je vais pas te manger. »

« Je suis désolé. », souffla Lucas d'un ton presque inaudible au milieu du vacarme de la ville.

Et puis, plus rien. Enora tendit le doigt vers la sonnette avant de se raviser. S'il était aussi timide qu'il en avait l'air, insister ne ferait que le renfermer d'avantage. Elle reviendrait le lendemain, le surlendemain et ainsi de suite jusqu'à ce qu'il se montre à nouveau. Un tour complet sur elle-même. Elle allait s'en aller quand une stridulation se fit entendre.



*  


Le doigt à peine appuyé sur le bouton, Lucas se mit à regretter son geste. Elle allait monter, et après ? Entrer chez lui, mettre son nez dans ses affaires, poser un tas de questions... Rien que cette idée lui collait des frissons. Trop tard pour regretter. Il ne faudrait pas longtemps à la danseuse pour gravir les quatre volées d'escaliers.

Assaillit par une vague d'anxiété, il avisa le chaos de son studio d'un regard circulaire : le canapé lit encore ouvert, les emballages de plats préparés débordant de la poubelle, les dessins inachevés tapissant les murs, les vêtements sales fermentant depuis des lustres dans et autour du panier en osier,...

Un peu de rangement ne serait pas superflu.



*  


Enora n’hésita pas un seul instant, pénétrant dans le hall défraîchi parfumé à la soupe de poulet. L’ascension ne fut pour elle qu’une simple formalité et, en moins de deux, elle atteignit le dernier palier.

Trois coups légers contre la porte.

« J’arrive ! », lança Lucas au milieu du brouhaha de son rangement hâtif.

Heureusement, la surface de son studio n’était pas grande. Une dernière pression sur le couvercle de la poubelle pour faire disparaître les emballages de plats tous prêts, un fourrage rapide du surplus de vêtements sales dans le fond de sa garde-robe et le replis brutale de son canapé-lit suffirent à rendre l’espace présentable.

Enora s'apprêtait à frapper à nouveau quand la porte s’ouvrit sur le visage rougit du jeune homme.

« Désolé pour le désordre. », souffla-t-il en s’écartant pour la laisser entrer. « J’ai pas souvent de visite. »

La justification arracha un léger rire à la demoiselle tandis qu’elle pénétrait dans l’unique pièce du domicile.

« Tu sors pas beaucoup non plus on dirait. », charia-t-elle.

« J’évite. », répondit Lucas en refermant la porte.

« Pourquoi ? »

« Pourquoi pas. »

« C’est pas une réponse. », insista mollement Enora, captivée par son exploration du studio.

Peu enclin à s’expliquer, Lucas décida d’ignorer la remarque et, filant vers le coin cuisine, demanda :

« Sucre ? Lait ? »

« Les deux. », répondit Enora en se penchant dans une posture de ballerine au-dessus de la table-à-dessins.

Au milieu de l'écran tactile, entre les calques et les fenêtres d'outils, se trouvait une esquisse plus intrigante encore que celles qui tapissaient les murs. Avec un peu d'imagination, la demoiselle pu distinguer les vagues contours d'une fontaine ainsi qu'une silhouette en pleine exécution d'un pas de danse. De quoi titiller sa curiosité naturelle.

« Tu bosses sur quoi ? », demanda-t-elle innocemment.

La question secoua Lucas comme un électrochoc. Le visage délavé, il pivota d’un bloc et fonça jusqu’à elle, laissant la tasse à la cafetière.

« Rien. », élagua-t-il en chassant le dessins d’un effleurement de doigts.

« Très joli rien ! », rigola Enora. « Et sinon, t’as un prénom ? »

« Oui. » Il laissa un léger blanc avant de comprendre ce qu’elle attendait de lui. « Lucas. Je m’appelle Lucas. Hum. Désolé, je…le café. Tu voulais un café. », balbutia-t-il, la bouche asséchée par la nervosité.

Craignant de s’enfoncer d’avantage, il s’en retourna vers la cuisine au rythme bien trop rapide de son coeur. C’était décidément une très mauvaise idée de la laisser entrer.

« Moi, c’est Enora. », informa la demoiselle, un sourire amusé flottant au coin des lèvres. Loin d'être rebutée par la timidité maladive de son hôte, elle abandonna son sac-à-dos sur la chaise de bureau et le suivit jusqu'à la cafetière. « Pourquoi tu vis dans un truc si moisi ? T'as pas l'air de manquer de thunes. »

Surpris par la proximité de la danseuse autant que par sa question, Lucas coula vers elle un regard emplit d'une profonde perplexité.

« Contrairement aux gens, j'aime que les murs soient proches de moi. », expliqua-t-il en présentant la tasse de café à Enora.

« Intéressant. Ca fait au moins une chose que t'aime. », taquina cette dernière, acceptant de bon cœur la boisson. Elle avala une gorgée avant d'enchainer :« Pourquoi tu m'as laissé monter ? »

Excellente question, à laquelle Lucas n'avait aucune réponse valable à donner. Elle le hantait depuis des semaines, il espérait que leur rencontre la sortirait une bonne fois pour toute de ses pensées.



*  


La nuit commençait à tomber sur la petite place, une pénombre à peine troublée par la lueur orangée des rares lampadaires en état de fonctionner. Un homme bondit d’une voiture noire, la tête enfoncée entre les épaules, le col de son manteau remonté jusqu’au milieu des joues. D’un pas leste, il traversa la rue et pénétra dans l’immeuble. Il grimpa les trois volées d’escaliers aussi vitre que ses poumons de fumeurs le lui permettait et, arrivant au dernier étage, s’engouffra dans le studio sans prendre la peine de frapper.

« Lucas ?! », appela-t-il, la voix emprunte d’inquiétude.

Un coup d’œil dans la pièce suffit à l’apaiser. Lucas se trouvait dans le canapé, tranquillement assis en compagnie d’une jeune et jolie rouquine. Sur la table basse devant eux, une ballerine tourbillonnait dans sa boîte à musique sur une mélodie de Vangelis.

« Nic ? », s’étonna le dessinateur en bondissant sur ses pieds. « Que…qu’est-ce que tu fais ici ? »

« J’aurais pas eu besoin de venir si tu décrochais quand on t’appelle ! », pesta l’homme en replaçant sa chevelure gominée.

« Désolé, j’étais…occupé. », balbutia Lucas, les pommettes roses de gêne.

« Je vois. », répondit l’aîné en détaillant la demoiselle des pieds à la tête. « Et je peux savoir qui c’est ? »

Typiquement le genre de question que Lucas redoutait. A plusieurs reprises, sa bouche s’ouvrit sans qu’un son ne franchisse le seuil de ses lèvres.

La danseuse, qui suivait la scène d’un œil curieux, se dit qu’il était temps d’intervenir. Elle se leva donc à son tour et tendit une main vers l’homme au manteau :

« Enora. »

« Nicolae », répondit-il en acceptant volontiers la poignée. Son visage se fendit même d’un vague sourire pour l’occasion. « Tu l’as braqué avec une arme pour qu’il te laisse entrer ? »

« Très drôle… », marmonna Lucas.

De fait, la danseuse rigola de bon cœur à la boutade ; un rire aussi léger et gracieux que sa propriétaire.

« Oh, ça va, boude pas ! », insista Nicolae en gratifiant le dessinateur d’une petite tape amicale. « C’est pas tous les jours que tu reçois quelqu’un chez toi. »

Pour ne pas dire jamais… Lucas n’appréciait pas qu’on pénètre son espace, pas plus que de quitter la douce sécurité de ses quatre murs. Il n’aimait pas grand-chose ni grand-monde. Sans la ténacité de Nicolae, ils n’auraient eu comme seul lien que le partage d’une chambre d’internat.

« La quelqu’un est désolée de péter l’ambiance mais elle doit vous laisser. », déclara la danseuse après un rapide coup d’œil à sa montre.

Ponctuant ses mots, elle attrapa son sac-a-dos et le jeta sur son épaule dans un cliquetis de monnaie.

« C’est pas moi qui te fait fuir, j’espère ? », demanda Nicolae.

« Oh, non ! », s’empressa de le rassurer Enora. « Faut juste que j’aille bosser. » Puis, se tournant vers Lucas, elle rajouta : « On se voit demain ? »

Lucas se contenta d’un vague hochement de tête, trop mal à l’aise pour articuler le moindre mot. Une personne dans sa bulle n’était déjà pas simple à gérer, alors deux…

« Si le rendez-vous est pris, je peux peut-être te déposer quelque part ? », proposa Nicolae.

« C'est gentil mais je préfère marcher. », déclina poliment la danseuse.

Elle conclut par un sourire à l’attention du dessinateur et quitta prestement le studio.



*  


Une café et quelques bières plus tard, Lucas terminait de raconter le contenu de son étrange journée. Le sourire d’Enora, son coup de sonnette et toutes les questions qu’elle lui avait posées.

Enfoncé dans le canapé, les pieds déchaussés posés sur la table basse, Nicolae ne parvenait pas à chasser l’amusement de son visage. Il était heureux que son ami s’essaye enfin au contact social. Pourtant, une question restait encore en suspend.

« OK, vous avez discuté mais ça explique pas ça. », dit-il en soulevant du bout du pied le couvercle de la boîte qui eu tout juste le temps d’émettre trois notes.

« La musique. », répondit Lucas sur le ton de l’évidence.

« Oui, quoi ? »

« Enora, c’est la dessus qu’elle a dansé ce matin. »

« Du coup, tu t’es senti obligé de sortir ta vieillerie. », ricana Nicolae.

Pure provocation à laquelle le dessinateur refusa de répondre. Au lieu de cela, il poussa un long soupir, attrapa sa précieuse boîte et alla la ranger dans le dernier tiroir de sa commode.

« Je peux pas comprendre, c’est ce que tu penses. », affirma Nicolae en le suivant des yeux.

« Ose me dire le contraire. »

« … ok, t’as raison, je pige pas. T’as une fille canon chez toi et tu lui sors tes antiquités ! »

« Contrairement à toi, je suis capable de rester dans la même pièce qu’une femme sans chercher à la sauter. », répliqua Lucas, un poil vexé.

Au lieu de revenir s’installer dans le canapé, il s’assit devant sa table à dessins et entreprit d'étoffer son esquisse.

« Parce que ça t’arrive de penser à baiser ? », taquina Nicolae, indémontable.

Consterné par la question, Lucas fixait obstinément le dessin au centre de sa table tactile. Ce n’était pas tant qu’il manquait de répartie, il ne voyait simplement pas l’intérêt de ce genre d’affrontements viriles. Si son ami voulait le dernier mot, il le lui offrait volontiers.

Le silence régna sur le studio pendant plusieurs minutes sans que Nicolae ne tentât rien pour le briser. S’il était têtu, Lucas remportait la palme du plus grand des butés. Une fois qu’il avait décidé de se taire, il pouvait tenir pendant des semaines entières.

« Je vais y aller, Jen’ va s’inquiéter. », informa Nicolae en s’extirpant du canapé.

Un coup d’œil à son ami ; il enfila ses chaussures, son manteau et quitta le studio sans rajouter un mot.



*  


Le jour commençait à se lever lorsque Lucas décolla enfin les yeux de sa table à dessins. Il se sentait vide et déphasé malgré l’intense satisfaction d’avoir enfin achevé une œuvre, s’il pouvait vraiment l’appeler ainsi.

Un soupir filtra entre ses lèvres tandis qu’une main glissait sur son visage. Il pivota sur sa chaise, avisant le studio désert d’un œil surpris. Quand Nicolae était-il parti ?

Un haussement d’épaules répondit à sa question mentale. Un effleurement de l’icône d’enregistrement et un coup d’œil à l’horloge.

6 : 30

Lucas se leva de son siège et, tout en enlevant ses vêtements malodorants, fila vers la salle de douche. Maintenant que son cerveau avait fini de turbiner, il pouvait enfin se consacrer aux banalités communes telles que se nourrir et se laver.



*  


Lucas se tenait dans l’encadrement de la porte de son immeuble, livide et tétanisé par la proximité de l’extérieur.

Il sentait le vent sur son visage, l’odeur d’humidité, de nourriture et de gaz d’échappement. Et puis, il y avait les bruits qui lui vrillaient les tympans : le vrombissement des moteurs, les coups de klaxon, les sonneries de téléphones et les conversations.

Les bras de Lucas se resserrèrent autour de sa boîte à musique, sa respiration s’approfondi. Il lui avait fallut près d'une heure pour atteindre le rez-de-chaussée ; il ne renoncerait pas en si bon chemin.



*  


Comme chaque fois que le ciel le permettait, Enora arriva aux abords de la fontaine, sac à l’épaule. Elle allait s’installer quand elle remarqua Lucas planté en plein milieu de la rue, le visage cireux et les yeux écarquillés par la peur. Il serrait sa précieuse boite contre son cœur sans prêter attention aux voitures obligées de le contourner.

La danseuse ne perdit pas une seconde en réflexion. Elle s’élança vers lui, l’attrapa par le bras et le tira en sécurité sur le trottoir. Lucas suivit mollement, trop retourné pour réagir. La distance ne semblait pourtant pas aussi grande depuis sa porte…

« Lucas ?! Lucas, tu m’entends ? », demanda Enora d’une voix inquiète.

Le jeune homme battit des cils, ouvrit la bouche mais resta silencieux, l’esprit englué par son irrépressible frayeur.

« Lucas ? », insista vainement la danseuse. « Tu… Où sont te clefs ? » Déjà, ses mains farfouillaient dans les poches du dessinateur en quête de son trousseau. « Bingo ! », s’exclama-t-elle lorsque ses doigts se refermèrent sur les clefs.

Elle se dressa sur la pointe des pieds, posa un bisous rassurant sur la joue de Lucas et murmura :

« Viens, je te ramène chez toi »



1Extrait du film « Le Bossu »


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Alinoë
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MessagePosté le: Mer 19 Oct - 19:12 (2016)    Sujet du message: La boite à musique Répondre en citant

 

A y est! Finiii! (Enfin, presque... )

Par contre, je garanti pas la qualité...
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MessagePosté le: Mer 19 Oct - 20:45 (2016)    Sujet du message: La boite à musique Répondre en citant

Ah non mais je veux la suite là! Tu peux pas nous laisser comme ça >< T'inquiètes pas pour la qualité en tout cas, ton écriture n'a rien perdu!
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MessagePosté le: Mar 25 Oct - 09:56 (2016)    Sujet du message: La boite à musique Répondre en citant

Gravz, c'est super fluide !

Belle histoire , un poil de mélancholie , pas de pathos relou/vulgaire ,
j'aime beaucoup

Bon , après , juste pour pinaillier , Enora . . . J'avais du mal à m'représenter la belle rouquine , j'avais plutôt une connasse de blonde décérébrée sous la carafe

Bon cdc en tout cas
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MessagePosté le: Mer 26 Oct - 21:55 (2016)    Sujet du message: La boite à musique Répondre en citant

Merci les gars!
 
Vos com' me touchent grave grave!


Chakal: J'espère que ta vision d'une "Enora" ne t'as pas trop niquer la lecture quand même... bouarf!
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 12:47 (2016)    Sujet du message: La boite à musique

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