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#3 - Faut-il croire en l’amour quand il se réduit au silence ?

 
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Rafistoleuse
Coup de Coeur ...
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Inscrit le: 11 Sep 2013
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MessagePosté le: Lun 25 Nov - 20:27 (2013)    Sujet du message: #3 - Faut-il croire en l’amour quand il se réduit au silence ? Répondre en citant

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Faut-il croire en l’amour quand il se réduit au silence ?
Hector Vugo
 
 
 
 


L’hiver se pose sur ce corps que vous chérissiez

Au point de non-retour vous subissez l’absence

Puis le regret des heures ou vous l’aviez aimée



Je dois vous avouer que j’ai eu des remords très vite après. Et surtout cette terrible sensation qui vous tenaille le cœur. L’irréparable existe vraiment. Je l’ai donc fait.

Il a fallu tout nettoyer, déverser des litres de javel sur le sol de la salle de bain, éconduire cette odeur impropre à la vie. Et cela, sans faire trop de bruit. Encore heureux que les voisins baisent comme des lapins. Avec l’autre qui gueule comme une truie quand elle jouit c’est facile de passer inaperçu.

Raser les murs, ça je sais faire. Mieux que n’importe qui.

Jusqu’à un âge très avancé, j’ai pensé échapper aux destins des hommes normaux : fonder un foyer, tenter de se reproduire, et afficher sa réussite sentimentale aux yeux du monde.

Puis le bonheur m’a rattrapé par le col, à l’improviste.

C’était un jeudi. Oui c’est ça. Souviens-toi c’était un jeudi, souviens toi on avait suivi le chemin des amoureux….

C’est du Joe Dassin dans le texte, j’ai des lettres vous savez.

Je tombai en amour un jour de Jupiter dans un supermarché au stand des chaussettes pour hommes. Question romantisme on repasse.

J’aurais pu travestir la vérité vous dire par exemple que nous nous étions rencontrés sur la terrasse d’un café face au jardin du Luxembourg ou encore sur une péniche sous le pont Mirabeau. Mais non. Je t’avais croisée dans un Auchan de la banlieue Sud. Tu tenais à la main une paire à laine épaisse bleue, taille 38. Il était 18h43.

Ça c’est mon côté féminin, je n’oublie jamais l’heure, la date, le lieu, les circonstances d’un grand frisson.

Nos regards se posèrent l’un sur l’autre et badaboum.

J’étais foutu, pris au piège.

L’heure qui suivit, je découvris tes pieds nus et autres parties de ton corps dans un king size bed.

C’est ce même lit que je refais ce matin. Je change les draps de la honte. Je les mets en machine avec une dose de « chat » et un adoucissant. Celui que tu aimais tant, tu sais « l’ours cajoline ».

Tu m’appelais comme ça tu te souviens. J’eus droit à ce surnom après notre première heure d’intimité. Il était 19h45. Tes pieds se collèrent aux miens en recherche de chaleur. Tu te mettais en chaussettes au lit pour ne pas avoir froid. J’avais cru bon de te dire qu’un homme valait mieux qu’une paire en laine.

Tu avais ri et pris au mot cette remarque.

Tu m’adoptas et me proposas de vivre avec toi.

J’allai vivre en couple. Très vite j’installai mes affaires dans ta penderie. Ça me fait tout drôle de la vider aujourd’hui.

Il n’en restera rien, Rien de nous. Mes affaires je les emporte ailleurs, les tiennes je vais les jeter. Pas tout de suite.

Je tiens à me pas éveiller les soupçons. Le couple qui baise comme des lapins pourrait dans un moment de non copulation me surprendre. Ils ont l’ouïe fine.

Je vais attendre qu’ils reprennent leurs travaux et que le soleil soit là vraiment. Histoire de voir les dégâts de prés, de prendre en pleine poire la déchéance d’une harmonie. Ca y est, la voisine braille de nouveau. Je peux m’y remettre.

Je coupe tes vêtements en confettis et les mets dans un sac poubelle. Après je m’attaque à nos photos, à tes livres.

C’est dingue je me souviens que le soir après avoir fait l’amour avec toi vers 20h15, tu m’avais montré quelques clichés encadrés. Des ex tu disais, que des beaux mecs avec des tablettes de chocolats et leur sourire hollywoodien. De quoi avoir les boules. D’ailleurs je les avais grave. Et je t’avais fait la gueule. Oh un court instant puisque tu avais décidé spontanément de tous les enlever ces putains de clichés. Tu m’avais embrassé en me glissant à l’oreille : « demain je prendrai des photos de toi ».

Ce sont celles que je découpe là maintenant. C’est l’heure de la liquidation totale des amours. J’en suis l’unique huissier.

Après les photos, les livres. Tu sais qu’elle m’en a donné des complexes ta bibliothèque. Aragon, Sartre, Mauriac, Camus, Malraux, Miller, Ronsard et tutti cuanti. Mon dieu comme je sentais le vide abyssal de ma connerie quand je passais devant ces reliures.

Tu ne m’en as jamais tenu rigueur. Et pourtant, tu fréquentais des gens dits intelligents, de ceux qui vous mettent minables au scrabble.

Du jour où nous nous sommes mariés tu as presque coupé les ponts avec eux. Pas tous.

C’était le sujet de notre première dispute : tes derniers amis, des plumivores tu disais.

Des gens qui écrivent des histoires. Je n’ai jamais aimé ces gens-là. Des charognards, des escrocs, des espions.

Surtout celui-là : Alfred. Tu le trouvais beau. Et moi qui le trouvais sympathique. J’en avais fait un pote. Il était marrant. C’était le genre de type à citer D’Ormesson et Ribéry, dans une même phrase comme par exemple : c’est une chose étrange à la fin que le monde, identique à un voyage au Touquet, une ville que j’aime bien venir.

Toi et moi, il nous appelait les débraillés. Pour lui on n’allait pas ensemble.

Il n’y a jamais cru. C’est pour ça qu’il t’a draguée. Et t’as craqué, salope ! Je vous ai surpris et j’ai pété les plombs, surtout après avoir aperçu les tâches de son sperme sur les draps.

Les traces du plaisir sont heureusement délébiles, pas comme la mort.

La mort parlons-en, son odeur s’est posé sur les murs de l’appartement et spécialement notre salle de bain

Le crâne d’Alfred s’est écrasé sur le carrelage. Et franchement je préfère cent fois cette teinte rouge au blanc impersonnel pour lequel nous avions craqué chez Castorama.

Quelle belle idée d’avoir gardé cette batte de base ball. Avec la tête d’Alfred j’ai fait un home run. Il est mort sur le coup.

Ca a fait un de ces boucans. Pas autant que la poule du dessus qui vocalisait déjà avec son vas-y c’est bon !!!!

Toi, ma chérie, tu criais d’effroi. Pas si fort que l’autre gazelle. Mais assez pour me taper sur le système.

J’ai eu un mal de chien à t’étouffer avec cet oreiller bleu. Une, deux, trois minutes, je l’ignore.

Il est bientôt midi, j’ai faim. Je ne suis plus rien, plus rien qu’une bête.

Faut-il croire en l’amour quand il se réduit au silence ?

Non plus vraiment.

_________________
Rafistoleuse


Dernière édition par Rafistoleuse le Jeu 28 Nov - 05:58 (2013); édité 2 fois
Lun 25 Nov - 20:27 (2013)
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Octobell
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MessagePosté le: Mar 26 Nov - 03:10 (2013)    Sujet du message: #3 - Faut-il croire en l’amour quand il se réduit au silence ? Répondre en citant

Putain j’adore la manière dont tu décris les sentiments du personnage. On est vraiment avec lui, et même si on est dégoûté de sa manière de penser, bah on pense avec lui… Et mon dieu, c’est encore pire !! Et petit détail qui tue : j’adore les petits points purement triviaux que tu distilles dans ton texte.
_________________
Octobell

Tous les propos exprimés dans les bonus de ce DVD n'engagent que l'intervenant
et ne sont en aucun cas le reflet de l'opinion de JE! Corp.
Mar 26 Nov - 03:10 (2013)
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Rafistoleuse
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MessagePosté le: Mar 26 Nov - 03:37 (2013)    Sujet du message: #3 - Faut-il croire en l’amour quand il se réduit au silence ? Répondre en citant

C'est très fort, ce machiavélisme du personnage contenu dans une expression soignée, c'en est encore plus percutant, j'adore ! Le personnage est drôlement bien campé ! Bravo !
_________________
Rafistoleuse
Mar 26 Nov - 03:37 (2013)
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Matt Anasazi
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MessagePosté le: Mar 26 Nov - 09:28 (2013)    Sujet du message: #3 - Faut-il croire en l’amour quand il se réduit au silence ? Répondre en citant

Quelle plongée dans la psychologie d'un tueur (occasionnel, certes mais tueur !) J'adore ton style, mêlant réflexion profonde, puis détails du quotidien. Une belle claque ! (au passage, le narrateur a un côté féminin mais je pense que l'auteur est un homme de sexe masculin ! Enfin, je dis ça, je dis rien !)
_________________
"Faire sortir les maux de l'âme, c'est la psychanalyse.
En faire sortir des mots, ici naît la littérature."
Mar 26 Nov - 09:28 (2013)
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Alinoë
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MessagePosté le: Mar 26 Nov - 09:34 (2013)    Sujet du message: #3 - Faut-il croire en l’amour quand il se réduit au silence ? Répondre en citant

Ah oui! Une belle plongée dans la tête du tueur! J'ai vraiment bien accroché! ^^ 


Et comme dit Mo: on est a fond avec ton héros malgré toute l'horreur de la scène... J'adhère totalement! J'me serais cru en pleine émission du même nom ("Dans la tête du tueur") qui passait justement hier soir sur Discovery Channel... (oui, hyper passionnant, le comment... pour changer. XD)




Ceci dit, comme Matt, j'ai hésité un moment sur le sexe du narrateur: femme, homme? Au départ, c'est un peu flou (surement le "je" qui donne cet effet).
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Mar 26 Nov - 09:34 (2013)
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Fairyclo
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MessagePosté le: Mar 26 Nov - 20:32 (2013)    Sujet du message: #3 - Faut-il croire en l’amour quand il se réduit au silence ? Répondre en citant

Pfiou j'étais plongée dans cet appartement, limite j'étais la plante verte à côté de la penderie, témoin de la scène. Alors quand ça me fait cet effet là, c'est tout bon ! Bravo ! 
Mar 26 Nov - 20:32 (2013)
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Le zèbre
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MessagePosté le: Mer 27 Nov - 19:03 (2013)    Sujet du message: n°3 Répondre en citant

Ah oui ! J'ai vraiment aimé de bout en bout. Un début, un milieu et une fin ponctués de points qui laissent en suspension. Tu viens de gagner une voix !
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Linelea
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MessagePosté le: Jeu 28 Nov - 00:23 (2013)    Sujet du message: #3 - Faut-il croire en l’amour quand il se réduit au silence ? Répondre en citant

Brrrrr...
Ca fait froid dans le dos...
Bien écrit, bien décrit, Bravo.
Jeu 28 Nov - 00:23 (2013)
Auteur Message
Odepluie
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Inscrit le: 18 Sep 2013
Messages: 381

MessagePosté le: Jeu 28 Nov - 10:29 (2013)    Sujet du message: #3 - Faut-il croire en l’amour quand il se réduit au silence ? Répondre en citant

Ah j'aime la fraicheur de ce texte ! La rencontre à Auchan, elle est unique ! Puis les petits souvenirs, les détails, on ressent la nostalgie du personnage, même si on se doute tout de suite de ce qu'il a commis (faut dire que notre contrainte brise un peu le suspens, direct lol)  J'adore toutes les références que tu utilises, et cette phrase aussi :
"C’était le genre de type à citer D’Ormesson et Ribéry, dans une même phrase comme par exemple : c’est une chose étrange à la fin que le monde, identique à un voyage au Touquet, une ville que j’aime bien venir." Elle est énorme !!

Bref c'est léger et grave en même temps, drôle et terrible ! Belle prouesse ! Je n'en attendais pas moins de toi =P
Jeu 28 Nov - 10:29 (2013)
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Yannick Darbellay
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MessagePosté le: Jeu 28 Nov - 10:48 (2013)    Sujet du message: #3 - Faut-il croire en l’amour quand il se réduit au silence ? Répondre en citant

J'ai reconnu la patte "Vugo" instantanément, j'étais assez sûr de moi, faut dire que je me suis penché attentivement sur ton écriture y a pas si longtemps que ça! ^^


L'ouverture avec ces trois vers m'a scotché! Par la suite j'ai trouvé que l'on perdait un peu en puissance, mais faut dire que t'avais placé la barre tellement haute au départ, et par répercussion, mes attentes aussi...
En fait l'écriture est grinçante à souhait, c'est du bon "Vugo", et j'aime le ton, mais je crois que c'est l'histoire que je n'ai pas trouvée follement originale. J'ai quand même bien ri avec le clin d'oeil aux plumivores^^
Jeu 28 Nov - 10:48 (2013)
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hector vugo
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Inscrit le: 18 Sep 2013
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Localisation: vigneux sur seine

MessagePosté le: Jeu 28 Nov - 12:46 (2013)    Sujet du message: un grand merci Répondre en citant

Un grand merci à vous toutes et vous tous pour vos commentaires
Jeu 28 Nov - 12:46 (2013)
AIM MSN Skype
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ATea
Plumivores
Plumivores

Inscrit le: 18 Sep 2013
Messages: 945

MessagePosté le: Dim 1 Déc - 13:17 (2013)    Sujet du message: #3 - Faut-il croire en l’amour quand il se réduit au silence ? Répondre en citant

Décidément les Plumivores en prennent un coup sur cette Nuit...  Shocked




En tout cas, un texte avec une intrigue, certes sur l'amour tendre, l'infidélité et le crime passionnel. Mais si le thème est connu, le traitement est pur, le traitement est dur. Il est profond grâce à cette narration à la première personne, grâce à ces petits détails distillés ici et là. Il est dramatique car on sent la souffrance et la haine du personnage. Et l'anéantissement de la raison "Je ne suis qu'une bête". 




C'est un texte vraiment bien écrit.




Une question me reste cependant... 
Qui est ce Bel Alfred, le serpent de la Tentation, qui t'a inspiré ? 
Laughing
_________________
ATea.
Dim 1 Déc - 13:17 (2013)
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hector vugo
Super Master CDC *
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Inscrit le: 18 Sep 2013
Messages: 819
Localisation: vigneux sur seine

MessagePosté le: Lun 2 Déc - 12:01 (2013)    Sujet du message: Merci Répondre en citant

Merci A Tea pour tes commentaires.

Concernant ta question sur Alfred. Ce personnage est un conglomérat de personnages masculins. Je n'ai pas été inspiré par untel ou untel.

Alfred c'est une salade de fruits.
Lun 2 Déc - 12:01 (2013)
AIM MSN Skype
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 06:01 (2016)    Sujet du message: #3 - Faut-il croire en l’amour quand il se réduit au silence ?

Aujourd’hui à 06:01 (2016)
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