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LOLA MY DEAR

 
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hector vugo
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Inscrit le: 18 Sep 2013
Messages: 819
Localisation: vigneux sur seine

MessagePosté le: Sam 29 Mar - 15:58 (2014)    Sujet du message: LOLA MY DEAR Répondre en citant

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Salut les plumis,


Je prends le relais du Chakal vous présente : "lola my dear"


Bonne lecture







Il devance les premières lueurs du jour pour voir de son balcon le lever du soleil. A cette heure La ville a le charme unique de l’aurore. Est-ce dû à la mortuaire beauté des chrysanthèmes masquant les stèles du cimetière, ou bien l’improbable vieux pêcheur taquinant le poisson sur les quais du fleuve ? 
 
Comme un scientifique qui l’œil sur son microscope, observe l’infiniment petit, Antonin regarde d’abord le jour pointer, puis les premiers signes d’une vie vaguement sociale. 
 
C’est un rite. A force il s’y habitue. Il y  trouve une sorte de plaisir. 
 
Ainsi oublie-t-il, un temps, l’insupportable vision de ce lit vide. 
 
Depuis quand Lola l’a quitté ? Ca fait une éternité. 
 
Il aurait aimé avoir un Gulliver, un « scruteur » avisé de sa vie, pour le remettre sur le droit chemin. Celui de l’amour et des choses simples. 
 
Seulement les choses simples l’ont toujours barbé.  Quant à l’amour, il a fait une croix dessus. 
 
Antonin a, encore, la nostalgie de Lola et, bizarrement, de son ronflement nocturne.  
 
Jadis il rythmait ses nuits. La circonférence de sa cage thoracique n’était pas proportionnelle aux décibels constatés. Son ex épouse atteignait difficilement un 85 C. 
 
Antonin ne se plaignait, jamais, de son tour de poitrine. Elle si. D’ailleurs elle mettait du coton dans ses bonnets. Elle trichait et voyait, dans ce biais, l’opportunité de tester son pouvoir de séduction. 
 
Aussi elle avait constaté que plus les logements du couple étaient spacieux, plus elle avait bourré le contenu de son soutien-gorge lors des visites. Ainsi Lola et Antonin étaient passés du studio au 5 pièces en 5 ans. Elle aurait pu écrire un essai sociologique intitulé : les gros seins ne connaissent pas la crise du logement. 
 
D’où lui venait ce complexe mammaire, cette infériorité supposée ? Elle, qui au début de leur mariage, se moquait de son thorax d’apparence masculin. Lui aussi s’en fichait. Les raisons de son attrait se trouvaient ailleurs. 
 
Antonin flashait sur son air de femme enfant, sur son absence de gravité rendant le quotidien léger et supportable. 
 
Au fil du temps le charme s’était rompu. La légèreté s’était évaporée au profit d’une frustration dont il n’avait pas vu, de lui-même, les vrais ressorts intimes. 
 
On lui disait que cela venait d’une absence de maternité. Et pourtant ce n’était pas faute d’avoir essayé. Ce foutu blocage psychologique rendait le ventre de Lola infertile, alors que rien n’indiquât un terrain défavorable. 
 
Pour dissiper les derniers doutes, Antonin avait passé des examens. On avait vérifié la vigueur de son bassin spermatique. Tout baignait de ce côté-là. 
 
Le couple avait traversé le cycle de l’euphorie où l’on baise comme des lapins, le cycle du devoir conjugal où l’on joint l’agréable à l’utile. Il se brisait sur celui du passage obligé où seule la corvée du coït reste. 
 
Il n’y avait plus rien entre eux. Même si Antonin éprouvait toujours du désir pour Lola, la réciproque n’existait plus. 
 
Tout casse, tout lasse. Ce qui devait arriver arriva. Ils soldèrent leur histoire d’amour au tribunal comme un éjaculateur précoce se soulageât dans le vagin d’une pute bon marché. 
 
Le jour gagne son combat avec la nuit. Le ciel bleu triomphe quoiqu’accompagné par la vigueur insolite d’un vent étrangement hivernal. Il déverse sa fraîcheur et les odeurs de l’appartement voisin dans la chambre. Quand Antonin est saisi par la chair de poule, notre homme décide de rentrer et de fermer la fenêtre pour de bon. 
 
Ça sent le frais et le pain grillé du voisin. Ca change du tabac et de l’alcool. 
 
Antonin a laissé l’ordinateur allumé toute la nuit, sa lumière en guise de veilleuse. C’est paradoxal, depuis sa crémaillère il écrit, de nouveau à la main. Un roman sur l’histoire de sa vie avec Lola. 
 
Ce netbook, Antonin y tient beaucoup. C’est un cadeau de son ex. A sa valeur sentimentale s’ajoute une valeur artistique. 
 
Combien de poèmes, de nouvelles, de romans  contient-il ? Ses œuvres complètes sont là. Les siennes, celles sorties de son imagination, celles qui lui permettent de vivre de sa plume. Même si depuis que Lola l’a plaqué, ça ne tourne plus rond chez lui. 
 
  
 
Quelle déflagration le jour où il redevint célibataire. 
 
Revenir au célibat est une souffrance, revenir chez sa mère est un constat d’échec. Antonin n’y crécha pas longtemps. L’idée de vivre à l’hôtel lui traversa l’esprit. Celui où logeait Matilda une quinquagénaire malgache chez qui notre homme certifiait, parfois, sa virilité. Et puis non, il abandonna cette idée au profit d’une autre. Plus conforme à ce que lui restait de dignité. 
 
La même Matilda lui parla d’un deux pièces en location : un meublé à l’avant dernier étage situé au 334, rue Thomas Disch. Elle tenait ses infos d’une certaine Janis. C’était la concierge de l’immeuble, une vieille copine avec qui elle avait fait les 400 coups à Saigon. 
 
Matilda évoquait Saigon et ses amours de jeunesse. Elle le faisait toujours avant de se donner à Antonin. Au point que notre écrivain eût, par moment, l’impression d’être un amant sans pour autant avoir Marguerite Duras en face de lui. 
 
  
 
Il y a deux mois, Matilda le prit par le bras et le mena jusqu’à cette adresse : le 334, rue Thomas Disch. 
 
Un immeuble ancien, très ancien, trop peut-être. On aurait dit l’entrée d’un squat avec sa porte en bois et son grincement d’outre-tombe. Ça sentait le roman noir et sa quatrième de couverture glauque. Tout de suite Antonin n’eut pas son regard d’écrivain sur cette scène mais l’œil terrorisé du futur locataire, lequel posa son iris sur ce corridor, véritable hôtel à courants d’airs. Et si cela ne suffisait pas, un autre sens que la vue fut en alerte. Le nez d’Antonin se souleva telle la truffe d’un chien aux aguets. Une odeur de renfermé et de poussière acheva notre sans domicile fixe. Notre homme s’accrocha à la main de Matilda comme un enfant à celle de sa mère. Il voulut repartir, sortir de ce trou à rats. Et à l’instant où il bougea, un troisième sens le fit changer d’avis : l’ouïe. Le son conjugué d’un piano et d’une guitare électrique, le duo improbable d’un faux Steinway de rez de chaussée et d’une Fender à l’étage, les deux jouant de concert « Ruby my dear » de Thélonious Monk.  
 
C’était Janis, qui de sa loge, donnait à entendre la mélodie saccadée de ce standard, mélangeant les touches noires et blanches. Le résumé de sa vie quoi, de la nôtre aussi. Elle répondait aux notes grattées du 5 éme étage. 
 
Alors Antonin lâcha la main de Matilda et rejoignit la loge de Janis, seul. La Malgache le laissa et retourna au tapin. 
 
C’était mieux ainsi, car Janis et Elle ensembles, c’était l’assurance d’un plan « remember » mettant obligatoirement sur le bas-côté les absents de leur histoire. 
 
Notre écrivain dit : «  je viens de la part de Matilda ». Le visage Janis s’illumina. Elle lui réserva le plus sympathique des accueils 
 
Il eut droit à la bise, son mélange écœurant de nicotine et de whisky. 
 
Et comme elle détesta traîner, elle invita Antonin à la suivre. 
 
Sa voix très « titi parisien » résonna dans le corridor. On entendit gronder un « vous montez ? »  signe qu’un nouveau intégrait l’immeuble. 
 
Janis précéda Antonin. Elle gravit les escaliers s’accrochant à la rampe luisante, cirée au petit matin par ses soins. 
 
Son corps était un bloc monolithique de graisse porté par des cuissots de déménageurs. Il émit un souffle de plus en plus inquiétant au fil de l’ascension La concierge s’arrêta au 5éme. Antonin crut qu’il logerait là. Non. C’était une pause de survie, un instant au cours duquel sa respiration passa du sifflement d’une cocotte-minute  au souffle régulier d’une jeune fille. Elle en profita pour glisser un mot sur le locataire du 5éme, le joueur de guitare : « Erwan vit là. C’est un étudiant breton fan absolu de Jimmy Hendrix. Certains soirs, des nuages toxiques sortent de son studio ». Et Janis de s’amuser : « le gosse fait des joints de marijuana qu’il confectionne avec des crêpes aux sarrasin ». 
 
Plus qu’un étage et on arrivait enfin à destination. Elle ouvrit la porte, présenta le deux pièces ne s’attardant pas sur la déco qu’elle trouva « plus dans le coup ».  
 
-  le loyer est payable le 1er de chaque mois et on n’accepte pas les retards. Quant aux tapages nocturnes c’est interdit. Pigé 
 
-  pigé 
 
- Sauf quand il y a festia entre locataires, ou jam sessions avec la concierge 
 
- Vous savez jouer de la guitare ? 
 
- Non 
 
- il faudra savoir. Tout le monde en joue ici, sauf moi. Il y a une gratte dans chaque appart. C’est la coutume ici, une sorte de cadeau de bienvenue. On est tous artistes dans l’immeuble. Matilda m’a dit que vous écriviez 
 
- Oui 
 
- Super ça fait longtemps que j’attends des paroles sur Ruby my dear. Un jour qui sait (elle lui lança un clin d’œil complice). Je compte sur vous 
 
- je vous le promets 
 
  
 
  
 
Depuis il n’est pas un jour sans que Janis ne demande les paroles. Antonin les écrira quand son roman sera achevé. 
 
Ecrire à la main c’est long et douloureux. Aussi douloureux qu’une vieille histoire d’amour dont on hésite encore à se défaire,  comme une peau morte qui se détache de vous progressivement. 
 
L’ordinateur rose restera allumé tant que le mot fin ne sera pas inscrit en bas de page. 
 
Alors, seulement à ce moment-là, Antonin pourra l’éteindre. Il ne verra plus le visage de Lola en fond d’écran. 
 
Sam 29 Mar - 15:58 (2014)
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La Plume du Chakal
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Messages: 405
Localisation: Arkham Asylum

MessagePosté le: Sam 29 Mar - 20:30 (2014)    Sujet du message: LOLA MY DEAR Répondre en citant

Excellent mecz, j'aime beaucoup la manière dont t'as marié le réalisme au surréalisme, le probable à l'impensable etc etc 


Et y'a d'très bonnes phrases aussi 


 
Citation:
Le couple avait traversé le cycle de l’euphorie où l’on baise comme des lapins, le cycle du devoir conjugal où l’on joint l’agréable à l’utile. Il se brisait sur celui du passage obligé où seule la corvée du coït reste. 

 Beaucoup trop coolz ces passages là



_________________
http://laplumeduchakal.wordpress.com/

"Un blog qu'il est bien pour le lire"

https://www.facebook.com/laplumeduchakal
Sam 29 Mar - 20:30 (2014)
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Auteur Message
Linelea
Plumivores
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Messages: 938

MessagePosté le: Dim 30 Mar - 16:02 (2014)    Sujet du message: LOLA MY DEAR Répondre en citant

Très belle balade Hector... On voit très bien Antonin essayer de se détacher "enfin" de son amour raté !

Petit moins : j'ai moins retrouvé l'idée de purgatoire que le chakal avait insufflé dans son texte...
Dim 30 Mar - 16:02 (2014)
Auteur Message
Elfie Imy
Invité




MessagePosté le: Mer 2 Avr - 10:32 (2014)    Sujet du message: LOLA MY DEAR Répondre en citant

T'as pas ton pareil pour mettre en mots les rapports homme/femme toi! On se ballade avec toi dans cette histoire du type ordinaire, qui vit une histoire ordinaire qui se termine ordinairement et pis changement de l'ordinaire avec cet immeuble, qui finalement reste ordinaire mais une touche de folie quand même, et pis du coup on s'remet à écrire à la main histoire de tenir le truc jusqu'au bout...
Moi ça m'a plu 
Mer 2 Avr - 10:32 (2014)
Auteur Message
ATea
Plumivores
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Inscrit le: 18 Sep 2013
Messages: 945

MessagePosté le: Mer 2 Avr - 22:55 (2014)    Sujet du message: LOLA MY DEAR Répondre en citant

J'ai lu et attendu ce coup de théâtre qui nous ferait passer d'un univers triste (parce qu'endeuillé par un amour perdu) à l'univers lourd, consistant du Purgatoire proposé par Chakal. J'ai même vu le passage de Mathilda à Janis comme une métaphore du passage de la Vie à la Mort. (Elle le tue, ou elle le retrouve mort, pendu ou autre...)
Du coup, j'ai été frustrée lorsque je me suis rendue compte qu'il n'y avait pas cette bascule.

Du coup, je l'ai relu pour en apprécier davantage ton style car cela n'enlève rien aux phrases mélodieuses, cyniques et poétiques que tu nous sers si bien...
_________________
ATea.
Mer 2 Avr - 22:55 (2014)
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Auteur Message
Odepluie
Plumivores
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Inscrit le: 18 Sep 2013
Messages: 381

MessagePosté le: Jeu 3 Avr - 08:58 (2014)    Sujet du message: LOLA MY DEAR Répondre en citant

Haha j'aime bien ce breton xD Sinon ton récit se lit avec plaisir comme toujours, une histoire d'amour, d'écriture, et tout, très sympa. Puis tu as bien rebondi sur le texte de Jackal. Par contre, comme Line j'ai moins capté l'image de l'outre-tombe, et je n'ai pas bien compris ce qu'Antonin faisait dans cet entre-deux-mondes.
Jeu 3 Avr - 08:58 (2014)
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Rafistoleuse
Coup de Coeur ...
Coup de Coeur ...

Inscrit le: 11 Sep 2013
Messages: 4 563

MessagePosté le: Ven 4 Avr - 00:41 (2014)    Sujet du message: LOLA MY DEAR Répondre en citant

J'ai trouvé ton texte excellent à lire, des personnages comme tu sais les faire et les décrire ... C'est toujours un très bon moment ... Après je me suis dis, que peut-être t'avais écrit sans penser au purgatoire... Imaginons qu'on ait pas lu le texte de Jackal sous cet angle, du coup ton texte  peut bien coller à l'univers du 334... 

La fin, je l'aime bien parce qu'elle donne un côté fatal et tragique, une idée d'emprisonnement qui pour le coup fait bien écho au Purgatoire !
_________________
Rafistoleuse
Ven 4 Avr - 00:41 (2014)
Auteur Message
Octobell
Coup de coeur
Coup de coeur

Inscrit le: 11 Sep 2013
Messages: 1 670

MessagePosté le: Ven 4 Avr - 03:22 (2014)    Sujet du message: LOLA MY DEAR Répondre en citant

Les + :
Tu as vraiment bien pris en compte tous les éléments donnés par Jackal. On est dans la même ambiance, il y a toujours ce côté cradingue qui se dégage de l’immeuble, mais le tout, sous un autre angle. Et de ta plume, il en ressort une étrange mélancolie, qui rendrait presque les lieux beaux (en tout cas, à l’intro). J’ai énormément aimé la vie que tu as donné à cette habitation ! Pendant une seconde, j’ai presque eu peur que tu n’y ajoutes rien de nouveau (en tant que deuxième texte, tu pouvais laaargement te le permettre), et puis il y a le passage de Ruby my dear, qui est pfff… Magnifique !!
Rha puis la fin !! J’étais pas très intéressée par l’histoire de Lola et Antonin, mais tout se justifie dans la fin. D’une certaine manière, il purge sa peine, lui aussi.

Les - :
J’aurais aimé que tu joues un peu plus sur le côté purgatoire… Sans forcément changer la nature du texte et du personnage. A un moment, on aurait pu basculer à la révélation où l’ordinateur restera allumé pour toujours, quelque chose comme ça (même si Antonin attend toujours de pouvoir l’éteindre et poser le mot Fin sur son histoire avec Lola).
_________________
Octobell

Tous les propos exprimés dans les bonus de ce DVD n'engagent que l'intervenant
et ne sont en aucun cas le reflet de l'opinion de JE! Corp.
Ven 4 Avr - 03:22 (2014)
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 10:47 (2016)    Sujet du message: LOLA MY DEAR

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