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Kilomètre 1789

 
  Jetez l'encre ! Index du Forum » » Historique des Défis » Défis n°1 à 50 » Défis n°31 à 40 » Défi n°37
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Yannick Darbellay
Giga Coup de Coeur...
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Inscrit le: 18 Sep 2013
Messages: 2 835

MessagePosté le: Ven 11 Avr - 18:36 (2014)    Sujet du message: Kilomètre 1789 Répondre en citant

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À quoi ça ressemble ? Ne s'agit-il que d'une histoire éphémère, celle de Clyde, 23 piges, celle d'un éternel inassouvi, un coureur d'avenir rattrapé par le présent, un môme qui se retrouve en phase avec ses idéaux, le temps d'une rencontre ? Rien qu'un fragment de vie ? Puis quelle valeur possède cette pièce-là, dans le puzzle éclaté qu'est le destin de Clyde. Est-ce un coin pour relier deux perpendiculaires ? Une première amarre stabilisant le coeur de ce môme déraciné ?

Avant la route.

New York.
Il a marché dans Time Square. Il a croqué les passants dans son carnet à spirale. Sur les pages blanches, après les notes de cours et les caricatures des professeurs et les ratures et les coeurs. Plus tard on le lui a subtilisé. Mais sa tête on ne peut pas la lui voler, alors il s'est mis à écrire des poèmes maudits dans sa caboche, et dessiner les gens. Et puis, quand il en a eu marre, il s'est saoulé. Il a bu du mauvais whisky. Il s'est battu comme un chien sans savoir pourquoi, puis il a pissé du sang, avant de pisser sur les murs. Un long jet jaune et rouge. Il a fait l'amour à des demi mortes, sur lesquelles il a vomi son whisky, il s'est réveillé demi mort, lui aussi. Il a dormi dans Central Park, sous les grands chênes bruissants, il a sommeillé comme un clochard, ronflant et dégagé. Ils en ont profité pour lui faire les poches.
Alors il a décidé de partir. Avec ses docks, et son sac, en stop.

Chicago.
Clyde s'est exilé à Chicago, il s'est baladé dans les rues, le long des façades en brique rouge, il est entré dans un club de jazz, et s'est saoulé au gin. Ensuite il a arpenté la jeté Navy Pier en détaillant les mouettes, la grande roue, les bateaux, les touristes. Il a causé aux oiseaux criards, leurs soufflant des secrets salés, débattant du sens de la vie.
La plainte molle d'un navire a fait fuir les rieuses qui se sont élevées vers les cieux en de grands battements d'ailes froissées.
Alors il a décidé de partir.

La route.

Route 66. Kilomètre 0.
Une guimbarde pour deux sous. C'est l'été. Clyde s'est rasé. Pour le frais, pour le beau. Pour aller avec l'humeur, il a acheté une paire de lunettes à soleil, un pack de bière, puis une voiture, avec ses dernières économies. Il a volé un carnet dans une librairie, encore. Sans sa barbe de sauvage, il a baisé la jolie libraire qui rêvait de s'en aller avec lui, pour l'Ouest pour l'aventure, et l'amour, et pour l'eau de rose.
Enfin il a quitté Chicago. Seul.

Route 66. Kilomètre 1747.
Clyde s'est extrait d'Oklahoma City depuis quelques heures déjà. Trop de cow-boys aux trousses. Il vole maintenant vers Amarillo, Texas. Il réajuste son stetson pour éprouver sa réalité insouciante ; pour se rassurer. Il ne cesse pourtant de scruter le ciel, à l'horizon.
Un vent affolé se jette contre le véhicule soulevant dans sa danse des nuées de poussière et de brindilles sèches. Le véhicule frémit. Un interminable train de fret croise le bolide en lançant un long trille mélancolique. Le convoi semble décamper furieusement à l'approche de nuages bleu gris noir ecchymose qui roulent au bout du regard. Clyde ne quitte pas des yeux la barre grondante qui s'étale sur les champs, absorbant la toute fin de la route.
D'immenses ombres courent sur les plaines, comme des mustangs difformes et débridés.
Clyde frissonne et enclenche la radio.

Route 66. Kilomètre 1788. Quelque part entre Oklahoma City et Amarillo
La radio serine des messages d'alerte. Devant Clyde, au-dessus, par toutes les vitres, il peut contempler, estomaqué le déchaînement des éléments. Comme si la mer venait d'en-haut comme si l'on avait tourné puis retourné le monde d'un coup. De la tôle tournoie, prise dans un tourbillon de vent. Elle manque de peu son pare-brise. La pluie crépite. Les feuilles, la terre, la boue, la poussière, les débris, les oiseaux, le monde pleut autour de Clyde, sur l'habitacle cabossé de son véhicule, sur la route. Il est au gouvernail d'un bateau qui tangue à l'approche d'un typhon.
Les essuie-glaces n'en peuvent plus d'agiter leurs longs bras frénétiques. Il est quinze heures, seulement, et il fait presque nuit. Les phares parviennent à peine à dessiner la ligne blanche de la route. Clyde a peur.



Route 66. Kilomètre1789
Toute l'Amérique est abritée, sauf Clyde qui pousse un long cri de démence, de peur et de joie mêlées. Il distingue à présent entre deux battements d'essuie-glace, le vortex ondulant, enfanté par le ciel et la terre et qui tourne et danse.
Il n'est simplement plus possible d'avancer. Le môme se range sur le bord de la route, et toute l'immensité se range avec lui, frissonnante et résignée. Les plaines, les herbes brûlées et grises rabattues par le vent, les arbres rabougris qui font claquer leur branches dénudées en tentant vainement de planter leurs griffes dans les nuages.
Clyde aperçoit des phares dans le rétroviseur. Un fêlé s'arrête et s'extirpe de sa voiture en vacillant. Il est vêtu d'un ciré beige tout veiné d'eau, au sigle indéchiffrable. Il s'approche au pas de course, et frappe à la vitre du véhicule.
Dessous sa capuche il porte une casquette qui lui mange les yeux. Des gouttes de pluie et de morve lui perlent dessous la moustache. Sa bouche remue avec du plaisir dans les coins. Un chasseur de tornade. Il pointe le doigt ici puis là, et cause à travers la vitre que Clyde ne baisse pas. Finalement, résigné, l'homme hausse les épaule et court jusqu'à sa voiture, puis exécute un dernier geste du bras, et repart vers le cœur de la tempête. Clyde se retrouve seul à présent. Pour de bon, pour toujours au milieu d'une rivière de boue et de violence. Des éclairs divisent le ciel en son travers, dans le grondement ininterrompu du tonnerre.
Soudain, une branche percute son pare-brise et le fissure de bas en haut. Clyde sursaute.
-PUTAIN ! Hurle-t-il aux quatre vents.
En se penchant pour se saisir d'une bouteille de rhum, il aperçoit une lueur. C'est un point de lumière qui crève par instant le rideau de pluie. Une étoile de terre scintillante.
Une longue lampée, une autre puis sans réfléchir, l'enfant fou terrifié ouvre la portière. Il est propulsé au-dehors puis plaqué au sol. Le souffle coupé, il tente de se relever, mais la pluie l'en empêche. Elle le maintient à terre, et lui déchire la peau. Il s'agrippe au capot, se redresse, et se met en marche. Des bourrasques le transpercent de part en part. Il tombe, se relève, vacille, trébuche. Il cherche son souffle que le vent lui enlève. Il crache, il tousse. À l'aveuglette il trouve des prises, s'entaillant les mains dans les débris, allant tant bien que mal, à quatre pattes vers la lueur qui ne cesse de s'éloigner, de s'éteindre, puis de se raviver. Il vomit. Puis se remet sur ses jambes. Il essaie de courir, dix mètres, vingt puis s'étale une fois de plus dans la boue, heurté par une rafale de vent.
Comme une bête enragée, il rampe, à bout de force. Une brique perdue lui fracasse la tête, il se noie, perd la raison, puis revient à lui, en sang.
Enfin la lueur se précise. Une fenêtre. Forcément une porte. Forcément une main pour l'aider à se relever.
Avant qu'il ait pu frapper. La porte s'ouvre.
La jeune femme ne dit rien, elle observe, lui, l'homme animal, et lui tend la main.
-Allons nous abriter. Dit-elle.

À quoi ressemble une main tendue ? S'agit-il du destin, celui de Clyde et de Bonnie ?
N'est-ce qu'un fragment de route, ou l'entame d'une histoire à la vie à la mort ? Deux coeurs qui s'enracinent ? Quel futur a pris racine au kilomètre1789 de la route 66 ?
Allez savoir...


Dernière édition par Yannick Darbellay le Sam 12 Avr - 00:16 (2014); édité 5 fois
Ven 11 Avr - 18:36 (2014)
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Rafistoleuse
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MessagePosté le: Ven 11 Avr - 18:55 (2014)    Sujet du message: Kilomètre 1789 Répondre en citant

Ah ben on a eu de justesse une jolie perle pour ce défi !


Bon je suis pas surprise parce que je connaissais ton idée de base, je la trouvais géniale déjà mais j'aime encore plus ce que tu en as fait !


J'adore Clyde sous ta plume, la poésie de ce cabossé de la vie. Les éléments de la nature qui ont une vraie incidence, et tu leurs donnes une vraie poésie, comme tu sais si bien le faire...


J'ai adoré !!!


D'ailleurs tu aurais presque pu finir sur la phrase "Allons nous abriter", pas besoin d'explication, en fait, le doute et les suppositions on les a déjà
_________________
Rafistoleuse
Ven 11 Avr - 18:55 (2014)
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Elfie Imy
Invité




MessagePosté le: Ven 11 Avr - 19:03 (2014)    Sujet du message: Kilomètre 1789 Répondre en citant

Cela aurait été dommage de ne pas écrire ce texte fort beau l'oiso...
Ven 11 Avr - 19:03 (2014)
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Odepluie
Plumivores
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MessagePosté le: Ven 11 Avr - 23:21 (2014)    Sujet du message: Kilomètre 1789 Répondre en citant

Oh ben je ne sais pas si je n'ai pas lu assez précisément, mais sans les dernières phrases, je ne faisais pas DU TOUT le lien avec Bonnie et Clyde ! Donc pour moi, tu as fort bien fait de l'écrire ^^


Comme toujours Yannick tu manies les mots avec agilité, tes descriptions sont belles, super belles même ! Après l'errance citadine, le détail de la route, et surtout le déchainement des éléments ! J'ai cru qu'il allait finir aspirer par le cœur d'une tornade, mais non, LA main tendue était là ! Chouette texte donc !


Pour le thème, j'ai eu du mal à définir si tu étais vraiment dedans, si ce nombre précis avait son importance... pas complètement, mais le kilométrage n'est pas anodin non plus donc j'ai décidé de dire que "oui". Je valide donc =P
Ven 11 Avr - 23:21 (2014)
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Yannick Darbellay
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MessagePosté le: Sam 12 Avr - 00:24 (2014)    Sujet du message: Kilomètre 1789 Répondre en citant

Merci!

Ba l'idée de Bonnie and Clyde je sais même pas si j'ai bien fait de la rajouter. J'en doute. Elle m'est venue en toute fin de texte d'ailleurs et c'était surtout histoire de donner un peu plus de corps à mon histoire que j'ai pas pu développer comme je l'aurais voulu. Enfin voilà. Faut pas donner trop d'importance à cette idée-là. J'ai pas construit mon texte autour de ça, en tout cas.
Sam 12 Avr - 00:24 (2014)
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Octobell
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MessagePosté le: Sam 12 Avr - 17:14 (2014)    Sujet du message: Kilomètre 1789 Répondre en citant

Quelle ambiance !

Y'a plein de trucs que j'aime dans ton texte, alors je l'ai lu avec plaisir. Certaines descriptions sont effectivement assez énorme ("Le convoi semble décamper furieusement à l'approche de nuages bleu gris noir ecchymose qui roulent au bout du regard.") et j'adore vraiment le personnage de Clyde.

Après, j'aimerais bien savoir où tu voulais aller avec ton idée, parce qu'il y a tous ces km avalés, qui sont super bien racontés, mais la fin me semble en effet super rapide. En tout cas, j'aurais bien aimé prolonger le voyage... Et y'a pas, j'vois encore du Kerouac dans ton écriture !
_________________
Octobell

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Sam 12 Avr - 17:14 (2014)
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Yannick Darbellay
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MessagePosté le: Sam 12 Avr - 20:04 (2014)    Sujet du message: Kilomètre 1789 Répondre en citant

A la base c'était pas du tout Bonnie and Clyde, ça c'est de la poudre au yeux, une roue de secours... En fait, j'voulais construire un truc autour de la rencontre dans cette baraque, en deuxième partie de texte, un moment suspendu ou le mec se sent en phase avec lui-même, dans cette piaule au kilomètre 1789, puis p'têtre il serait reparti après la tempête, vers sa vie furieuse. D'où le petit discours du début.
Sam 12 Avr - 20:04 (2014)
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ATea
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MessagePosté le: Lun 22 Déc - 10:19 (2014)    Sujet du message: Kilomètre 1789 Répondre en citant

Le déferlement des éléments se retrouvent dans ton texte, quoique j'en aurais bien pris un peu plus en fait. Je sens une puissance qui arrive, je sens une force, j'ai senti d'ailleurs la branche qui s'explose avec autant de surprise que le narrateur et j'ai été un peu frustrée de ne pas avoir ce sentiment, en plus fort, un peu plus dans le texte...


J'aurais aimé lire un peu plus du chemin, et puis je suis partagée. Aurait-il pu vivre le truc en solitaire, en effronté, en kamikaze. Ou fallait-il vraiment qu'il soit sauvé. (Ouais, ça peut être sadique de dire ça comme ça ^^)


Mais la rencontre, pour moi, se trouve dans cette phrase. Je ne sais pas comment l'expliquer, elle est simple, et m'interpelle.   
Citation:
À quoi ressemble une main tendue ?

_________________
ATea.
Lun 22 Déc - 10:19 (2014)
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 23:59 (2016)    Sujet du message: Kilomètre 1789

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