S’enregistrer FAQ Rechercher Membres Groupes Profil Se connecter pour vérifier ses messages privés Connexion
Rue de la Baie des Dames - AdiasKopano

 
  Jetez l'encre ! Index du Forum » » Evènements Terminés » Relais » 48 H
Sujet précédent :: Sujet suivant  
Auteur Message
ATea
Plumivores
Plumivores

Inscrit le: 18 Sep 2013
Messages: 945

MessagePosté le: Dim 18 Mai - 21:14 (2014)    Sujet du message: Rue de la Baie des Dames - AdiasKopano Répondre en citant

PublicitéSupprimer les publicités ?
Rue de la Baie des Dames 
   
*** 
   
« J’suis là ! »  
15 heures. L’appartement respirait le calme et la tranquillité.  
   
Lena rentrait chez elle après une de ces journées monotones dont elle savait si bien garder le secret. Monotone ne voulait pas dire qu’il ne se passait jamais rien… Elle s’était juste habituée à son nouveau boulot, c’est tout. Seize mois qu’elle scannait les articles un à un devant la borne de prix. Tous les jours, une multitude de visages défilait à la caisse N°3. Des longs, des trapus, des souriants, des renfermés. Tout un chapelet d’états d’âme qui ne l’atteignait pas vraiment à vrai dire. Lorsqu’elle sentait les yeux de Mademoiselle Bazin, sa responsable, elle tentait d’établir la communication avec les clients, mais sans grand intérêt pour eux. Seize mois qu’elle se sentait surveillée. Elle ignorait pourquoi la Bazin l’avait prise en grippe mais dans le fond, elle s’en contrefichait. La plupart du temps, elle faisait ses heures et repartait. Un job alimentaire. Elle n’avait jamais caché son peu d’ambition lorsqu’on l’interrogeait. Elle répondait simplement qu’il fallait bien vivre un peu et entretenir sa mère, parce qu’ils étaient trois enfants, mais ni sa sœur, ni son frère ne l’aidait. La majorité des personnes la félicitait pour son attitude. Elle ajoutait qu’elle s’occupait seule de leur vieille mère, veuve depuis 4 ans, son père étant décédé dans d’étranges circonstances. Il avait disparu brutalement. Devant les yeux ronds de ses interlocuteurs, elle terminait en disant que, lorsque sa mère était venue vivre dans son deux-pièces, Lena lui avait cédé sa chambre pour plus de confort, et dormait dans le salon sur le canapé transformé en lit. Au fur et à mesure, Lena avait remarqué que les personnes se taisaient et la laissait tranquille. C’était ce qu’elle voulait le plus au monde.  
   
Elle laissa tomber sa besace par terre, se déchaussa et se rendit dans la salle de bains pour se rafraîchir. Il faisait chaud en ce mois d’août. Elle quitta sa tenue de service qu’elle jeta négligemment dans la corbeille de linge qui débordait. « Elle pourrait au moins m’aider… » Soupira-t-elle. Sortant de la pièce, elle tendit l’oreille devant la porte de la chambre. Aucun bruit ne se fit entendre. « Ces vieux, ils ne font rien mais dorment tout le temps ! » Elle s’affala sur le canapé, saisit la télécommande et changea les chaînes les unes après les autres. Rien ne pouvait retenir son attention. De toute façon, le lundi, il n’y avait jamais rien d’intéressant...   
   
« Baisse-le son ! » Cette voix caractéristique lui signalait que Béatrice, sa sœur aînée, devait être dans la chambre avec sa mère.   
  
« Tu pourrais au moins venir me dire bonjour quand je rentre, je te rappelle que je suis chez moi ici ! Maugréa Lena.  
-            Ne t’inquiète pas, je ne t’importunerais pas longtemps.  
-            Ca m’arrangerait, ouais… »  
   
Après plusieurs heures devant l’écran, Lena se releva et alla faire couler un café noir. Elle sortit une cigarette, saisit sa tasse et s’adossa au mur, le regard perdu à travers la fenêtre. Le troisième étage lui offrait le privilège d’avoir une vue dégagée sur la rue en contrebas. Elle avait cette impression de surplomber et son esprit pouvait voguer librement…  
   
« On sent ta fumée jusque là ! Eteins-moi ça !  
-        Béa, si t’es pas contente, dégage de là. »  
   
Silence total. Lena sourit. Elle avait beau être la plus jeune des trois, elle savait qu’elle jouissait d’une certaine autorité sur eux. Elle s’en était rendu compte au fur et à mesure qu’ils prenaient ses distances avec elle. Elle ne se laissait pas marcher sur les pieds et ils ne le supportaient probablement pas ! Elle ne se retourna pas lorsqu’elle crut entendre des pas s’éloigner dans son dos. Elle porta à ses lèvres le breuvage noir et chaud et savoura. La soirée pourrait se dérouler calmement à présent qu’elle était seule avec sa mère. Elle prépara le repas du soir qu’elle déposa sur un plateau devant la porte de sa mère.   
   
« Maman ! C’est prêt ! J’vais me coucher. Le repas est devant ta porte, fais attention. Et puis, n’fais pas de bruit, j’bosse moi demain ! »  
   
   
*** 
 
Son froncement de sourcils lui procurait un air sérieux et solennel. Si l’un de ses potes de chambrée le croisait maintenant, il ne l’aurait pas reconnu. Il s’appelait Bastien Larchet, et il était lieutenant de police depuis moins de deux mois. C’était son premier meurtre. Et s’il fronçait les sourcils, ça n’était pas pour avoir l’air sérieux et solennel, mais bel et bien parce qu’il était trop concentré à contrôler ses tremblements. 
  
La vieille porte vermoulue de l’immeuble était déjà ouverte lorsqu’il arriva sur les lieux du crime. Il croisa rapidement l’un de ses collègues au bras duquel s’appuyait une femme entre deux âges, dans un profond état de choc. Les deux hommes échangèrent un regard de circonstance, mais aucun mot, et Larchet pénétra plus en avant dans l’immeuble. Toutes les équipes n’étaient pas encore arrivées. A l’entrée de l’appartement – dont la porte était ouverte également – il n’y avait que deux ambulanciers qui attendaient l’accord de la police pour déplacer le corps. Leurs visages étaient blancs comme leurs uniformes, leur regard, grave. Deux policiers faisaient le tour de l’appartement, sans bruit. Seul le cliquetis de l’appareil photo de l’un d’eux venait brouiller le silence mortel des lieux. 
  
Au fil de son avancée dans le couloir, Bastien se sentit de plus en plus mal, de plus en plus étriqué dans son costume. On lui avait appris des tas de choses à St Cyr, mais pas la manière de réagir face à une scène comme celle-ci. L’odeur, mélange du parfum cuivré du sang et des relents de viande faisandée, le frappa de plein fouet. Mais moins que la vision qui s’offrit à lui lorsqu’il arriva face au salon : les meubles – aussi lourds soient-ils – étaient pratiquement tous renversés ; l’écran cathodique de la vieille télé était complètement défoncé, et lorsque Bastien s’en approcha, il put apercevoir des traces de sang, de cheveux, et d’autres substances qu’il ne voulait surtout pas imaginer. Le sang, d’ailleurs… Il y en avait partout ! Comme si on avait voulu s’exercer à une nouvelle forme d’art abstrait et particulièrement pernicieux. Des tâches recouvraient les murs et les meubles, et de longues traînées barbouillaient le sol. Bastien ferma lentement les paupières et s’enjoignit au calme. 
  
Lorsqu’il rouvrit les yeux, il remarqua que l’un des deux agents de police – une femme – était déjà en train de le regarder. 
  
« C’est pire de l’autre côté. » Déclara-t-elle d’une voix rauque en désignant du menton le couloir qui menait à la chambre. Bastien emprunta lentement le chemin, en prenant bien soin de ne pas marcher dans les flaques de sang. Pas tant pour les besoins de l’enquête, mais surtout parce que son sens de l’empathie lui propulsait à toute blinde les flashes de la vie de cette pauvre vieille dame avant le meurtre. Il avait à peine jeté un œil dans la cuisine, mais il devinait le soin qu’elle mettait à préparer des pâtisseries pour la venue de ses petits-enfants. Petits-enfants dont il voyait les sourires édentés sur les cadres qui longeaient le couloir. 
  
Il eut beau repousser à la dernière seconde le moment fatidique où il devrait entrer dans la chambre, il ne put retenir ce bond en arrière qui ne fut arrêté que par le mur dans son dos. Le sol de la chambre n’était plus qu’un tapis de blanc et de rouge, mélange de plumes et de sang. Le cadavre, si tenté qu’on puisse encore le nommer de la sorte, gisait au milieu du lit, complètement méconnaissable. Un morceau de viande prêt pour l’abattoir. Et l’odeur. La puanteur épouvantable de la mort et de la haine. Sa main tâtonna sur le mur à la recherche de la poignée de porte qu’il savait pas très loin. Il se précipita sur le lavabo, aimanté par la céramique et renvoya son petit dej avalé sur le pouce ce matin. Il maudit son manque de professionnalisme. Leva un regard noir sur le miroir. Le dévia sur la panoplie de parfum et maquillages laissés sur le rebord. La victime avait été coquette. La victime avait eu une vie avant d’être une victime. Pourquoi ce crime si épouvantable ? 
  
Pourquoi ? 
   
  
*** 
 
 « J’suis là ! » 
15 heures. L’appartement respirait le calme et la tranquillité. 
  
Lena n’entendit pas de réponse. Concentrée sur la lecture de son courrier, elle avançait. C’était un énième rappel pour une amende impayée. Une circulation en sens interdit. C’était une petite rue, il n’y avait personne en face mis à part ce flic qui avait voulu faire du zèle. Elle n’aurait blessé personne. Sauf lui, s’il avait continué à parler. Il avait senti le regard froid. Il avait essayé de la calmer mais lui expliqua qu’elle aurait une suspension de permis. Sa voiture avait été immobilisée sur le champ et elle était repartie à pied. Depuis, elle était toujours à pied, ou dans le bus. Heureusement, son travail n’était pas loin. Elle n’y pensait plus à cet incident sauf lors de ces rappels incessants « Depuis 5 mois et trois jours, tu m’emmerdes ! T’es comme la Bazin toi, tu m’lâches pas ! » dit Lena, agacée. 
  
« Et merde ! » Son pied venait de percuter un objet au sol. Elle regarda. Le plateau repas de sa mère. La purée adhérait au sol, la sauce du bœuf bourguignon coulait entre les lattes ! 
« Merde ! Mais tu peux pas bouger ton cul ? Tu peux pas ranger ? M’aider un peu ? » hurla Lena. 
Elle alla dans la salle de bain se laver les pieds, poussa violemment la porte et aperçut le linge qui dégringolait. 
« Y’a que moi que ça gêne de vivre dans ce bourbier ? vociféra-t-elle. 
C’est ta merde ! Entendit-elle. 
Béa, comme toujours… si t’es pas contente, dégage ! 
Tu l’as bien cherché !  
Maman ! Tu ne vas pas t’y mettre ! Je suis la seule à m’occuper de toi ? Tu m’entends ? La seule… cria-t-elle. Béa n’est qu’une profiteuse ! Et Lionel n’en parlons pas, toujours absent celui-là. Mais au moins, il me fait pas chier ! dit-elle plus bas comme si elle se parlait à elle-même. 
Pauvre petite chose » 
  
Ce fut la parole de trop. Lena sortit en trombe et alla dans le salon, donnant des coups de pied dans tout ce qui se trouvait à sa portée. Sentant la rage croître en son for intérieur, elle voulut prendre l’air et alla vers la fenêtre. Elle ne s’ouvrait pas, comme condamnée. Lena trépigna sur place, et décida de fuir cet endroit. Son sac toujours en bandoulière, elle prit ses clefs et sortit en claquant la porte. Elle laissa l’appartement sans dessus-dessous. Le calme et la tranquillité étaient bien cachés sous les vêtements et les restes alimentaires. 
  
Elle ne savait où aller. Elle voulait juste sortir de cet enfer, retrouvait le calme. Elle entendait encore sa sœur la critiquer. « Elle ne sait faire que ça de toute façon ! » pensa Lena. Un bus s’arrêta devant l’arrêt. Elle eut soudainement envie de partir loin et s’engouffra. Le chauffeur de bus ferma les portes et reporta son attention sur la circulation. Un mardi de la troisième semaine d’août, il n’y avait pas foule mais un accident était si vite arrivé avec ces piétons étrangers. Faut dire qu’ils ne comprenaient pas grand chose au code de la route français. « On roule à droite ici, ma bonne dame ! Regarde du bon côté ! Ca t’évitera bien des bricoles… » Marmonnait-il. Lena ne lui prêta pas plus attention que ça, et s’accrocha à une barre verticale. Perdue dans ses pensées, les rues défilaient derrière la vitre sans accrocher son regard. Tourner à droite. Tourner à gauche. Arrêt. 
  
Soudain, le bus redémarra et Lena fut déstabilisée. Elle recula et marcha sur un pied. 
  
« Merde, mais c’est qui ça encore ? 
-       Hop là, ma fille ! Je suis derrière toi ! 
-       Tu me suis maintenant ? Qu’est-ce tu fais là ? Depuis combien temps t’es dans ce bus ? 
-       Mais enfin… 
-       Dégage ! Fous-moi la paix ! » 
  
Aveuglée par sa colère, Lena partit au fond du bus et tourna le dos. Elle ne voulait pas la voir. C’en était fini de parler. Elle avait bien trop accumulé de brimades depuis qu’elle avait accueilli sa mère. « D’ailleurs, qu’est ce qu’elle fait là ? » pensa-t-elle 
  
« Maman ! » cria-t-elle en se tournant. Personne. Elle la vit dans la rue, s’arrêta et sentit les fleurs épanouies aux mille couleurs, exposées là. Le fleuriste âgé sortit et lui adressa un large sourire. « Mais d’où est-ce qu’elle le connaît celui-là ? » 
  
« Arrêtez-vous ! Arrêtez-vous, bordel !  
-     Elle se calme la jeunette là ?! J’vais pas piler pour vos beaux yeux. J’ai d’autres passagers que vous, je vous signale. » 
  
La double porte s’ouvrit à l’arrière. Et Lena, perplexe, sortit du bus qu’elle laissa vide... 
  
« J’suis entourée de fous aujourd’hui ! » pensa-t-elle. 
  
Elle suivit à distance. Elle ne voulait pas se faire remarquer. Sa mère lui cachait des choses. Elle le sentait. Elle avait toujours eu ce flair. Elle avait juste été aveuglée par l’amour filial qu’elle lui portait. C’était fini les cachoteries. Le fleuriste, cette promenade clandestine, … Tout cela n’avait qu’un sens. Elle allait le découvrir. Ce corps voûté par l’âge qu’elle connaissait, semblait ragaillardi par ce qu’elle semblait rejoindre. Elle bifurqua dans une rue. Lena lut Rue de la Baie des Dames. Elle se situait à cinq ou six quartiers de son appartement. Le quartier ancien était calme et tranquille, semblable à un vieux centre de village. Les poutres apparaissaient sur les façades claires. Lena n’était guère sensible à l’architecture. Sa mère avait disparu dans un appartement, et elle ignorait lequel. Vu l’allure à laquelle elle se déplaçait, elle ne pouvait pas être allée bien loin. Il ne pouvait s’agir que l’un des appartements au commencement de la rue. Il était 16 heures. Personne ne l’attendrait à l’appartement puisque sa mère était quelque part par là. Elle attendrait. Elle s’assit sur un banc, décidée. Son ressentiment grondait en elle. 
  
La soirée défila. Elle bougeait pour se maintenir éveillée. Elle vit plusieurs personnes rentrer ici et là, mais personne ne ressortait. Elle épia au niveau des fenêtres pour reconnaître la silhouette. Aucun appartement n’attira son attention. Les lumières s’éteignaient une par une. Lena ne sentit pas ses propres yeux se fermer. La fatigue eut raison d’elle. Elle avait l’habitude de dormir sur son canapé troué, aux ressorts. Le banc lui offrait le même style de confort après tout. Au moins, il était plat. 
  
La nuit passa. 
  
« C’est triste à son âge, se mettre dans un état pareil…  
-            Chérie, arrête. Toi aussi, tu as été jeune ! 
-            Mais regarde la, elle a la quarantaine ! rétorqua la voix féminine. 
-            Trente cinq ans, connasse ! » 
  
Lena se releva. Le couple déguerpit rapidement. Le mari rigolait pendant que sa femme l’engueulait. Elle regarda l’heure qui s’affichait sur l’écran de la pharmacie, non loin d’elle. 8 heures. Elle avait dormi mieux que ce qu’on aurait pu croire. Elle remarqua qu’elle était devant un vieux bistrot et décida d’aller boire un café. Sa mère n’avait pas dû sortir encore. Elle n’était pas si matinale. « Enfin, quand elle est à l’appart’… ». Son amertume était toujours là, bien ancrée. L’idée de démasquer sa mère ne l’avait pas quitté. Tant et si bien qu’elle ne pensa pas un instant à prévenir sa responsable de son absence. Elle se demandait bien ce que pourrait lui dire Béa. Elle le savait déjà. Elle l’entendait déjà. « T’es qu’une irresponsable ! Une incapable ! » Elle but son café noir et croqua le gâteau sablé posé à côté. Son estomac grogna de plaisir après le jeûne qu’il subissait depuis la veille au soir. Elle en avait oublié les besoins les plus essentiels. Elle ne savait pas où tout ça la mènerait, elle ne savait même plus d’où elle venait, mais elle savait qui elle était. La fille d’une Inconnue. Une Etrangère. Etrangère qui apparut sur le pas de la porte. 2 rue de la Baie des Dames. Un immeuble, un seul étage. Les recherches seraient simplifiées au moins. Elle se leva brusquement et décida de la suivre. 
 
   
*** 
   
  
Il posa un gobelet cartonné sur la table devant la jeune femme. Elle s’appelait Justine Dumarchais, elle était la fille de la victime, Yvette. La salle d’interrogatoire était certes austère, mais elle avait le mérite de dissimuler son état à la ruche du commissariat, peu propice à l’étalage d’une peine comme la sienne. La petite pièce, décorée de la manière la plus minimaliste qui soit, étouffait les bruits venus de l’autre côté. Bastien se sentit en tout cas presque soulagé d’y pénétrer. 
  
Justine posa les deux mains sur le gobelet fumant de café. 
  
« Merci… » Bredouilla-t-elle sans lever les yeux vers lui. 
« Ca va mieux ? » Interrogea-t-il dans un murmure compatissant. Il se doutait qu’il lui faudrait un temps considérable avant d’aller réellement mieux, mais il fallait qu’il sache si elle était au moins en état de parler. Elle opina fébrilement du chef, mais presque aussitôt, ses traits se convulsèrent sous les larmes qui jaillissaient à nouveau, et finit par secouer la tête en se remettant à pleurer. 
  
Bastien posa une main lourde de tout son soutien sur son épaule, puis il s’accroupit à côté d’elle. Il ne se sentait pas la force de rester debout. 
  
« Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour arrêter le coupable, madame. Je vous le promets. » 
  
Il le pensait, même s’il était bien le seul… En plein mois d’août, le meurtre – aussi sauvage soit-il –d’une petite vieille dans son appartement ne déchaînait pas les foules. Et il avait dû user de tout ce qu’il avait de charme et de sympathie pour soumettre les légistes et la police scientifique de se bouger un dimanche matin pour trouver des éléments qui l’aideraient à résoudre son enquête. Heureusement qu’il savait s’attirer la sympathie de n’importe qui. A St Cyr, il était l’élève populaire qui entraînait ses camarades dans des soirées, clandestines mais jamais dangereuses. Des photos de lui fleurissaient sur des dizaines de murs facebook, et les potentielles belles-mères lui faisaient plus souvent les yeux doux que les potentielles petites amies. Il avait tout ça parce qu’il arrivait à comprendre les gens. Il arrivait à se mettre à leur place. Mais aujourd’hui, cette qualité dont il s’était toujours permis de se vanter lui donnait un sacré coup de revers de médaille. 
  
« Elle m’avait dit qu’elle se sentait épiée…, dit brusquement Justine, brisant cruellement le silence dans lequel ils s’étaient plongés. 
Bastien se redressa lentement. « Je ne l’ai pas écoutée… Je lui ai dit que l’âge la rendait parano. Et… » Un sanglot. 
« Elle m’a demandé de passer quelques jours chez elle pour lui tenir compagnie ! exhala-t-elle dans un torrent de larmes, J’ai refusé, parce que j’avais le boulot, les enfants, mon mari, que je n’avais pas que ça à faire… » 
Et c’était compréhensible. Vous n’auriez pas pu imag…   
J’aurais dû… Le faire. J’aurais dû ! La seule vraie raison qui m’a empêché de le faire, c’est que j’avais pas envie. Ma famille aurait très bien pu se passer de moi pendant quelques jours. Elle était si désespérée… Et je ne l’ai pas écoutée… » 
  
Bastien observa la femme lutter contre la culpabilité quelques secondes. Il se mordilla la lèvre, gêné. Il n’avait pas le temps de la laisser s’apitoyer, il était obligé de la secouer : 
  
« Que vous avait-elle dit, précisément ? 
- Je ne sais plus… 
- Quand est-ce que ça a commencé ? 
- Mercre… Non, Mardi ! Je viens la voir tous les dimanches pour lui ramener les courses et passer un peu de temps avec elle. Et elle m’a appelé jeudi, pour me dire qu’elle n’avait pas osé m’en parler avant, mais qu’elle commençait à avoir trop peur pour cacher ça plus longtemps. Elle m’a dit qu’elle ne savait pas trop comment expliquer ce qui se passait, mais qu’elle… savait. Oui, elle savait ! » 
  
Bastien plissa légèrement les yeux, plongé dans une profonde réflexion. Au moment où il ouvrit la bouche pour poser une autre question (« a-t-elle fait part d’un événement qui aurait déclenché cette vague de terreur ? »), la porte s’ouvrit sur l’un des agents de police. 
  
« Larchet ? On a de nouveaux éléments sur l’affaire Dumarchais ! » 
  
Justine leva des yeux embués et pleins de points d’interrogation sur le jeune inspecteur. Il lui adressa simplement un bref hochement de tête et quitta la pièce après lui avoir promis de revenir le plus vite possible.  
 
  
*** 
 
2 rue de la Baie des Dames. Elle était revenue machinalement devant l’appartement. Elle répondait à l’angoisse sourde qui la tiraillait. La veille avait été une journée éreintante dans sa quête d’indices. Elle avait découvert un quotidien bien rodé. Après l’altercation dans le bus, elle n’avait pas remis un pas à son appartement. Sa mère n’avait pas cherché à reprendre contact avec elle. Lena était blessée. Blessée de voir qu’elle ne faisait pas partie de ses inquiétudes premières.  
 
Lorsqu’elle s’était rendue au travail ce jeudi matin, Melle Bazin l’attendait de pied ferme. Elle l’avait enguirlandée comme jamais. L’avait sermonnée sur son absence de la veille. Lui avait tenu des propos sur son manque d’hygiène en fronçant le nez. Lena lui avait répondu qu’il n’y avait pas de douche en libre service dans la rue. C’était sorti spontanément. La responsable avait perdu son sang froid. Elle lui avait dit qu’elle n’avait qu’à terminer sa journée et ne plus jamais revenir. Lena était virée sur le champ pour faute professionnelle, ou quelque chose dans le genre. Cela rompait littéralement la monotonie depuis seize mois. Elle n’appréciait pas que son quotidien soit perturbé. Elle allait devoir trouver autre chose. 
 Enfin, elle était là, maintenant, dans cette rue mystérieuse. Lena sentit l’impatience monter en elle. Elle allait enfin découvrir ce que sa mère lui cachait. 9614. La lourde porte de l’entrée s’ouvrit. Elle entra dans le couloir du vieil immeuble et referma la porte doucement. Elle ne voulait pas alerter les voisins, si voisins il y avait. « Les p’tits vieux et leurs habitudes, faudrait pas que ça m’joue des tours… » Le parquet, menant aux escaliers passait devant trois boîtes aux lettres. Lena se souvint des deux jeunes hommes de la veille au soir. Elle les avait vus prendre leur courrier dans les deux boîtes aux lettres de gauche. « Premier A, Premier B. Bingo ! Maman, ta boîte aux lettres te dénonce. Rez de Chaussée. A » Elle frappa à la porte au rez-de chaussée. Personne ne répondit. « Bin voyons, tu dois t’attendre à ce que je rentre à l’appartement comme d’habitude. Mais cette fois-ci, je vais te surprendre. » 
 
La porte ne résista pas longtemps aux assauts de Lena, et s’entrouvrit en un grincement.  Elle prit soin de refermer le loquet puis se retourna. Un couloir se déroulait devant ses pas. Au mur, les tapisseries jaunies étaient recouvertes autant de photos d’enfants que de vieilles photographies, qui ramenaient dans les années cinquante au sein de villages du sud-est de la France. Lena ne reconnut aucun visage, ni aucun paysage. Elle n’était jamais allée en Provence et ignoraient que sa mère avait des attaches là-bas. Sur la pointe des pieds, elle poursuivit sa progression jusqu’au salon. Celui-ci était bien plus spacieux et accueillant que le sien. « Alors comme ça, tu te fais un coin douillet et me laisse croupir sur le canapé ? » Devant le tapis moelleux, Lena ne put s’empêcher de quitter ses claquettes pour ressentir la douceur du tissu. Elle caressa le canapé aux motifs vieillots, fait de velours. Elle regarda par la fenêtre et aperçut la cour intérieure fleurie. Elle ouvrit la fenêtre pour faire entrer un peu d’air, cueillit une rose qu’elle sentit à plein nez. « Pourquoi est-ce que tu n’apportes pas de jolies fleurs chez nous ? C’est le fleuriste qui t’offre tout ça ? Tu l’as laissé prendre la place de Papa ! » Lena percevait une colère sourde au creux de son ventre. Elle sentait ce grognement intérieur. Mais, pour une fois, elle n’avait pas envie de le faire taire. Il lui fallait une explication qui tienne la route. Sa mère lui avait menti pendant tout ce temps. Elle pourrait bien jouer les séniles, elle ne la croirait plus. Ce cocon était trop bien entretenu pour être oublié. Ou elle était folle, ou elle avait une double vie. Elle ne savait pas trop ce qu’elle préférait, à dire vrai.   
 
Elle alla dans la cuisine prendre un verre d’eau. Tout était impeccablement rangé. Le carrelage du plan de travail était propre et étincelant. Le chiffon bien plié, sur la barre de la porte du four. Une vraie cuisine comme on en rêve, dont l’odeur de gâteaux faits maison embaumerait. Un vrai retour en enfance, comme on dit. Lena tenta de se remémorer ce genre de moments en famille. Elle n’y parvient pas. Béatrice et Lionel avait peut-être connu ça, les instants Mamie Gâteau. Pas elle. Elle ressortit et prit sur la droite. Au fond du couloir, la chambre. Un grand lit que son père n’avait probablement jamais connu. Sur la commode, trônaient d’autres photos de famille. Des gamins qui aimaient surement se jeter sur le gros édredon fait de plumes. Toute cette douceur lui était insupportable. Elle se précipita dans la cuisine et revint avec un couteau. Elle éventra l’édredon. Renversa le contenu de l’armoire. Toutes ces belles broderies n’avaient de pur que leur couleur blanche. « Tu n’es qu’une hypocrite Maman ! » siffla-t-telle entre ses dents. 
 
*** 
 
Ils étaient tous deux penchés sur l’ordinateur. Le lieutenant Bastien Larchet, jeune inspecteur de tout juste 25 ans, et le brigadier Elodie Bourgeon, agent de terrain à temps partiel de 31 ans, qui travaillait majoritairement les week-ends, quand la plupart de ses collègues se doraient la pilule autour d’un barbecue.  
  
« Je sais pas comment vous avez fait, Lieutenant, Dit-elle en portant son café à ses lèvres. 
-       Hum ? Réagit laconiquement Bastien, en notant rapidement les informations affichées sur l’écran. 
-       Pour convaincre Luchon de venir prendre les empreintes. Il vous a pas suggéré d’attendre demain ? 
-       Si… Mais je l’ai convaincu de venir aujourd’hui. 
-       Comment ? » 
-         
Bastien se redressa et avisa Elodie avec un mince sourire. 
  
« Il faut qu’on convoque cette Lena Marcange
-       Maintenant ? 
-       Oui… Pourquoi pas ? 
-       Lieutenant… Vous êtes bien mignon, mais votre victime, elle va pas s’envoler d’ici à demain. 
-        Mais peut-être que le coupable, si. Je comprends pas…, marmonna-t-il en observant ses notes. 
-       Larchet… Rentrez vous reposer, vous avez une tête de cadavre. » 
  
Bastien porta à nouveau le regard sur l’écran, sur lequel lui faisait face cette jeune femme au regard morne, qui avait écopé d’un casier judiciaire suite à une contravention non payée, qui lui avait valu un retrait de permis. Avait-elle le profil d’une tueuse ? Pas du tout. Mais bien qu’il n’en soit qu’à son premier meurtre, il avait assisté à assez de procès à l’école pour se rendre compte qu’il n’y a pas de « profil » de tueur, et qu’il ne fallait surtout pas se fier aux apparences.
  
« Je dois faire une dernière petite vérification, avant…, avertit Bastien. 
-       Faites comme vous le sentez, mais à cette heure là, personne ne vous… répondra. » 
  
Elle ramena sa tasse à ses lèvres, ne s’offusquant pas du départ précipité du jeune inspecteur, qui ne lui avait même pas laissé l’opportunité de finir sa phrase. Une fois enfermé dans son bureau, Bastien appela au domicile de Justine Dumarchais, qui avait accepté de lui laisser ses coordonnées. 
  
« Allô ? » 
-         Est-ce que vous connaissez une femme nommée Lena Marcange ?, demanda-t-il de but en blanc, sans prendre la peine de se présenter. Il y eut un instant de silence de l’autre côté du combiné. 
-          Non… Je devrais ? 
-         Ses empreintes ont été retrouvées au domicile de votre mère. Est-ce qu’elle recevait beaucoup de visites en dehors de vous ? 
-         Ses amies, parfois, oui, pourquoi ? 
-         Vous êtes venues avec vos enfants le week-end dernier ? 
-         Oui… Comment le sav… 
-         Elles se sont donc vues récemment. Il n’y a pas d’autres empreintes que les siennes, et celles de votre famille. Madame… Que vous a dit votre mère au téléphone, exactement ? Y a-t-il eu un événement qui aurait déclenché cette paranoïa ? 
-          Non, je ne sais pas, je… Oh ! 
-         Oh ? 
-         Elle m’avait parlé d’un incident dans le bus. Une altercation avec une jeune femme, ce qui l’avait plutôt secouée. 
-         Est-ce qu’elle avait décrit cette jeune femme ?, s’exclama Bastien, qui se sentait tout près du but. 
-         Je ne sais p… 
-         Souvenez-vous ! Il est impératif que vous vous souveniez ! » 
  
Justine se concentra alors avec intensité, allant même jusqu’à frotter ses yeux bouffis avec son pouce et son index pour mieux aider les mécanismes de son cerveau, et se remémorer sa dernière conversation avec sa mère. Elles avaient parlé des enfants, de ses copines du marché, mais Justine s’était rendue compte que sa mère manquait d’enthousiasme, et qu’elle avait l’air distant. Elle avait fini par lui avouer qu’elle avait l’impression que quelqu’un la surveillait, et qu’elle était terrifiée. Elle l’avait suppliée de passer quelques jours chez elle, et elle avait refusé. Juste avant que Justine ne raccroche, Yvette lui avait mentionné son altercation. « Je me suis embrouillée avec une espèce de folle dans le bus ! » Avait-elle dit de but en blanc, sans lien apparent avec la discussion. « Quelle folle ? – Je ne sais pas, ma chérie ! Une jeune, pas toute nette, avec un polo de chez Cora, tu sais, comme les caissières. » 
  
« Comme les caissières…, Répéta songeusement Justine. 
-       Pardon ? 
-       Elle m’a dit qu’elle avait un tee-shirt de chez Cora, comme les caissières. Ca peut vous aider ? 
-       Madame… Je pense que vous venez de résoudre l’enquête. Je vous rappelle dès que possible ! » 
  
Il raccrocha, et maintint quelques secondes la main sur le combiné. Il avait peut-être trouvé la coupable, mais restait une interrogation, et de taille. Pourquoi Lena avait-elle tué Yvette ? Aussi virulente qu’elle ait pu être, une dispute dans un bus ne constituait pas une raison suffisante pour commettre un meurtre aussi barbare, et aussi réfléchi, apparemment, puisqu’elle avait attendu plusieurs jours avant de mettre son plan à exécution. Il y avait encore quelques zones d’ombres à éclaircir au sujet de cette Lena Marcange. Mais malheureusement, Elodie avait raison… Pour cela, il serait obligé d’attendre le lendemain.  
  
*** 
 
Jeudi. 16 heures. La lourde porte de l’immeuble claqua. Des pas s’arrêtèrent devant la porte, et une clé glissa dans la serrure. La porte d’entrée s’ouvrit. « Oh bin ça alors, je croyais avoir fermé à clef. Tu perds la tête ma pauvre ! » fit une voix. « Mon Dieu, qu’il fait chaud ici… » 
  
La vieille dame avança et découvrit son salon en piteux état. Ses meubles étaient brisés d’avoir été projeté au sol. Tout ce qu’ils pouvaient contenir, gisait au sol. Elle voulut reculer lorsqu’elle aperçut sur son canapé, une personne qui regardait sa télévision à l’écran défoncé. Elle recula, mais s’accrocha le pied au tapis et chuta de sa hauteur. Elle vit Lena se lever, dos à elle. 
  
« Voyons Maman, tu n’allais pas me quitter si vite, j’espère ? 
-         Mais, qui êtes-vous ? » 
  
Le silence seul, lui répondit. Le visage déformé par la haine, s’approcha d’elle. Ces yeux marron, ces cheveux mal lavés, ce polo qui sentait la transpiration lui firent tourner la tête. Elle reconnut trop bien son agresseur, mais n’eut pas le temps de réagir qu’elle reçut un coup sur la tête. 
  
Lorsqu’elle ouvrit à nouveau les yeux, elle était bâillonnée et assise contre son canapé. 
 
« Tu te réveilles enfin… Vois-tu, j’ai eu le temps de faire un petit tour. Quel bel appartement n’est-ce pas ? Mieux que mon 3ème étage dans le quartier Capucin hein. Ici, c’est tout confort, tout mignon, tout douillet. De charmants voisins, y’en a un particulièrement mignon. Il ne revient que vers 18 heures. J’ai remarqué ça depuis deux jours. Mais probablement que tu le sais déjà. Je suis sure que tu t’intéresses plus à eux qu’à ta propre fille. Tu n’es même pas venue me rendre visite. Je fais tâche dans ta vie hein. Je suis pas le canon qu’est Béatrice, je suis pas la réussite professionnelle de Lionel. Je ne suis rien de tout ça. Je n’ai pas de place dans ta vie. J’ai vu tes photos. Tu n’en as aucune de moi. Juste des gosses. Ce sont tes petits enfants, c’est ça ? Béa et Lionel ne m’ont jamais invité chez eux. Je ne connais même pas leurs enfants, mais toi, tu as des photos d’eux ! Et cette vie dans le sud-est, c’est quoi ? Et ce fleuriste qui t’embrasse si chaleureusement ? Ces vieilles avec qui tu vas faire ton marché, avec qui tu vas au parc, avec qui tu fais ta vie. Toutes ces personnes savent que je m’occupe de toi ? Que tous les soirs quand ça t’arrange, je t’offre le couvert et mon matelas. Que je te cède mon confort, tu le dis ça ? Tu me laisses trimer en caisse sous les yeux de cette putain en talons pendant que toi, tu te fais ce cocon ? Pendant que tu te crées une autre vie ? Combien as tu de vie, chère mamita ? Combien ? » 
 
Lena se releva doucement. Elle regardait sa mère sangloter. 
  
« Oh, tu ne m’auras pas avec tes jérémiades. Cesse de faire l’enfant. J’ai enfin mes réponses. Les soirs où tu ne répondais pas, où je croyais que tu dormais, tu n’étais pas avec moi. Tu étais ici en train de te la couler douce, de te faire un de ces repas si goûteux. Il y a des choses qui ne trompent pas. Tu sais, je suis allée dans ta cuisine si coquette. J’y ai trouvé ce magnifique couteau. Tu les aiguises toujours aussi bien ? Je vais te montrer comme il tranche bien. » 
  
Elle entailla violemment le canapé à quelques centimètres du visage. La petite mamie ferma les yeux, pensant recevoir le coup de couteau. 
  
« Comme tu es touchante. Tu crois vraiment que je vais m’émouvoir ? Après tout ce que tu m’as fait ? Arrête de pleurer. Ce n’est pas le moment. Ce n’est plus le moment. C’est fini. C’est fini pour toi. Assez joué. » 
  
Lena enfonça le couteau dans la jambe droite. La vieille dame ressentit la lame qui la transperçait et s’agita sous la douleur. Un deuxième coup fut porté sur sa deuxième jambe au niveau de l’aine. 
  
« C’est pour toutes les fois où j’ai dû te soutenir parce que tu me disais que tu avais du mal à marcher. » 
 Lena attrapa les cheveux de sa mère et tira violemment dessus. Elle traina le corps fragile, le cognant contre les murs. Devant la porte de la chambre, elle prit de l’élan et propulsa le corps au centre de la pièce. Des plumes volèrent. Une légèreté qui commençait à envahir Lena en son for intérieur. Elle porta le corps inanimé tant bien que mal et le jeta sur le lit. Le pantin désarticulé n’émettait plus aucun signe de vie. Le regard noir de Lena s’attarda puis se posa sur le sol. Là, les broderies finement travaillées. Un sourire se dessina sur ses lèvres pincées.
 
« Moi aussi, j’aime les œuvres d’art. »
 
Le couteau dans les mains, elle sauta sur le lit à pieds joints…
  
  
*** 
 
« Vas-y, montre-moi ton flingue ! » S’exclama le petit garçon qui s’était précipité au portail, pas farouche pour un sou, lorsqu’il avait vu Bastien arriver. 
« J’ai pas de flingue ! » Répondit Bastien dans un sourire, en levant les bras pour prouver ses dires. Le petit garçon l’observa d’un air circonspect, presque déçu. Bien sûr qu’il avait une arme ! Quel était l’intérêt d’être inspecteur de police si on ne peut pas porter d’arme ? Mais puisqu’il devait rendre visite à une famille, il avait préféré la laisser dans la boîte à gants de sa voiture. Inutile d’affoler inutilement. 
  
« Ta maman est dans le coin ? » Demanda Bastien, affable, au petit garçon qui le suivait à la trace, avec un large sourire un peu stupide. Celui-ci n’eut pas besoin de lui répondre, que la porte d’entrée s’ouvrait sur une femme d’à peine quarante ans, belle et sculpturale, très loin du cliché de la suspecte qu’il avait vu au commissariat. Bastien crut voir une ombre se mouvoir derrière elle, mais la femme se retourna brièvement pour lui conseiller de rester à l’intérieur. Elle descendit les quelques marches encadrées par une petite terrasse bien entretenue, et tendit poliment la main à l’inspecteur. 
  
« Madame Béatrice Marcange ? » S’assura celui-ci, et elle hocha simplement la tête. Je suis l’inspecteur Larchet, je vous remercie d’avoir bien voulu me voir. 
A vrai dire, je m’y attendais un peu…  Admit-elle, intriguant plus encore le jeune lieutenant. 
Vous voulez vous asseoir ?, proposa-t-elle en désignant une table de jardin un peu plus loin. Ma mère a préparé des citronnades, elles sont excellentes ! 
Oui, pourquoi pas. 
Julien, va jouer plus loin ! » Gronda-t-elle nerveusement à l’intention de son fils, tout en entraînant Larchet vers la table. 
  
Il s’y installa, et elle s’excusa pour disparaitre dans la maison. Bastien prit alors le temps d’observer les environs plus en détails. Une famille tout ce qu’il y a de plus banal. La porte se rouvrit, mais ce fut une adolescente qui sortit la maison, jetant un regard à peine intéressé sur l’invité surprise. Elle dévia vers son petit frère qui jouait avec ses voitures dans la pelouse, et ils échangèrent brièvement, avant qu’elle ne quitte la propriété. 
  
De l’autre côté, un mouvement attira Bastien, qui remarqua cette vieille dame en train de l’observer depuis sa fenêtre. Lorsqu’elle se rendit compte qu’il l’avait vue, elle referma aussitôt le rideau, disparaissant derrière. C’est à ce moment-là que Béatrice refit son apparition, avec son plateau de citronnades entre les mains. 
  
« C’est votre mère ?, interrogea-t-il en désignant la fenêtre. 
Oh, oui, sa santé est très précaire depuis quelques mois, et elle a du mal à se déplacer seule, alors je m’occupe d’elle. 
C’est très honorable de votre part ! » 
  
Béatrice eut un sourire qui trahissait son état de fatigue. Bastien ressentit une profonde compassion pour elle. 
  
« Lena vient-elle vous aider, parfois ?   
- Vous savez, ça fait plusieurs mois que je n’ai pas vu Lena… 
- Pourquoi avez-vous dit que vous n’étiez pas surprise de me voir ? Est-ce que vous savez pourquoi je suis là ? 
- Non, pas précisément. Mais elle a toujours été bizarre, et j’ai bien peur qu’elle soit… » 
  
Le regard de Béatrice se fit ombrageux, et Bastien se demanda si elle s’était même rendue compte qu’elle n’avait pas terminé sa phrase. Il hésita à la brusquer. Ce qu’il avait à lui dire, il n’aimerait pas l’entendre. Mais Béatrice semblait résignée. Et cette vieille dame qui le regardait depuis sa fenêtre, n’avait-elle pas tout simplement attendu ce moment ? 
  
« Madame, je suis là parce qu’on soupçonne votre sœur du meurtre d’une vieille dame. Tous les indices la désignent coupable, mais rien ne justifie cet acte. » Il se pencha vers Béatrice et posa la main sur la sienne. « Béatrice… Qu’avez-vous à me dire sur Lena ? » 
  
La femme pinça les lèvres et détourna le regard, se concentrant sur les jeux de son fils. Elle ne retira pas sa main de celle de l’inspecteur. Pendant plusieurs longues secondes, elle resta silencieuse, semblant lutter contre un chagrin qui n’attendait que ce moment pour s’étendre sur ses joues. Mais elle résista, et finit par parler, d’une voix rauque : 
  
« J’ai beaucoup à dire sur Lena. Il y a beaucoup de choses que j’aurais dû faire aussi… J-je crois qu’elle est malade, inspecteur. Pendant longtemps, on a cru à de la mythomanie, mais ça allait peut-être beaucoup plus loin que ça. » 
  
Elle planta brusquement ses deux iris dévastés dans les siens. Et lui raconta. Tout. 
 
*** 
 
Un rayon de soleil inonda le salon de lumière. Lena ouvrit un œil, puis deux. Elle s’étira comme un chat, s’enroula un peu plus dans la couverture. Elle n’avait rien de prévu en cette fin de semaine. La responsable avait rompu sa routine. Il faudrait quand même qu’elle retourne lui dire qu’elle n’aimait pas vraiment la façon dont elle l’avait traité. Elle tourna le dos au soleil. Et le sommeil la gagna bien vite. 
  
Une mouche lui chatouilla le nez. Lena la chassa d’un revers de main. En vain. Elle se décida à se lever. Elle fit couler un café. Toujours aussi noir. Elle s’assit à sa table et jeta un regard par la fenêtre. Le brouhaha de la ville ne l’atteignait pas dans sa tour. Les passants circulaient. Son appartement resterait paisible. Elle n’aurait pas besoin de faire le repas de sa mère. Elle pourrait faire ce qu’elle a envie. C’est-à-dire, pas grand chose. Elle n’avait envie de rien. Elle se recoucha, mit la télé en fond et s’endormit. 
  
*** 
 
La première chose que vit Lena Marcange lorsque, maussade, elle ouvrit la porte de son appartement, ce fut la plaque de police qu’on lui tendait devant le nez. 
  
« Madame Lena Marcange ? Vous êtes en état d’arrestation pour le meurtre d’Yvette Dumarchais
Allez-vous-en d’ici ! Cassez-vous, bordel ! » 
  
Elle repoussa la porte, mais Bastien l’arrêta en plaquant son bras dessus, et le mouvement la fit reculer de plusieurs pas en arrière. D’un simple mouvement du menton, il ordonna aux agents de police de se saisir de la jeune femme, qui se débattit avec véhémence. 
  
« LACHEZ-MOI ! OTEZ VOS SALES PATTES DE LA ! ESPECE D’ENCULE ! SAC A FOUTRE ! JE VAIS TE TUER, JE VAIS TE TUER !! » 
  
Bastien observa platement le manège de cette pauvre femme, qui ne se rendait probablement réellement pas compte de ce qui lui arrivait. Ses cris se répercutèrent dans toute la cage d’escaliers, attirant la curiosité de tout le voisinage. Le jeune inspecteur jeta un dernier coup d’œil à l’intérieur de l’appartement, puis referma la porte derrière lui. Ses épaules s’affaissèrent de dépit. Premier meurtre, premier succès, mais il n’arrivait pas à s’en réjouir. Au fond, il espérait que ce soit le dernier, mais il ne savait pas encore à quel point sa prière était vaine, et à quel point il s’avèrerait doué dans cette spécialité. 
  
*** 
 « Lena ! »
 
Lena releva la tête et vit sa sœur aînée.
 
« Béa ?
-       Qu’est ce qu’il s’est passé ? Un jeune lieutenant est venu nous poser des questions sur toi. Qu’as-tu fait, mon Dieu ? Mais qu’as-tu fait ?
-       Oh eh, ça va ! Toi et ta morale, foutez-moi la paix. Tu ne me lâches jamais ! Tous les jours, c’est pareil… maugréa Lena.
-       Mais qu’est ce que tu racontes ? Ca fait des mois qu’on ne s’est pas vues…
-       Oui, c’est ça. Allez, fais-moi sortir de là et vite !
-       Arrête de te comporter comme une gamine. Arrête de te donner en spectacle.
-       T’es venue pour ça ? Tu peux repartir si tu veux.
-       Maman est là aussi. C’est elle qui a voulu venir te voir.
-       Maman ?
-       Oui, Maman. Tu te souviens ? Ta mère à qui tu brises le cœur, ta mère que tu ignores.
-       T’as pas bientôt fini. Ma pauvre, les gosses, le boulot, ça te porte sur le système. T’es complètement folle ma parole. C’est moi qui trime chez Cora avec la Bazin qui me harcèle. C’est moi qui trime pour la faire bouffer la vieille. Enfin, maintenant, elle doit bouffer que des pissenlits…, ricana Lena
-       Mais enfin, qu’est ce que tu racontes ? Arrête… »  s’exclama Béatrice.
 
Celle-ci s’effaça, laissant la place à une dame âgée, le corps voûté sur une canne sculptée. Jeanne se tenait là. Le visage tiré par la fatigue, les yeux larmoyants. Ses cheveux blancs étaient peignés en un chignon impeccable. Son châle noir recouvrait ses frêles épaules. Elle regarda Lena à travers la grille.
 
« Lena, ma fille…
-       Maman, mais ? Mais qu’est ce que… ? T’es vivante ?
-       Maman, t’en as assez entendu. Viens, on part. Je n’aurais pas dû t’emmener. J’ai fait une erreur, s’écria Béatrice
-       Maman ! Maman ! Jeanne ! Je t’ai vu mourir, je t’ai suivi en descendant du bus. Je t’ai…
-       Lena, arrête, c’est horrible. Maman ne peut pas prendre le bus, tu le sais enfin ! Et puis, c’est immonde ! Comment…
-       Si, elle y était, cria Lena. Je l’ai vu, elle m’a parlé. J’avais pas vu qu’elle me suivait. Mais elle m’a parlé. Elle s’est démasquée. Elle aurait dû se cacher. Tu m’entends, jamais je n’aurais trouvé ta cachette. Jamais ! Mais je sais tout maintenant…
-       Lena, ce n’était pas Maman dans le bus. Elle ne peut pas se déplacer seule. Ce n’est pas elle qui t’a parlé.
-       Mon Dieu, ce policier avait raison… Ma petite fille, ma pauvre petite fille, sanglota Jeanne
-       Mais, mais… qui m’a parlé alors ? balbutia Lena
-       Une vieille dame, Yvette. Elle a été sauvagement assassinée dans la soirée de jeudi chez elle. Rue de la Baie des Dames, ça te parle ?, coupa Béatrice.
-       Non, ce n’est pas possible. Pourquoi m’a-t-elle répondu alors ? Je n’ai pas pu me tromper ! Non, j’ai pas pu. Si elle ne m’avait pas répondu, je n’aurais pas …
-       Maman, on y va maintenant. Ton cœur va lâcher, et le mien aussi ! » dit fermement Béatrice.
 
S’éloignant de la grille, Béatrice chuchota à sa mère « Les médecins vont s’occuper d’elle. Tout va bien se passer maintenant. On rentre, les enfants nous attendent. »
 
Lena vit sa mère pleurer, soutenue par sa sœur. Elles sortirent du commissariat sans un regard en arrière. Ses yeux s’embuèrent.
 
« Tu n’es qu’une incapable. » entendit-elle.
 
Elle se retourna.
Il n’y avait personne, mis à part elle.
 
 
FIN 



_________________
ATea.
Dim 18 Mai - 21:14 (2014)
Visiter le site web du posteur Skype
Auteur Message
Yannick Darbellay
Giga Coup de Coeur...
Giga Coup de Coeur...

Inscrit le: 18 Sep 2013
Messages: 2 835

MessagePosté le: Dim 18 Mai - 22:28 (2014)    Sujet du message: Rue de la Baie des Dames - AdiasKopano Répondre en citant

Ouh, un gros taff là. Ça ressemble à un p'tit exploit!
J'aime beaucoup cette histoire qui monte en puissance, et la manière que vous avez eu de cheminer au côté de cet esprit en crise nous faisant assister à son inéluctable déraillement.
Le récit est solidement construit, pas caricatural, l'écriture solide et dynamique malgré quelques maladresses bien excusable, bref chapeau les filles.
Dim 18 Mai - 22:28 (2014)
Visiter le site web du posteur
Auteur Message
Rafistoleuse
Coup de Coeur ...
Coup de Coeur ...

Inscrit le: 11 Sep 2013
Messages: 4 563

MessagePosté le: Lun 19 Mai - 10:08 (2014)    Sujet du message: Rue de la Baie des Dames - AdiasKopano Répondre en citant

C'est IM-PRES-SION-NANT ! 


Vraiment.


Histoire de préciser les choses ici aussi, les thèmes et contraintes étaient de Ben et moi. C'est donc à moi qu'il faut s'en prendre pour le thème J'ai bien conscience qu'il était très difficile à mettre en place, d'autant plus que le temps d'écriture était plutôt court ! Sachant aussi que le décalage horaire a joué contre vous... C'est carrément bluffant !


Votre histoire là, elle est hyper bien ficelée, c'est toujours très clair et j'adore jouer au détective pendant ma lecture et rassembler les indices à droite et à gauche pour essayer de comprendre avant le policier, comment Léna en est arrivée là. J'adore la façon dont vous avez disséminé des indices, comment les différentes parties se font échos les unes aux autres. La structure de votre texte, vraiment , rien à dire, c'est parfait ! 


Le personnage de Léna est bien bien fouillé (et c'était tout le challenge de la contrainte), tout est hyper cohérent et ça sonne juste, et comme le dit Yannick, on voit la montée crescendo de sa folie, on la germer, grandir pour exploser à la fin. C'est hyper crédible, j'ai trouvé ! 




Je retrouve bien là, vos talents de raconteuses, les filles. Autant dans l'agencement minutieux des paragraphes, que dans l'immersion dans l'esprit torturé du personnage, je vous reconnais ! Et je suis même pas sûre que je saurais deviner exactement qui a écrit quoi, parce que ça donne l'impression que vous avez tout construit à deux.


Je suis scotchée.




Et en plus pour couronner le tout, je suis même dans votre histoire, dis donc !


Cette harpie de Mademoiselle BAZIN, rhaa c'est tout moi !!


Merci beaucoup pour le clin d'oeil ! Je suis touchée ! Et ça m'a bien fait marrer




Bravo.
_________________
Rafistoleuse
Lun 19 Mai - 10:08 (2014)
Auteur Message
Linelea
Plumivores
Plumivores

Inscrit le: 19 Sep 2013
Messages: 938

MessagePosté le: Lun 19 Mai - 13:16 (2014)    Sujet du message: Rue de la Baie des Dames - AdiasKopano Répondre en citant

Donc premier texte lu et... Ben dite donc !!

Mise à part le fait qu'on pouvait se douter que Lena était schizo et qu'elle ne soit pas ancrée dans la réalité des choses vous avez répondu à la contrainte merveilleusement.

Pour ce qui est du thème chapeau également, la réponse de la soeur faisant tout basculer...
Je ne sais pas qui les a écrit mais j'ai particulièrement aimé les passages de l'inspecteur. C'est un personnage qui est comme je les aime.

Pour Lena sa folie nous apparait au fur et à mesure, j'ai été un tout tout petit peu dérouté parfois, je ne comprenais pas bien où elle était, où elle allait, mais bon elle est folle quoi ^^

Vos deux plumes se marient à ravir.

Bravo, en si peu de temps c'est un grand Chapeau.
Lun 19 Mai - 13:16 (2014)
Auteur Message
Fairyclo
Plumivores
Plumivores

Inscrit le: 11 Sep 2013
Messages: 500
Localisation: Reims

MessagePosté le: Lun 19 Mai - 19:00 (2014)    Sujet du message: Rue de la Baie des Dames - AdiasKopano Répondre en citant

HAHA direct j'ai su que c'était Mo derrière l'inspecteur !

MAIS ! même si je savais qu'il était question d'une schizo et de Lena, j'ai enquêté avec le flic tout du long. Parce que plusieurs fois je me suis demandé si sa seconde personnalité n'était pas : sa mère, sa soeur, son frère, Bazin, la vielle et je suis même allée jusqu'à l'Inspecteur (mais là j'avoue, c'était un peu invraisemblable). Et pas une seconde, jusqu' à la fin, j'avais imaginé qu'elle était véritablement "seule" dans son appart. Donc au final, j'ai eu la surprise et j'en suis ravie.
PS : j'adore le détail du T-Shirt Cora ^^

Sur la forme, c'est clair net précis. On est dedans, tellement que j'avais l'impression d'être sur l'épaule de Léna, puis sur celle de Bastien. C'est bien construit, la double timeline était une bonne idée, les personnages sont très bons.

Sur les plumes : Elles s'accordent vachement bien quand même ! C'est le personnage de l'inspecteur qui m'a fait dire que c'était Mo' mais l'inverse m'aurait pas plus étonnée que ça.

Bref, je trouve ça très fort sachant les conditions de "travail", les horaires de chacune d'arriver à pondre un truc pareil, aussi bien construit, aussi "long" dans la montée en puissance (nécessaire pour pas que ce soit bâclé).

Bravo les Girls !
Lun 19 Mai - 19:00 (2014)
Visiter le site web du posteur
Auteur Message
Benethar
Plumivores
Plumivores

Inscrit le: 15 Mar 2014
Messages: 128
Localisation: Orléans

MessagePosté le: Lun 19 Mai - 19:33 (2014)    Sujet du message: Rue de la Baie des Dames - AdiasKopano Répondre en citant

J'adore ce que vous avez fait avec ma contrainte ^^

Le cliché du schizo psychopate, mais ça marche tellement bien. Encore plus quand c'est finement raconté.

Chapeau bas!
Lun 19 Mai - 19:33 (2014)
Auteur Message
Elfie Imy
Invité




MessagePosté le: Lun 19 Mai - 22:08 (2014)    Sujet du message: Rue de la Baie des Dames - AdiasKopano Répondre en citant

Shocked
C-E-S-T-G-E-N-I-A-L!!!
(et aussi hyper flippant)
Lun 19 Mai - 22:08 (2014)
Auteur Message
Mo
Plumivores
Plumivores

Inscrit le: 03 Mai 2014
Messages: 112
Localisation: Orléans

MessagePosté le: Mar 20 Mai - 12:39 (2014)    Sujet du message: Rue de la Baie des Dames - AdiasKopano Répondre en citant

Rien de plus à dire que les autres, j'a-do-re ! Texte assez long mais vachement prenant, on veut savoir comment elle a pu en arriver au meurtre alors que rien ne semblait joué ! Comme quoi il suffit parfois d'un rien...

J'adore les séries policières, et à l'écrit c'était également super intéressant ! Je crois que j'ai un p'tit faible pour "le jeune inspecteur", j'ai envie d'une suite, ce le suivre encore un peu plus dans ses enquêtes, il est humain, très loin du cliché basique du flic blasé qui a tout vu tout connu.


Et puis cette fin... ça me rappelle les "fais moi peur" et autres bouquins d'horreur qu'on lisait étant gosse, tu penses que t'es sauvé, mais en fait, t'as le détail qui tue avant le point final qui t'empêche de dormir sereinement. =)

Chapeau bas !
Mar 20 Mai - 12:39 (2014)
Visiter le site web du posteur
Auteur Message
hector vugo
Super Master CDC *
Super Master CDC *

Inscrit le: 18 Sep 2013
Messages: 819
Localisation: vigneux sur seine

MessagePosté le: Mar 20 Mai - 19:00 (2014)    Sujet du message: Rue de la Baie des Dames - AdiasKopano Répondre en citant

Un grand bravo.  Elle est flippante votre caissière. Je crois que je n'irai pas chez cora faire mes courses.


On sent, dès le début, qu'elle est border line. Mais de là à l'imaginer serial killeuse.


Ca fout les jetons
Mar 20 Mai - 19:00 (2014)
AIM MSN Skype
Auteur Message
Contenu Sponsorisé




MessagePosté le: Aujourd’hui à 14:25 (2016)    Sujet du message: Rue de la Baie des Dames - AdiasKopano

Aujourd’hui à 14:25 (2016)
Poster un nouveau sujet  Répondre au sujet   Jetez l'encre ! Index du Forum » 48 H

Page 1 sur 1
Toutes les heures sont au format GMT + 2 Heures

Montrer les messages depuis:

  

Sauter vers:  

Index | Panneau d’administration | créer un forum gratuit | Forum gratuit d’entraide | Annuaire des forums gratuits | Signaler une violation | Conditions générales d'utilisation
Powered by phpBB © 2001, 2005 phpBB GroupTraduction par : phpBB-fr.com
Xmox 360 by Scott Stubblefield