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Lettre à Ma Fille

 
  Jetez l'encre ! Index du Forum » » Historique des Défis » Défis n°1 à 50 » Défis n°41 à 50 » Défi n°43
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Auteur Message
Chris S.Pearson
Plumivores
Plumivores

Inscrit le: 27 Mai 2014
Messages: 3
Localisation: Wilmington

MessagePosté le: Mer 28 Mai - 11:18 (2014)    Sujet du message: Lettre à Ma Fille Répondre en citant

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Chris S. PEARSON. 
 
 
 
48 ans. 
 
 
 
Sans Emploi 
 
 
 
  
 
 
 
Biographie :  
 
 
 
 
 
 
 
  
 
 
 




 
 
 
 
 
 
 
 
  
 
 
 
Wilmington, Caroline du Nord 
 
 
 
Le 5 janvier 2028. 
 
 
 
  


Je m’appelle Chris S. Pearson. J’ai 48 ans. 
 
 
 
Si je suis abimé par la vie, c’est qu’elle me punit de ne pas l’avoir préservé. 
 
 
 
Je suis devenu un vieux baroudeur, après avoir été un petit con d’avocat. 
 
 
 
Stagiaire Avocat. 
 
 
 
  
 
 
 
Ce message s’adresse à ma fille, Rachel. 
 
 
 
   

Ma Chérie, 
 
 
 
  
 
 
 
J’ai tellement de choses à te dire que je ne sais par où commencer et mes premiers mots te paraîtront probablement brutaux. 
 
 
 
  
 
 
 
J’imagine que tu ignores les conditions dans lesquelles tu as vu le jour mais je me dois de te l’expliquer. Tu dois avoir 14 ans maintenant. Tu es en âge de comprendre et le temps m’est compté… 
 
 
 
  
 
 
 
Je viens d’arriver dans la région après deux jours de marche. Non loin de mon campement, une borne de télécommunication semblait fonctionner. Elle a dû être remise en état de marche. J’ai attendu avant de m’en servir. Je pensais à un piège. 
 
 
 
Mais en l’absence de tout mouvement sur deux jours, je me suis enfin décidé. J’ai touché l’écran et je me suis aperçu que la Toile fonctionnait toujours. Je ne savais que faire. Et puis, j’ai eu l’idée d’écrire. De t’écrire. Mais où ? Si j’ai repensé au site JE, c’est en souvenir de ta mère. Je m’étais inscrit sous son impulsion.  Et puis, il semble avoir été protégé par les dégradations virtuelles. Je suis certain que quelqu’un quelque part en prend soin. Sur ce qu’on appelait le Web, les gens se sont comportés exactement de la même façon que dans la vie réelle. Ils ont déserté ce lieu hautement symbolique. La représentation même de la mondialisation, ce qui nous a appauvri, affaibli, tué. On se croirait dans une rue dévastée quelques jours après ce Black Friday. (Peut-être en as-tu déjà entendu parler, mais j’y reviendrais je pense) 
 
 
 
  
 
 
 
Sauf ici. Ici, les textes sont toujours en ordre. Y compris l’unique « texte » que j’ai pu écrire. Ma seule contribution dans la communauté fut ma présentation. J’en ai honte et pourtant, peut-être connaîtras-tu mieux l’homme que j’étais, et celui que je suis devenu, même si je sais que comprendre n’est pas forcément pardonner… 
 
 
 
  
J’ai dû faire une pause, ma Chérie. J’ai relu avec effarement ce que j’ai pu écrire. Je suis horrifié. Je me dégoûte. Tout suinte d’arrogance, de suffisance, de mépris. Je ne t’accorde pas la moindre importance alors que tu étais déjà là, dans le ventre de ta mère... Je me souviens de ce jour où elle m’a annoncé qu’elle était enceinte. Elle venait d’avoir 30 ans.  Qu’est ce qu’elle était heureuse… Je me souviens de son visage. Son visage que j’ai sauvagement coupé sur la photo de profil. Je suis sûr que tu lui ressembles, que tu as sa grâce, sa naïveté, sa candeur si touchante. Elle m’avait plu pour ça ta mère. Elle m’avait charmé. Sa part lumineuse m’avait attiré comme les papillons de nuit. J’étais un papillon de nuit. Je n’étais qu’un être sombre. Mes yeux aussi gris et charmants qu’ils pouvaient être, ne captent plus les nuances des couleurs, ne perçoivent plus la beauté des choses. Les ont-ils perçus un jour ? Je me le demande. 
 
 
 
  
 
 
 
Même en ce jour béni du 20 novembre 2014, je n’ai su voir la Priorité. 
 
 
 
3 jours après, c’était le Black Friday et je n’ai pensé qu’à fuir. 
 
 
 
  
 
 
 
Lorsque je t’ai vu pour la première et dernière fois, tu étais une petite crevette, un poids plume. Enfin cela, je l’imagine parce que je ne t’ai pas pris dans mes bras, je t’ai regardé à travers la vitre. Tu étais dans ta couveuse. Une sage-femme s’occupait de toi. J’ai tourné les talons et je suis parti. Ta maman supportait mal l’accouchement. Elle hurlait. Les appareils s’affolaient. Ma Chérie, tu n’es en rien responsable de la mort de ta mère. C’est moi, le seul responsable. Et je suis peut-être responsable de ta mort aussi. Ce message tombera peut-être sur beaucoup d’écrans sans que tes yeux ne puissent le parcourir un jour… 
 
 
 
  
 
 
 
Pourquoi ne t’ai-je pas emmené ? Pourquoi ne suis-je pas resté à tes côtés ? Pourquoi n’ai-je pas changé d’avis ? J’entends encore la voix du Senior. « Dans trois jours, c’est le Jour J. Si tu restes, tu meurs. Elles sont déjà fragilisées. Elles n’ont pas eu le Sérum, tu comprends ? Elles vont mourir. Allez, viens. Il faut partir, maintenant. » 
 
 
 
  
 
 
 
Et je l’ai suivi. J’ai regardé une dernière fois l’hôpital, ses couloirs bien trop blancs, ses uniformes remplis de bonne conscience. Toutes ces âmes qui ne se doutaient pas du drame. J’aurais pu le dire, j’aurais pu hurler à la face du monde ce qu’il se tramait. J’aurais pu rester avec toi. Mais je suis sorti, je suis monté dans le Ford F150. Je me suis évanoui dans la nature. Je respectais mon contrat, simplement. 
 
 
 
  
 
 
 
C’est ce qu’il était prévu par la Directive 51... La Phase II du Test était engagée mais tout avait commencé des années auparavant. 13 années pour être exact. J’étais loin d’imaginer ce qu’il se tramait. Je devais probablement faire la fête avec mes copains. Je n’avais pas encore d’idées sur l’avenir. Je ne savais même pas que le bioterrorisme existait. J’ai entamé des études, arrêté puis repris. Je me cherchais, et le Droit m’a fait de l’œil. Prestance, charisme, maîtrise du langage. Tout ça, ça me connaissait. Je me suis vite plu dans l’exercice. Mon maître de thèse m’a recommandé pour un cabinet éminemment reconnu. J’ignorais jusqu’à quel point j’allais baigner dans les malversations. Lorsque je suis arrivé dans le cabinet en 2013, j’ai signé un contrat. J’acceptais de participer à un projet classé Secret Défense. En contrepartie, je toucherais de grosses sommes d’argent dès que mon intégrité et ma discrétion serait prouvée. Il fallait que je taise le peu d’informations que j’avais à ma connaissance jusqu’au jour J. Toute intervention ferait échouer l’Opération Dark Winter. Je me suis emballé. Ca sentait l’aventure, le danger. J’étais excité. Je ne me suis même pas rendu compte que je n’étais qu’un pion de plus. On ne m’avait pris que parce que j’avais une belle gueule et que j’étais opportuniste. J’étais prêt à tout pour me faire remarquer par les plus grands. En fait, ils m’avaient probablement déjà remarqué, mais pas comme je le pensais. Je n’étais pas capable de le comprendre. Moi, un pion ? C’était impossible. Et je n’ai rien vu. Les Dollars m’ont fait tourné la tête. Je n’ai pas réfléchi. Je n’ai pas demandé ce qu’il allait se passer pour les personnes ne recevant pas le Sérum. Je ne m’en souciais guère… Je ne me souciais pas plus du sort réservé aux traîtres. Ceux-là, je les exécrais au possible. Ils étaient prêts à faire capoter un projet immense, une simulation géante. Tout avait été pensé depuis des lustres. Notre réaction ultra-rapide à une situation de crise serait applaudie sur la scène internationale. Les acteurs de cette réussite seraient reconnus comme des sauveurs de l’Humanité. Comme des Maîtres ! 
 
 
 
  
 
 
 
J’ai reçu une piqûre de sérum protecteur, « au cas où, nous avons besoin de garder nos meilleurs agents » Et mon premier chèque est tombé. D’autres ont suivi au rythme des rapports que je rendais. J’étais les yeux et les oreilles de l’Organisation. Je repérais les diffusions abusives d’informations, et j’en informais ma hiérarchie. Ils appréciaient mes rapports circonstanciés. Précis. Lorsque j’apposais mon point final, c’était un point final dans la vie de quelqu’un. Une balle en plein cœur. 
 
 
 
  
 
 
 
Les jours passèrent. Les têtes tombèrent. Ceux qui émettaient des doutes ou voulaient faire machine arrière devenaient des menaces pour le projet. Les corps s’entassèrent ici et là. Ils redevenaient poussière. Dans ma tête, ma mission était claire. Rien ne pouvait m’ébranler. Pas même ta naissance. Il m’avait suffi de quelques paroles. Je ne pouvais pas faire échouer l’Opération. Comme je m’en veux aujourd’hui. Comme je m’en veux… 
 
 
 
  
 
 
 
3 jours après. Le 23 Novembre 2014. Comme une horloge bien réglée, ce fut le Chaos total, retransmis en direct sur toutes les chaînes télévisées… 
 
 
 
  
 
 
 
Vitrines brisées. Etalages dévalisés. Passants affolés. Habitats pillés. Je me rappelle des rats, courants ici et là. Ce Black Friday, c’est devenu Vendredi Saint pour eux. La promesse d’une fête perpétuelle. Ils pouvaient s’empiffrer des restes de nourritures ou de cadavres. Les rats sont devenus plus gros que des chats, plus hargneux et plus agressifs que jamais. Les animaux de compagnie se sont transformés en prédateurs pour leurs maîtres. Tout le monde fut touché. Tous ceux qui ont souhaité faire fructifier l’économie ce jour-là, seraient nos cobayes. C’était le moteur de notre projet. Faire chuter l’Economie. Détruire les repères pour mieux les contrôler. Tous ceux qui n’étaient pas dans le secret de la Directive 51 se sont lancés à l’assaut de Big Apple ce jour-là. Je pensais dominer le monde et j’en étais fier. J’étais un vrai petit con arrogant. J’ai voulu sauver ma peau, et je t’ai oublié Rachel. 
 
 
 
  
 
 
 
Je vous ai oublié, toi et ta mère. 
 
 
 
  
 
 
 
Je ne me suis pas rendu compte que je vendais mon âme au diable. J’ai été lâche, j’ai hurlé avec les loups. Ce courage que je prônais, je ne l’ai pas eu. Ce n’était pas du courage. Je n’ai pas su m’unir avec les Bons comme Rob. Mon petit frère, ton oncle, faisait partie des combattants. J’ai su qu’il était mort dans d’atroces souffrances dans les deux premiers mois. Peu de temps après, j’ai fait envoyer un billet à mes parents pour leur annoncer que j’étais mort dans un accident. Déclaré mort, ma réputation était sauve. Aucune recherche ne serait entamée. Ils n’apprendraient jamais que leur cher fils prodigieux n’était qu’un vil personnage. Je leur ai menti pour les préserver. 
 
 
 
J’ai tout perdu. Ma famille, mes amis, ma vie… J’ai gâché ma vie à jamais. Je ne pourrais plus rattraper cela. Je rêve parfois que je me réveille et que tout cela n’est qu’un cauchemar, mais la réalité a un goût amer que je connais trop bien. En 14 ans de solitude, je me suis habitué à elle. J’ai continué à survivre, j’ai vécu de pêche, de cueillette. J’ai vécu en parlant aux arbres, aux oiseaux. Mais la simple vue de la plus belle des fleurs ou le son le plus doux d’un gazouillis me rappelle douloureusement cette vie que j’aurais pu t’offrir, à toi et à ta mère. Je crois que la vie a repris son cours quelque part sur la terre de l’Oncle Sam. Mais je me suis enfui bien trop loin pour me protéger. Je ne peux plus revenir. Cela fait 14 ans que j’erre sans but. Cela fait 14 ans que je suis mort au fond de moi. Je rêvais d’une mort brusque et je n’ai même pas eu les couilles de me foutre en l’air jusqu’à aujourd’hui. J’ai été un incapable. Mon Dieu, Rachel, si un jour, tu lis ce message, j’espère que tu me pardonneras. Je suis coupable d’avoir été opportuniste, je suis coupable d’avoir été lâche. Voilà mon grand crime, avoir été un monstre d’égoïsme. 
 
 
 
  
 
 
 
J’ai compris mon erreur maintenant. Dès demain, je repars sur les routes. 
 
 
 
Mais cette fois, fini l’errance. Je connais ma destination finale. 
 
 
 
  
 
 
 
Je t’aime, 
 
 
 
 
Papa. 
 
 
 
 

_________________ 
 
 
 





  
 
 
 
Les yeux embués par les larmes, Jane resta sans voix. 
 
 
 
  
 
 
 
Chris. Il était en vie à Wilmington, dans le conté d’à côté. Il avait écrit ce message, une semaine auparavant. Jamais elle n’aurait pensé que J.E verrait un jour, un nouveau sujet. Jamais. Pourtant, elle ne s’était pas résolue à quitter la communauté J.E. Internet laissé à l’abandon, c’était devenu un no man’s land. Pourtant, comme pour s’accrocher à un passé qui lui semblait heureux, elle continuait à faire vivre ce site... et faire périr son amour. 
 
 
 
  
 
 
 
Plusieurs fois, elle avait relu cette présentation rédigée un jour de mai 2014. Il avait à peine 34 ans à cette époque. En pleine ascension sociale. Elle avait cru à de l’humour. Elle avait cru que c’était pour ne pas dévoiler ses faiblesses. Elle ne s’était pas rendue compte qu’il n’avait jamais été aussi sincère depuis qu’elle le connaissait… 
 
 
 
  
 
 
 
Au fil du temps, il s’absentait de plus en plus. Son boulot était prenant et Jane se remémora avec douleur les longues nuits de solitude passées. Elle espérait secrètement que l’accouchement serait un déclencheur. Mais ce jour-là, elle comprit qu’elle et Rachel n’étaient pas des priorités pour Chris. Elle s’était bercée d’illusions. Il était arrivé à l’hôpital alors qu’elle était déjà en plein travail. Il n’avait pas répondu à ses appels de détresse quelques heures auparavant. Elle était partie seule, effrayée. Elle n’avait pas eu le choix qu’affronter cet événement seule. 16heures de contractions. 16heures dans un univers froid, hostile. Jane s’était sentie profondément seule, même aux côtés de la sage-femme attentionnée… Rachel venait de voir le jour, mais la délivrance s’annonçait plus compliquée que prévu. Jane avait cru voir la silhouette de Chris, à travers la vitre, qui s’éloignait. Elle s’était mise à hurler encore plus fort. De douleur, de rage. Elle voulait abandonner. Elle ne pouvait pas, elle n’était plus seule. Rachel était là maintenant. 
 
 
 
  
 
 
 
Jane ressentit soudain une boule de colère monter en elle. Elle voulait hurler mais ne pouvait pas. Rachel était dans sa chambre. Elle s’inquièterait. 
 
 
 
  
 
 
 
« Mais tu t’en fous de ça ! Tu t’en fous de ce que c’est de penser à quelqu’un, de s’en occuper ! Se lever la nuit quand elle a un chagrin, se lever le jour pour aller chercher à manger. Survivre seule. Et, toi, tu débarques avec tes beaux mots, la bouche en cœur et ta culpabilité à deux balles. Tu t’octroies des droits et des devoirs envers Rachel mais ce n’est pas ta fille, pauvre con ! Tu n’as jamais été son père, depuis le jour où tu es parti. Comment peux-tu imaginer que je vais te laisser faire ça ? Comment peux-tu te donner le droit de détruire la vie de Rachel ? Tu n’as même pas attendu de savoir si elle était en vie, ni même moi. Tu as été cupide et arrogant. Tu laves ta conscience avec ce bout de message sur un vieux forum mais tu n’as jamais fait vivre quoique ce soit. Tu as préféré fuir. Retourne à tes poissons et tes fleurs. Tu as voulu te protéger dans un bunker, restes-y. CREVES-Y ! » 
 
 
 
  
 
 
 
Des larmes coulèrent sur ses joues rosies. Elle se leva pour aller chercher un mouchoir. 
 
 
 
  
 
 
 
 « Tout ce que tu cherches, c’est de te libérer d’un fardeau. TU ES UN ASSASSIN ! Tu as laissé mourir des gens, tu as sacrifié ta famille pour des dollars. Ces mêmes-merdes qui nous ont transmis le virus... » 
 
 
 
  
 
 
 
Elle essuya ses larmes d’un geste brusque, plia le mouchoir, le caressa, puis le froissa violemment dans sa main. 
 
 
 
  
 
 
 
«  Tu ne sais pas ce que nous avons dû vivre. Tout ce que nous avons enduré. Durant des mois entiers, des années, nous avons dû vivre reclus. Tout le monde était une menace. Le virus te flingue les organes les uns après les autres. J’ai perdu l’usage d’un poumon, l’autre est en piteux état. Ton putain de virus, il m’a grignoté de l’intérieur. Des plaies m’ont bouffé un bras. J’ai élevé et aidé Rachel du mieux que j’ai pu. Si aujourd’hui, elle a grandi, c’est grâce à Moi ! Et à tes parents aussi d’ailleurs. Tes parents à qui tu as fait dire que tu étais mort. Tu es ignoble. J’étais là quand ils ont reçu ton message. Tu aurais dû les voir. C’est TOI qui aurais dû être là. J’ai vu tes parents mourir dans d’atroces souffrances. Ils se sont laissés mourir. Par ta faute. » 
 
 
 
  
 
 
 
Elle serrait les mâchoires. Elle aurait voulu projeter l’ordinateur de toutes ses forces avec ses bras. Elle ne le pouvait pas. Elle ne pouvait plus. 
 
 
 
  
 
 
 
 « Ils se sont sacrifiés lorsqu’ils ont vu des malades s’approcher de notre abri. Ton père, Dante, était valeureux. Il nous a embrassé une dernière fois. Il a dit quelques mots à ta mère en pleurs puis, est sorti. Il a décimé les malades autour de nous, les a brûlé et enterré pour que le virus ne vive plus. Il a dormi dehors, nous défendant corps et âme avant que la maladie ne l’emporte. Il a donné sa vie pour nous. Il a refusé qu’on lui vienne en aide. Il partait dès que nous tentions de nous approcher. Lorsqu’il est mort, … c’est ta mère qui l’a enterré. Tu n’étais pas là. Nous avons souvent quitté notre abri lorsque de nouvelles vagues d’inconnus arrivaient. Nous les avons laissé piller ce qu’il voulait. Ils ne vivaient jamais assez longtemps. Ta mère faisait le ménage à chaque fois. Elle a toujours refusé que j’y touche. Je me souviens de ces « Tu as une fille, pense à elle. Va-t’en. » Des années d’errance, de méfiance. Des années passées avec ta mère et MA fille. Nous avons dû nous protéger de tout, pendant que TOI, tu vivais de pêche et de cueillette à l’abri de tout. » 
 
 
 
  
 
 
 
Jane soupira. Son cœur battait à tout rompre. Tant de mots qu’elle n’avait jamais pensé, tant de choses qu’elle avait gardé enfouies au fond. 
 
 
 
  
 
 
 
« Tu es une pourriture. Une pourriture. Même ton message pue la médiocrité. Tu es toujours aussi détestable, tu voudrais juste être un héros. Et tu voudrais que ta fille parte à ta recherche avant que tu ne mettes fin à ta vie ? Sombre Con. Elle ne verra pas ton message… » 
 
 
 
  
 
 
 
Dehors, le portail s’ouvrit, et se referma en un claquement ramenant Jane à la réalité. C’était décidé. Elle ne pouvait infliger cela à sa fille. Elle supprimerait son profil. Elle supprimerait son personnage. Il n’existerait plus et n’existerait jamais aux yeux de sa fille. 
 
 
 
  
 
 
 
« Jane ? 
 
 
 
-       Oui, Shawn. Entre ! Combien de fois t’ai-je dit de prendre la clé ? 
 
 
 
-       Je sais. Rachel est prête ? 
 
 
 
-       Oui, oui, rentre. Installe toi. Je vais la prévenir. » 
 
 
 
  
 
 
 
Shawn, 17 ans, essuya ses pieds dans l’entrée et posa son manteau Il passa devant le radiateur, s’y frotta les mains pour mieux se réchauffer en cet hiver froid. Il continua son chemin vers la cuisine, entreposa le paquet de gâteau dans le frigo et se servit un verre de jus de fruits. Il connaissait cette maison par cœur. Ses rangements, ses recoins, les distances entre chaque meuble aussi. Il les avait apprises par cœur. C’était nécessaire. Il venait tous les jours depuis près de onze ans. Il considérait Rachel comme sa petite sœur. Il l’avait prise sous son aile et la protéger coûte que coûte. Ce qui avait parfois le don d’exaspérer la frêle Rachel.  
 
 
 
  
 
 
 
Le verre à la main, accoudé au bar, son regard fut attiré par l’écran de l’ordinateur posé là. Jane devait encore travailler. Elle avait bien du courage d’élever sa fille toute seule. Il avait entendu dire que le père de Rachel était mort lors de La Pandémie. Tout comme ses parents d’ailleurs. Shawn n’avait pas eu le temps de se souvenir d’eux. Il fut envoyé au Canada chez son oncle les six premières années de sa vie. A leur retour, ils s’étaient installés dans la ville de Staunton, dans l’état de Virginie. Ils avaient rapidement créé des liens amicaux avec leurs nouveaux voisins. C’est comme ça que Shawn avait repéré la petite fille solitaire du 1098, Clarence Court. 
 
 
 
  
 
 
 
Il s’avança, posa son verre à côté de l’ordinateur et lut quelques mots… 
 
 
 
 
« Je m’appelle Chris S. Pearson. J’ai 48 ans. 
 
 
 
Si je suis abimé par la vie, c’est qu’elle me punit de ne pas l’avoir préservé. 
 
 
 
Je suis devenu un vieux baroudeur, après avoir été un petit con d’avocat. 
 
 
 
Stagiaire Avocat. 
 
 
 
  
 
 
 
Ce message s’adresse à ma fille, Rachel. » 
 
 
 
  
 
 
 
Shawn recula, hébété. 
 
 
 
  
 
 
 
« Shawn! Je sais que tu es là, j’ai senti l’odeur. Tu as encore amené mes gâteaux préférés ! » claironna une voix fluette. 
 
 
 
  
 
 
 
Otis, le beau labrador chocolat, entra dans la cuisine. Il remua la queue frénétiquement, mais ne pouvait faire le fou à ce moment-là et le savait. Rachel le suivait de près. Elle s’appuya au comptoir et relâcha la tension sur le harnais d’Otis. Enfin libre, celui-ci fonça droit sur Shawn pour avoir sa dose de caresses. 
 
 
 
  
 
 
 
Rachel sourit, ses yeux gris dans le vide. Shawn s’approcha d’elle et la prit dans ses bras tendrement au moment où Jane rentra dans la cuisine. Elle demanda à Shawn s’il voulait boire un verre d’eau. « J’ai déjà bu, merci » répondit-il, la fixant intensément. Il se mit à caresser les cheveux de Rachel, lui prit la main et ils sortirent de la pièce. « Shawn ! Je sais qu’il y a six pas pour arriver au canapé, tu me le répètes tous les jours. J’suis aveugle, pas débile ! » 
 
 
 
  
 
 
 
Jane s’assit sur le tabouret face à l’ordinateur, et vit le verre posé devant.  
 
 
 
Jane comprit en voyant les mots Lettre à ma Fille en surbrillance. 
 
 
 
  
 
 
 
Maintenant, elle n'était plus seule à savoir... 
 
 
 
  
 
 
 
  

Je tiens à « m’excuser » auprès des Modérateurs. 
Pour mon histoire, j’avais besoin de créer un profil sur J.E. et de signer le Règlement d’une façon aussi désagréable que ce que j’ai fait. Mais c’est mon personnage qui vous parle comme ça. Pas Moi. :-P 
ATea. 
 
 
Mer 28 Mai - 11:18 (2014)
Auteur Message
Fairyclo
Plumivores
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Inscrit le: 11 Sep 2013
Messages: 500
Localisation: Reims

MessagePosté le: Mer 28 Mai - 13:55 (2014)    Sujet du message: Lettre à Ma Fille Répondre en citant

Chris S Pearson – Lettre à ma fille

Respect du thème :

Totalement dedans. Tu as parfaitement su t’imprégner de l’univers, on le retrouve en filigrane à la fois du côté du côté « gouvernemental » avec Chris et du côté lambda avec Jane. J’ai bien aimé aussi le fait que les épargnés fassent partie d’une sorte de « guest list » avec cette histoire de Sérum ; un virus contrôlé pour assouvir la soif de pouvoir de certains. Toute cette pandémie serait donc orchestrée, j’aime l’idée, j’ai toujours été fan des complots.
J’ai eu petit souci de compréhension cependant : Dans le récit de Chris, on comprend que Rachel et Jane sont mortes… du moins condamnées et Chris s’en va. Puis 13/14 ans plus tard, il écrit une lettre à sa fille. Ca veut dire qu’à un moment, il a su qu’elle était en vie… comment ? Pourquoi ? En fait, globalement, il me manque un lien de cause à effet entre le passé de Chris, comment il est passé d’odieux connard à père en quête de rédemption.

Respect de la contrainte :
Bien que tu fasses de nombreux retours au jour-J, tu te situes bien dans l’après, le post-apocalyptique. A la réflexion et vis-à-vis de l’angle d’approche, je pense que ces retours étaient finalement nécessaires à la compréhension de l’univers et de l’ouverture que tu nous offres : Est-ce que Chris va revoir sa fille ? Jane va-t-elle s’opposer ? Quels seront les obstacles ? bref.
Après j’avoue que j’ai du mal à voir le monde dans lequel ils vivent tous désormais. Entre Chris qui joue les Bear Grills (pêche et cueillette) et les personnages de ta seconde partie qui semblent évoluer dans un monde bien plus « civilisé » avec frigo, gâteau, internet à la maison… je ne visualise pas bien le tout.

Cohérence du personnage :
Aucune objection à ce sujet. Tu as parfaitement fait ressortir le caractère de ton personnage, ce qu’il était et ce qu’il est devenu avec les évènements, le temps. Après, j’ai quand même un petit doute sur la photo choisie et l’âge que tu lui donnes. Ou alors, la vie n’a VRAIMENT pas été tendre avec lui… Mais bon, un détail au final sur lequel je peux fermer les yeux puisque tu le dis dans ton introduction.

Originalité de l’approche :
Honnêtement, j’ai eu peur au début. Je me suis dit « Oh non pitié, en voilà un qui se prend pour un héros, un écrivain égocentrique ! » Puis je me suis laissée prendre au jeu. D’une part parce que tu n’es pas tendre avec « toi-même » (j’ai même un doute, est-ce que c’est vraiment toi (même si je me doute que c’est romancé) ? Ou même ta présentation fait partie du défi et tu t’es plié au jeu jusqu’à créer un personnage pour….. *STOP*



(Précision, il n’y avait pas encore le spoiler de fin quand j’ai lu le texte et commencé ce commentaire)

Bon bah j’suis scotchée… je me suis faite avoir quoi (mais j’ai su déceler la vérité à temps tout de même ^^). Mais du coup, ça change mon point de vue… puisque ce n’est pas TOI haha. Et je peux le dire maintenant, j’ai trouvé Chris absolument détestable dans sa présentation, arrogant, connard tout ce qu’on veut… du coup je ne partais pas optimiste pour lire son « premier » texte. Et pourtant sans savoir que c’était toi en réalité qui se cachait derrière, j’ai accroché à mort…. Limite j’étais deg d’aimer ^^

Sur le traitement du défi, j’ai adoré le personnage de Chris (j’aime les connards c’est un fait) mais j’émets une petite réserve sur la seconde partie que je ne trouve pas forcément nécessaire, presque HS puisque tu nous apportes un second point de vue, un second personnage. Mais en même temps, j’sais pas… parce que c’était aussi intéressant d’avoir ce point de vue pour le fond de l’histoire, avec la petite révélation sur la condition de Rachel. Ça donne une autre perspective sur la suite, avec la rancœur de Jane.

The phrase : « Lorsque j’apposais mon point final, c’était un point final dans la vie de quelqu’un. Une balle en plein cœur. »

Serais-je tentée de jouer ce personnage sur un forum RPG ? :
J’aurais adoré joué Chris pendant le Black Friday c’est certain. Et je me vois bien le faire évoluer encore aujourd’hui… avec une idée de vengeance contre ceux qui lui ont fait tourner la tête… pour se racheter auprès des siens. Un coup de rasoir, un coup de ciseau et retour dans l’Organisation en mode Bombe à retardement ^^.
Mer 28 Mai - 13:55 (2014)
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Auteur Message
ATea
Plumivores
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Inscrit le: 18 Sep 2013
Messages: 945

MessagePosté le: Jeu 29 Mai - 03:01 (2014)    Sujet du message: Lettre à Ma Fille Répondre en citant

Clo, une question que tu poses à Chris, mais je vais quand même y répondre. Je pense avoir cerné ce qu'il voulait raconter ( )


Dans le récit de Chris, on comprend que Rachel et Jane sont mortes… du moins condamnées et Chris s’en va. Puis 13/14 ans plus tard, il écrit une lettre à sa fille. Ca veut dire qu’à un moment, il a su qu’elle était en vie… comment ? Pourquoi ? En fait, globalement, il me manque un lien de cause à effet entre le passé de Chris, comment il est passé d’odieux connard à père en quête de rédemption. 

 

 

 
En fait, j'ai loupé une phrase. 
Je n'étais pas assez explicite quand il parlait de la borne réhabilitée. Il est resté bien longtemps tout seul. Il est tombé sur ça par hasard. Il a pu se rendre compte sur le Web de ce qu'il s'était passé. Que d'autres que lui et ceux qui avaient eu le Sérum avait été sauvé. Et il a eu un espoir. S'il veut jouer le père en quête de rédemption, c'est uniquement parce que sa culpabilité le ronge. Il veut se donner bonne conscience. Enfin, en tout cas, c'est comme ça que je l'ai voulu. Et pour ça que Jane se met autant en colère. Il était égoïste, et au fond, il n'a pas vraiment changé. Je ne voulais pas d'une apocalypse qui change le caractère des gens, où tout le monde devient beau et gentil, surtout dans le cas des comploteurs. Il en était un.  

 
Et Parallèlement, les autres ont reconstruit peu à peu un quotidien. Au bout de 14 ans, ils ont réussi à réinstaller ce qu'ils connaissaient d'avant, mais rien ne sera comme avant. Ils ont souffert moralement et physiquement. Des handicaps, des infections, des morts sont liées à tout ça. Je les espère plus mûrs, et qu'ils ne replongeront pas corps et âme dans leurs travers d'antan. Jane se sert d'un ordinateur pour rester connectée à son passé. Mais ce message lui permettra peut-être de tourner la page radicalement. Reste à savoir comment   

 


 
Pour la photo, l'avatar de profil est Chris "Jeune" avec Jane. 
Et l'avatar est ce qu'il est devenu. Usé par le temps, ridé. J'suis pas sûr qu'errer pendant 14 ans et traîner une valise de sentiments noirs te préservent. En fait, j'ai flashé sur cette photo en premier, et j'ai dû imaginer comment pouvait être le jeune. J'aurais dû le vieillir encore dans son âge ^^ 
Mais bon, les Hommes c'est pas comme le bon vin, ça s'améliore pas en vieillissant.  
(Bim, dans ta tête Chris! Razz 
Bien entendu, je rigole...) 

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Jeu 29 Mai - 03:01 (2014)
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MessagePosté le: Jeu 29 Mai - 13:42 (2014)    Sujet du message: Lettre à Ma Fille Répondre en citant

Pouah tu nous as bien retourné le cerveau Chris ^^ je suis tombée complètement dans le panneau (sans le spoiler de Clo, j'y étais encore lol). Je trouve cette approche super originale et bien déroutante. J'aime surtout l'explication que tu donnes à ces évènements, et la manière dont tu les décris. Quant au personnage, il est définitivement spécial, pas forcément sympathique et surtout un peu difficile à s'y identifier ^^ je suis toujours interloquée par la début où il parle de sa présentation à JE ! Complètement barré le mec xD Bref c'est fun et en même temps super bien écrit comme toujours !! J'ai trouvé un peu de longueur dans les insultes de Jane mais en dehors de ça, c'était bien chouette =P
Jeu 29 Mai - 13:42 (2014)
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MessagePosté le: Mar 3 Juin - 02:22 (2014)    Sujet du message: Lettre à Ma Fille Répondre en citant

Bon, j'ai lu ton texte pratiquement aussi vite qu'il a été posté, mais j'ai pas du tout eu le temps de le commenter. Et même si c'est un peu tard maintenant, j'vais quand même y aller de mon point de vue :

Si j'ai adoré la première partie, avec la rédemption du père, etc, j'ai trouvé la 2e de trop, et ça m'a un peu gâché le plaisir de la lecture. La fiche d'un perso implique qu'il n'y a qu'un seul perso principal, et le changement de point de vue crée un 2e personnage principal. Je pense pas qu'on avait besoin de savoir ce que pensait Jane de tout ça, et ça me fait un peu le même effet que quand t'avais écrit la nouvelle sur Gunter dans le défi du 334 rue Thomas Dish : tu veux t'assurer qu'on comprenne bien les mauvaises intentions du personnage, et qu'il soit puni pour ça. T'es trop bonne pour ton bien Atea xD. Ca peut donner tout le charme d'un texte, l'injustice liée à leur noirceur.

M'enfin ça reste toujours super bien écrit, et j'avais lu le texte d'une traite (sans guère de temps pour le faire d'ailleurs, et c'est pour ça que j'avais pas commencé)
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