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Dark Winter (Recording One)

 
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Auteur Message
Alice Neixen
Plumivores
Plumivores

Inscrit le: 23 Mai 2014
Messages: 18
Localisation: Paris

MessagePosté le: Mer 28 Mai - 17:21 (2014)    Sujet du message: Dark Winter (Recording One) Répondre en citant

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Nom : Lust
Prénom : Maggie
Âge : 29 ans
Profession : Doctorante en chimie moléculaire, Tucson, Arizona



Biographie :

(La voix tousse, puis se met à chuchoter d’un rythme saccadé : )

What will it take to save what remains ?

J’ai vu cette inscription, il y a trois semaines. Peut-être plus. Quelqu’un l’a peinte, à la bombe, en noir, sur le mur devant chez les Clarks... Une écriture italique, nue, dérangeante. Nauséeuse.
A force de regarder trop de séries apocalyptiques, tout le monde s’attendait à un vacarme assourdissant, à des troupeaux d’humains infestés et sanguinolents, déambulant comme des zombies sans âme, à une guerre sans émotions, à des armes de destruction massive. Aux hurlements qui déchirent les nuits. Aux larmes qui arrachent la vie. Aux scènes insoutenables. A la violence qui, sans émotion, n’est que de la survie. Aux choix qui retournent les entrailles. Peut-être que certains s’attendaient à ce qu’un gouvernement soit capable de résister. Peut-être que non. Quoi qu’il en soit, en réalité, c’est bien pire que la douleur. C’est le silence. Le néant. Le bruit du vent quand il souffle, celui de la pluie quand elle tombe, en permanence. Des échos de silence qui se reproduisent à l’infini, et des sons anodins qui résonnent dans nos oreilles, à force de les inventer. Un vide jusqu’au vertige et des bruits à rendre fou.

Quand ça a commencé… C’était terrible… Bruyant. Etouffant…. Une scène de crise à ciel ouvert, une angoisse exponentielle.

Le premier jour, il y a eu ce virus. L’info était débitée par mots clés : mutation génétique, absence d’anticorps, pas de vaccin. Personne n’a su d’où ça venait, on a accusé tout le monde, pêle-mêle et en vrac : l’Irak, le Soudan, les Etats-Unis, l’Ukraine. Même Paris. Le jour du Black Friday, c’était pas un hasard. Alors on a parlé de terrorisme, d’attaque bactériologique. Puis les gens ont dû comprendre qu’il fallait être con pour vouloir éradiquer une nation par un virus qui se déplace dans les airs. Trop de chance qu’à la faveur des vents votre grenade vous retombe dans les mains.

(Soupir)

En tous cas, la maladie s’est répandue comme une traînée de poudre blanche dans une rue de Harlem, et tout le monde est tombé malade. Ceux qui ne l’étaient pas ont fui. Les hôpitaux étaient pleins à craquer, les gens y allaient par mimétisme. En l’absence d’antidote, on voit mal l’intérêt d’y aller, sinon celui d’attraper avec certitude ce que, par une chance extraordinaire, vous n’aviez peut-être pas encore. Les gens hurlaient, pleuraient, souffraient, gémissaient, suppliaient… Les mères gardaient leurs bébés collés contre leur ventre, suppliant les pères de partir avec les grands. Partout, des larmes, des plaies, des râles, des plaintes. Et cette douleur sourde, au creux du ventre, impalpable et inoubliable, que vous étiez sûrement le prochain. Cette angoisse qui étripait vos rêves.

Le second jour, les infos parlaient des « infestés », comme si c’était déjà plus des humains. Il y avait une banderole avec un décompte. 2 873 940 infectés. En deux jours, presque la moitié de l’Arizona. Puis est venue la mise en quarantaine. L’Etat tout entier s’est découpé en quartiers, puis les Etats voisins. Peut-être que le monde était comme ça aussi, j’en sais rien. Des barrières se dressaient un peu partout, les gens les respectaient encore. Tétanisés, ils étaient scotchés aux apparitions du Président à la télé, qui commençait déjà à privilégier sa propre survie. Déjà, on parlait de rationnement. Il y eut le black-out qui signa la fin des transports publics. Les gens regardaient leurs yeux dans tous les miroirs qu’ils pouvaient trouver : rétroviseur, glaces, vitrines,… guettant le premier symptôme des yeux injectés. Alors les premiers meurtres ont commencé, pour éviter la pandémie. On tuait n’importe qui, n’importe comment. Même les autorités s’y sont mises. Du coup, les gens portaient des lunettes de soleil même sous la pluie.

Le troisième jour, plus de commerce international, plus de pétrole. Les chocs boursiers se suivaient, mais l’argent ne comptait déjà plus. Il y avait des dollars dans la rue, personne ne les ramassait. Effondrement de la civilisation. Ecroulement du monde. En anglais, c’est plus joli. Collapse.

Le quatrième jour, plus d’électricité. On a plongé dans l’ombre, le néant, l’abstrait, le noir. Il n'y avait plus de retour possible. Ca ne pouvait pas s'améliorer. Les interrupteurs vides étaient comme les témoins de la déchéance de l'humanité. Les gens avaient épuisé leurs rations, ils avaient faim. On se frappait pour une conserve, qu’on mangeait froide à même les doigts. Toute l’humanité a commencé à se distiller au compte-gouttes. Les gens étaient paramétrés survie. Ou menace.

A compter du 7ème jour, je…

(Soupir)

J’étais seule, c’est tout. Je n’ai pas envie d’en parler. Pas maintenant.

(Silence)

(La voix reprend, de ce même ton saccadé : )


Aujourd’hui, c’est le 84ème jour, et il n’y a personne. J’ai marché de Tucson à Phoenix. Les seuls corps que j’ai vu étaient ceux qui jonchaient le sol, qui ressemblaient à des figurants dans un mauvais film, et qu’on aurait oublié de prévenir que le tournage était terminé. Je les ai contournés. Un jour, pour m’abriter d’un orage, je… Je suis entrée dans une vieille cabane en bois. J’ai regardé par la seule fenêtre, brisée et sale. Il y avait une petite fille, au fond, assise dans une robe rouge, qui me souriait. Fébrile, j’ai poussé la porte, mais quand elle a claqué contre le chambranle, la môme est tombée de son banc. Sans bruit. Sans autre heurt que le couteau que sa famille lui avait enfoncé entre les omoplates, pour lui épargner tout ça. J’ai simplement serré les mâchoires…
Je n’ai pas pleuré. Il y a longtemps que je n’ai plus de larmes. Je ne ressens ni la peur ni le courage. Je ne ressens plus aucune émotion. La douleur de ce que j’ai perdu a annihilé tout le mal que je pourrais encore me faire. Je suis comme ce vent mesquin et sournois, qui souffle sans s’arrêter. J’avance, et c’est tout. Je ne me pose pas de questions. Les questions sont pour les vivants. Moi, j’avance, seule. Pourquoi ? Parce qu’il n’y a rien d’autre à faire. Il n’y a plus de héros, il n’y a plus de guerre. Il n’y a plus que ces jours qui défilent sans que je les compte. En attendant une fin qui se fraie un chemin dans un compte à rebours qui a déjà commencé depuis 84 jours.

****


Maggie coupe le micro. La batterie clignote déjà. Il faudra qu’elle trouve des piles demain.

What will it take to save what remains ?

Ce qui reste, c’est une trace. Pour l’instant, la sienne. Elle est fragile, et mince. Mais il ne reste rien d’autre, pour elle. C’est pour ça que quand elle a trouvé ce dictaphone, elle l’a emporté. Pour laisser sa trace.

Appuyée contre le mur d'une chambre barricadée qui n'est pas la sienne, elle attrape une bouteille pleine d’eau trouble, de la pluie mêlée à de la poussière, qui la fait tousser quand elle l’avale. Il commence à faire nuit, ça fait des heures qu’elle parle.

L'enfer, c'est le silence.

Il faut qu’elle dorme.
Mer 28 Mai - 17:21 (2014)
Auteur Message
Fairyclo
Plumivores
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Inscrit le: 11 Sep 2013
Messages: 500
Localisation: Reims

MessagePosté le: Mer 28 Mai - 20:34 (2014)    Sujet du message: Dark Winter (Recording One) Répondre en citant

Petite intro de circonstance : Premier texte que tu postes sur JE et faut que je le juge !! Je ne pouvais pas juste l’apprécier en sirotant tranquillement ma menthe à l’eau en ce glorieux jour de congé. Non ! Bon, j’apprécie quand même que ce premier texte soit pour mon défi, alors juge, je serai ^^ mais chier quand même

Respect du thème :
Première phrase, première victoire. Je me suis dis « chic, enfin un plumi qui passe sans préambule aux choses sérieuses, à l’univers post-apocalyptique que je voulais. Bon, tu as filouté par la suite en revenant sur les faits antérieurs mais la tentative était belle, et pas moins savoureuse ^^
J’ai pu donc retrouver les éléments et la chronologie de la vidéo. Le virus, les hôpitaux, la quarantaine, le black out tout ou presque. Exit la partie des agents dormants, tu nous colles un monde dévasté, prenant à contre pied l’idée du chaos sans fin pour nous plonger dans un silence, une lente fin du monde que je trouve excellente.

Respect de la contrainte :
Tout y est. Les éléments obligatoires comme le monde post-apo. En prime, un retour sur les fameux 4 jours mais tu n’es pas la seule. Je comprends, c’était tentant d’y mettre le point de vue de son personnage sur ces fameux jours.

Cohérence du personnage :
Doctorante en biologie moléculaire. Je ne pense pas cette information soit totalement anodine et j’ai envie de croire qu’elle pourrait servir par la suite. Hélas, tu ne joues pas du tout là-dessus dans ton texte et je le regrette un peu. On sent la résignation du personnage, l’amertume aussi. Un poil de cynisme. Très cohérent avec l’état dans lequel elle se trouve au moment où elle rappelle les faits, où tu la décris comme se laissant vivre, attendant patiemment son heure. Elle ne lutte pas.
Elle veut laisser sa trace mais ne compte pas forcément faire de grandes choses. Le dictaphone, l’envie de relater sa vie, je le vois comme un moyen de combler sa solitude et le silence qui l’entoure. Bref, cohérent. ^^

Originalité de l’approche :
Le dictaphone…. J’en parlais justement dans mon précédent commentaire à Octobell. L’idée est séduisante mais contrairement au journal écrit, ça demande de la spontanéité. Mais si je suis carrément amoureuse de ton style (oui oui je le dis maintenant parce que… pouaaah *_*). Je trouve que cette Maggie parle super bien (trop), avec d’excellentes tournures de phrases pour quelque chose supposé oral. Un détail qui n’enlève absolument rien à la qualité de ton écriture (je comprends maintenant pourquoi j’avais entendu parler de toi avant ton arrivée ici). Juste que pour le format que tu as choisi, je ne suis pas certaine que ça fonctionne à 100%.
Mais dis toi que si je n’avais pas été juge cette semaine, je m’en foutrais royalement de la cohérence, tellement je trouve ça magique.

The phrase : genre je dois en choisir qu’une ! humm « Les interrupteurs vides étaient comme les témoins de la déchéance de l'humanité »

Serais-je tentée de jouer ce personnage sur un forum RPG ? :
Carrément, mais avec la perspective d’une rencontre qui la fera abandonner son dictaphone pour revivre et laisser sa trace, pour de vrai.
Mer 28 Mai - 20:34 (2014)
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Yannick Darbellay
Giga Coup de Coeur...
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Inscrit le: 18 Sep 2013
Messages: 2 837

MessagePosté le: Jeu 29 Mai - 01:37 (2014)    Sujet du message: Dark Winter (Recording One) Répondre en citant

J'aime beaucoup l'avancée inexorable du mal à travers les mots sombres et implacables de ta narratrice. Ton texte nous tient en haleine.
Par des images pleines de poésie, et de douleur contenue, la jeune femme nous décrit l'horreur sans vraiment nous la jeter au visage.
Beau texte
Jeu 29 Mai - 01:37 (2014)
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Odepluie
Plumivores
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Inscrit le: 18 Sep 2013
Messages: 381

MessagePosté le: Jeu 29 Mai - 13:56 (2014)    Sujet du message: Dark Winter (Recording One) Répondre en citant

Ah trop contente de te relire Alice ! Je me souviens exactement pourquoi j'adorais tes textes ! Tu as une écriture vraiment magnifique !! Ce texte est beau, j'aime beaucoup la description que tu fais de ce monde silencieux, et de la solitude de Maggie. J'adore son avatar aussi !! Seul bémol pour moi, mais j'ai l'impression que l'on n'en apprend pas tant que ça sur elle dans ce récit... alors que c'est quand même sensé être une pseudo "bio". Enfin c'est un détail, surtout que ce n'est pas moi la juge ! =P Bref un grand bravo, et encore une fois, je suis ravie de t'avoir de nouveau parmi nous ! =P
Jeu 29 Mai - 13:56 (2014)
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Octobell
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Inscrit le: 11 Sep 2013
Messages: 1 670

MessagePosté le: Mar 3 Juin - 12:50 (2014)    Sujet du message: Dark Winter (Recording One) Répondre en citant

J'ai vraiment aimé le cynisme et la résignation qui se dégagent du texte ! Effectivement, on aurait aimé en savoir plus sur elle, son rôle/implication à elle dans tous ces événements. Et j'ai l'impression qu'il n'y a pas d'ouverture sur la fin, et du coup, j'ai pas la moindre idée du sens que tu aurais voulu donner à ton personnage pour commencer une histoire.
_________________
Octobell

Tous les propos exprimés dans les bonus de ce DVD n'engagent que l'intervenant
et ne sont en aucun cas le reflet de l'opinion de JE! Corp.
Mar 3 Juin - 12:50 (2014)
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 22:24 (2016)    Sujet du message: Dark Winter (Recording One)

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