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Les compagnons de Cormontaigne

 
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Octobell
Coup de coeur
Coup de coeur

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MessagePosté le: Lun 2 Juin - 19:12 (2014)    Sujet du message: Les compagnons de Cormontaigne Répondre en citant

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Matin du 11 mai 1871

« LA SIGNATURE DU TRAITE DE FRANCFORT MET FIN A LA GUERRE. LA CITE MESSINE DEVIENT ALLEMANDE ! »

Léon parcourait les rues avec sa manchette à la main, hurlant des mots qu’il n’était même pas sûr de comprendre du haut de ses neuf ans. En revanche, il comprenait bien l’impact qu’ils avaient, ces mots, puisque tous les matinaux de la ville se jetaient sur lui pour lui acheter le journal du jour. Et il était content, Léon. Il gagnerait plein de sous, aujourd’hui.

« LA SIGNATURE DU TRAITE DE FRANCFORT MET FIN A LA GUERRE. LA CITE MESSINE DEVIENT ALLEMANDE ! »
« Ferme-laaaa… » Grommela Phonce dans son sommeil en tâtonnant autour de lui à la recherche de sa couverture. Il avait froid. Il se retourna… Et acheva son mouvement trente centimètres plus bas, sur les pavés qui se firent un plaisir de réceptionner sa chute avec inconfort. Phonce se redressa brusquement, et avisa le banc duquel il venait de tomber.

Puis les événements de la nuit précédente et ses verres ingurgités lui revinrent en mémoire. Il n’avait pas eu la force de rentrer jusqu’à chez ses parents, et s’était résolu à s’écrouler sur un banc qui longeait le quai de la Moselle, côté Saulcy. Devant lui, de l’autre côté de la rivière, se découpait la ville qui s’éveillait, dominée par la cathédrale dorée comme un château de sable. Pourtant, malgré le soleil déjà fort motivé en cette matinée de printemps, et l’état d’hébétude duquel il ne parvenait pas encore tout à fait à se détacher, Phonce devinait la présence d’un nuage sombre dans l’atmosphère.

S’appuyant sur le banc, il se releva avec maladresse et tituba vaguement, le temps de retrouver son équilibre. Il ramassa maladroitement sa casquette restée sur le siège, remonta sa bretelle gauche et commença à avancer dans la rue à l’aveuglette, prenant la direction du moyen pont, que Léon et sa voix de stentor traversaient également.

« LA SIGNATURE DU TRAITE DE FRANCFORT MET FIN A LA GUERRE. LA CITE MESSINE DEVIENT ALLEMANDE ! »

Phonce se figea et avisa le garçon qui passait à côté de lui, le journal calé dans sa main tendue en avant. Le jeune homme lui arracha vivement des mains, et Léon poussa un petit cri scandalisé, avant de lui reprendre le papier.

« Eh ! Tu veux lire, tu payes, imbécile ! »
« Tu me traites pas d’imbécile, petit ch’napan ! » Rétorqua Phonce, qui se mit néanmoins à fouiller les poches de ses knickers en velours côtelé. Mais il avait déboursé ses derniers centimes au troquet la veille. Peu importait, ce que déclamait le distributeur de journaux était bien suffisant pour lui. Il planta le gamin où il était et franchit le pont au pas de course, manquant de se prendre une diligence de plein fouet lorsqu’il déboucha au carrefour des rues de la garde et du moyen-pont. Les chevaux du véhicule s’ébrouèrent, et une tête sortit de la fenêtre. L’homme, large favoris grisonnants, veste à col haut et haut-de-forme, se détendit lorsqu’il reconnut le jeune Alphonse. Mais ses traits se refermèrent aussitôt, et il n’en fallut pas plus à Phonce pour en comprendre la raison.

« Docteur ? » S’étonna-t-il. « Non… Pas vous ! Vous pouvez pas… Vous pouvez pas partir ! »

Mais le docteur se contenta de secouer tristement la tête.

« Je suppose que tu connais déjà les nouvelles, gamin. »

Phonce hocha mollement la tête.

« J’ai… J’ai tenté de résister. » Avoua piteusement le médecin. « Mais il n’y a plus rien à faire. Pars, Alphonse. Pars tant qu’il en est encore temps ! »

Et il cogna à l’avant de la carlingue pour indiquer à son cocher qu’il pouvait repartir. Phonce, impuissant, observa la diligence qui s’éloignait pendant de longues secondes. Depuis le début de la guerre un an plus tôt, nombreux étaient les messins qui avaient quitté la ville en catastrophe, persuadés que celle-ci finirait entre les mains des allemands. Personne ne voulait redevenir allemand. Mais il y avait ceux – et Phonce en avait fait partie – qui avaient été persuadés que l’Allemagne ne pourrait pas reprendre le territoire. Ils avaient eu tort. Ils avaient tous eu tort.

D’un coup, Phonce se réveilla de sa torpeur et reprit sa course. Il ne s’arrêta que de longues minutes plus tard, à bout de souffle, lorsqu’il ouvrit à toute volée la porte du domicile de Lucien Millette, dit Luce, son meilleur ami. Le jeune homme, plus âgé que Phonce de deux petites années, était simplement assis sur son canapé, l’air songeur, sa cigarette en train de se consumer entre son majeur et son index, à quelques centimètres de sa bouche. Luce et Phonce se connaissaient depuis la petite enfance, et étaient inséparables, bien qu’originaires de milieux totalement différents. Luce avait toujours eu des allures de héros aux yeux de son cadet, qui l’avait vu grandir tout seul. Les parents de Phonce s’étaient eux-mêmes pris d’affection pour ce gaillard sauvage, et bien qu’il n’était pas vraiment l’archétype de l’exemple à suivre, avaient toujours eu une confiance aveugle en lui quand il s’agissait de prendre soin de leur fils. Phonce le voyait comme un grand frère, un mentor. Et même si Luce riait la plupart du temps à cette idée, il prenait ce rôle très à cœur et enseignait savamment à Phonce l’art des quatre-cents coups. Ensemble, ils avaient appris à devenir des garçons engagés et patriotiques. Ensemble ils avaient appris à défendre leurs convictions, jusqu’à intégrer le petit groupe révolutionnaire de Cormontaigne. C’est là que Luce avait rencontré Régine deux ans plus tôt.

« T’as entendu la nouvelle ? » Questionna Phonce, bien qu’il connaisse déjà la réponse. Luce eut un bref mouvement de la tête, indiquant à son ami l’arrière de l’appartement. Il ne semblait pas être capable de plus. Catatonique, comme en état de choc. Phonce, qui sentit ce mauvais pressentiment lui escalader l’échine, avança lentement à l’intérieur de l’habitation. Arrivé dans le couloir, sans savoir pourquoi, il sentit le besoin de s’accrocher au mur, et continua sa progression à la manière d’un aveugle, ralentissant progressivement l’allure, tandis qu’une odeur cuivrée lui piquait de plus en plus le nez.

Il poussa le battant de la porte de la salle-de-bain déjà entrouverte, et se prit le mur de plein fouet en reculant d’un bond.

« Merde, Luce !! » Hurla-t-il. Il passa vivement les mains dans sa tignasse châtain, faisant tomber sa casquette au sol. A l’intérieur de l’étroite pièce, Régine, ou du moins ce qu’il en restait, étalée tout le long de la baignoire, la tête en bouillie, le révolver encore emmêlé dans ses doigts qui avaient appuyé sur la détente. Sa robe était relevée jusqu’en haut de ses cuisses. Sa robe bleue, la même que celle qu’elle portait la première fois qu’elle et Luce s’étaient rencontrés, au QG de Cormontaigne.

« C’était la goutte d’eau. » Commenta Luce, faisant sursauter Phonce qui ne l’avait pas entendu arriver. Le plus jeune secoua lentement la tête. Il ne savait pas où tout ça s’arrêterait, mais il fallait, il le fallait vraiment, que tout s’arrête.

***


Jamais un cortège n’avait été acclamé par un silence aussi retentissant. Là, sur la place de Chambre, en plein cœur de la ville, les messins observaient le défilé des soldats allemands sans un mot. Ailleurs dans la ville, nombreux étaient ceux qui faisaient leurs valises pour rejoindre tous ceux qui avaient déjà émigré, à Nancy ou à Paris. Mais ici, seul le claquement régulier des pas des soldats se faisait entendre. La plupart des visages étaient fermés, haineux. Parmi eux, celui de Luce était proprement révulsé par la colère. A côté de lui, Phonce contemplait tous ces uniformes avec curiosité. Les poings de Luce se serraient et se desserraient, sa respiration se saccadait. Toute la bande de Cormontaigne était là également. Le chef, Germain, qui avait été le grand frère de Régine, aussi. Grand Pierre et Petit Pierre. Joseph, Louis, Pascaline, Albert, les frères Villemont au complet.

D’un coup, Luce sortit de la foule, aveuglé par la colère. Albert, avec sa masse de muscles, tenta de le ramener en arrière, mais réagit trop tard, et sa main n’accrocha que le vent. Luce avait déjà rompu les lignes si structurées des soldats pour se jeter sur l’un d’eux et le cogner de toute la force de ses poings. Phonce se précipita à sa suite, ignorant les protestations de Germain qui lui hurlait de rester en arrière. Il agrippa Luce par les épaules, mais deux soldats allemands l’empoignèrent pour le pousser en arrière et le jeter dans la foule où ses camarades le rattrapèrent. Puis ils s’emparèrent de Luce, qui se débattit sauvagement en poussant des hurlements aussi rageurs que désespérés.

« Non, lâchez-le ! » S’écria Phonce, qui repartit en avant après avoir remonté sa bretelle gauche. Il fut cette fois accompagné de tous les gars. Ce fut rapidement le chaos Place de Chambre. La plupart des messins n’avaient attendu qu’un moment comme celui-là pour exprimer leur mécontentement. Même si les allemands réussirent à reprendre rapidement le dessus sur la situation, il fut clair pour eux qu’ils n’étaient pas les bienvenus dans la ville.

***


L’enterrement de Régine eut lieu trois jours plus tard. Ils étaient tous là, cabossés, amochés, les crosses des armes allemandes encore imprimées sur leur peau. Tous, sauf Luce. Le prête psalmodiait des prières que Phonce n’écoutait que d’une oreille. Il avait les yeux vissés sur le cercueil qui n’était pas encore en terre. Il sentait la main de Germain qui lui broyait l’épaule. Le chef de la bande essayait autant que possible de conserver un air digne, mais à cette douleur lancinante dans son épaule, Phonce devinait qu’il n’en était rien. Il avait beau être le plus jeune du groupe, dix-sept ans à peine, n’en restait pas moins qu’il avait un sens aigu de l’observation. Derrière son masque de clown, il prenait plaisir à analyser ceux qui l’entouraient. Et s’il ne les aidait pas à se redresser, tous, il ne pourrait qu’assister à leur déchéance. Ils étaient tous au bord d’un précipice sans fond. Luce était déjà tombé dedans, et il ne fallait pas que les autres le suivent.

Oui, Phonce était le plus jeune, mais il était aussi le plus fort. Lorsqu’il se fit ce constat, il prit une grande inspiration et bomba le torse. Il serait là pour la bande de Cormontaigne. Au nom de leur amitié. Un point capta son attention sur les hauteurs du cimetière, et il reconnut sans mal la silhouette fine de son meilleur ami, son éternelle cigarette au coin des lèvres. Phonce s’autorisa un sourire, et il fut presque sûr que Luce le lui rendit. Il le distinguait mal, d’ici, mais ils se connaissaient tellement bien qu’il comprenait la moindre de ses attitude. Et de là où il était, il lui parlait. Comme un ange-gardien, il lui soufflait de se tenir à sa décision, de rester ce petit trublion énergique qui maintenait la cohésion du groupe.

« Eh les gars ! » S’écria Petit Pierre, qui avait levé la tête à son tour. Tous regardèrent dans la même direction. Au loin, Luce les salua, et la bande dans son ensemble répondit à son geste. Le prêtre lui-même s’arrêta dans son discours. Phonce, lui, profita de l’inattention générale pour essuyer cette fichue larme qui se pressait au coin de son œil. Puis il remonta sa bretelle gauche, bien que, comme toujours, elle était déjà parfaitement installée sur son épaule. Lorsqu’il releva les yeux sur le talus, Luce avait disparu.

L’ambiance qui suivit ce moment hors du temps avait quelque chose d’étrange. A la fois lourde et légère, à la fois désespérée et tournée vers l’avenir, à la fois triste et joyeuse. Phonce fut incapable de choisir entre pleurer et sourire, alors il renifla, et pinça les lèvres. Germain le serra encore plus fort, et cette fois il protesta :

« Chef, encore un peu, et t’es bon pour me casser tous les os du bras. T’veux pas t’appuyer sur Albert, plutôt ? »

Et toute la bande de Cormontaigne éclata de rire. A l’enterrement de Régine. Quelques minutes après le départ de Luce.

***


24 janvier 1919


Alphonse maintint son sourire bienveillant jusqu’à ce que la porte se soit refermée sur Grand Pierre. Puis ses épaules s’affaissèrent et il posa doucement son front contre le bois, retenant ces larmes que la fierté lui empêchait de laisser couler. Son ami de Cormontaigne était en train de vivre ses derniers instants. Ils avaient tellement vécus, tous, et ils étaient tellement restés soudés jusqu’au bout. Chaque perte était un peu plus difficile, car il avait chaque fois l’impression d’être délesté un peu de lui. N’en restait plus grand-chose, à présent, entre ceux qui étaient morts pendant les actes rebelles de la bande, à la guerre, ou emportés par la maladie.

« Docteur Réty ? » Appela la voix douce d’une infirmière, et Alphonse se redressa, face à la porte, bombant le torse. Enfin il tourna la tête et avisa la jeune femme avec toute la bienveillance possible.

« Il y a un homme… pour vous… » Expliqua-t-elle sans vraiment oser lever la voix, vaguement gênée. « Il a dit que le nom de Luce devrait vous être familier… »

Phonce porta la main à son cœur qui venait brusquement de s’emballer. Incapable de prononcer le moindre mot, il se contenta de hocher la tête, et rejoignit le hall des entrées, où quelques personnes attendaient patiemment. La guerre était terminée, et l’hôpital Belle-Isle n’avait jamais été aussi calme depuis des années. Le cœur de Phonce battait la chamade, et parmi ces quelques âmes présentes, il chercha ardemment la silhouette de Luce. Il se prit même à chercher sa bretelle gauche pour la remonter, mais s’arrêta dans son mouvement lorsqu’il le reconnut enfin, dos à lui, penché vers un promontoire où trônaient divers souvenirs de guerre. De très mauvais goût, si on avait demandé son avis à Phonce.

Il n’osa pas appeler son ancien ami, son ancien mentor, son ancien héros. Il était toujours grand, il était toujours mince, et même si courbé par le poids des années, Phonce revoyait le même Luce que celui qu’il avait aperçu pour la dernière fois sur le talus du cimetière. Ses mots se bloquèrent dans sa gorge. De toute façon, ils ne furent pas nécessaires. Ce fut comme si Luce avait reconnu sa présence. Il se retourna, et ils se tombèrent dans les bras, s’étreignant pendant de longues minutes.

Lorsqu’ils se séparèrent, Luce remarqua les yeux humides de Phonce.

« Ahlala mon ami, t’as toujours été trop sensible ! »
« Toujours moins que toi, vieux bougre ! Je crois qu’on a des choses à se dire, toi et moi. »
« Oui. » Répondit Luce, très sérieusement. « Tu as une vie devant toi, j’espère ! »
« Pour toi, j’ai l’éternité. »

Ils s’enlacèrent à nouveau, et Alphonse l’entraîna dans la chambre de Grand Pierre. Luce se laissa presque tomber sur le fauteuil qui bordait le lit, et s’empara de la main du malade. Pierre dormait. Peut-être même ne se réveillerait-il jamais. Mais Phonce savait au fond à quel point il aurait été heureux de savoir qui se tenait à son chevet. Pendant que Luce murmurait des mots à son ancien camarade, Phonce se prit à l’observer plus en détails.

Il était habillé d’un costume élégant, marque d’une certaine réussite, d’une certaine aisance. Pourtant, ses traits durs et burinés trahissaient une vie de souffrance. Ses yeux clairs brillaient d’un vécu lourd et pénible, probablement. Il était vieux. Phonce aussi était vieux, mais moins marqué que son ami. Pourtant, il avait vécu, lui aussi. Vivre comme français à Metz avait été difficile. Vivre comme révolté aussi. Mais il avait tenu, il avait surmonté tous les obstacles, surtout grâce aux compagnons de Cormontaigne. Ils s’étaient toujours serrés les coudes. Depuis la mort de Régine jusqu’à celle d’Albert, en passant par la disparition de Luce, le passage à l’ennemi de la moitié des frères Villemont, les luttes permanentes, les journaux clandestins, l’assassinat de Joseph, les nouveaux membres, la maladie de Germain, sa mort, Phonce qui lui succéda, et les luttes, toujours, contre les allemand, leurs restrictions de plus en plus radicales, les arrestations, les mois passés en prison, les périodes de répit, mais le groupe, toujours entier, toujours présent, toujours soudé. Puis la vieillesse qui les a emportés, les uns après les autres. Du groupe originel, ils n’étaient plus que quatre : Pascaline, Grand Pierre, André Villemont et lui. En tant que médecin, il les avait presque tous vus mourir.

« Qu’est-ce que tu es devenu ? » Souffla Phonce, qui ne réussit pas totalement à supprimer le reproche de sa voix. Luce tourna légèrement la tête dans sa direction, hésitant. Puis il affronta directement son regard.
« J’ai pas mal bourlingué… » Répondit-il. « J’ai tellement de choses à te dire. »

Phonce hocha lentement la tête.

« D’accord… Mais demain. Viens chez moi ! Je te présenterai ma femme ! Je lui ai tellement parlé de toi, elle te connait aussi bien que moi ! » Déclara-t-il dans un rire, que Luce imita sans mal.

Il y eut un silence.

« Ca me ferait plaisir. » Dit-il tout simplement, avec un sourire, au bout de quelques secondes.

***


Ils avaient parlé pratiquement toute la nuit. Ils avaient rattrapé près de cinquante années de séparation. Ils eurent la sensation de s’être quittés la veille. Le jour les avait finalement pris de cours, et Phonce s’était imposé de filer au lit, histoire de commencer une nouvelle journée auprès de ses malades un minimum reposé. Sa femme dormait déjà depuis longtemps, et il s’était blotti contre elle avec plaisir, ce retour en arrière lui rappelant délicieusement la jeune fille en fleur qu’elle avait été, sa beauté, qu’il n’avait jamais vue se flétrir, de toute manière.

Il avait laissé Luce dans le salon, celui-ci lui ayant annoncé qu’il irait se coucher un peu plus tard. Lorsque Phonce se réveilla quelques trois heures plus tard, il le retrouva exactement dans la même position, les deux bras calés sur les accoudoirs du fauteuil, les yeux mi-clos, et un sourire en coin figé sur ses lèvres froides. Il poussa un soupir et s’autorisa un sourire à son tour, avant de baisser les paupières de celui qui avait été son meilleur ami.

« Tu m’avais manqué, vieux bougre… » Murmura-t-il au matin. Son regard accrocha soudainement un bout de tissu coincé entre le fauteuil et la jambe de Luce. Il eut un instant d'hésitation, mais la curiosité l'emporta et il s'en saisit, redécouvrant alors cette vieille casquette qu'il pensait avoir perdue un matin de mai 1871. Son vieil ami l'avait gardée pendant tout ce temps.

_________________
Octobell

Tous les propos exprimés dans les bonus de ce DVD n'engagent que l'intervenant
et ne sont en aucun cas le reflet de l'opinion de JE! Corp.
Lun 2 Juin - 19:12 (2014)
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Auteur Message
Yannick Darbellay
Giga Coup de Coeur...
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Inscrit le: 18 Sep 2013
Messages: 2 836

MessagePosté le: Mar 3 Juin - 03:21 (2014)    Sujet du message: Les compagnons de Cormontaigne Répondre en citant

Ton texte est conséquent, mais il se lit d'une traite. Il est rythmé, documenté, bien construit, et s'appuie sur une écriture visuelle et précise. Pour ne rien gâcher, plus on avance dans le récit, plus l'émotion émerge avec finesse, accrochée au petits détails.Une grande et belle histoire d'amitié ! 
Mar 3 Juin - 03:21 (2014)
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Auteur Message
Wilou
Super Coup de Coeur
Super Coup de Coeur

Inscrit le: 18 Oct 2013
Messages: 719
Localisation: Fraserburgh, Ecosse

MessagePosté le: Mer 4 Juin - 17:49 (2014)    Sujet du message: Les compagnons de Cormontaigne Répondre en citant

Enfin luuuu!
J'ai beaucoup aimé. On sent que les personnahes sont bien ancrés dans cette Histoire. Et les petits détails qui font la différence. Les tics de Phonse avec ses bretelles, la cigarette de Luce... Bref, ils semblet réels et c'est presque comme si nous étions témoins de leurs vies.
_________________
Hopla!
Mer 4 Juin - 17:49 (2014)
Auteur Message
Linelea
Plumivores
Plumivores

Inscrit le: 19 Sep 2013
Messages: 938

MessagePosté le: Mer 4 Juin - 22:07 (2014)    Sujet du message: Les compagnons de Cormontaigne Répondre en citant

Moi aussi, enfin lu ^^

Comme les autres j'ai aimé l'histoire, on voit le travail de construction des personnages. On a vraiment une histoire d'amitié solide, dans une ambiance et une tranche de l'histoire particulière.
J'ai eu la sensation que tu t'es particulièrement appliquée sur les descriptions et détails de tes personnages.
Bravo !
Mer 4 Juin - 22:07 (2014)
Auteur Message
Rafistoleuse
Coup de Coeur ...
Coup de Coeur ...

Inscrit le: 11 Sep 2013
Messages: 4 563

MessagePosté le: Jeu 5 Juin - 11:46 (2014)    Sujet du message: Les compagnons de Cormontaigne Répondre en citant

J'ai adoré, et je pense tout pareil que les trois avant moi Embarassed
L'amitié, on la sent exister, très fort, et c'est comme si on avait retrouvé nous même cette casquette. C'est super fort, chaque petit détail que tu apportes, c'est autant de choses qui nous reste à la fin de la lecture. Le travail que t'as fait est remarquable, comme l'ont dit les autres.

Pis un truc qui voudra peut-être pas dire grand chose peut-être, mais je trouve que tu choisis drôlement bien tes prénoms, ils racontent déjà une histoire à eux seuls, qui sait c'est peut-être eux qui te la raconte, veinarde

Bravo bravo
_________________
Rafistoleuse
Jeu 5 Juin - 11:46 (2014)
Auteur Message
Odepluie
Plumivores
Plumivores

Inscrit le: 18 Sep 2013
Messages: 381

MessagePosté le: Jeu 5 Juin - 20:35 (2014)    Sujet du message: Les compagnons de Cormontaigne Répondre en citant

Approche du thème :
Ah j'aime beaucoup cette histoire ! Les meilleurs amis que les évènements bousculent et le destin séparent et qui se retrouvent comme s'ils s'étaient séparés la veille ! On a tous des amis comme ça (enfin j'ai pas encore fait le test des 50 ans de séparation ^^), auxquels on craint de ne plus rien avoir à dire, et finalement, c'est fluide, comme avant. Puis tu bases tout ça dans une époque complexe et super intéressante, ce qui donne beaucoup de poids à ce texte !

Respect de la contrainte :
Alors là, je suis soufflée !! J'ai ADORE ton approche !! Tu joues de l'histoire de ta ville, tu y puises un contexte incroyable, sur lequel repose toute ton intrigue ! C'est futé, et fort ! Tu nous plonges dans ces conflits et le ballotage de la Lorraine entre la France et l'Allemagne. On est là-bas, et nul part ailleurs. Une belle surprise, je suis fan ^^ Franchement bravo !!

Ma phrase préférée :
"Ils étaient tous au bord d’un précipice sans fond. Luce était déjà tombé dedans, et il ne fallait pas que les autres le suivent."
Jeu 5 Juin - 20:35 (2014)
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Auteur Message
Alice Neixen
Plumivores
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Inscrit le: 23 Mai 2014
Messages: 18
Localisation: Paris

MessagePosté le: Ven 6 Juin - 11:16 (2014)    Sujet du message: Les compagnons de Cormontaigne Répondre en citant

Wow, quel boulot ! C'est à la fois historique, et amical, d'une lecture facile et d'un style époustouflant ! Ca se lit effectivement d'une traite, tellement on a hâte de savoir la suite. Il y a une touche, dans ton écriture, qui fait qu'on accroche d'emblée

Bravo !!!!
Ven 6 Juin - 11:16 (2014)
Auteur Message
hector vugo
Super Master CDC *
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Inscrit le: 18 Sep 2013
Messages: 819
Localisation: vigneux sur seine

MessagePosté le: Dim 8 Juin - 15:26 (2014)    Sujet du message: Les compagnons de Cormontaigne Répondre en citant

Un vrai régal de lecture ce texte. Tu as fait un boulot formidable. C'est vrai que ça se lit d'une traite.
La petite histoire dans la grande histoire.


En ressortant de la je ne sais plus qu'elle est la grande et qu'elle est la petite.


C'est dire
Dim 8 Juin - 15:26 (2014)
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 01:05 (2016)    Sujet du message: Les compagnons de Cormontaigne

Aujourd’hui à 01:05 (2016)
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