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DANS LA VIE FAUT PAS S'EN FAIRE

 
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hector vugo
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Localisation: vigneux sur seine

MessagePosté le: Sam 14 Juin - 11:56 (2014)    Sujet du message: DANS LA VIE FAUT PAS S'EN FAIRE Répondre en citant

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Bonjour les plumis,

Je vous laisse avec Maurice Doublon haut serviteur de l'état.

Bonne lecture à vous



DANS LA VIE FAUT PAS S'EN FAIRE




Il en avait rêvé. Il était devant le ministre et ce parterre d’individus, tous aussi hypocrites les uns que les autres.
Qu’importe c’était son jour de gloire. Pendant que le numéro 3 du gouvernement commençait son éloge, Maurice se disait qu’il l’avait bien mérité.
Preuve que pour une fois, les honneurs se donnaient aux vivants.
Encore heureux que la grande faucheuse lui laissa un peu de répit. A son âge, on compte les jours qui se rapprochent de la mort. Par coquetterie on oublie ceux qui s’éloignent de votre naissance.
Au premier rang, sa famille se tenait droite et digne avec une absence étonnante de laisser aller. Ce qui, en ces circonstances, aurait pu être son droit le plus strict.
Mais on ne pleure pas chez les « doublon ». On n’éclate pas de rire aussi. En public on a toujours proscrit ces niaiseries sentimentales. Seule compte la constance polie d’une posture diplomatique jugeant bon de sourire ou que vous soyez.
Et ils souriaient tous, au grand bonheur de Maurice.
Au premier chef, l’épouse aimante : Jocelyne (dite la charpente de la dynastie).
Bien que large des épaules jusqu’au bassin, en quoi avait-elle contribué au bonheur de Maurice ? C’est la question que tout le monde se posait. On ne comprenait pas que derrière ce morphotype Est Allemand se cachait une femme douée pour rendre heureux, même si ses seins pendaient depuis des lustres, même si ses lèvres avaient l’épaisseur d’un air bag en attente d’éclatement, même si son nez avait l’apparence d’une patate. On la disait charmante si vous preniez le temps d’entendre sa voix et d’y adjoindre son regard dont le charisme avait la capacité d’effacer ses disgrâces nombreuses.
Oui elle était belle à sa manière. Mais il fallait s’arrêter dessus. Hélas la contemplation sociale, celle qui vous pousse à réviser vos premières impressions, n’était plus de mise. A l’heure du speed dating pour emballer et du sms pour rompre, les femmes comme Jocelyne n’existent plus aux yeux des autres. Bientôt c’est pour elles que l’assemblée légalisera l’euthanasie.
Et pourtant Maurice avait épousé Jocelyne. Pas par obligation, mais par amour.
Nous n’avons plus le temps de lire les albums photos, de faire du surplace devant tel ou tel cliché. Si ce temps-là nous l’avions eu, nous aurions vu et compris tant de choses. Que le physique ne fait pas tout, qu’il se dégrade au fil des ans. Jeunes, Maurice et Jocelyne étaient beaux. Beaux comme sur leur photo de mariage, un brin classique, très yesterday, oh my trouble seems so far away.
Qui se souvenait de cette époque ? Personne. Surtout pas ceux qui ricanaient en observant Jocelyne comme on observe un phénomène de foire. Les imbéciles. On les voyait rire sous cape avec leurs airs pincés, par moments, pour garder leur sérieux.
Ils ne voulaient pas que le ministre les toisât en public.
Alors que le numéro 3 du gouvernement continuait son discours toujours aussi élogieux, Maurice piqua un premier phare, une gêne très scolaire déglaçant ses traits trop tirés pour être honnêtes.
Il avait succombé aux sirènes de la chirurgie sur le tard, espérant qu’elles lui redonnassent un peu l’entrain de sa jeunesse perdue.
La sienne, tout du moins, celle des premiers exploits. Ceux dont parlait le ministre : les études réussies, la résistance, la place de haut fonctionnaire dans une France à reconstruire. Ceux, moins avouables, comme les amours interdites avec une artiste peintre, l’avortement clandestin de leur enfant fruit de leur liaison, furent tus.
La légende voulut que Maurice perdît ses deux jambes en sautant sur une mine pendant la guerre. Tous ignoraient qu’il fît le deuil de ses cannes, écrasé par l’ambulance emmenant sa maîtresse à la clinique.
Jocelyne gardait ce secret en elle, alimentant la version légendaire quand on lui posait la question. « Les jambes de Maurice c’est une blessure de guerre, point barre » répondait-elle. Et d’alléger l’affirmation par une pirouette, toujours la même : « dans la vie faut pas s’en faire. »
Jocelyne et Maurice ne s’en faisaient pas. Ils avançaient, présentant leur histoire officielle comme la seule visible. Cette dernière méritait d’être exposée à l’époque, car si proche de la perfection.
Sait-on aujourd’hui qu’ils firent l’amour le jour même ou Maurice sortît de l’hôpital deux jambes en moins ? Sait-on aussi qu’il lui avoua sa liaison avec la peintre, l’avortement qui s’en suivît, peu après l’avoir fait jouir ?
Non, on ne s’intéresse jamais aux turpitudes de l’arrière cuisine. Question d’odeurs.
La famille de Maurice sentait la rose, celle de l’innocence, celle de la virginité. Outre l’épouse, dont chacun continuait de dévorer la laideur supposée, nous observions aussi, ses filles, ses deux jumelles, deux femmes à la trentaine épuisée mais fortes d’un background physique suffisant pour les hommes se retournassent, encore, sur elles.
La belle maturité que voilà ! Avec cette mine toujours juvénile grâce à l’intervention homéopathique de quelques crèmes, sans oublier cet insolant bonheur dans le regard qui prouve que l’équilibre n’est pas dans l’assiette mais dans le désir qu’à votre conjoint pour vous.
Un gars des citées les qualifierait de « meufs bien dans leur Nike », le ventre plat, le buste large et la tête vide. Quoique, nous n’avions pas le temps de faire un QCM pour vérifier leur QI.
Elles se ressemblaient tant ces jumelles. Clara et Clémence. Deux C comme dans « accouplement », un clin d’œil voulu par Maurice et Jocelyne, juste pour se souvenir que leurs chères monozygotes étaient le résultat d’une réconciliation sur l’oreiller.
Toujours cette histoire d’arrière cuisine.
Nous, ce qui nous intéressait, c’était le plat avec ses ingrédients et son aspect à vous lécher les babines. Le numéro trois du gouvernement en énumérait le contenu avec toujours ces morceaux de bravoures. Le pot au feu de Maurice était voué à la postérité.
Notre héros du jour, haut fonctionnaire, devint ministre collectionnant les macarons, 4éme république oblige. Maurice Doublon fut successivement Secrétaire d’Etat aux anciens combattants, Ministre de la Fonction Public, Ministre de l’Agriculture, et enfin, Ministre de la Santé.
Ses détracteurs ricanèrent. Particulièrement à l’époque où Doublon passa, je cite : « du cul des vaches, à celui des infirmières ». Nous n’étions pas loin de la vérité, car son inclinaison à honorer les arrières trains fut souvent d’actualité. Comment expliquer autrement cette passade avec une aide-soignante de Clermont Ferrand (appelée par le tout Paris, l’autre Puit de Dôme).
Jocelyne opposa à ces ragots l’aptitude de son époux à être constamment proche de la population. C’était son boulot de ministre rien de plus. Heureusement nous n’avions pas twitter et les photos de portables à la volée.

C’est à cette absence de technologie, sans doute, que le couple Jocelyne Maurice survécut. Pas seulement, d’autres turpitudes d’arrière cuisine l’expliquérent.
Dès que le tout Paris ébruita l’histoire extra conjugale entre MD et son aide-soignante, Jocelyne interdit l’accès de la chambre à son époux et prit, pour amant, le plus grand boucher des Halles.
S’en suivit une liaison de quelques mois à l’abri des regards. Jusqu’au jour où, après un conseil des ministres plus court que les autres, Maurice surprit sa femme avec le butcher lover.
Ce fut un drame sanglant. Maurice y laissa ses deux bras, amputés par le couteau du boucher. La version officielle différa. La cellule communication du ministère de la Santé parla, à l’époque, d’un cambrioleur japonais avec un sabre. La déclaration du ministre de l’intérieur, après les faits, marqua les esprits : « les bras m’en tombent »
Jocelyne, elle, dédramatisa la situation avec son sourire désarmant.
Par cynisme, le premier ministre proposa à Maurice le poste de Secrétaire d’Etat aux handicapés. Notre homme l’accepta avec philosophie, ponctuant sa déclaration avec la phrase fétiche des Doublon : « dans la vie faut pas s’en faire ».
Ce fut son dernier poste, son dernier macaron.
Le numéro trois du gouvernement finit son intervention avec ce trait d’humour : « par charité, on ne réclama jamais votre tête. La couper aurait été de très mauvais gout »
Nous rîmes par politesse. Maurice aussi. Puis le buste bombé, notre héros accueillit sa décoration comme l’ultime témoignage, tardif mais sincère, d’une reconnaissance de la république toute entière.

C’est ainsi que Maurice fut chevalier de la légion d’honneur.
Sam 14 Juin - 11:56 (2014)
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Yannick Darbellay
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MessagePosté le: Sam 14 Juin - 18:20 (2014)    Sujet du message: DANS LA VIE FAUT PAS S'EN FAIRE Répondre en citant

J'aime comment tu dépeins avec sérieux et moult détails, la vie de cet illustre personnage, naviguant entre réalisme et absurde, pour nous offrir une satire savoureuse.
Sam 14 Juin - 18:20 (2014)
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Le zèbre
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MessagePosté le: Sam 14 Juin - 21:43 (2014)    Sujet du message: Défi 45 Répondre en citant

Super, je me suis beaucoup amusée. Par contre une petite gène pour l'emploi grammatical des temps. Ça arrive brutalement et vient casser la lecture de ton texte.


Mais je réitère : merci pour cette odyssée démembrée
_________________
Le zèbre

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https://stephanmarylezebre.wordpress.com/
Sam 14 Juin - 21:43 (2014)
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Linelea
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MessagePosté le: Dim 15 Juin - 14:53 (2014)    Sujet du message: Culture Répondre en citant

J'ai beaucoup aimé l'ironie du texte et de la vie de cet homme d'état!

Il n'a tout de même pas eu de chances avec ses membres ! Pauvre gars...



Bravo
Dim 15 Juin - 14:53 (2014)
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Rafistoleuse
Coup de Coeur ...
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Inscrit le: 11 Sep 2013
Messages: 4 563

MessagePosté le: Lun 16 Juin - 08:09 (2014)    Sujet du message: DANS LA VIE FAUT PAS S'EN FAIRE Répondre en citant

Ah la la, quelle violence, c’est délicieux Mr. Green

Drôle et cynique comme tu sais si bien le faire, j’ai trouvé ça top !
_________________
Rafistoleuse
Lun 16 Juin - 08:09 (2014)
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Octobell
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Inscrit le: 11 Sep 2013
Messages: 1 670

MessagePosté le: Mar 17 Juin - 02:45 (2014)    Sujet du message: DANS LA VIE FAUT PAS S'EN FAIRE Répondre en citant

Ah, tu es en forme pour ce texte, Hector ! J'ai aimé le burlesque et j'ai beaucoup ri ! A tel point que j'ai même pas vu les fautes de conjugaison. Le tout passe très bien et se lit vraiment tout seul !
_________________
Octobell

Tous les propos exprimés dans les bonus de ce DVD n'engagent que l'intervenant
et ne sont en aucun cas le reflet de l'opinion de JE! Corp.
Mar 17 Juin - 02:45 (2014)
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 08:06 (2016)    Sujet du message: DANS LA VIE FAUT PAS S'EN FAIRE

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