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une serpillère peut changer la vie

 
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hector vugo
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MessagePosté le: Sam 2 Aoû - 12:38 (2014)    Sujet du message: une serpillère peut changer la vie Répondre en citant

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Coucou les plumis.

Je vous laisse avec ma Juliette. Prenez en soin.


Une serpillère peut changer la vie

Moi c’est Juliette. Et vous ? Ah, vous préférez être discret et taire votre prénom. C’est un choix. Quoi ? On ne se connait pas, enfin pas assez. Ça peut s’arranger, je suis d’un abord facile. Trop disent les mauvaises langues.
J’ai 30 ans, l’âge de la maturité pour une femme. A moins que cela ne soit 40 ans. J’ai le don de repousser l’inéluctable avec des pirouettes. Je n’ai jamais voulu grandir. Et encore aujourd’hui, à l’heure où ma troisième décennie sonne, j’ai une sainte horreur des chiffres.
Pourquoi compter ? Cette manie vous pourrit la vie.
J’ai beau me le dire souvent, quitte à radoter, rien n’y fait.
Chaque 12 juin, le temps se rappelle à moi, et donne son verdict : une année de plus.
Alors, je dresse le bilan, pas folichon, de mon existence. Côté matériel : un studio en plein Paris, un clic clac, un vélo époque seventies, un ordinateur ancienne génération, un compte épargne avec 15 euros, un compte bancaire à – 300, un ours en peluche appelé Oscar, l’intégral de Françoise Sagan servant de pieds à une table basse amochée, l’album blanc des Beatles, un poster de Christophe Maé, un IPhone 3 et une alliance que je laisse toujours dans l’armoire surplombant le miroir de ma salle de bain ; côté immatériel : des tonnes de désillusions, une rupture avec mon homme et Dieu.
Rupture avec mon homme et Dieu, entendez-vous ça. Je tiens cette grandiloquence de ma licence de lettres. Je l’ai ratée brillamment. Que voulez-vous, Je ne fais jamais les choses à moitié.
Autant finir le travail quand il est commencé, même mal.
Pour survivre J’écris des histoires pour enfants. Ça me paie mon loyer, ça remplit mon frigo et accessoirement ça me soulage les maux de l’âme.
Difficile de croire que les aventures d’une serpillère au pays de la lavande se vendent bien.
Jetez un œil dans le rayon livres « jeunesse » si vous en doutez, vous comprendrez.
C’est ce que je fais tous les jeudis en fin de journée à la Fnac des halles. Je vérifie si ma serpillère est en rupture de stock.
Aujourd’hui elle l’est encore. Et la réponse gênée du responsable est le plus beau cadeau d’anniversaire qui soit : « On attend de nouveau exemplaire jeudi prochain madame, pas avant ».
Je promets de revenir la semaine prochaine. Je cache mon petit bonheur dans un sourire timide et me recroqueville.
Un peu plus loin, un homme a la mine déconfite. Il a eu vent de la conversation, il sait pour la serpillère, pour la rupture de stock, mais il n’y croit pas. Il pose la question à un stagiaire classant les bouquins, ce dernier lui donne la même réponse : « pas avant une semaine ».
C’est la catastrophe, la bérézina. « 7 jours ! Mais comment vais-je faire ? Dans 7 jours il sera peut-être trop tard. ».
Sa voix ne joue pas la comédie, elle ne triche pas. Elle a un accent réel qui me glace les veines.
Je lève la tête et croise le regard de cet homme : des yeux bleus effrayés et perdus. Pas mal le type.
Oserai-je lui avouer que je suis à l’origine de cette rupture, que mon trop grand talent se constate par le vide d’une étagère ?
Non. Toutefois je reste un instant collée à son iris. Je fais un blocage comme une guêpe paumée sur une vitre trop propre. La panique ? Oui. A cause de quoi ? Des souvenirs pardi !
A croire que le monde abrite les clones de nos amours anciennes. Le visage de cet homme-là est un copié collé de mon ex, Frédéric : le plus bel échec sentimental de ma vie.

Cela ferait un beau titre pour un roman de plage. Quoique je le trouve trop long, trop pompeux, trop racoleur. Pas assez dans l’air du temps ajouterait mon éditeur, un vieux sadique avec les dents du bonheur. Lui choisirait « un râteau au fond du jardin », un poil poétique et vulgaire, un résumé ce qu’il est en somme.
Et Françoise Sagan, quel titre pendrait-elle ? Je me pose la question. Je cherche la réponse. Ca m’amuse beaucoup. Je suis coutumière de ce quizz mental qui modifie l’apparence de mon visage. On me prend souvent pour folle, vous savez
Tenez là, je suis hilare juste après avoir frôlé les larmes. Il faudrait être dans mon cerveau pour me comprendre, seulement il n’y a qu’une place à l’intérieur. D’où mes problèmes existentiels.
Mais revenons à Sagan, au titre voulez-vous. Les digressions ça va un moment, ça barbe le lecteur.
J’élargis encore plus mon sourire. J’ai trouvé, yes !!! « Une erreur de jeunesse » ça sonne Sagan vous ne trouvez pas ?
C’est léger, pas trop évocateur quant aux troubles vécus. On croirait plus à une passade qu’à une grande histoire d’amour.
Frédéric ! Pff, une broutille.
J’esquive pour donner le change, en résumé je joue avec la vérité. Mon sourire se fait moins franc, plus distingué.
Troisième changement en quatre secondes. Qu’en pense le sosie de Frédéric ? Il n’a rien remarqué. Il s’agrippe au stagiaire, se met presque à genoux devant lui. Il tire son jean jusqu’aux chaussettes et lui embrasse les pieds. Le pauvre lui implore de lui laisser l’exemplaire d’exposition, celui avec la fiche cartonnée d’appréciation.
Une demande en génuflexion, ça me rappelle des choses, tu m’étonnes. Oh je peux vous tutoyer, ça ne vous dérange pas ? Bien. Qui ne dit mot consent.
Ou j’en suis ? Ah oui, le type à genoux là-bas. Ça me rappelle Frédéric, sa bouche sur mon 36 fillette, le baiser sur mon orteil, sa demande en mariage.
Ça fait combien de temps au juste ? Bientôt 10 ans.
Qu’est ce qui a cloché ? Presque rien, presque tout. Comment savoir ? C’est une réponse d’hypocrite et Je le sais. Et voilà que je me touche le ventre, quel réflexe à la noix.
« Une femme stérile est une femme morte, on n’a plus de désir pour elle » Je tiens cela d’un bouquin écrit par un psy. Et pas n’importe lequel, c’est mon père.
Oui. Et arrêtez de faire ces yeux-là, même les pères peuvent proférer des horreurs.
N’empêche qu’il a raison. Frédéric m’a quittée pour stérilité aggravée, après 2 ans 8 mois et 17 jours de vie commune, et 6 tentatives de conception.
Et pour quoi faire ? Pour se mettre en ménage avec ma meilleure amie Pauline, avec qui il a eu un fils au bout de 3 semaines de cohabitation sous le même toit.
Oui, Frédéric c’est une broutille, un caillou dans ma chaussure, un contre temps qui me fait chialer trois nuits par semaine.
Mais ça personne ne le sait. Vu que je n’ai qu’une place dans mon cerveau.
Ca y est. Je frôle à nouveau les larmes. Quatrième changement en 10 secondes.
Je croise encore le regard du sosie. Il a quitté sa posture implorante. Il s’est redressé. Sa main cache sa bouche comme pour empêcher quelques mots malheureux de sortir. Il meurt d’envie d’insulter le stagiaire, de faire un scandale.
Qu’est qui l’en empêche ? Son éducation, et surtout moi. Il sait que je suis la fille en quatrième de couverture sur le bouquin de la serpillère. Il m’a reconnue. Démasquée la Juliette.
- Il m’apostrophe : vous, madame ! Vous pouvez m’aider. J’ai absolument besoin de ce livre
- Vous avez entendu, il n’y en a plus en stock.
- Et celui qui est en expo ?
- C’est impossible, on ne peut pas. S’il n’y est plus, on n’en vend plus. Et sans vente je n’ai pas de revenu.
- Qu’est-ce que va devenir mon fils si je n’ai pas d’histoires à lui raconter avant de s’endormir ? Un insomniaque ! De tout façon il l’est déjà.
- Je pourrais lui raconter la suite de la serpillère
- Ah bon. Alors venez chez moi, c’est à cinq minutes d’ici en bus.
- C’est que…
- J’insiste. Il est 19h30. Le petit se couche dans une heure.
- C’est que..
- J’ai du thé, du café et.. aussi une part de cake.
- C’est que
- Y a un Mac Do tout près, On pourrait commander si le thé et le café...
- C’est que
- Allez, je vous en conjure (l’homme se met à genoux en embrassant mes pieds).
- Décidément c’est une manie chez vous. relevez-vous, relevez-vous, on nous regarde.
- Tant que vous ne me direz pas je viens avec vous, je ne bouge pas.
- Ok je viens avec vous
Quelle truffe ! Je commets une erreur. Pourquoi céder à sa demande ? On ne se mêle jamais des affaires d’autrui sans conséquence sur sa propre vie.

15 minutes plus tard, nous sortons du forum des Halles, donnant l’impression d’un couple comme les autres.
Dès que l’on voit un homme et une femme côte à côte, l’imagination est en marche. La mienne semble au point mort. J’ai peur de la suite.
Son prénom m’a donné la frousse. Il s’appelle François.
Frédéric, puis là François. Le destin a de ces associations d’idées. Mon dieu j’ai l’air de « mon cœur te dit je t’aime » dans les oreilles. MDR. Mort de rire ? Non, Mélodie De Ringard.

Il ne m’a pas menti, il habite bien à 5 minutes. Nous prenons le bus. Un arrêt et nous voilà au seuil d’une porte du 19éme siècle avec digicode. J’aime cet attelage entre l’ancien et le moderne. Plus je vois cette combinaison marcher, plus je me dis qu’être en couple avec un vieux peut avoir des avantages. A méditer ma Juliette, à méditer. François a ouvert la porte et s’est souvenu du code d’ouverture, c’est le signe d’une mémoire en bon état. C’est le signe aussi qu’Il ne rentre pas dans la catégorie des vieux. Plus encore quand je l’observe de prés. Il a le visage de notre génération, entre désespérance et douce ironie. Cela lui donne un certain charme, exalté ici par l’ombre du porche qui s’offre à nous. C’est très romantique. Avec Frédéric nous aurions pu nous embrasser là. Non il ne faut pas que j’y pense, je vais pleurer. On se reprend Juliette.
Guidés par la lumière nous passons une arche. Nous entrons dans une cour d’un calme surprenant pour le quartier. C’est étrange, on n’entend plus le trafic.

Une autre porte, un escalier.
- Un peu de courage j’habite au dernier étage : le quatrième me lance François
Depuis ma rupture avec Frédéric, je laisse toujours l’homme passer devant moi. Je ne lui donne pas le plaisir de disséquer ma chute de rein.
François ne sort pas ses clés. Il frappe à la porte. Une jeune étudiante Ukrainienne court vêtue lui ouvre.
- Petit dans chambre, moi partir
- Bien Irina. 50 euros pour deux heures ça vous ira ?
- Oui
- Je vous rappelle demain, bonne soirée Irina
- Bonsoir Monsieur François
La fille met son sac sur l’épaule et part. Elle lui lance un regard amusé. Aucune jalousie, Il n’y a rien entre eux, J’en suis certaine.
L’appartement a une vue sur la gouttière d’en face et, quand on a un œil d’aigle, sur la tour Eiffel. C’est un 60 mètres carrés pour nain ou vieillard souffrant de lumbago, Les meublés mansardés ont un charme fou, à un certain point. Seuls les humbles peuvent y vivre sans frustration. On s’y incline souvent par nécessité.
J’ai pu le vérifier, c’est l’horreur. François ne se tient jamais droit. Ce n’est pas la honte d’apparaître, c’est la déformation de l’habitat qui le pousse à être ainsi.

Passons. J’ai pitié de lui avec sa démarche de Quasimodo, et encore plus avec cette impossibilité de communiquer sans commencer ses phrases par « pardonnez-moi »
- Pardonnez-moi Juliette mais je n’ai plus de café. Vous prendrez bien du thé ?
- Oui du thé, François
- Avec du sucre ? Pardonnez-moi je n’ai que du sucre en poudres
- Non merci ce sera sans
- Pardonnez-moi pour la cuillère, elle ne vous servira à rien
- Vous vous trompez j’adore touiller
- Moi aussi
Je souris après cette remarque. Quelle truffe, il va s’imaginer des choses. Bingo ! François rougit. Ses yeux bleus sortent malgré lui, comme pour souligner son atout craquant
On ne parle pas de son fils ? Pas encore. A croire que le petit est un prétexte à une rencontre fortuite et agréable. C’est bien un mec. Je devrais prendre mes distances. Tu parles ! Je fais le contraire. La Juliette elle a tout faux.
Je me pose plus confortablement sur le canapé en cuir. François se tortille. S’asseoir trop longtemps sur l’accoudoir droit lui détruit le fessier.
Il me regarde avec gène et envie. Je n’y crois pas ! Un regard d’enfant sur une vitrine de confiseries.
J’hallucine. Je suis la fraise tagada, le Batna, l’interdit, le bonbon sous cloche, le désir inassouvi, la tendresse qui lui manque.
Il a fini de me mater comme un objet de grande consommation ce demeuré. Et voilà qu’il bloque sur ma bobine, il déglutie sa salive. Gros dégueulasse ! Tant pis. Je prends le taureau par les cornes. Je le cuisine. Papotons, cherchons à en savoir un peu plus.
- L’homme est un taiseux et ne se livre pas, il touille son café mécaniquement. Il a entendu la question : quel âge à votre fils ?
- Sept ans
- Comment s’appelle-t-il ?
- Gaspard
- Il a du mal à dormir Alors ?
- Oui. Il ne trouve le sommeil qu’après avoir entendu l’histoire de votre serpillère. Si je n’ai pas la suite. C’est le drame.
- Le drame ?
- Il reste prostré et ne parle plus.
- Vous exagérez
- Non ça ressemble à crise de tétanie. Je n’en dors plus vous savez
- Sa mère ne peut pas prendre le relais
- Elle est absente. elle est en tournée en province.
- C’est une chanteuse ?
- Non, Technico commerciale. Elle revient le week end, si elle n’est pas trop loin.
J’imagine bien sa compagne vendre de brosses à dents pour chiens. Dans les dîners a-t-on l’occasion de briller en avouant des choses pareilles ? Non, alors le François, il ne parle pas de sa vie. Et quand on lui pose la question, il répond : « je suis père célibataire ». Ca a le mérite d’être précis, court, et d’alimenter la possibilité d’une aventure.
Mais avec moi, il joue franc jeu. Ca le soulage d’un poids. Ca sent mauvais. Il gagne en assurance. Il quitte l’accoudoir du canapé et s’installe à côté de moi.
Un malaise plane. Je me raidis, je me mets debout. Je me dandine comme si j’avais une envie de pisser.
- Les toilettes sont au bout du couloir
- La chambre du petit plutôt, l’heure tourne.
- Ah pardonnez-moi. C’est que je pensais que vous… Bien, c’est à gauche des toilettes.
- Parfait


Je frappe à la porte. Personne ne répond. Je refrappe. A nouveau, le silence. Puisqu’il faut la pousser pour entrer, je la pousse.
Découverte étrange.
Une chambre blanche avec une lumière tamisée, un petit lit, deux peluches, un enfant les yeux grands ouverts : une nature morte grimant le bonheur. Tout pour plaire et tout à craindre à la fois, tant l’image semble lisse et trop parfaite.
Est-il vivant ce gamin ? Est-il doué d’une science du mouvement ? Je l’ignore. Je lui fais un signe de la main. Il ne bouge pas.
Je lui souris. Il réagit. Il me renvoie un rictus, presque une grimace. J’ai envie de le claquer mais quelque chose m’en empêche ? Quoi donc ? Son regard, cette petite flamme verte qui s’allume quand soudain nous nous fixons l’un et l’autre.
J’ai l’impression de le connaître, pire de l’avoir toujours connu. Comme si du fond des âges, nos âmes s’étaient croisées quelque part. Ma vieille, tu files un mauvais coton. Il y avait quoi dans le thé de François ? Des champignons hallucinogènes ?
Je ferme les yeux. Il faut que je me reprenne. Sois pragmatique, ma Juliette, pragmatique.
Il faut lui raconter la suite de la serpillère ? Et bien raconte. Et surtout après ne reste pas, fous le camp ! vite !
Pas comme ça, à la hussarde. Je dois faire connaissance avec le petit. Allons –y.
- Gaspard, ton père m’a dit pour tes insomnies
- Ce n’est pas mon père, c’est le copain de maman. Et puis je n’ai pas d’insomnies, c’est quoi ça ? C’est des bêtes ? Je suis propre moi, je prends une douche avant de me coucher, toujours.
- (Ce n’est pas son fils, c’est la meilleure. Le François est la pièce rapportée d’une famille recomposée. Faudra qu’on parle après, en attendant, je me coltine le loustic. Il est drôlement évolué. Pas de panique Juliette, pas de panique) Avoir des insomnies, c’est ne pas pouvoir dormir. Et toi, Gaspard, je sais que tu ne dors pas quelques fois.(le loustic est moins méfiant. L’usage du son prénom le détend, en apparence)
- T’es pas une copine de maman, toi ?
- Non
- Alors t’es une copine du copain de maman ?
- Non
- Alors t’es quoi ?
- (je vais le claquer ce petit con ! On se reprend Juliette, du calme.) Une connaissance.
- Je ne comprends pas
- On s’est rencontré à la Fnac. C’est moi qui écris les histoires de la serpillère
- C’est vrai ça ? C’est toi ?
- (son regard s’éclaire. Il est d’une beauté ce gamin. Le visage d’une parfaite symétrie, les oreilles petites, les lèvres fines, le nez discret. C’est presque le portrait craché de mon ex Frédéric. A un détail près, il a les yeux de mon ex meilleure amie Pauline. Putain ! Ce n’est pas possible ! Je vais fondre en larmes là. Non, faut pas, Juliette faut pas, réponds à la question du petit, vite, vite !) Oui c’est moi. On t’a déjà dit Gaspard que tu avais des yeux magnifiques (qu’est-ce que je fais là ? Je le drague ? Non, Juliette, tu vérifies un point de détail.)
- Tu sais j’y suis pour rien. J’ai les yeux de maman.
- (j’ai ma réponse. C’est le fils de Pauline. Et puis non, je me fais des films. Tu délires Juliette. Il y a des milliers de gosses avec des yeux verts… Mais avec la gueule de ton ex. Zut, alors, c’est la panique dans mon crâne. Il faut que je sorte de là. Embraye sur la serpillère, par pitié ma vieille !). Dis-moi Gaspard, tu promets de dormir si je te raconte la suite de la « serpillère en Avignon » ?
- Oui
- Bien. La serpillère s’allongea à l’ombre d’un olivier. Elle s’endormit, bercée à la fois par l’odeur de la lavande et la mélodie sadique d’un moustique espagnol. Heureusement l’ibérique insecte était enroué de sorte que son chant se transforma en une berceuse étrange, presque un slam murmuré à l’oreille. C’était doux, agréable comme le vent du soir qui caresse la peau bronzée des hommes. Tout pour faire un beau rêve. Et le rêve commença. La serpillère pensa à son grillon, à son Cyrano…
La suite, Gaspard ne l’entendra pas. Il s’est endormi.
Je vais quitter la chambre le devoir accompli. Presque comme un homme. Curieuse pensée phallocrate.
L’idée de changer de sexe ne m’a pas jamais, jusqu’ici, traversé l’esprit. Même si mon ventre reste muet. Un jour peut-être il trouvera la parole. Il me faudrait un compagnon, un vrai, pas un sex toy bavard et volatile.
Dans Paris il n’y a que ça, des quadras, des quinquas collectionneurs de divorces, incapables de s’assumer à la recherche d’une femme ayant l’attraction de lady Gaga et le savoir-faire de la mère Denis.
Seulement ça n’existe pas. On ne peut pas être un aspirateur et un pin up à la fois.
François n’est pas de ces hommes-là, enfin pas encore. Il a l’air d’être heureux avec sa technico commerciale aux yeux verts.
Je quitte la chambre du fils, le faux père est derrière la porte.
- Vous écoutez aux portes maintenant ?
- Pardonnez-moi, c’est mon côté mère juive.
- A défaut d’être père..
- Pardon. Ah Gaspard vous a dit. Oui je ne suis pas son père. Mais ça change quoi ? Je l’aime comme un père, c’est ça qui compte.
- Vous avez raison.
- Alors comment ça s’est passé ?
- Bien. Il s’est endormi
- Merci
- Dites-moi, j’aimerai bien connaître la suite de la suite de la serpillère. C’est qui Cyrano ?
- Je n’en sais rien. J’ai tout invité sur le moment
- Vous êtes douée. Rien ne vous empêche de poursuivre ?
- Poursuivre quoi ?
- L’histoire. Cyrano, tout ça quoi. Vous pourriez rester quelques heures ici ?
- C’est une proposition ?
- Je dors mal vous savez en ce moment. J’ai besoin d’entendre et surtout de parler
- Votre compagne va revenir bientôt. Le week end approche
- Non j’en doute. Avec Pauline ce n’est plus tout à fait ça. Elle ne pense qu’à son ex Frédéric. Je n’ai pas pu le remplacer. On va se séparer. Ca travaille un peu Gaspard en ce moment
- Pauline et Frédéric vous avez dit ?
- Pourquoi vous pleurez ?
- Pour rien. C’est vos yeux.
Nos lèvres s’approchent et se joignent. Depuis quand n’ai-je plus embrassé un homme ? Bientôt 1 an.
Ce jeudi 12 juin, mon passé a explosé. Il s’est éparpille dans la nature. Il a laissé place, enfin, à l’avenir.
Un avenir qui sait avec François.
Et dire que sans la rupture de stock d’une « serpillère », rien ne serait arrivée.

Quoi ? Toi le lecteur, tu veux que je te raconte la suite. Plus tard, si tu dors bien.
Sam 2 Aoû - 12:38 (2014)
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christine
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MessagePosté le: Sam 2 Aoû - 15:46 (2014)    Sujet du message: une serpillère peut changer la vie Répondre en citant

Non je suis pas d'accord je veux la suite.


Ton histoire m'a scotche, il y a de l'humour, de la poesie, de la tristesse, de l'amertume, encore de l'humour mais pas grincant, celui que je peux faire toute seule chez moi.
J'adore ta Juliette, blessee par un blaireau, un peu deconfite de la vie. Elle a peur d'aimer encore, de regarder meme de vouloir.
Elle dit qu'elle ne veut pas grandir et pourtant je l'a trouve mature, tout en etant maladroite et insouciante.
Quand elle a suivi Francois je me suis dit il va la trucider, mais non c'est un bon gars tout compte fait (oui je sais j'ai un probleme je vois des meurtres partout).
Ce que j'aime c'est qu'elle s'adresse a nous, elle nous invite dans sa vie, alors moi je l'ai aime tout de suite.
Et a la fin je me suis surprise a sourire heureuse pour elle.
Vraiment superbe texte, bravo.
_________________
Un sourire ca fait toujours plaisir
Sam 2 Aoû - 15:46 (2014)
Auteur Message
ATea
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MessagePosté le: Mar 5 Aoû - 00:22 (2014)    Sujet du message: une serpillère peut changer la vie Répondre en citant

Considérée comme une serpillère par son ex, elle retrouve le bonheur grâce à une autre serpillère. C'est la roue qui tourne. Au milieu de tout cas, encore un gosse qui va souffrir de l'immaturité des adultes. 3 semaines de cohabitation. Mon dieu.

Comment ça je pars trop loin ? Peut être parce que ton texte m'a embarqué.
L'humour, les clins d'œil de la vie que tu manies.
Et ce hasard qui tombe bien. (Peut être même qu'une libération psychologique verra un bébé arriver. Ou simplement une reprise de confiance dans l'Amour. C'est déjà un vaste programme!)
Moi j'ai pas du tout pensé qu'il allait la massacrer. Il y avait forcément de l'amour sous ta plume.
_________________
ATea.
Mar 5 Aoû - 00:22 (2014)
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Rafistoleuse
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MessagePosté le: Mar 5 Aoû - 11:53 (2014)    Sujet du message: une serpillère peut changer la vie Répondre en citant

J'ai beaucoup aimé ta Juliette, tout ce qui lui traverse la tête et qu'elle partage avec le lecteur... Le regard qu'elle porte sur la vie, sur sa vie, et sur François... Cette appréhension et à la fois son cette irrésistible envie de se laisser porter par le destin, j'ai trouvé ça touchant, beau.

Bravo pour ce cdc !!
_________________
Rafistoleuse
Mar 5 Aoû - 11:53 (2014)
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Matt Anasazi
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MessagePosté le: Jeu 7 Aoû - 17:44 (2014)    Sujet du message: une serpillère peut changer la vie Répondre en citant

Bravo pour ton texte drôle tendre émouvant !
Ta Juliette est une femme traumatisée par la douleur de la trahison qui cherche à l'enfouir dans des récits Pour enfants. Pour retrouver la douceur rassurante de l'enfance (un peu comme la belle au bois dormant. Freud, sors de ce corps !). La rencontre avec Philippe est improbable mais tellement rafraîchissante (le genre de rencontre dont on rêve dans la vraie vie !) et les conséquences on en rêve (la suiiiiiiiiiite - en mode fan romantique la larme à l'œil !)
Un texte qui donne du baume au cœur et de l'espoir en la vie.
_________________
"Faire sortir les maux de l'âme, c'est la psychanalyse.
En faire sortir des mots, ici naît la littérature."
Jeu 7 Aoû - 17:44 (2014)
Auteur Message
Octobell
Coup de coeur
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Inscrit le: 11 Sep 2013
Messages: 1 670

MessagePosté le: Jeu 28 Aoû - 00:44 (2014)    Sujet du message: une serpillère peut changer la vie Répondre en citant

Je sais plus... C'est toi qui as gagné hein ? En tout cas, c'est un bon texte de gagnant, et un excellent cru Hector Vugo à la sauce féminine. Ta Juliette, je me retrouve à fond en elle (et dans plus d'aspects que ce qu'on pourrait imaginer). La trentenaire (oui bon, j'ai pas trente ans, mais presque) larguée, encore un pied dans l'adolescence (grand mal de notre génération). Y'a du cliché, mais y'a du réalisme aussi, et tu joues sans cesse avec ça. T'es toujours aux portes de l'exagération, avec la subtilité nécessaire pour jamais totalement basculer. Bref.. t'es un génie ^^
_________________
Octobell

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Jeu 28 Aoû - 00:44 (2014)
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hector vugo
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MessagePosté le: Ven 29 Aoû - 19:19 (2014)    Sujet du message: une serpillère peut changer la vie Répondre en citant

Merci merci merci Mo !!!! Je rougis
Ven 29 Aoû - 19:19 (2014)
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 03:03 (2016)    Sujet du message: une serpillère peut changer la vie

Aujourd’hui à 03:03 (2016)
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