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Sylvain

 
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christine
Super Coup de Coeur
Super Coup de Coeur

Inscrit le: 18 Sep 2013
Messages: 988
Localisation: cholet

MessagePosté le: Mer 13 Aoû - 14:52 (2014)    Sujet du message: Sylvain Répondre en citant

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Cela doit faire au moins dix minutes que le barman essuie le même verre, avec ce petit grincement désagréable qui me fait rugir les dents.
Devant moi, les glaçons dans mon verre, s’enlacent comme des amants qui se seraient enfin retrouvés.  
Pour la centième fois je regarde ma montre. 
Il est en retard, ce qui m'étonne,  lui, qui le maître de l'exacte ponctualité.  
Combien de fois je l'ai vu pester quand on osait le faire attendre.  Pourtant le voilà, qui à son tour, me fait poiroter.  Je ronge mon frein, j'ai les nerfs à fleur de peau. 
Tout m'énerve.  
La télé dans le coin, qui grésille,  montrant des images d'un match de foot dont tout le monde se fout.
Le couple, à deux tables de moi, qui se bouffe la face, avec ce bruit de succion mélangé à de la salive mixée sur fond d’amygdales. 
Le poivrot affalé dans le coin le plus sombre de l'endroit,  ronflant comme une machine à vapeur. 
Et il y a ce type bcbg,  avec sa cravate virée dans son dos, pour ne pas faire de tâches dessus j'imagine,  qui parle sur son téléphone comme si il était seul au monde. Rien qu'en l'écoutant j'ai les poings qui me démangent. 
Et il y a moi, tapotant sur ma table au rythme des secondes qui foutent le camp. Elles trottinent sur le cadran de ma superbe Rolex made in China,  imitation grand luxe. 
Je mise tout dans l'apparence, comme dirait Serge, belle coquille extérieure,  mais à l'intérieur un vrai bordel, un foutoir à cafards,  des  couches de mensonges sur de l'hypocrisie. 
Lui, il se croit supérieur avec ses principes et sa ligne de conduite en béton armé, pas un pas de travers, pas une merde sous sa chaussure ou une déviation cérébrale cachée au fin fond de sa caboche.
On est tellement différent lui et moi.  Lui l'intègre,  l'honnête homme par excellence.
Et il y a moi, le pauvre Sylvain, toujours à la ramasse,  toujours embourbé dans un mensonge ou une connerie de ce genre. Je traîne dans l'ombre de ce grand homme, raclant le sol derrière lui, espérant sniffer peu de sa superbe. 
Mais, c’est vrai que je ne suis rien et pour le moment je suis, juste, celui qui l'attend,  qui espère,  qui le hait.


Ce bar est vraiment miteux, il pue la pisse et les relents de mauvais alcools. 
Le couple décide enfin de lever le camp, non sans une main au panier avec toute la vulgarité que peut avoir ce geste et un léchage de gueule avant  de partir. 
Bon débarras!
Le barman les regarde à peine, il semble blasé par tout ça.  Ce sont peut être des habitués?  
Il s'approche de leur niche d'un pas lent, une guibole un peu raide, il attrape leurs verres, les balance avec mépris sur son plateau. Il prend la guenille accrochée à son pantalon pour nettoyer la table. Il est tellement répugnant, ce bout de tissu, que je me demande si elle n'était pas plus propre avant son passage. Il me jette au passage un coup d'oeil rempli de crainte.
 
Serge n'est toujours pas là,  je ne suis pas du genre à m'inquiéter mais je commence vraiment à me poser des questions.
Qu'est ce qu'il fout, bon sang?
Je devrais l'appeler,  peut être que je me suis trompé de jour ou d'heure.  Ou alors il a peut être oublié tout simplement?
Il en a peut être marre de moi, de mes erreurs, du fait que je lui réclame toujours de l'argent ou de l'aide sans arrêt. 
Non il ne me ferait jamais ça.  On est est frères quand même.  Ça doit compter pour quelque chose, non?
C'est vrai que notre père m'a foutu à la porte, que toute ma famille m'a tourné le dos. 
Mais pas lui, il est resté malgré tout. 
Il est toujours là pour moi. 
Bon on doit se rencontrer dans des bars miteux, comme celui là, pour que personne ne nous voit ensemble. C’est lourd, et mes nerfs en prennent un coup. Il ne faut pas salir la réputation de mon frangin, je comprends tout ça.  Mais c'est dur d'encaisser.  D'être là à mendier un peu de reconnaissance,  d'affection. 
Merde je suis pas un chien quand même. 
Et lui là qui  me fait attendre, il ne me prévient même pas de son retard. Lui aussi, il a décidé de me traiter comme un paria, comme l'erreur de la famille.
Je sens mon sang bouillir, je voudrais bien casser la gueule d’un petit con pour me défouler un peu.  
Je regarde du coin de l'oeil le type bcbg,  si il fait un faux mouvement,  je lui saute dessus. 


Mes ongles transpercent la paume de mes mains.
Cette douleur pique mon esprit, j'ai l'impression  de me réveiller après une nuit noyée dans l'alcool et la poudre.
Les yeux écarquillés je les regarde comme si c'était la première fois que je les voyais. 
Du sang, il y a du sang sur mes mains et ce n'est  pas le mien, j'en suis sûr. 
Ma chemise  aussi est recouverte de pastilles rouges.
Je ne comprends plus rien.
Qu'est ce que j'ai fait? 
Réfléchi crevard,  qu'est ce que tu as foutu?
Dans quelle merde tu t'es encore mis?
Tout est flou, comme dans un mauvais rêve,  comme quelque chose que mon cerveau refuse absolument de se rappeler.
J'ai merdé je le sens.
Putain pourquoi je ne me rappelle de rien.
Poussé par la colère je frappe un grand coup sur la table.
Le bruit sourd de mon poing c’est comme un coup de tonnerre,  une balle fait de vérité qui transperce ma cervelle.




Tout est là,  entièrement,  abrupte,  sauvage.
Je ne suis donc que ça,  qu'un ramassi d'ordures.  
Je ne sais que détruire. 
Mon frère n'était pas en retard. En fait on s'est rencontré devant le bar.
J'étais là, la cigarette au bec, préparant mon speech pour plaider ma cause, pour grappiller un peu d'oseille.  J'étais à sec, des gars peu recommandables à mon cul ne me laissaient pas respirer en paix Je devais à tout prix soutirer un peu de blé à mon frangin.
Il est arrivé dans sa BMW, avec son costard taillé sur mesure,  son regard déjà rempli de pitié pour son pauvre petit frère.  Cette pitié, cette main sur mon épaule me tapotant comme un bon petit chien venant chercher son os.
Il ne m'a pas laissé le temps d'ouvrir mon clapet, que d'un geste il m'a fait taire. 
Il m’a abreuvé de ses paroles pompeuses, un torrent de mots enrobés dans du papier chiotte pour riche.
Il était pressé, il n'avait pas le temps, plus de temps à perdre avec moi. Je devais pendre ma vie en main. Qu'il avait compris maintenant qu'en venant à mon aide à chaque fois il me rendait faible, incapable......
Ensuite je ne sais pas vraiment ce qu'il a dit. Mes tympans bourdonnaient tellement ,  ils battaient avec fureur la rage qui débordait de mon coeur. Cette rage transpirait par tout les pores de ma peau.
Je devait faire mal, faire saigner. Il venait de me réduire à néant,  de  m’ecraser sous sa chaussure comme un insecte nuisible.
Je l'ai attrapé par le col de sa superbe chemise blanche impeccablement repassée.  Je l'ai poussé dans la ruelle juste à côté du bar.
J'ai bousculer des poubelles, délogé quelques rats bien gras.
Il y avait de la peur dans ses yeux, enfin il me regardait avec autre chose que de la pitié.  Il me voyait comme l'homme que j'étais , un homme dangereux, loin d'être avare de coups et d'insultes. 
Pourtant avec lui je suis resté silencieux, avalant mes mots, mes cris,  mes larmes.
Lui aussi voulait me laisser tomber. Il ne me restait plus que lui pour ne pas sombrer dans la folie.
Et le voilà qu’il me laisse, lui aussi, avec toute son arrogance et  son pognon.
Non c'est pas lui qui part sans se retourner, c'est moi.
Mes mains ont agrippé son cou de poulet. C'était tellement facile de serrer. Il s’est débattu, il a essayé de s'échapper.  Un direct et je lui ai pété le nez, il a saigné comme un porc à l'abattoir.  Il a écarquillé les yeux, il ne comprenait pas. Non en fait il comprenait trop bien  qu'il allait mourir. 
Que le frère qu'il voulait abandonné  allait ôter  la seule chose qu'il ne pourrait jamais remplacer à coup de liasses de billets, sa précieuse et ridiculement fragile petite vie.
Un dernier souffle, puis, il est devenu tout mou avant de s’effondrer sur un tas d'ordures.  A ce moment précis lui et moi on a été au même niveau, au moins une fois dans notre vie.






J'attrape mon verre, je le vide d'un trait. Les glaçons s’entrechoquent, un silence misérable s’en suit.
Le barman semble se deconstipé un peu.
Je n'ai plus rien à attendre, ni personne d'ailleurs. 
L'air à l'extérieur n'est pas rafraîchissant ou salutaire.  
Pour la première fois de ma putain de vie, je suis vraiment seul.
_________________
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Dernière édition par christine le Ven 15 Aoû - 17:14 (2014); édité 1 fois
Mer 13 Aoû - 14:52 (2014)
Auteur Message
Yannick Darbellay
Giga Coup de Coeur...
Giga Coup de Coeur...

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Messages: 2 835

MessagePosté le: Jeu 14 Aoû - 23:39 (2014)    Sujet du message: Sylvain Répondre en citant

Dommage, quelques maladresses ici ou là, des mots oubliés. Cela mis à part, tu sais installer une atmosphère et planter un décor, c'est indéniable. Dans ce tableau familier, on découvre peu à peu la noirceur de ce personnage irascible, exécrable, et finalement carrément psychopathe ! Du coup je lance le "brrrrr" de circonstance ^^
Jeu 14 Aoû - 23:39 (2014)
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Auteur Message
christine
Super Coup de Coeur
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Inscrit le: 18 Sep 2013
Messages: 988
Localisation: cholet

MessagePosté le: Ven 15 Aoû - 17:17 (2014)    Sujet du message: Sylvain Répondre en citant

Merci beaucoup Yannick.
J'ai corrigé quelques fautes et je me suis aperçu que des phrases manquaient.
J'ai donc corrigé tout ça. 
C’est exactement l'atmosphère que je voulais, un peu glauque,  noire.
Merci de m'avoir lu.
_________________
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Ven 15 Aoû - 17:17 (2014)
Auteur Message
Rafistoleuse
Coup de Coeur ...
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Inscrit le: 11 Sep 2013
Messages: 4 563

MessagePosté le: Dim 17 Aoû - 17:02 (2014)    Sujet du message: Sylvain Répondre en citant

J'ai trouvé ça tragique. Un mal être qui existe depuis la nuit des temps ou presque. Le complexe d'infériorité, la jalousie. Le sujet est connu mais ton texte le réinvente à sa manière. On se pose des questions.

Moi le suel petit truc qui m'a un peu troublée c'est le narrateur à la première personne, le recul dont le personnage semble faire preuve se dissous au fur et à mesure... Il a commis un acte terrible, soit il le regrette, et alors certaines descriptions sont très froide par rapport à ses remords, soit il pense qu'il a juste merdé et pour le coup c'est bien retranscrit...

Dans tous les cas, j'ai trouvé ça intrigant, et j'ai aimé le côté fouille psychologique du pourquoi du comment
_________________
Rafistoleuse
Dim 17 Aoû - 17:02 (2014)
Auteur Message
christine
Super Coup de Coeur
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Inscrit le: 18 Sep 2013
Messages: 988
Localisation: cholet

MessagePosté le: Dim 17 Aoû - 18:46 (2014)    Sujet du message: Sylvain Répondre en citant

Merci Rafi


Moi quand j'ai ecrit ce texte le personnage de Sylvain est un genre de j'ai merde mais je m'en fous.
Au debut il a zappe le fait qu'il a tue son frere. Mais quand cela lui revient il n'en fait pas plus de cas. Ok il l'a tue, bon ca c'est fait on passe a autre chose.


Je ne sais pas si j'ai bien explique.


Merci de ton analyse
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Dim 17 Aoû - 18:46 (2014)
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hector vugo
Super Master CDC *
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Inscrit le: 18 Sep 2013
Messages: 819
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MessagePosté le: Mar 19 Aoû - 10:04 (2014)    Sujet du message: Sylvain Répondre en citant

En effet c'est un vrai psychopathe ton sylvain et un narrateur sachant installer un décor, une atmosphère. Ça sent l'aigreur, la jalousie, le malheur, tout ce qui constitue en fait l'essence du personnage principal.


En peu de mots tu décryptes la relation entre les deux frères : serge (le winner) et Sylvain (le looser). Et à partir de là, on devine la tension qui peut en découler.


ton sylvain, il est sur le fil du rasoir. Un rien le ferait basculer dans la folie, par exemple la télé avec son match de foot, le couple d'amoureux, le poivrot, le bcbg avec son portable.


Mais c'est le retard de Serge qui le mine le plus.


C'est décrit avec justesse et quelques formules croustillantes (mention spéciale pour la métaphore des glaçons ( Devant moi, les glaçons dans mon verre, s’enlacent comme des amants qui se seraient enfin retrouvés.)


Ton sylvain n'est pas un funambule, il tombe réellement dans la folie. L'effet de surprise, à mon goût, est un peu brutal et aurait mérité une mise en place plus progressive. Pour autant je trouve l'idée excellente et cohérente quant à la psychologie de ton Sylvain.


La scène du crime est la matérialisation de cette haine froide qui transpire tout au long du texte. Le sylvain se lâche.


Bref, c'est du Christine comme on l'aime. Une écriture musclée et sensible à la fois.
Mar 19 Aoû - 10:04 (2014)
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christine
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MessagePosté le: Mar 19 Aoû - 17:05 (2014)    Sujet du message: Sylvain Répondre en citant

Merci Hector.


J'ai eut du mal a trouver le declic pour qu'il se rappelle, d'ou la brutalite.
Merci pour ton commentaire 
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Mar 19 Aoû - 17:05 (2014)
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Le zèbre
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MessagePosté le: Mer 20 Aoû - 22:55 (2014)    Sujet du message: Café de Flore_Défi 51 Répondre en citant

Sincèrement ? Je me fous des maladresses. J'y étais dans ton bouge imprégné par l'odeur du tabac froid, l'odeur âcre de la bière,; la pissotière que j'imagine pas très loin et loin d'être reluisante.
C'est carrément un bon début pour un polar. Glauque à souhait. En fait dans ma lecture j'ai plus vu l’environnement que le meurtre fratricide. 
Un bon Barfly!
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Mer 20 Aoû - 22:55 (2014)
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Octobell
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MessagePosté le: Mar 23 Sep - 11:38 (2014)    Sujet du message: Sylvain Répondre en citant

Du pur Christine ! Des descriptions gores avec la maestria d'un Stephen King un jour de grande forme. A la lecture des commentaires, c'est vrai que le passage au souvenir est un peu abrupt, mais ça ne m'a pas choqué dans la lecture. Quant aux remords... Il n'en ressent pas une once, et c'est ça qui rend le personnage glacial. J'ai aimé que tu distilles la crainte dans les yeux du serveur, qu'on se demande pourquoi, avant de comprendre. Peut-être un chouia plus de remarques à ce sujet aurait rendue la transition plus évidente.

C'est con pour lui parce qu'en définitive, je ressens toujours de la pitié pour Sylvain, même après son meurtre. Dire que c'est tout ce qu'il exècre ^^
_________________
Octobell

Tous les propos exprimés dans les bonus de ce DVD n'engagent que l'intervenant
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Mar 23 Sep - 11:38 (2014)
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 04:00 (2016)    Sujet du message: Sylvain

Aujourd’hui à 04:00 (2016)
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