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Café de Flore

 
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Le zèbre
Plumivores
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MessagePosté le: Mar 19 Aoû - 07:00 (2014)    Sujet du message: Café de Flore_Défi 51 Répondre en citant

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 Café de Flore   
 
  

 
Je suis au café de Flore, Saint Germain, Paname. Il vient tout juste d'ouvrir. Je suis installée à la place de la Simone de la Beauvoir. J'entends Sartre me raconter : « Nous nous y installâmes complètement : de neuf heures du matin à midi, nous y travaillions, nous allions déjeuner, à deux heures nous y revenions et nous causions alors avec des amis que nous rencontrions jusqu'à huit heures. Après dîner, nous recevions les gens à qui nous avions donné rendez-vous. Cela peut vous sembler bizarre, mais nous étions au Flore chez nous.» Apollinaire, Picasso, Aragon et Breton et tant d'autres, leurs plumes à la main, le discours acerbe, ou amusé ou enivré. 
  
 
Je repense à ma rencontre avec Henry Colpi, metteur en scène génial de "Une aussi longue absence" (palme d'or Cannes 1961) ou "Heureux qui comme Ulysse" dernier film d'un Fernandel bouleversant. C'est aussi le monteur extraordinaire de Duras, Clouzot, Chaplin. C'était un très grand monsieur du cinéma. Nous nous retrouvions au Flore où il me situait la place de chaque écrivain, ses amitiés comme ses très rares inimitiés. Nous nous sommes plu, vieux monsieur à l'expérience et aux histoires sublimes et moi, jeune conne alors trop jeune pour apprécier à sa juste valeur une telle rencontre. Nous avons passé des heures ensemble, longtemps. Puis il m'a présenté Pierre Bourgeade (Les serpents), auteur prolifique de romans et de pièces de théâtre. Nous prenions de longues heures tous les trois à discuter art, de préférence au Flore. Henry avait pris l’habitude m’appeler Sylvain, je n’ai jamais compris pourquoi. Higelin se marrait dès qu’il me voyait, j’étais sa Corto pour Corto Maltesse. Il n’avait de cesse de me dire : « Tu es incroyable, tu ressembles à Corto Maltesse en tout enfin je veux dire, presque tout » mais Sylvain restera une interrogation partie dans la tombe avec son secret.
  
J’aimais être aux Flores. Le soir j’y voyais de très belles femmes, des moins belles mais plus charismatiques et puis des pas belles mais quel talent ! Des lesbiennes qui toutes de jupes vêtues et de strass vécus venaient prendre là leur cocktail avant d'aller saluer Elula au Katmandou.  
 
 
Voilà, je suis au café de Flore. Je regrette déjà mes 9,50 € prix du café mais j'avais besoin ce matin de marcher dans Paris, tôt, la caméra en bandoulière. Je suis entrée et j'ai cherché tous ces visages du passé mais il n'y avait que des hommes et femmes au café noir, la mise bien tenue avant d'aller prendre leur rôle de professionnels avisés. Quelques étrangers qui m’indiffèrent. Alors je me suis plongée dans le passé. Celui là même qui m'a forgé dans l'estime de quelques grands auteurs en mal de personnages un peu déjantés, un peu à côté, en marge de leurs notes et corrections sans toutefois se faire trop d'illusions. Mais aujourd'hui j'ai un rendez-vous. Elle m'a téléphoné. Je l'attends encore. Les clients entrent et sortent, moi je patiente à la place de Simone, le postérieur réchauffé par la culture. 
 
 
Puis elle est arrivée, en retard comme prévu mais elle est là, assise à la place de Sartre. Je vois Apollinaire me sourire, à la fois complice et poète. Je la regarde avec sa coupe de G.I., ses lunettes de soleil qui lui mangent les yeux et une partie du nez. Je vois sa bouche se détendre et enfin sourire. Le serveur vient 'Monsieur ?" Elle retire ses lunettes et lui de s'excuser immédiatement, confus. Ce sera un citron pressé, va pour mon troisième café. 
Elle enchaîne  
alors ce club med ? Elle me demande en fait comment c'est passé mon séjour pour une convalescence en maison de repos 
 
- Des G.O. sympas mais un peu insistant sur ta participation aux activités. Pas de plongée, pas de Kilimandjaro, une petite piscine de temps en temps, la pétanque, le loto tout ça... en bref, une croisière sur la mer morte. J'ai sauté du bateau. Et toi ? Je souris. Toujours hétéro ? 
 
 - Très drôle. Mais tu veux que je te dise ? ... un long silence... Tu m’as manqué je t'aime 
 
Moment en suspension. Je regarde autour de moi, je vois Apollinaire reprendre son manuscrit "Les onze mille verges" et entamer une page blanche. Je le déteste à cet instant. Je vois les serveurs dresser la salle pour le rush du déjeuner. Partir avant, surtout partir avant. La terrasse s'est remplie. Pourquoi sont-ils là et pas ailleurs ? Attablés au Flore pour l'incroyable richesse culturelle du lieu ou pour avoir lu le routard bobo ? Enfin je reviens à elle. J'ai envie d'elle, terriblement. Je lui dis fort stupidement 
 
 - Il ne faut pas  
 
 Elle me regarde droit dans la pupille, elle doit s'y voir murmurer 
 
 - Je sais. On va marcher ? 
La balade a duré un moment délicieux durant lequel les bras se sont caressés, les mains "par inadvertance" rencontrées, les doigts effleurés. Pause baiser devant le centre Pompidou, sur le carré où tout se passe, se dit, s'écoute, surtout s'écoute parler. Deux femmes étrangement enlacées, bouffées par le désir, titubantes sous un nuage passager. Elle ne m'étreint pas, elle se cramponne. J'ai peur. Je lui dis "Ne m'aime pas. Faisons l'amour et de découverte en découverte, tu te connaîtras. Avec un peu de chance tu te re-connaîtras. Viens, allons chez moi". 
 
 
 
Je ne l'aie pas découverte, je l'avais pressentie. Un corps impertinent, lâché, surprenant. Un corps happé dans le plaisir, un gémissement arraché au silence. La lente descente du bout des lèvres. Puis son envie délicieusement furieuse de me faire l'amour. De faire connaissance avec elle. 
 
 
Elle me plaît. 
 
 
Au café de Flore je reviendrais. Henry et Pierre ne sont plus de ce monde mais l'amour et les fleurs dans les cheveux, l'écriture des écrivains heureux, les mots langoureux ...  Au café de Flore est née une nouvelle histoire qui leur sied à eux, artistes dans les cieux. Au plaisir de vous lire et vous relire mesdames et messieurs. Et merci pour tout.   
 
  
 
Août 2012. Sylvain  
  
 

 

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MessagePosté le: Mar 19 Aoû - 11:49 (2014)    Sujet du message: Café de Flore Répondre en citant

J'avais besoin d'un bain de nostalgie et d'amour ce matin et je l'ai eu grâce à toi. Merci


Un texte à "flore"de peau, pardonne moi ce jeu de mot mais c'était trop tentant.


Une très belle promenade dans ce lieu mythique ou tant de gens illustres se sont posés. Ca "flore" bon la nostalgie, mais une nostalgie bienveillante, heureuse qui cohabite avec le présent de ton narrateur, un présent fait de douces retrouvailles. Elle est venue au rendez vous. Elle. Comment s'appelle t'elle ? On ne le sait pas. On s'en moque. Elle aime Sylvain, elle le lui dit entre deux plages de silence comme dans un huis clos.


C'est fait avec délicatesse, une pique ou deux sur le Flore brillamment placée


L'amour vaut bien une consommation à 9,50 euros, surtout si le bonheur est au bout de la route.
Mar 19 Aoû - 11:49 (2014)
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MessagePosté le: Mar 19 Aoû - 14:12 (2014)    Sujet du message: Café de Flore Répondre en citant

Ah oui j'adore le petit brin de cynisme qui se glisse dans ton texte... Et puis on sent que tu t'amuses à te balader dans cet univers !

Et puis cette histoire toute intime, pudique mais passionnée, c'est joli !
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Mar 19 Aoû - 14:12 (2014)
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MessagePosté le: Mer 20 Aoû - 23:22 (2014)    Sujet du message: Café de Flore_Défi 51 Répondre en citant

Ah merci ! C'est étonnant comme ce sujet a été développé par chacun'e avec une ambiance dans laquelle les textes se font écho les uns avec les autres. Sans doute du au sujet + contrainte. Il y a dans vos textes chacun pris séparément une histoire unique avec un réseau synaptique en phase. Et les ayant lus j'en viens à mon Café de Flore et je me demande pourquoi je n'entends plus cet écho. 
Et puis je me dis que ce n'est pas important, parce qu'il y a du plaisir à lire et que tous les défis ne sont pas dans cette étrangeté d'un bon recueil de nouvelles que l'on aurait plaisir à découvrir. 


Merci à vous deux d'avoir laissé un comm
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MessagePosté le: Mer 20 Aoû - 23:47 (2014)    Sujet du message: Café de Flore Répondre en citant

Je pensais avoir commenté... J'avais rédigé quelque chose, mais je ne l'avais pas envoyé, je crois...
J'ai aimé la symbolique d'abord, ce basculement subtil entre le cadre figé du café; chargé des fantômes du passé, et les lignes entrecroisées du Centre Pompidou au pieds desquelles se dessinent des promesses incertaines. L'avenir.
L'écriture est sobre et sert avec délicatesse ton propos. Un beau texte
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MessagePosté le: Jeu 25 Sep - 10:46 (2014)    Sujet du message: Café de Flore Répondre en citant

J'ai aimé aussi. Et j'ai apprécié qu'il ne prenne pas la même direction que tous les autres textes, où ça ne se termine pas par une triste fin. Le passé se mélange presque à l'avenir, parce que j'y crois moi, il y a un avenir pour elles ! La nostalgie apporte de la poésie au texte. C'est beau, simple, on n'en veut pas plus, pas moins.
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Jeu 25 Sep - 10:46 (2014)
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 14:27 (2016)    Sujet du message: Café de Flore

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