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MA BIEN AIMEE

 
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hector vugo
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Inscrit le: 18 Sep 2013
Messages: 819
Localisation: vigneux sur seine

MessagePosté le: Dim 31 Aoû - 11:55 (2014)    Sujet du message: MA BIEN AIMEE Répondre en citant

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Ma bien aimée,

En t’écrivant de la sorte, j’ai conscience de me tromper d’époque, pire j’ai la conviction d’être hors du coup.
Et pourtant, n’est-il pas plus beau vecteur que la correspondance pour affirmer ses sentiments ? J’aurais pu te twitter un message, discuter avec toi sur skype, t’envoyer des photos ou des vidéos sur snapchat. Mais non, je ne sais pas faire court, l’éphémère me rebute. Même si c’est dans l’air du temps.
L’amour obéit à la loi de ce siècle : oui au furtif dans la qualité, non à l’épopée dans le médiocre.
Manque de chance, j’adore l’épopée et y trouve le souffle nécessaire à ma propre expression.
Alors désolé si ce texto est trop long.
Je préfèrerai t’écrire, comme les anciens, sur papier. Seulement je n’ai pas la patience d’attendre que le pli atteigne ton domicile, que tu le lises si toutefois tu ne confonds pas ma missive avec un prospectus. D’où tiens-tu cette tendance à jeter tout ce qui ne vient pas de la banque, de la préfecture ou du trésor public ? Je l’ignore et je m’adapte.
C’est pourquoi j’use du sms, quitte à pester sur mes doigts trop gros pour domestiquer mon smartphone. Tant pis ! C’est ma concession à la technologie. Au moins j’aurai la certitude que tu recevras mes mots.
Sans la police de caractères et la couleur imposées, je choisirai un freestyle script proche de l’écriture manuscrite, je bannirai ce noir, j’opterai pour le rouge de la passion.
Ce rouge, ah ce rouge….
Ce rouge synonyme de notre amour.
Te souviens-tu de notre première rencontre dans ce café d’étudiants non loin de la fontaine Saint-Michel ?
Tu étais seule à une table et tu regardais au loin « les premières années » s’embrasser sur le trottoir d’en face. Une semaine avait suffi pour qu’ils s’apprivoisent. Je voyais dans tes yeux ce mélange de mépris et de mélancolie qui rendent, parfois, les femmes irrésistibles. Tu l’étais oh combien, et tu le demeures encore. Même si à l’époque, la peau de tes joues abandonnait, déjà, sa fraîcheur originelle.
Ta silhouette était juvénile, désirable. J’aimais l’austérité de ton port de tête. Ta bouche épousait le rebord d’une tasse. Tu buvais ton thé avec un tel érotisme qu’un hétéro non convaincu aurait cédé à cet appel.
Pour ma part, je n’avais jamais eu de doute sur mes penchants. C’était la femme contre, tout contre. Mes amis regrettaient ma frénésie du collectionneur, ces successions d’amourettes. J’étais un chercheur d’or et je secouais le tamis de mon existence. Trop de pierres, pas de pépite.
Et il y eut toi, enfin.
Sur quoi avais-je chaviré ? Etait-ce l’odeur de fruits rouges, ces deux gorgées consécutives grâce auxquelles tu fermais les yeux ?
Je craquais pour tes paupières et ton expression du plaisir tout en retenu.
Que j’aurais aimé être à la place de ce thé et toucher tes lèvres.
A défaut je m’approchai de toi. Et avec un culot inouï te demanda de prendre place à tes côtés.
Après un court moment d’agacement, tu me dévisageas. J’eus l’impression désagréable de passer un examen. Impression vite démentie par ton sourire. Je trouvai grâce à tes yeux, l’effet, sans doute, d’une coupe de cheveux très Beethoven avec un bouc à la Lénine.
Je cultivais ce look en décalage au grand désespoir de ma hiérarchie. L’univers de la banque se prêtait peu à ces fantaisies. C’était mon côté rock and roll.
J’avais l’aspect d’un romantique sans toutefois en afficher le panache.
La preuve : je commandai un canada dry en le payant avec un ticket restaurant. Le comble de la misère.
Nous parlâmes de nos vies. Tu étais prof de lettres à l’université. Moi je travaillais au guichet d’un crédit de province ayant une succursale à Paris. Par orgueil je te dis : « je bosse dans la finance ». Quelle bêtise.
Et ce n’était pas fini.
Tu vas me dire que je radote, que tu connais cette histoire par cœur, celle notre rencontre, le sketch du rouge et du noir : ce livre que je remarquais dans ton sac à main.
Je te tutoyais en te posant la question : « C’est quoi ton bouquin ? ». Tu me répondais : « le rouge et le noir ».
Tout homme normalement constitué aurait rétorqué : « le chef d’œuvre de Stendhal », moi je balançais « C’est de Jeanne Mas c’est ça ? ». Je partais de loin.
Bonne fille, tu m’interrogeais encore : « Julien Sorel, tu ne connais pas ? », moi m’enfonçant encore plus, je risquais : « Le chanteur, c’est ça ? Celui qui braille comme un ado ? »
Tu t’étouffas de rire, me crachant le reste de ton thé à la figure.
Je me souviens de l’odeur de la fraise des bois, pas de ma honte.
On s’échangea nos numéros de portable.
En ce temps-là, je n’étais pas aussi bavard dans un texto. Je laissais aux mots l’économie du langage pour qu’ils fussent le plus explicite possible. Je t’aimais comme je t’aime aujourd’hui
Tu me manquais. Tes silences me manquaient, ta voix me manquait, Il me fallait te revoir au plus vite.
Etais tu libre ? Libre dans le sens d’une disponibilité amoureuse pour laquelle je priais ? Je l’ignorais et interprétais ton mutisme comme de la douce réserve. Nous conversions par formules sèches, un jeu pour éviter de se faire prendre. Par qui, par quoi ? Le qu’en dira t’on pensais je. N’y tenant plus, je pris le risque de te proposer un rendez vous
Tu dis oui, à certaines conditions. Et en découvrant le cahier des charges, je ne pus qu’être excité.
Nous devions nous attendre à un arrêt de bus proche d’un hôtel chic de la capitale à une heure où les gens étaient au théâtre ou dinaient depuis bien longtemps, puis faire le tour de Paris en taxi, ou durant le trajet tu avais l’intention de me donner un cours accéléré sur la littérature française du 19éme.
Enfin, alors que les couples légitimes rentraient chez eux, tu me promettais un souper dans la pénombre de quelques chandelles.
Je souscrivais à ce programme, et mieux encore me préparais à en jouir avec joie.
Tout se passa comme prévu : l’arrêt de bus, le taxi, le cours, le souper, excepté ce dernier verre dans une chambre que tu avais louée à l’étage pour l’occasion.
Te souviens-tu, de ces heures torrides ou nos souffles et nos épidermes se mêlèrent dans une danse païenne ?
De ma vie, je n’avais jamais aimé de cette manière-là, à l’unisson d’un être. Nous nous remettions sans cesse sur l’ouvrage avec appétit. Que dire de cette aventure, de cette découverte, de cet ailleurs, qu’il fut inégalé.
Et au petit matin, quand après une douche, tu revêtis ta robe rouge, je vis ton décolleté comme si c’était la dernière fois. J’inspectai du regard cette nudité disparaissant peu à peu. J’aurais voulu encore y poser mes lèvres. Clap de fin. Tu pris, dans ton sac à main, une chaine. Tu la mis autour du cou. Tu ne la portais pas en ma présence. Pour cause, en son centre il y avait une alliance. Tu étais donc une mariée aux doigts nus, la bague étant trop petite.
Une erreur du bijoutier, une étourderie du mari ? Je m’en moquais. Dans un élan de perversité tu embrassas ton anneau en me regardant droit dans les yeux.
Moi qui espérais conquérir ton cœur. C’était mal parti. Encore une liaison quelle guigne !
Et derrière une maîtresse se cachait toujours un mari. Le tien n’était ni vieux, ni riche. Mon cas était désespéré.
Je ne sais pas pourquoi je te raconte tout cela.
En avions nous parlé en tête à tête ? Non, nous étions trop pressés de nous aimer, de nous chérir. Les mots, c’était pour les autres couples, ceux qui avaient pignon sur rue.
Nous, on se retrouvait trop épisodiquement dans des endroits différents. Tu avais si peur. Peur de quoi ? Du voisin croisé par hasard, de l’ami t’ayant vu avec un autre homme, mais surtout d’un mari très à cheval sur sa réputation.
Tu te plaignais de ses absences quant aux hasards de tes rares confidences tu osais me parler de lui.
Il n’était jamais à votre appartement. Il voyageait sans cesse, accaparé par sa profession de Thanatopracteur. Une activité qui ne souffre pas de la crise. Ma mère me disait ceci : « il existe trois métiers à l’abri de toute chose : cuisinier, médecin et thanatopracteur ».
Elle avait raison. Pour autant, ces jobs-là garantissent-ils le bonheur des êtres ? Non, à en croire l’état dans lequel je te voyais. Au fil de nos rencontres, tu dépérissais. Et il me fallait user de trésors de tendresses pour ranimer ta flamme de joie. J’y arrivais. Dès lors je croyais possible de passer à autre chose.
Vivre ensemble ? Une folie. Mais tu aimais ces folies-là, à condition d’y aller par étapes.
Aussi nous décidâmes d’organiser quelques week ends à Cannes, Tu regardais le calendrier de ton mari, et cochait les dates des séminaires, en fait elles cachaient des liaisons avec des veuves en mal d’affection.
Les concordances d’emplois du temps aident les amours clandestines, c’est bien connu.
Les nôtres en bénéficièrent largement.
Te souviens-tu du Martinez, de cette chambre avec vue sur la mer, de ces jours entiers à s’enlacer dans le silence et entendre nos respirations s’unir dans un plaisir sans fin ?
T’ai-je dit merci pour ces instants-là ?
Non
T’ai-je dit combien le quotidien à tes côtes est un délice ?
Non
T’ai-je dit que je ne me lasse pas de toi et découvre encore chez toi des raisons de m’émerveiller ?
Non
Tu vois il est grand temps de te le dire. Osons enfin, ma belle aimée, mettre des mots sur nos élans. Car il arrivera un jour ou nos corps ne pourront plus parler.
Le mien donne des signes de faiblesses. Plus particulièrement mes pouces. A force d’écrire ce texto, ils ont des crampes.
Il va falloir conclure, se dire sans doute adieu. La faute à ton mari, à ces veuves ne voulant plus de lui, à son aspect pitoyable de jeune premier que même le botox ne peut cacher, à ce désir pour toi soudain revenu, et surtout à ton portable dont il a su percer tous les secrets.
Il est venu dans la chambre du Martinez. Il a cherché le soit disant amant avec qui tu aurais passé deux jours. Il n’a rien vu. Tu as pleuré, il t’a consolé et vous avez fait l’amour.
Mais ça tu le sais et je ne vois pas pourquoi je l’écris là. A part l’envie de se confier à quelqu’un.
Je suis triste, je suis en peignoir caché dans une penderie et j’en ai gros sur le cœur.
Sache qu’il t’est, à jamais, acquis ma bien aimée.

H
Dim 31 Aoû - 11:55 (2014)
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Rafistoleuse
Coup de Coeur ...
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Messages: 4 563

MessagePosté le: Dim 31 Aoû - 12:40 (2014)    Sujet du message: MA BIEN AIMEE Répondre en citant

Il m'a fait de la peine, sa naïveté (mais quand on aime, c'est souvent le cas) est touchante. Le scénario est bien connu mais tu y apporte des petits détails qui font que cette histoire n'est pas banale.
Ton idée du texto, comme lettre, elle est bonne ! Mais j'ai eu l'impression que cette lettre perdait son sens de lettre au fil du texte, (lorsque tu racontes même les dialogues) pour revenir à la lettre à la fin. Du coup j'ai pas vraiment cru à la lettre Embarassed

Mais ça reste un beau texte

(Dis donc un texto aussi long il se transforme en MMS non ? ^^)
_________________
Rafistoleuse
Dim 31 Aoû - 12:40 (2014)
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christine
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MessagePosté le: Lun 1 Sep - 10:05 (2014)    Sujet du message: MA BIEN AIMEE Répondre en citant

Moi qui aime tant les belles lettres, sur du papier recyclé de préférence,  lorsque l'on passe sa main dessus on y sent l'irrégularité et l'imperfection de la vie.Mais l'idée du texto est originale, il faut dire que dans sa position avoir une plume et du papier semble difficile.
C’est un très beau texte délicat et poétique. Mais j'avais l'impression de lire une histoire plutôt qu'une lettre. Je comprends qu’il se rappelle de leur rencontre,  l'envie de lui dire pourquoi il était tombé amoureux d'elle. 
Tu as un style que j'affectionne  beaucoup et cette lettre en est un bel exemple, avec tout ces détails qui la rendent vivante et belle.
L’espère qu'elle lui aura glissé un petit mot pendant que le mari prenait sa douche,  comme


" je ne peux que te laisser que quelques mots furtifs et pressés.  Mais il faut que tu saches que c'était toi que mes doigts caressaient,  que c'était ta passion qui embrassait mon intimité,  ton bonheur qui était ancré au plus profond de moi. Tu es la douce chanson de mon coeur. Tu es l’unique passager de mes rêves.  A jamais tienne. 
Ta rêveuse. " 
Bon je m'égare.
Très belle lettre. Bravo
_________________
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Lun 1 Sep - 10:05 (2014)
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MessagePosté le: Lun 1 Sep - 10:43 (2014)    Sujet du message: MA BIEN AIMEE Répondre en citant

Tous les ingrédients d'un bon Hector Vugo sont là. L'humour pince sans rire, les formules imparables, une touche de sensibilité. Enfin l'éclairage final est particulièrement savoureux. Bien joué !
Lun 1 Sep - 10:43 (2014)
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Octobell
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MessagePosté le: Lun 1 Sep - 14:10 (2014)    Sujet du message: MA BIEN AIMEE Répondre en citant

Ahahah excellente la chute ! Pour la situation en question, je trouve ça un poil trop long... Bon, il a dû probablement vouloir passer le temps pendant qu'elle faisait de même. Mais je trouve qu'il y a comme un décalage, finalement, avec l'histoire et sa chute. Tout semble assez pensé et réfléchi... Et en fin de compte, il est juste coincé dans la penderie, et il n'a très probablement que ça à faire (en même temps que cultiver sa jalousie ou avoir le coeur littéralement brisé, au choix). Peut-être que rendre l'écriture un peu plus spontanée aurait rendu le texte encore plus savoureux.
_________________
Octobell

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Lun 1 Sep - 14:10 (2014)
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MessagePosté le: Lun 1 Sep - 14:59 (2014)    Sujet du message: MA BIEN AIMEE Répondre en citant

AAAh!

 D'abord, Bravo! Très belles lettres, émouvante et tout avec une chute excellente à laquelle on ne s'attend pas!

Et c'est là que je rejoins Mo: j'ai senti un décalage entre la forme et le fond; entre la façon d'écrire, ce qu'il raconte et la situation dans laquelle il se trouve. En fait, je trouve la lettre presque trop belle quand on sait qu'il est dans le placard pendant qu'elle fait l'amour avec son mari... ^^ Et puis, surtout, je me demande ce qu'il fout avec son portable dans le placard. Vu ta description, j'ai eu l'impression qu'il s'était planqué en vitesse.

Bref. Tout ça n'enlève rien à ton texte. Il reste magnifique! Et peut-être qu'en rendant l'écriture plus spontanée, plus énervée ou autre, la chute aurait été moins surprenante...

Encore bravo!
_________________
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Lun 1 Sep - 14:59 (2014)
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