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LA SECHERESSE DU DESIR

 
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hector vugo
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MessagePosté le: Dim 7 Sep - 12:53 (2014)    Sujet du message: LA SECHERESSE DU DESIR Répondre en citant

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LA SECHERESSE DU DESIR


Ce Vendredi, j’étais ouverte à tout et en attente de rien. Je n’avais pris aucun produit qui expliquât cet état d’entre deux. Je me sentais soulagée, déchargée d’un poids.
Et pour cause. Depuis à peine un quart d’heure, j’étais redevenue célibataire, à nouveau mademoiselle Pic. Dehors, assise sur l’escalier du palais de justice, je regardais mon ex-mari embrasser « la truie » à l’origine de mon naufrage sentimental. Je trouvais la scène touchante. Six mois plutôt, je les aurais brûlés vifs.
Qu’expliquait ce revirement ? Le masochisme, l’amour de mon prochain ? Ni l’un, ni l’autre. J’avais besoin de tourner la page pour préserver ma santé mentale. Les voir se bécoter m’y aidait.
« Qu’ils s’aiment, si ça leur chante » me disais-je en écrasant ma kool mentholée dont les volutes se confondaient, encore, avec la brume matinale.
C’était ma dernière cigarette, mon dernier paquet, l’ultime lecture de l’advertissement sanitaire sur son emballage : fumer tue.
Aimer aussi.
La saison était propice à ces câlins démonstratifs, il fallait se réchauffer. Nous étions fin janvier. L’hiver était doux, fourbe quelques fois avec ses excès de givres et son vent du Nord rendant la peau impropre à la consommation du désir. Pour moi particulièrement.
Le désir. Je n’en éprouvais plus. Je ne le suscitais plus. Au fond de moi, le froid s’était installé insidieusement. On me touchait, je ne sentais plus rien. J’étais comme anesthésiée.
J’en avais presque oublié le souvenir d’un contact avec l’épiderme de l’autre, l’odeur aussi.
Et quand j’essayais de convoquer à ma mémoire ces images, ces sensations, la souffrance phagocytait le plaisir.
Je me revoyais avec Fabrice dans un lit dit conjugal où chaque centimètre de draps ne nous était pas étranger. Il me faisait l’amour mécaniquement, sans supplément d’âme, avec le seul souci d’arriver à la finition de l’acte. Mon sexe n’était plus qu’un passage obligé, pire une corvée.
J’avais beau réclamer le vrai retour de l’amour, celui où l’on prenait son temps, ou l’on se parcourait d’une main experte et capricieuse, c’était peine perdue. Mon époux répondait à ma demande en lapin, arguant que la nuit était courte et le sommeil primordial.
Pas un mot doux, rien, encore moins un regard puisqu’il exigeait que l’on s’aimât dans le noir.
J’avais cru que cette revendication venait d’une envie de pimenter notre vie de couple. Jusqu’au jour où je surpris l’expression de dégoût que Fabrice eut en découvrant des vergetures sur mes hanches. J’étais sortie de la douche, m’étais regardée dans le miroir en me caressant les cheveux longuement. Mon ex-mari aimait me voir dans cette posture-là. J’adorais sentir ses yeux sur moi, et cette admiration que son silence posait dans une signature si particulière. Ce fameux jour, j’entendis un souffle de dépit. Je vis ses iris descendre instantanément sur ses pieds.
Dès lors je sus que c’en était fini. J’eus un début de frisson, le commencement du froid.
Le verbe chérir avait vécu. Il laissait place au verbe devoir et son cortège de poésies. Fabrice devint cassant, presque distant. Il me touchait du bout des doigts comme si j’étais, soudain, toxique.
J’avais de plus en plus froid et me rétractais à en devenir raide. Si Fabrice avait eu les mots pour me rassurer. Mais non. Pourquoi donc croire en la psychologie chez un homme ? C’était comme porter du crédit à l’astrologie au jour le jour. « Ce n’est pas si facile de baiser un glaçon » me disait-il au crépuscule de notre histoire, essayant désespérément d’enfiler un préservatif sur son sexe mou.
« Préservatif » et « sexe mou » le champ lexical de notre amour touchait le fond. Je n’inspirais plus rien à mon homme, pas même un désir de paternité.
Vint, chez moi, le moment de la culpabilité. Et si tout cela était de ma faute ? Alors, je laissai Fabrice prendre possession de la salle de bain en premier. J’attendis qu’il se préparât et qu’il partît pour être enfin seule, nue.
Aussi je commençais un exercice d’autocritique, scannant mon physique. Il n’avait pas changé, ou si peu. D’accord il y avait ces poignées d’amour à l’origine des vergetures. Mais mon ventre était le même, mes seins toujours aussi fermes. Mon visage, lui, présentait une amabilité érotique, servie par un regard bleu naturellement souriant.
Étais-je capable de séduire, d’attirer les regards ? Je l’ignorais tant j’étais focalisé sur un seul homme depuis des années. Je le sentais s’éloigner de moi. En le perdant, je perdais tout.
D’ailleurs l’avais-je déjà perdu ? L’énergie du désespoir me souffla la question. Au point de me dire : « et si je m’habillais comme jadis ? Ma silhouette me permettait ce caprice-là.
Le jeu en valait la chandelle : être à nouveau aimée par l’homme de ma vie.

J’abandonnai l’amplitude de mes vêtements pour d’autres au plus près de mes atouts.
Tout au long de cette journée de repos, je vérifiai l’emprise de mon apparence et m’en amusai. Je revendiquai quelques incidents domestiques. Par ma faute, des hommes avaient chuté sur le trottoir, d’autres s’étaient cognés à des réverbères, d’autres enfin avaient interrompu leur conversation téléphonique, pris de sidération à mon passage.
C’était si amusant, si bon. Je n’étais pas rassurée pour autant. Le froid s’installait progressivement dans mes entrailles. Un seul pouvait y remédier : Fabrice.
Il arriva sur le coup de 19 heures. Son visage afficha de la frustration, pas cet abattement physique dont il était coutumier. Il esquiva mon baiser sur sa bouche, lequel se transforma, par défaut, en une bise amicale sur sa joue. Cette dernière sentait un parfum de femme.
Il y avait donc une autre. C’était l’explication. Quelle cruche j’étais !
Premier uppercut. Bienvenue dans la réalité ma belle. Le deuxième ne tarda pas. Il fut l’œuvre de Fabrice.
- D’une voix blanche, il enquilla : Bravo Carole ! Quelle tenue ! T’as vu quelqu’un aujourd’hui ?
- Non, c’est pour toi que je me suis fait belle
- Arrête Carole, ne me prend pas, pour un con !
Il mit son blouson et claqua la porte de l’appartement.
Ainsi commença notre séparation du corps. Fabrice revint le lendemain sans un mot d’excuse. Dans le panier de linges salles ses vêtements puaient, un mélange de tabac froid et d’un parfum pour femmes Lancôme : la vie est belle (quelle ironie).
A partir de là, je fis chambre à part, dans une pièce prévu, à l’origine, pour notre enfant. Nous ne l’aurions jamais.
La première nuit seule et pourtant si proche de Fabrice fut une expérience douloureuse. Moi qui étais, d’habitude, à l’écoute de son corps, de la moindre note allant du bruissement de draps, de sa respiration irrégulière dans son sommeil, de ses borborygmes éventrant la nuit, jusqu’à parfois, mon prénom qu’il prononçait distinctement lorsqu’il rêvait à voix haute, je n’entendais qu’une vague imitation de ventilateur à l’autre bout du couloir. J’avais ouvert la porte et espérer un signe, un appel, un mot, bref ce langage grâce auquel je me sentais disponible à être aimée.
Mentalement j’essayais de reconstituer ces bruits et vérifais que la chimie fonctionnât encore. Surprise, mon cœur ne battait plus la chamade, mes mains s’engourdissaient, mes pieds gelaient, ma bouche secrétait trop peu de salive. La sècheresse du désir m’habitait.
Ma nuit fut blanche comme le marbre d’une pierre tombale en hiver. Mon ventre, d’ailleurs, en eut les signes thermiques.
A quand la séparation ? La vraie, celle ou le fantôme de votre moitié vous poursuivait encore, puis disparaissait dans une mélancolie amère.
Pour bientôt. Nous ne pouvions plus tricher avec nos amis, nos parents. L’image, la réputation, toutes ces bêtises qui tenaient la façade de notre histoire, se lézardaient à vue d’œil. Notre couple avait l’aspect de ces vieilles peaux s’accrochant à la jeunesse à coup de liftings. Il n’y avait plus rien à tirer chez nous. Sauf le rideau.
Le mot divorce s’imposa. Fabrice n’eut pas le courage de le dire. Moi si, en dépit de son coût émotionnel, du prix pour ma santé.
La décision se prit un jeudi soir à 19h30 chez mon beau-frère. Nous étions 7 à table, trois couples et une jeune femme. Fabrice la regardait d’un drôle d’air, comme si elle était fraichement sa propriété privée. Il avait ces mots, cette répartie, cet esprit dont je m’avais plus droit qu’à quelques extraits aigres ces derniers jours. Il amusait la galerie, il n’avait d’yeux que pour cette étudiante, cette baby sitter à qui mon beau-frère donnait la garde de ses enfants. Elle avait le charme écœurant de la jeunesse et cette fausse innocence que l’on qualifiait, à tort, de candeur. Mais surtout, ce rire expressif au point d’entendre une truie s’esclaffer.
Au fil du repas, je voyais bien dans leur jeu. Je devinais un lien intime. Sandra, puisque c’était son prénom, donnait des gages à mon homme. Elle lui faisait des œillades. Il lui répondait en tripotant son portable avec frénésie sous la nappe. Il lui envoyait des textos. Et elle tortillait du cul, émoustillée par le vibreur de son iphone .
J’étais la seule à le remarquer, les autres s’écharpaient le gosier sur la liaison du président avec une actrice, mon beau-frère jouant l’avocat général de la fidélité.
N’y tenant plus, je m’absentais dans les toilettes pour pleurer mes dernières illusions.
Je mis du temps à sécher mes larmes et à revenir parmi eux. Ma belle-sœur, plus stupide que diplomate s’interrogea sur mon teint rouge. J’évoquai l’expression involontaire d’un problème de constipation. La truie et Fabrice éclatèrent de rire. Moi pas.
Le lendemain je fis mes bagages et couchai chez ma mère.
Je me sentais un freezer vide de toutes nourritures, même spirituelles.
Le seul signe de ma vie organique resta un appétit bien maigre pourtant. Le reste ne fonctionna plus.
Certes je parlai un peu, mais mes mots avaient l’aspect du carton et la consistance d’une bouillie à peine audible.
Mon médecin m’arrêta et ordonna du repos.
Le printemps s’acheva, l’été pointa son nez. Et moi, je mis des caches cols. J’étais frigorifiée, à presque ne plus sentir le monde autour de moi.


J’avais toujours aussi froid ce Vendredi, mais je trouvais sa compagnie agréable. Je regardais mon annuaire nu sans une larme à l’œil. La truie était montée dans la voiture de mon ex et ils étaient partis.
L’escalier du palais de justice devint un strapontin bien inconfortable. J’avais mal aux fesses. A présent, débout, je regardais le soleil d’hiver donner des signes de rébellion. Il transperçait les nuages et me fixait droit dans les yeux.
Serais-je capable d’aimer à nouveau ? J’en doutais fort. La terre de mon désir était une lave durcie par la désillusion, l’espoir de voir une plante y pousser demeurait mince.
Et pourtant, je me surpris à en évoquer l’éventualité.
Un homme aux cheveux gris m’adressa la parole, Sa voix chaude me dragua.
Comme quoi je vous disais en préambule que j’étais ouverte à tout. Peut-être l’avait-il senti.
A cet instant précis, au fond de moi, la première goutte du dégel me chatouilla.
Dim 7 Sep - 12:53 (2014)
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Wilou
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MessagePosté le: Dim 7 Sep - 13:36 (2014)    Sujet du message: LA SECHERESSE DU DESIR Répondre en citant

Très beau texte, très sensible, en retenue, touchant. Certaines phrases sont vraiment belles, à l'instar de la toute dernière. On devine l'espoir naissant de cette femme fraîchement libérée de son malheur conjugal.
_________________
Hopla!
Dim 7 Sep - 13:36 (2014)
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christine
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Messages: 988
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MessagePosté le: Lun 8 Sep - 10:59 (2014)    Sujet du message: LA SECHERESSE DU DESIR Répondre en citant

J'ai aimé l'histoire, la façon dont tu décris ce qui se passe à travers ses yeux et ses mots à elle. Comment l'amour entre deux personnes peut devenir insupportable.  Lui je dois l'avouer j'ai eut envie de lui en coller une. 
La fin je l'aime particulièrement car elle reprend le dessus et ne vit plus dans les images d’un amour fini et enterré. 
Tes descriptions tout au long du texte sont des petits joyaux.
_________________
Un sourire ca fait toujours plaisir
Lun 8 Sep - 10:59 (2014)
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Rafistoleuse
Coup de Coeur ...
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MessagePosté le: Lun 8 Sep - 18:29 (2014)    Sujet du message: LA SECHERESSE DU DESIR Répondre en citant

Je rejoins les filles, ton texte est superbe... On rentre dans la tête et le quotidien de cette femme, ses tiraillements, ses débats intérieurs... enfin tout ça semble très juste dans ton interprétation, et la dernière phrase, parfaite.

Bravo !
_________________
Rafistoleuse
Lun 8 Sep - 18:29 (2014)
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Octobell
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Inscrit le: 11 Sep 2013
Messages: 1 670

MessagePosté le: Mar 9 Sep - 14:20 (2014)    Sujet du message: LA SECHERESSE DU DESIR Répondre en citant

Que dire d'autre ? C'est effectivement un très beau texte, triste et touchant, et moi aussi j'avais bien envie d'en coller une à ce Fabrice de mes deux !
_________________
Octobell

Tous les propos exprimés dans les bonus de ce DVD n'engagent que l'intervenant
et ne sont en aucun cas le reflet de l'opinion de JE! Corp.
Mar 9 Sep - 14:20 (2014)
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Auteur Message
Linelea
Plumivores
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Inscrit le: 19 Sep 2013
Messages: 938

MessagePosté le: Mer 10 Sep - 15:35 (2014)    Sujet du message: LA SECHERESSE DU DESIR Répondre en citant

Tu n'as pas choisi un sujet facile, avec ce thème. Mais les mots et la mélodie qui en ressort est vraiment très belle.
Ce Fabrice est décidément un con.
Mer 10 Sep - 15:35 (2014)
Auteur Message
ATea
Plumivores
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Inscrit le: 18 Sep 2013
Messages: 945

MessagePosté le: Jeu 11 Sep - 07:11 (2014)    Sujet du message: LA SECHERESSE DU DESIR Répondre en citant

Forme :
Contrainte : ok
Mode de narration : Première personne
Style : Nouvelle


Fond :
Thème : /


Je n'ai pas trouvé l'érotisme, j'ai lu l'histoire d'une séparation, ses symptômes, une nouvelle drague mais pas de scène sexuelle à proprement parler.
La forme reste agréable à lire puisque c'est ton style avec ses traits d'esprit, mais la frustration est là. Dès le début quand Elle les voit partir, j'aurais cru qu'elle allait se retourner sur quelqu'un et aller consommer avec lui/elle. Mais non. J'y ai cru tout le long et au final, tu crées cette rencontre mais la fait intervenir trop tard, ne fait que suggérer, et la termine beaucoup trop tôt pour moi.
_________________
ATea.
Jeu 11 Sep - 07:11 (2014)
Visiter le site web du posteur Skype
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 10:13 (2016)    Sujet du message: LA SECHERESSE DU DESIR

Aujourd’hui à 10:13 (2016)
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