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Entre-deux

 
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Matt Anasazi
Plumivores
Plumivores

Inscrit le: 18 Sep 2013
Messages: 763
Localisation: Agen

MessagePosté le: Mer 10 Sep - 18:59 (2014)    Sujet du message: Entre-deux Répondre en citant

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Nouvelle à l'arrache encore une fois ! Enjoy !


ENTRE-DEUX

J’attendais patiemment l’arrivée de la télécabine. Toute seule. C’était l’avantage de la vie de rentière : je profitais depuis toujours des stations de sports d’hiver en dehors de la cohue des vacances scolaires. En revanche, si les pistes désertes étaient mon privilège et ma joie, je les payais au prix fort : les repas solitaires et les séances de hammam où seul l’écho résonnait dans la salle étaient mon lot. J’en avais pris mon partie.
La solitude était aussi un choix. Je repoussais les histoires de cœur par peur des amants intéressés et les mariages d’intérêt. Je leur préférais au pire les gigolos de passage, au mieux les amitiés particulières, les « sex friends » comme me disait ma nièce de vingt ans qui admirait ma vie menée d’une main ferme et décidée. Cependant, par moments, je souhaitais foncièrement une rencontre, sinon amoureuse, mais une surprise… un moment inattendu, même d’oubli dans un quotidien où le calcul et la retenue des pensées et des sentiments me servaient de ligne de conduite.
La cabine s’avança lentement en petites saccades sur les derniers mètres. Le cliquetis nerveux déchirait l’air glacé et silencieux du matin. Puis la nacelle s’immobilisa, les portes s’ouvrirent et je me glissai à l’intérieur, sure d’être une fois de plus la seule passagère profitant de la « chance » des premières neiges. Juste à l’instant de la fermeture des portes, je vis une main gantée les retenir pour permettre à un moniteur de ski de se glisser bruyamment dans la cabine. Il s’assit bruyamment, les joues rougies par le froid et l’effort, à en juger par le souffle court qui hachait sa respiration.
« Pardon pour le dérangement, réussit-il à articuler entre deux respirations.
- Vous êtes tout excusé. »
Il sourit.

La cabine prit son envol. Progressivement, le jeune moniteur se détendit et se plongea dans l’observation de la montagne. Ses yeux se plongeaient de côté et d’autres vers les cimes, les sapins et les flancs de montagne couverts de neige. Son air juvénile m’amusa.
« C’est votre première montée à Superbagnères ?
- Oh non, madame, je suis de Luchon. Mais depuis tout petit, la montagne me fait cet effet-là !
- Ah oui ?, répondis-je, un sourcil levé.
- Oui, la première fois que j’ai pris les télécabines, ça m’a scotché de voir la vallée et la ville qui devenait petite… comme une maquette. C’était magique, et ça l’est toujours !, ajouta-t-il, comme pour s’excuser de son enthousiasme enfantin. »
Je partis d’un petit rire, mi-moqueur, mi-fasciné ; j’avais devant moi un enfant trop vite grandi, un authentique montagnard à en juger par sa carrure impressionnante même si elle disparaissait sous sa combinaison au cœur sensible. Je me repris de peur qu’il ne se vexe car telle n’était pas mon intention. Il comprit à mon attitude plutôt rigide qu’admirer la montagne ne me passionnait pas le moins du monde. En fait, dois-je l’avouer ? Je me délectais d’un tout autre spectacle.
Je le détaillais du coin de l’œil depuis quelques instants déjà. Il n’avait rien d’un apollon. Une épaisse chevelure noire en bataille encadrait son visage et retombait en lourdes vagues désordonnées sur ses épaules. Sa crinière, disons-le, envahissait son front carré en dessous de laquelle deux petits yeux noirs brillaient de vigueur. Le reste de son visage dénotait une grande force de caractère : un nez fort posé comme une pyramide au milieu de deux joues envahies par une barbe de trois jours, une bouche petite aux lèvres charnues et un menton en galoche à la fente très marquée. Je devinais la masse imposante de sa musculature sous sa combinaison rouge. Mais ce qui me fascinait, c’est que cette enveloppe si costaude et massive cachait une âme d’enfant, qu’il ne dissimulait même pas. Il devait avoir une vingtaine d’années.


Je me mis à me livrer à un petit jeu auquel m’avait initiée ma nièce Cassandre : le mille-feuilles. Elle s’amusait dans le métro à déshabiller mentalement les hommes qu’elle croisait dans le métro… à sa plus grande joie, ou son déplaisir parfois. En faisant de même, je m’imaginai progressivement la veste de ski glissant lentement pour laisser voir une peau rugueuse mais douce et partiellement velue. Elle devait être chaude et soyeuse malgré le vent froid. Je frissonnai et me maitrisai pour ne rien laisser paraitre. Je me laissais emporter par mes idées folles : l’enfermement avec un inconnu avait toujours été un de mes fantasmes préférés. Et l’inconnu avait du charme.
D’un coup, le moteur de la cabine s’arrêta de tourner et la nacelle s’immobilisa au dessus du vide. Nous étions coincés entre ciel et terre. Il se mit à regarder en tous sens puis se leva pour comprendre d’où venait la panne, les lèvres entrouvertes en marmonnant des mots indistincts. Je sentais qu’il avait l’habitude de ce genre de situation de stress. Il marqua un temps d’arrêt et finit par se rasseoir et se pencha vers moi.
« Je ne sais pas pourquoi nous nous sommes arrêtés mais rassurez-vous : je connais les hommes de la station sont des pros et tout se passera bien.
- Je ne fais aucun souci, dis-je avec un sourire. »

Il me prit la main droite en souriant toujours et se mit à me parler d’une anecdote similaire qui lui était arrivé quelques années plus tôt. Peut-être cherchait-il à me rassurer, je l’ignore encore, mais je ne retins rien de ce qu’il me dit car j’écoutais plutôt mon sang qui commençait à battre violemment dans mes oreilles. La réalisation d’un de mes fantasmes, un moment hors du temps, coupé de toute réalité, je me croyais emportée dans un roman à l’eau de rose pour midinettes sauf que j’étais plus proche de la ménopause que des premières règles. En plus, comment me verrait-il ? Une cougar prête à sauter sur le premier homme venu ? Autant je sentais mes joues s’échauffer, autant mon corps se refroidissait de peur. Il dut sentir que je m’étais mise à trembloter.
« Vous avez froid ?
- Un peu, répondis-je le souffle court, craignant d’en dire plus.
- Je vais vous réchauffer les mains. »
Il ôta ses gants, me prit les mains, les pressa contre les siennes. Il devait être magicien car ses gestes m’envahirent d’une onde de chaleur, mais pas seulement physique. Puis il s’assit à mes côtés. Il continua de me parler, de me réconforter, de me sourire. Inlassablement.
« Vous savez, il y a un autre endroit que vous pouvez réchauffer !
- Lequel ?
- Ici. »
Je pris sa main et la posais sur mon cou que j’avais dégagé. Sa main était bien douce malgré la rudesse que j’avais devinée. Je continuai à la faire glisser sous ma combinaison sans le quitter des yeux, le suppliant de ne pas me méjuger. Ses yeux s’agrandirent de surprise mais il se radoucit devant ma demande silencieuse. Son autre main se glissa elle aussi dans ma combinaison maintenant largement ouverte. Il semblait apprécier ma poitrine ferme malgré mes quarante-six ans, mes aréoles qui pointaient. Mes soupirs l’enhardirent. Il fit glisser nos combinaisons lentement et m’assit sur ses genoux. Je sentis son désir à ses caresses de plus en plus empressées, ses mains échauffées de caresses et son sexe chaud et dressé contre moi.

Quand il me prit, je me sentis envahie, à la fois prisonnière de ses bras et libérée d’un poids. Je réalisai qu’il y avait longtemps qu’un homme ne m’avait pas désiré. L’espace manquait, le froid me piquait la peau mais que c’était bon de sentir un homme qui me désire en moi ! Son sexe m’emplissait, m’apportait un peu de réconfort dans la tour d’ivoire et d’argent que je m’étais construite pour ne pas souffrir. Chaque caresse qu’il me prodiguait, chaque soupir que je lui arrachais étaient autant de baume de jouvence pour mon cœur. Il vint rapidement mais nous sommes restés de longues minutes emboités sans bouger, sans parler, à se demander comment faire après des instants comme ceux-là.
Le destin décida pour nous : la télécabine s’était remise en marche, nous rapprochant de la station. Notre étreinte avait duré un temps infini et le retour au réel se fit brutalement. Nous nous sommes rhabillés en silence et recomposés une attitude pour donner l’illusion d’être deux inconnus. Quand les portes s’ouvrirent, des personnels nous accueillirent.
« Nous nous excusons pour le dérangement. Tout s’est bien passé pour vous ? Pas de stress ?
- Non, j’ai géré la situation, répondit mon moniteur. » Je ne pus m’empêcher de sourire à sa façon de « gérer ».
J’allais quitter les lieux quand le moniteur m’a rattrapé.
« Tenez, prenez ma carte. Pour des cours de ski particuliers. »
_________________
"Faire sortir les maux de l'âme, c'est la psychanalyse.
En faire sortir des mots, ici naît la littérature."
Mer 10 Sep - 18:59 (2014)
Auteur Message
Rafistoleuse
Coup de Coeur ...
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Inscrit le: 11 Sep 2013
Messages: 4 563

MessagePosté le: Mer 10 Sep - 19:30 (2014)    Sujet du message: Entre-deux Répondre en citant

Ouuh c'est chaud ^^ mais romantique aussi

En fait je trouve que c'est en parfait équilibre, du coup on a comme une tendresse pour ces personnages !

Un joli bol d'air frais
_________________
Rafistoleuse
Mer 10 Sep - 19:30 (2014)
Auteur Message
Octobell
Coup de coeur
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Inscrit le: 11 Sep 2013
Messages: 1 670

MessagePosté le: Jeu 11 Sep - 00:45 (2014)    Sujet du message: Entre-deux Répondre en citant

Hum.. j'vais avoir du mal à être originale dans mon commentaire étant donné que j'en pense précisément la même chose que Rafi : l'ensemble est bien dosé, léger, et les personnages sont attachants. Cela dit, j'ajouterais qu'y'a un domaine dans lequel je te trouve toujours super bon, c'est les descriptions physiques de tes personnages ! Tu les poses vachement bien !
_________________
Octobell

Tous les propos exprimés dans les bonus de ce DVD n'engagent que l'intervenant
et ne sont en aucun cas le reflet de l'opinion de JE! Corp.
Jeu 11 Sep - 00:45 (2014)
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Auteur Message
ATea
Plumivores
Plumivores

Inscrit le: 18 Sep 2013
Messages: 945

MessagePosté le: Jeu 11 Sep - 07:05 (2014)    Sujet du message: Verdict Répondre en citant

Forme
Contrainte : ok
Mode de narration : première personne
Quelques petites fautes aussi par-ci, par-là.


Fond
Thème : L'Inconnu


J'avoue que le moment où il lui prend la main pour la rassurer m'a semblé étrange. Il se veut rassurant comme la narratrice le dit, mais peut-être aurait-il pu se rapprocher sans lui prendre la main. En fait, la façon dont je l'imagine, ça fait très paternel. Mais je comprends aussi que ça te sert (et drôlement bien) pour la suite  
D'ailleurs, ton texte donne une suite mais son fantasme était un inconnu. Pourquoi faire en sorte qu'il y ait une suite? Que va-t-elle choisir? A moins que cela débouche vraiment sur LA rencontre qu'elle attendait.


Au delà de ces deux petits points, les descriptions sont fines, les personnages sont installés. On les imagine autant que le décor grâce à tes mots finement agencés. Un mélange de douceur, de candeur, de poésie. Et ce sentiment marque un équilibre un peu trop parfait entre le romantisme et l'érotisme. Il est venu trop vite comme tu dis
_________________
ATea.
Jeu 11 Sep - 07:05 (2014)
Visiter le site web du posteur Skype
Auteur Message
christine
Super Coup de Coeur
Super Coup de Coeur

Inscrit le: 18 Sep 2013
Messages: 988
Localisation: cholet

MessagePosté le: Ven 12 Sep - 07:59 (2014)    Sujet du message: Entre-deux Répondre en citant

Ah mais j'aime bien.On dirait un fantasme,  être coincée avec un bel inconnu et succomber à ses charmes. Euh non non c’est pas mon fantasme, non je vous assure  Laughing  .
Donc comme je disais j'ai bien aimé,  c’est bien écrit et décrit,  il y a surtout de la tendresse et cela aurait mérité d’etre un peu plus long.
_________________
Un sourire ca fait toujours plaisir
Ven 12 Sep - 07:59 (2014)
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