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Survivor

 
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Auteur Message
Alinoë
Méga CDC...
Méga CDC...

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MessagePosté le: Mer 24 Sep - 12:06 (2014)    Sujet du message: Survivor Répondre en citant

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AVERTISSEMENT:
Enfin, fini! XD Je vous le poste ici même si c'est totaaalement hors concours et hyper méga long. Une bonne heure à prévoir si vous voulez le lire d'une traite. Enfin, vu le temps passé dessus, ça m'aurait vachement fait chier de pas le publier, donc vala.

Ceux qui auront le courage de le lire jusqu'au bout, merci! J'attends vos commentaires avec impatience.
Les autres, je vous comprend! lol 30 pages, c'est vraiment long.
Sur ces belles paroles, je vous laisse. Bonne lecture!


PS: si vous avez des idées de titre...



-

SURVIVOR
  

« Allez, répond. C'est pas difficile comme question: tu m'aimes ou pas ? Je te demande pas de me faire une déclaration, juste de répondre par oui ou non... »


Jack ouvrit les yeux sur le plafond blanc de sa chambre d'hôpital. Enfin, blanc ; à travers la pénombre, il était plutôt grisâtre, comme le reste de la pièce, d'ailleurs. Dans le genre, il y avait plus excitant comme décors...

Il rabattit son bras devant ses yeux en soupirant. Le manque cruel d'activité physique et les crises de paniques régulières de son voisin de chambre commençaient sérieusement à altérer son sommeil. A dire vrai, sans la morphine et les calmants, Jack n'était même pas certain de parvenir à fermer les yeux ne serait-ce qu'une heure par-ci par-là.


Pourtant, il était épuisé, littéralement à bout de forces ; il n'aspirait qu'à se reposer mais c'était un luxe que son esprit et son corps refusaient formellement de lui accorder. Lorsque la douleur le quittait enfin, les cauchemars et les hallucinations prenaient le relais pour le tenir éveillé... Sans oublier le soldat Perrèz dans le lit d'à côté. (Il n'avait d'espagnol que le nom de son père adoptif, le mari de sa mère, et la langue pratiquée dans le cocon familiale.)



Comme pour confirmer la pensée du sergent, un hurlement de terreur déchira brusquement le silence.


Jack se redressa immédiatement dans les draps pour aviser son voisin de chambre. Le jeune homme amaigri se débattait dans son sommeil, frappait le vide de son bras valide, hurlant à plein poumons sans parvenir à s'extraire de son mauvais rêve. A ce rythme, il allait finir par arracher sa perfusion, se faire mal, voire carrément tomber de son lit. Quant à ses cris, ils avaient certainement déjà dû alerter tous le corps médicale présent dans l'hôpital.


Personne ne semblait s'inquiéter pour autant. Ce n'était pas les patients atteints de terreur nocturne qui manquaient dans le bâtiment. Rien de surprenant vu la population, tous des soldats évincés du champs de bataille, des vétérans, des héros de guerre... Des loques, quoi.


Dans le genre, Perrèz se tenait là. Il n'avait jamais été très brave, encore moins solide ou courageux, que du contraire. Vincent Perrèz était plutôt l'incarnation de la croquette, né trop fin, trop frêle et féminin pour obtenir une quelconque forme de respect de la part de ses congénères. Ses années à l'école militaire avaient été un calvaire, une succession de blagues plus mauvaises les unes que les autres auxquelles Jack avait d'ailleurs largement contribué.


Malgré tout, Vincent avait fini par atterrir sur un champ de bataille. Il s'était accroché comme s'il voulait prouver qu'il était un homme. A qui ? Pourquoi ? Jack n'en avait aucune idée mais le résultat était là. Perrèz n'avait pas juste perdu un bras, il y avait aussi laissé sa raison et même sa dignité.


Soupir las. Jack repoussa les draps en peinant à contenir un gémissement de douleur. Sa tempe gauche semblait en feu et la plaie de son abdomen menaçait de se réouvrir à chacun de ses mouvements. Cependant, il ne pouvait pas laisser son camarade hurler sans bouger le petit doigt. Déjà, parce qu'il ne le supporterait pas une minute de plus ; ensuite, parce qu'il n'était pas totalement dénué d'humanité contrairement à ce qu'on pourrait croire. Il y avait tout de même une marge entre chambrer un mec sur sa (non) virilité et assister à sa souffrance sans réagir.


Assis sur le rebord du lit, le sergent avisa un instant sa chaise roulante en grimaçant. Certes, la raison aurait voulu qu'il s'en serve pour rejoindre Perrèz mais son égo de mâle - déjà blessé – s'y refusa catégoriquement. Prenant largement appui sur ses bras, Jack se mit donc péniblement debout et, d'un pas beaucoup trop instable à son goût, traversa la (ridicule) distance qui le séparait du lit voisin pour s'y échouer lourdement. Vince ne broncha pas ; du moins, pas pour ça.


Il continuait de se débattre dans le vide comme s'il était aux prises avec un ennemi invisible. Quelle idée Jack avait-il eue de se traîner jusque là ? Pour faire quoi, d'abord ? Il n'avait, jusqu'à preuve du contraire, aucun moyen de lui venir en aide...


*


« Jack ?! JACK !! Lève-toi, bordel ! C'est pas le moment de faire la sieste ! »


Le sergent ouvrit brutalement les yeux, à son grand désarroi, l'éclat trop vif du soleil lui brûlant instantanément les rétines. Il les referma aussi sec, non sans laisser filtrer un râle plaintif entre ses mâchoires crispées. La douleur était si forte, si intense, sourde et vive à la fois. La tempe gauche et l'abdomen en feu. D'affreux picotements dans les jambes, des milliers d'aiguilles affutées. Les muscles endoloris, courbaturés. La chaleur suffocante. La soif. L'odeur infâme de charnier, insoutenable. Jack ne savait même pas par où commencer le constat. La situation semblait grave, pour ne pas dire désespérée.


« Je t'en prie, Jack ! Regarde-moi ! »


Il roula sur le flanc en grognant, sa seule option s'il voulait se relever. Vu la douleur qui lui transperçait les abdos, il ne songea même pas à s'en servir. A la force des bras – le peu qu'il lui restait encore -, il atteignit péniblement la position assise. Il resta un instant immobile, les yeux clos, le temps de reprendre son souffle. Il n'avait pas besoin d'un visuel de ses blessures pour savoir que la suite risquait de s'avérer encore plus épique. Les élancements dans ses jambes ne laissait rien présager de bon. Point positif : elles étaient toujours là.


« Jack ? »


Battements de cils. Cette voix. Ce léger accent français sur un anglais parfait. Avait-il rêvé ?


« Emy ? Emilie ? », appela l'américain d'un ton faiblard, parcourant le décors de ses yeux papillonnants, en quête de la jeune caporale. Il ne se laisserait pas surprendre par le soleil une seconde fois.


« Rassurant. Ton cerveau marche, au moins. »


Le coeur du sergent loupa un battement. Elle se tenait là, accroupie devant lui. Elle le regardait avec ses grands yeux verts, un large sourire aux lèvres, apparemment indifférente à l'horreur de la scène au milieu de laquelle ils se trouvaient. Jack la dévisagea pendant quelques secondes, osant à peine ciller de peur qu'elle disparaisse.


« Tu t'es assez reposé. Lèves-toi, maintenant. Il faut bouger. »


Joignant le geste à la pensée, elle se mit sur ses pieds et tendit une main en direction du sergent. Ce dernier sembla hésiter un bref instant avant d'accepter la poigne secourable. Il lui fallait bien ça pour parvenir à se relever. Il grimaça, poussa quelques grognements douloureusement rageurs mais fini par atteindre la station debout.


L'effort de trop. Une vive douleur irradia brutalement sa tempe gauche, lui arrachant un hurlement.


A genou dans le sable poisseux, les mains en étau autour de son crâne, Jack tentait tant bien que mal de surmonter ce nouvel élancement. Il sentait ses forces s'amoindrir à chaque battement de coeur. Le corps tremblant. La respiration difficile. Des dizaines de petites tâches noires dansaient devant ses yeux.


Il avait besoin d'un remontant. Sa main gauche tâtonna le long de sa jambe jusqu'à sentir la flasque métallique à travers le tissus. S'il en avait eu l'énergie, il aurait certainement sourit de satisfaction. Une gorgée de vodka le reboosterait un peu. Ni une ni deux, il dégaina la flasque, dévissa le bouchon, porta le goulot à ses lèvres et avala une bonne rasade alcoolisée. Ce n'était pas très désaltérant, encore moins rafraîchissant mais ça avait au moins le mérite de le maintenir conscient quelques minutes de plus.


Profitant de ce bref regain d'énergie, le sergent prit une grande inspiration et, un pied après l'autre, se remit debout. Une bonne choses de faite. Les bras légèrement tendus pour garder un semblant de stabilité, Jack pouvait enfin se faire une idée de l'état général du campement et, peut-être, enfin comprendre ce qu'il s'était passé. Il aurait bien fait appel à sa mémoire mais les dernières vingt-quatre heures (si pas plus), n'étaient qu'un insondable trou noir dans son esprit. Le choc, sûrement.


Lentement, il pivota sur lui-même, laissant ses prunelles claires dériver de tentes effondrées en cadavres anonymes. Techniquement, il les connaissait tous, au minimum de grade et de nom. Pourtant, il ne chercha pas à les identifier, préférant de loin détourner le regard vers les dégâts infligés à son propre corps.


Ses pieds et ses jambes, s'ils échappaient sporadiquement à son contrôle, semblaient intacts mis à part quelques égratignures. L'abdomen, par contre, c'était autre chose. Un projectile – probablement la balle d'un gros calibre – l'avait traversé de part en part, évitant par miracle la colonne vertébrale. Apparemment. Sans un oeil extérieur ou du matériel supplémentaire, Jack ne pouvait qu'imaginer l'étendue des dégâts infligés à ses reins. Rien de très joli à en croire la douleur lancinante, l'instabilité de ses jambes et l'allure peu engageante de son deuxième nombril.


Une grosse croûte assez immonde s'était formée par dessus la plaie, retenant autant le sang que le sable, les microbes, les bactéries et autres saloperies. Les récentes agitations du sergent n'avaient pas vraiment arrangées les choses. Un liquide brunâtre et poisseux commençait à filtrer entre les craquelures. Parfaitement ignoble.


Il détourna la tête sous le fallacieux prétexte de chercher Emilie du regard. Elle se tenait à plusieurs mètres de là, debout près d'une jeep relativement bien conservée. Et partiellement ensablée. Que voulait-elle qu'il fasse de ça ? Seul. Il n'avait que deux bras et un niveau d'énergie très limité pour les activer alors, la dégager...


« Y a pas écrit McGuyver. », grommela le sergent, une main perdue dans sa tignasse noir rendue brûlante par le soleil. Avec tout cela, il n'avait pas encore inspecté sa tête.


Il n'eu pas l'occasion d'y remédier, coupé dans son élan par un cri déchirant. Un survivant ? Sans réfléchir plus que ça, Jack se traîna jusqu'à une tente effondrée dessous laquelle s'agitait un de ses camarades, totalement paniqué. En voila un qui ne risquait pas de lui apporter une grande aide...


« Ca va, baisse le son ! J't'ai entendu. », ordonna fermement le sergent tandis qu'il s'agenouillait prudemment à même les ruines du bâtiment. Parce que, oui, vu la taille du machin, parler de tente, c'était un peu comme de monter dans son mobile-home tout confort en disant qu'on allait faire du camping.
« Jack ?! C...C'est toi ?! J't'en prie, sors-moi d'là ! Fait que'qu' chose !! J'sens plus mon bras ! Putain, Jack ! »
« Perrèz. », souffla le sergent avant de s'effondrer dans le sable brûlant.


*


« Jaaack ?! Allez, raccroche. Je te rappelle dès que je suis rentrée. »
« Promis ? »
« Ouii ! Quoi ? »
« Tu... Rien. T'es loin, c'est tout. »
« Je t'ai proposé de venir. »
« Tss. J'aime pas les églises, c'est déprimant. »
« C'est un mariage, Jack. »
« Et ? »
« Rien. Ecoute, j'suis au volant, là. »
« Ok. J'te laisse... »
« Jack ? »
« Mmmoui ? »
« Réveille-toi ! »


*


Un cri de terreur tira brutalement le sergent de son coma. Toujours coincé sous les débris de la tente, dans le noir complet, coupé du monde extérieur, Vincent Perrèz commençait doucement à perdre pied. Si Jack n'intervenait pas rapidement, il allait rameuter toute la faune locale ; animale, ennemie ou alliée... Une chance sur trois. Autant se suicider sur le champ. Hors, le sergent tenait beaucoup trop à la vie pour ça.


Fermement décidé à survivre – au moins quelques heures de plus-, Jack se redressa sur les coudes en maugréant :
« Ferme ta gueule s'tu veux pas que j'te laisse moisir là ! »
« T...Tu..non. Tu... Tu déconnes, hein ?! Jack ! Merde ! Jack ! C'est pas drôle ! Sors-moi d'la ! »
« Qu'est-c' que j'essaye d'faire, à ton avis ?! », aboya le sergent, la voix emprunte d'une bonne dose d'agacement. « Ca irait p'têt un peu plus vite si t'arrêtait d'me péter les couilles ! »


Silence. Heureux de son petit effet, Jack termina de se redresser puis, une fois agenouillé dans une posture relativement stable, porta la main à sa ceinture pour dégainer son couteau à lame crantée. Son joujou préféré.


« J'vais découper l'bazar alors pas bouger ! M'en voudrait d't'arracher un morceau. », averti le sergent avant d'enfoncer brutalement la lame dans l'épaisse toile.


Ignorant le cri de surprise du soldat, il éventra la tente sur un bon mètre. Ensuite, il cala le couteau entre ses dents et, écartant brutalement les deux pans de toile, termina le travail. Localiser Perrèz fut de loin sa tâche la plus facile. Le soldat se tortillait dans tous les sens pour tenter de dégager son bras coincé sous le montant métallique d'une imposante étagère. A chacun de ses mouvements, une onde de choc se répandait à travers les décombres, fragilisant dangereusement l'amas mais le jeune homme, beaucoup trop paniqué, ne semblait même pas l'avoir remarqué. A dire vrai, il s'en fichait totalement. Lui, tout ce qu'il voulait c'était que Jack le sorte de là, et vite.


« Aide-moi ! S'te plait ! Je... Putain, Jack, j'veux pas crever ! »
« T'inquiète, tu crèveras pas ! Pas avant moi, en tous cas. », grommela le sergent en rengainant son arme avant de se glisser dans l'ouverture pour rejoindre son camarade. « J'su là main'nant alors arrête de t'tortiller, j'ai pas envie d'tout m'prendre sur l'coin d'la gueule. »
« Ok... Désolé... C'est que...j..j'sens plus mon bras...Y...Il est toujours là, hein ? », balbutia Vincent entre deux apnées.


Jack ne prit pas la peine de répondre. Il avisait le montant, cherchant par quel bout le soulever sans risquer que le bâtiment ne s'effondre sur eux comme un château de carte. Il n'envisageait même pas la possibilité qu'il soit trop faible pour aider le soldat. Pas de place pour le doute. Il devait agir, continuer d'avancer, une étape après l'autre, ignorer la peur, la douleur et l'épuisement jusqu'au bout, jusqu'à son dernier souffle. Survivre coûte que coûte.


Joignant le geste à la pensée, il se mit sur les genoux, empoigna à deux mains le montant et, après une grande inspiration visant à rassembler ses dernières forces, souleva l'étagère de quelques centimètres, amplement assez pour permettre à Vincent de se dégager.


« Vas-y, bouge ! J'tiendrai pas dix ans. », ordonna le sergent d'une voix étranglée par l'effort.


Aucune réaction. Le soldat resta parfaitement immobile pendant quelques secondes, comme paralysé par la vision de son membre en bouillie. Quelques secondes seulement. Maintenant que son bras était libre, le sang avait repris sa circulation, la douleur aussi. Perrèz se mit bientôt à hurler en se tordant dans tous les sens comme un possédé.


« Soldat Perrèz, arrête d'faire ta gonzesse ! Bouge tes fesses ! EXECUTION ! », hurla Jack d'un ton pour le moins pressant, le corps tremblant, à deux doigts de lâcher prise.


Etait-ce la violence du ton ou son cerveau qui se remettait enfin en marche ? Quoiqu'il en soit, le jeune homme roula sur le flanc en emportant son bras blessé avec lui. Juste à temps. Le sergent retomba lourdement sur le dos en abandonnant son fardeau, les bras portés en bouclier au cas où des débris viendraient à tomber.


Le bâtiment grinça pendant un instant. Les deux hommes restèrent immobiles, osant à peine respirer de peur d'administrer la vibration de trop...


Jack n'avait plus qu'une envie : fermer les yeux, se reposer, juste un peu. Sans les gémissements de son camarade, il aurait certainement cédé à la tentation. Mais il n'était pas seul, il n'y avait pas que sa vie à lui qui était en jeu, celle de Vincent aussi. Livré à lui-même, le soldat ne survivrait pas plus d'une journée dans le désert. Il n'y avait pas besoin d'être un génie pour s'en rendre compte.


Un râle plaintif filtra entre les lèvres du sergent lorsqu'il se mit péniblement sur les coudes pour aviser son camarade. En position foetale... Jack ne put réprimer un bref sifflement consterné. Qu'allait-il bien pouvoir faire avec un boulet pareil ? Il était presque tenté de l'abandonner là ; d'abandonner tout court, en fait. De toute façon, sans un médecin, il n'irait pas très loi, pas avec Perrèz dans les pattes, en tous les cas...


« Si c'était un de tes frères ? Jack... C'est qu'un pauvre gosse. »


Le sergent s'empressa de chasser le mirage d'un vague geste de main. Un pauvre gosse... Vincent n'avait jamais que deux ans de moins que lui. Un grincement métallique ramena brutalement le sergent à la réalité. Sans réfléchir outre-mesure, il se traîna jusqu'à son camarade pour inspecter sa blessure. Grimace. Il ne pouvait pas faire grand-chose dans l'immédiat.


Une lueur victorieuse illumina brièvement l'oeil du sergent tandis qu'il dégainait sa flasque. Une rasade pour lui. Il la tendit au soldat :
« Bois. » Le regard hésitant de Vincent oscilla de l'objet au visage de son supérieur. « Bois. », insista ce dernier, d'un ton sans appel.


Le soldat s'exécuta sur le champ. A peine avait-il porté le goulot à ses lèvres que Jack lui empoignait fermement le bras pour le remettre dans l'axe adéquat. Craquement d'os. Perrèz hurla à pleins poumons, recrachant au passage le peu d'alcool qu'il avait dans la bouche.


« J' t'avais dis d' boire. », remarqua sarcastiquement le sergent tandis qu'il improvisait une écharpe avec les manches arrachées de sa chemise. Finalement, il y avait peut-être un petit McGuyver en lui... Puis, sans prêter attentions aux rouspétances du soldat, Jack lui immobilisa le bras. « C'est bon. Ca va. C'est fini. Arrête de chouiner main'nant, 'faut qu'on s'tire d'ici. »


Joignant le geste à la pensée, il commença à se relever en tentant d'ignorer la douleur qui lui vrillait les entrailles. Contre toute attente, Vincent se précipita pour l'aider en balbutiant :
« Tu..T'es..Ton...T'es blessé ?! »
« Moui, ça va. J'avais r'marqué... », souffla le sergent, acceptant à contre-coeur le coup-de-main.


Les contactes physiques (avec la gente masculine) n'étaient pas vraiment sa tasse de thé, pas plus que l'aide d'autrui. Jack préférait largement se démerder tout seul mais là, c'était l'ego ou la vie...


*


« Sergent Dickinson. Si ce sont mes yeux que vous cherchez, ils se trouvent vingt centimètres plus haut. »


Jack sourit largement à cette remarque, les premiers mots qu'elle lui avait adressés, la première fois qu'ils s'étaient parlés. La première fois qu'elle avait daigné lui accordé une once d'attention, en fait. Jusque là, Jack n'était rien de plus qu'un sergent parmi tant d'autre, sûr de sa virilité et parfaitement macho, avec une légère tendance à écraser autrui, volontairement ou non. Elle ne mit pas longtemps à réaliser qu'il était borné, en plus de tout cela. Très borné...


« Sergent Dickinson ! Je peux savoir ce que vous faites encore en dehors de votre lit ? Le docteur a été claire. Vous devez rester couché et vous reposer, re-po-ser. C'est pourtant pas compliqué ! », débita l'infirmière en chef tandis qu'elle entraînait fermement le sergent jusqu'à son lit, le forçant à abandonner Vincent aux mains des renforts qu'elle avait apportés.
« Compliqué, non. Juste pas très marrant. », répondit Jack, dissimulant son trouble avec brio. Hallucinations (visuelles et auditives) et absences n'étaient généralement pas très bon signe, lui souffrait des deux. Il en avait conscience, en plus.
« Vous rigolerez encore moins quand vous serez attaché ! Regardez-moi ça ! Vos fils ont encore sautés. Et bien, bravo ! »


Qu'elle râle, seulement. Jack ne l'écoutait plus vraiment, de toute manière. Il préférait se concentrer sur le sourire d'Emilie. Assise sur l'appuie de fenêtre, les yeux tournés vers le ciel, elle admirait les étoiles avec émerveillement, comme si elle n'avait jamais vu de nuit avant. Jack était bien placé pour la comprendre. Le ciel nocturne ne révélait toute sa beauté qu'à l'abri de l'homme, loin de ses villes perpétuellement illuminées. Elle n'était pas vraiment là, il le savait. Elle, c'était le ciel Afghan qu'elle admirait.


« Quand tout ça sera fini, tu me présenteras ta famille ? »


*


Jack secoua doucement la tête pour tenter de réveiller un peu sa cervelle. S'il perdait connaissance maintenant, il ne reviendrait probablement jamais à lui. Ils avaient déjà eu énormément de chance de trouver ce refuge, cette maisonnette perdue au milieu d'un ancien oasis asséché. Beaucoup trop de chance. Et Jack refusait de tenter le diable en se laissant aller dans les bras de Morphée.


Difficile de lutter contre le sommeil et le froid mordant de la nuit lorsqu'on avait absolument aucune occupation pour passer le temps ni l'ombre d'un feu de camp pour se réchauffer. Il ne pouvait même pas bouger au risque que la douleur ne le fasse sombrer. L'un d'entre eux devait monter la garde, de toute façon et Vincent n'était vraiment pas en état de s'en charger. Quoique, même si ça avait été le cas, Jack n'était pas certain de vouloir laisser sa vie entre les mains du soldat...


En boulette dans un coin, tremblotant, il avait cédé à la fatigue depuis longtemps, ce qui n'était pas pour déplaire au sergent. Au moins, il arrêtait de chouiner. Un léger rictus effleura ses lèvres à cette pensée tandis qu'il se laissait aller contre le mur, s'autorisant même à fermer les yeux un bref instant pour profiter pleinement du paisible silence.


« Tu devrais nettoyer ta blessure avant qu'elle ne s'infecte. »


Un petit rire amer filtra entre ses lèvres. Il ne prit pas la peine d'ouvrir les paupière pour la regarder. Elle n'était pas là, pas vraiment. C'était juste impossible et il le savait parfaitement. De simples hallucinations provoquées par la soif, l'épuisement, la douleur et le choc qu'il s'était pris sur le coin de la tête.


« Tss. Pour quoi faire ? J'suis déjà mort, de toute façon. », ne put-il s'empêcher de répondre malgré tout. Vision de son esprit ou non, parler semblait un bon moyen de rester éveiller.


« Tu es bien loquace pour un mort.. »


« Je te retourne le compliment... », rétorqua le sergent en ouvrant péniblement les yeux sur le visage de la jeune caporale. C'était assez étrange de la voir, comme ça, aussi clairement qu'en plein jour malgré l'obscurité quasi totale de l'unique pièce de la maison.


« Tu ne vas pas abandonner maintenant ? »


« Et pourquoi pas ?! », s'exclama-t-il vivement, sa main gauche balayant l'air comme s'il cherchait à dissiper le mirage. « Pourquoi j'aurais pas l'droit de me reposer, moi ? Pourquoi j'pourrais pas juste attendre que ça passe ?! Merde ! Qui t'dis qu' j'ai encore envie d'me baaAAAAh ! »


Sa phrase se termina dans un cri tandis qu'il s'effondrait sur le sol, la tête entre les mains. Il avait l'affreuse sensation qu'une lame brûlante s'enfonçait lentement dans son cerveau, le traversait de part en part en passant directement par l'oeil gauche. Une douleur insoutenable. S'il y avait des ennemis dans le coins, nul doute qu'ils avaient entendu son hurlement soudain.


« Jack ? Jack ?! Tu m'entends ? », s'enquit Vincent d'une voix oscillant entre l'inquiétude et l'angoisse tandis qu'il se précipitait vers le sergent.
« Me touche pas ! Ca va ! », grogna ce dernier en tentant, si pas de se lever, au moins de s'asseoir, histoire de donner un peu de crédibilité à ses paroles.
« Ok. Comme tu veux. », répondit le soldat, les mains levées en guise de bonne foi. « Tu devrais quand même me laisser regarder. J'suis pas médecin mais on a une trousse et puis... Ca va pas te tuer d'accepter de l'aide, pour une fois. »
« C'toi qui l'dit. », répliqua Jack d'un ton sceptique, à moitié à quatre pattes.


L'estomac soulevé d'affreuses nausées. Les muscles tremblants. La vue de plus en plus brouillée. Et le retour des élancements. Vince avait pourtant raison, il avait besoin d'un coup de main...


« JACK ?! »


*


« On va faire un tour à la fête foraine ? Allez ! Dis oui ! Ca me ferait super plaisir ! On pourrait aller sur la Grande Roue, manger de la barbe-à-papa, des pommes d'amour et puis, tu pourrais me gagner le plus gros lot du stand de tir... »


Assis sur un banc, les yeux rivés vers la mer, Jack s'efforçait d'ignorer la présence d'Emilie à ses côtés, sa voix, son parfum, la délicatesse de ses doigts lorsqu'ils glissaient dans sa tignasse. D'une main distraite, il tira sur le bonnet qui couvrait son crâne bandé. Vivement que ça repousse !


« Moi, je trouve que ça te va plutôt bien, comme ça. Le bonnet, en plus du training et des pantoufles, ça te donne un certain style. »


Et en plus, elle se foutait de lui... Il porta une Davidoff à ses lèvres en soupirant. L'ignorer. Il en avait de bonne, le doc. Ce n'était pas comme s'il avait demandé à Emilie de venir le hanter. Elle était là, il devait faire avec, il n'avait pas trop le choix.


Une vibration dans le banc le tira soudainement de sa pensée. Immédiatement, il tourna la tête en direction du nouvel arrivant : Vincent. Il l'aurait parié. Sans prendre la peine de dire un mot, le sergent lui tendit son paquet de cigarettes.


Le soldat sembla hésiter un bref instant avant d'accepter. Le bras gauche en écharpe, dans une tenue pas beaucoup plus glorieuse que son supérieur, les traits tirés par ses nuits beaucoup trop agitées, il cala tant bien que mal la clope entre ses lèvres. Une flamme bleue apparut devant lui avant qu'il n'ai le temps de se demander comment il allait l'allumer. Il tira une bouffée, souffla un vague merci et fixa son regard sur l'horizon.


Ils restèrent un long moment en silence, vidant clope après clope le paquet du sergent. Le temps passait au ralenti, par ici...


« Elle est toujours là, n'est-ce pas ? », fini par demander Vincent d'une voix timide, le regard glissant discrètement vers le profil soucieux de son supérieur. Ce dernier se contenta d’acquiescer sans décoller les yeux des vagues. « Pourquoi tu l'as pas dis au doc ? »
« Tss. J'tiens pas à moisir ici toute ma vie. », siffla Jack avec dédain, comme si c'était d'une évidence. Disant ses mots, il tourna légèrement la tête pour aviser la mine inquiète de Perrèz. « Y tient qu'à toi d'faire pareil. », poursuivi-t-il d'un ton quelque peu radoucis.
« Mh. Facile à dire. », rétorqua le soldat en affichant sa plus belle moue de victime.
« A faire aussi. Y a qu'a t'sortir les doigts du cul. », insista le sergent sans aucun ménagement. Ce n'était pas d'une nounou dont Vincent avait besoin mais d'un bon coup de pied aux fesses, de l'avis de Jack, en tous cas.
« Mouais. Si tu le dis... », lacha évasivement Perrèz en se levant, décidé à fuir la conversation, bien qu'il en soit indubitablement l'instigateur.
« Putain de merde ! Tu fais chier, bordel ! Quand est-c' que tu vas prendre tes couilles en main! », s'écria vivement Jack tandis qu'il se mettait sur ses pieds, prêt à retenir le soldat par la force, s'il le fallait. Ce simple geste suffit à briser l'élan de Vincent qui se figea à deux pas du banc. « D'accord, tu pourras jamais porter d'alliance et tu rêveras probablement plus jamais d'arc-en-ciel mais t'es en vie, bordel de dieu ! Alors fais en que'qu' chose plutôt que d'te lamenter comme une fillette ! »


Et sans attendre la réponse du soldat, il se laissa retomber lourdement sur le banc, avant que ses jambes ne décident de le lâcher ; ce qui arrivait assez souvent. Rien à voir avec sa blessure à l'abdomen. Celle-là se remettait plutôt bien. C'était la tête qui pêchait...


*


« Emy. ? EMY ?! J't'en prie, mon coeur, réponds-moi !»
« J... Jack ?! »
« J'suis là, bébé. Ca va aller. Dis-moi c'qui s'est passé. »
« Je..J'en sais rien... Jack ! J'ai mal... Raccroche pas, s'il-te-plait ! »
« J'pas l'intention d'te laisser, pas tant que tu s'ras pas en sécurité. »
« Promis ? »
« Juré. Alors, tu t'accroches, ok ? Emy ? »
« ... »
« Emilie ! Parles-moi ! Dis quelque chose, putain ! J't'en supplie, mon amour ! Tient le coup ! On ira à la fête foraine, se gaver de saloperies, voir ma famille, si t'as envie... Emy ? »


*


Jack se réveilla en sursaut et en sueur, légèrement haletant aussi. La lueur orangée d'un feu de camps faisait danser les ombres du plafond, réchauffant l'atmosphère, donnant presque à la maisonnette des airs de foyer. Il ne savait pas trop depuis combien de temps il était inconscient mais le froid semblait avoir eu raison du peu de volonté de Vincent. Ils étaient à présent un magnifique point lumineux dans le désert. Quelle brillante idée !


Soit. La tête du sergent roula lentement sur le côté dans un soupir las. Il n'avait pas la force de rouspéter, de toute façon. Autant en profiter. C'était tellement agréable de ne pas avoir froid, pour une fois...


Un sourire commençait à poindre sur ses lèvres lorsqu'il réalisa la présence de Vincent, allongé entre lui et le mur. S'il était là, qui s'activait autour du feu depuis tout à l'heure ? Sans réfléchir outre-mesure, le sergent commença à se redresser en appui sur une main, pendant que l'autre tâtonnait à la recherche de son couteau, ou n'importe quel objet qui lui permettrait de se défendre, même sommairement.


Il avait à peine entamé son mouvement qu'un étrange nomade enturbanné l'empoignait fermement par les épaules pour le forcer à se rallonger en baragouinant une foule de mots plus incompréhensibles les uns que les autres aux oreilles du sergent. Celui-ci, se sentant légèrement agressé, se débattait dans tous les sens en grognant, tant de douleur que d'énervement.


« Vous ne devriez pas vous agiter comme ça. », suggéra fermement une femme en faisant irruption dans la pièce. « Vous allez finir par réouvrir vos plaies et, avec tout le sang que vous avez perdu, croyez moi, vous ne pouvez pas vous passer d'un litre de plus. »


Elle n'avait rien d'une autochtone, encore moins d'un soldat. Elle avait une tenue, certes, adaptées aux déplacement dans le désert (et autres zones arides) mais beaucoup trop net, trop sophistiquée pour être une rebelle. Et puis, rousse comme elle était, elle avait certainement plus de sang irlandais qu'arabe dans les veines. Tous ces détails mis bout à bout ne laissaient pas beaucoup d'options. Elle devait être médecin, journaliste ou quelque chose du genre. Ce qui n'expliquait en rien sa présence, là, au milieu de nul part, avec un chameau (ou un dromadaire. Au bruit, difficile de faire la différence) et un drôle de Touareg comme compagnons.


Partiellement rassuré, Jack cessa enfin de se débattre, sans pour autant se recoucher. Appuyé sur les coudes, il suivait des yeux sa mystérieuse bienfaitrice, tentant de choisir parmi toutes les questions qu'il se posait, laquelle formuler en premier.


Elle traversa la pièce jusqu'au nomade (son guide, probablement), lui glissa quelques mots et, tandis que l'homme s'éclipsait, s'agenouilla à côté du sergent avec un large sourire affable sur les lèvres.


« Vous êtes qui ? », réussi péniblement à articuler Jack, la gorge douloureusement asséchée par la soif.
« Abygael O'Connel, envoyée spéciale pour la Fox. Je me suis permise de nettoyer vos plaies et celles de votre ami. J'espère que vous ne m'en voudrez pas, sergent D. J. ? », répondit-elle avec naturel tandis qu'elle attrapait une gourde pour la lui tendre.


Jack avisa un instant la journaliste puis l'objet qu'elle lui présentait avant de daigner desserrer les lèvres :
« Dickinson, Jack. Et c'est pas mon ami. » Satisfait de sa précision, il saisit la gourde, dévissa le bouchon et s'empressa d'en avaler une bonne moitié.


Ce ne fut qu'en rabaissant le bras qu'il réalisa qu'Abygael avait entreprit de changer ses pansements. Il aurait bien bronché mais l'effleurement délicat de ses doigts l'empêcha d'articuler le moindre mot, pas même un gémissement lorsqu'elle appliqua le désinfectant. Il se contenta de serrer les dents en détournant la tête. Il n'allait tout de même pas se mettre à pleurnicher devant une gonzesse.


« Vince, tu voulais pas qu'il te touche mais cette pouffe, évidemment, tu dis rien ! »


Adossé à un mur, une moue réprobatrice sur le visage, Emilie assassinait littéralement la journaliste du regard.


« T'es morte, j'te signal. T'as plus vraiment ton mot à dire. », rétorqua Jack du tac au tac.
« Sympathique. », pouffa la journaliste en se glissant avec agilité dans le dos du sergent.


Ce dernier laissa échapper un petit grognement en guise de répartie tandis qu'il se penchait légèrement en avant pour offrir un meilleur angle de vue à son infirmière improvisée. Dans le même élan, il porta la main à sa tempe endolorie.


« Moui. J'ai fais ce que j'ai pu. », expliqua Aby tout en continuant tranquillement ses soins primaires. « Ceci dit, je vous préviens tout de suite, j'ai dû sacrifier quelques mèches de cheveux pour réussir à nettoyer et...je suis journaliste, pas coiffeuse. Encore moins docteur. »
« Mh. Merci. », concéda à contre-coeur le sergent, visiblement pas très enchanté à l'idée que sa coupe soit massacrée. Enfin, il était en vie, au moins. Pour le moment...Tant que personne ne leur tombait dessus. « Qu'est-c' que vous foutez ici ? »
« Je vous sauve la vie. », répondit-elle avec aplomb, une lueur taquine dans les yeux, tandis qu'elle réapparaissait enfin dans son champ de vision. D'une main toujours aussi délicate, elle fit se redresser légèrement le sergent puis, se mit à califourchon en précisant : « N'y voyez aucune provocation. C'est uniquement médicale. J'ai besoin d'un meilleur point de vue... »


Joignant le geste à la parole, elle se dressa sur les genoux pour inspecter la plaie, donnant en toute innocence (apparente, du moins) une vision des plus agréable au sergent. Il n'allait pas s'en plaindre. Qui s'en plaindrait ? Il faudrait être vraiment stupide pour rouspéter.


« Quelle garce ! »


Soupir. Il avait presque oublié Emilie...


« Vous avez pas répondu à ma question. », insista Jack en fermant les yeux à défaut de pouvoir tourner la tête. Il les aurait bien gardés ouverts s'il n'avait eu l'affreuse sensation de tromper la femme de sa vie. La prochaine fois qu'il aurait l'occasion de tomber amoureux, juré, il s'abstiendrait.
« Bien sûr que si ! », s'outra faussement Aby, redescendant de quelques centimètres pour pouvoir le regarder. « Je vous sauve la vie. Que voulez-vous savoir de plus ? »
« Comment vous êtes arrivée là, toute seule et... pourquoi vous faites ça. », s'obstina le sergent s'autorisant à desserrer les paupières maintenant qu'elle se tenait à une hauteur plus respectable. Sur ses genoux, d'accord mais au moins il n'avait plus sa poitrine sous les yeux.
« Techniquement, je ne suis pas toute seule... » Silence. Le sourcil droit de Jack s'arqua légèrement. Elle avait très bien compris. Effectivement. Après un petit soupir résigné, elle se releva en poursuivant : « Je travaille sur un reportage, avec médecin sans frontière... Particulièrement barbant. Je n'aime pas l'auto-congratulation. C'est bien joli de montrer des médecins remplir leur rôle d'humanistes, venir en aide à ces pauvres victimes alors qu'on devrait s'intéresser à ce qui les a menés là, au coeur du conflit. Vous ne trouvez pas ? »


Disant ces mots, elle s'accroupi auprès du feu pour remplir généreusement un gamelle métallique de d'une espèce de bouillie beige dont Jack préféra ignorer la composition. Son ventre criait famine et il aurait été prêt à manger n'importe quoi si cela pouvait lui redonner une once de force.


« Honnêtement ? J'en ai un peu rien à branler. Vous faites quand-même toujours dire c'que vous voulez aux images. », répondit-il distraitement, beaucoup trop pressé d'ingérer quelques aliments.
« Tout le monde a ses opinions, les représentants de la presse ne font pas exception. La logique voudrait qu'on compare les informations avant de les élever au rang de vérité. », rétorqua-t-elle avec conviction, tendant sa pitance au sergent. « Les médias ne sont pas responsables du manque d'esprit critique de la population. »
« Tsss ! C'est facile. », siffla Jack d'un ton pour le moins dédaigneux avant d'entamer son repas.


Ils restèrent silencieux quelques minutes, le temps au sergent de racler sa gamelle sous l'oeil curieux d'Abygael. Elle avait encore tellement de questions à lui poser, à commencer par la raison de son état. Elle luttait de tout son être pour ne pas dégainer sa caméra ou son appareil photo. Se réfugier dans le boulot lui aurait au moins permis d'oublier qu'elle était totalement paumée mais elle doutait que le sergent se laisse filmer aussi facilement.


« Et après ? », fini par demander Jack en abandonnant la gamelle vide sur le sol. Il ne manquait plus qu'une cigarette pour que tout soit parfait, ou presque...
« Après quoi ? »
« Z'étiez avec vos médecins, ok. Ca m'dit pas c'que vous foutez là. Z'avez perdu l'groupe ? »
« On peut dire ça... », répondit évasivement Aby, détournant les yeux un instant pour sortir un paquet de Davidoff de l'une des nombreuses poches de son gilet. Son oeil aiguisé nota immédiatement la lueur intéressée dans les yeux du soldat. Un demi-sourire aux lèvres, elle cala une cigarette entre ses doigts avant de lui tendre le paquet. « Je suis allée faire une ballade... »
« Et vous vous êtes paumée. », la coupa Jack d'un ton un poil moqueur tandis qu'il saisissait avec bonheur une sucette à cancer.
« Peut-être... un peu. », admit Aby à contre-coeur.


Cet aveu ne fit qu'accentuer l'amusement de Jack. Dans d'autres circonstances, il en aurait probablement rajouté une grosse couche, histoire d'enfoncer encore un peu le couteau dans la plaie. Au lieu de cela, il se mit à tâtonner ses poches en quête de son zippo, la mine concentrée pour dissimuler au mieux sa jubilation.


« A votre place, j'éviterais toute forme de moquerie ! Je vous rappelle que sans moi, vous vous seriez vidé de votre sang depuis longtemps. », fit remarqué la journaliste d'un ton qui trahissait sa vexation.
« Mouais. C'est d'jà un miracle qu'on soit par morts avant, avec c' boulet. », grommela Jack, la clope éteinte coincée entre les lèvres, pointant d'un vague signe de tête le soldat Vincent Perrèz toujours endormi (assommé?) par terre. « Lui avez donné quoi pour qu'y s'taise ? » Disant ces mots, il releva les yeux vers Aby, en plein allumage de cigarette avec son briquet à lui.
« Rien. », répondit-elle dans un nuage de fumée bleue. Puis, tendant le zippo en direction du sergent : « C'est ça que vous cherchez ? »
« Rien ? », répéta Jack en s'empressant de récupérer son bien. Flamme bleue. Première latte.
« Si, quelques antibiotiques et de la morphine pour son bras... Pour le reste, il était déjà totalement apathique quand je vous ai trouvés. » Silence. Au regard consterné du sergent, elle reprit : « Vous devriez le remercier plutôt que de le blâmer. Je ne sais pas combien de temps vous êtes restez inconscient mais sans la pression de ses mains sur votre plaie, vous n'auriez pas passé la première nuit. »


Comme pour appuyer son discours, elle attrapa l'appareil photo posé négligemment sur son sac, tripota quelques boutons avant d'en présenter l'écran au sergent. Ce dernier n'accorda pas le moindre regard au cliché. Au lieu de cela, il arracha littéralement l'objet des mains d'Aby et, ignorant ses cris, récupéra la carte mémoire.


« Qu'est-ce que vous faites ? Rendez-moi ça ! Sergent Dickinson ! Vous n'avez par le droit... »


Elle n'eut pas le temps de terminer sa phrase que la main de Jack se plaquait brutalement sur sa bouche pour la faire taire. Le corps tendu comme un arque, les sens en alerte, il ne fournit aucune explication, tendant l'oreille au silence de la nuit. Il avait entendu un bruit. Rien à voir avec un chameau ou un dromadaire. Plutôt un moteur, quelque chose comme ça.


*


Un bruit de moteur sorti Jack de sa rêverie. Une voiture venait de s'arrêter sur les graviers, devant l'entrée. Lentement, il détourna les yeux de l'écran de télé pour regarder par la fenêtre, juste à temps pour voir sortir Abygael de son authentique Coccinelle fleurie. Aussi discrète que sa propriétaire. Dans son trench coat vert pomme parfaitement assorti à ses bas, sa crinière rousse offerte à la bruine d'automne, elle se dirigea d'un pas tranquille vers l'imposante porte d'entrée de la maison de repos.


Il n'en fallut pas plus au sergent pour se lever et quitter le salon en abandonnant Vincent (Emilie) et les autres vétérans présents à leur feuilleton cent pour cent tout publique particulièrement neuneu et chiant. Programme spécial traumatisés... Au grand dam de Jack. Lui, il n'aurait rien contre un bon film d'action ou une partie de call of duty histoire de libérer un peu son trop plein d'énergie.


Il atteignit (enfin) le hall d'entrée au moment ou Abygael terminait d'expliquer à la charmante infirmière de l'accueil qu'elle avait bien rendez-vous cette après-midi. Il ne chercha même pas à savoir si Emilie l'avait suivit. Puisqu'il devait l'ignorer, il l'ignorait. Rien de bien compliqué, de toute manière, puisqu'elle lui faisait la tête depuis la veille, lorsqu'il avait accepté que la belle Aby vienne lui rende visite.


« Mais puisque je vous le dis ! Sergent Dickinson. Vous n'avez qu'à l'appeler ! », s'évertuait à argumenter la journaliste devant le regard affreusement sceptique de l'infirmière. En trois mois, Sergent Dickinson et visite n'avaient jamais fait partie de la même phrase...


Jack avisa la scène un instant, un poil amusé, avant de daigner intervenir :
« C'est bon, Katy. », dit-il simplement, un demi-sourire rassurant sur les lèvres, tandis qu'il traversait le hall de son pas encore affreusement lent. Il avait même pris la peine de mettre des baskets, pour une fois, et un pull, capuche et tirette histoire de faire office de veste s'ils venaient à sortir.
« Bien, sergent... Excusez-moi. Je pensais... Enfin, j'avais cru comprendre que vous ne vouliez pas de visites. », balbutia la demoiselle, à deux doigts de la crise d'apoplexie. Détail immanquable pour l'oeil d'Aby. De deux choses l'une, soit ses deux-là avaient déjà fait quelques galipettes, soit la jeune femme en mourrait d'envie. Résultat plutôt amusant à observer.
« Ben, celle-là, oui. », répliqua Jack sur le ton de l'évidence, celui qui pouvait parfois le rendre un poil condescendant. Puis, se tournant vers la journaliste : « Un tour, ça vous dit ? J'sais pas vous mais j'suis pas hyper fan de l'ambiance locale, trop Zombieland... »
« Vous ne voulez pas votre café, d'abord ? », s'enquit Aby en brandissant fièrement un sac en papier estampiller Starbuck.
« L'un n'empêche pas l'autre. J'suis multi-tâches ; je suis capable de boire et marcher en même temps. », répliqua Jack, une lueur réellement amusée dans le regard, chose qui n'arrivait plus très souvent.
« Vous n'avez pas le droit à la caféine, sergent. Le doc... », ne put s'empêcher d'intervenir l'infirmière en se levant derrière son comptoir.
« Si vous le croisez, vous lui direz que je l'emmerde. », la coupa Jack, un peu plus sèchement qu'il ne l'aurait voulu. Ce n'était pas après elle qu'il en avait, simplement son crétin de médecin qui commençait sérieusement à l'emmerder avec toutes ses interdictions débiles. « On y va ? », conclut-il en se tournant à nouveau vers Aby.
« Je n'attend que vous. », répondit-elle avec un large sourire aux lèvres et, attrapant le soldat par le bras, l'entraîna vers la porte.


Ils marchèrent en silence jusqu'au banc, face à la mer, à l'autre bout de la propriété, là où Jack passait le plus claire de ses journées. Ce dernier avait beau être multi-tâches, dans son état, boire et marcher ne lui permettait pas vraiment de discuter en prime. Détail qu'Aby s'abstint de relever. Après ce qu'ils avaient traversé, elle était déjà étonnée qu'il parvienne encore à marcher. Elle se contenta donc de lui offrir son soutient discret. Malgré tout, arrivé à bon port, Jack se laissa retomber lourdement sur le banc dans un irrépressible soupir soulagé.


« Alors, comment vous vous sentez ? », s'enquit-elle une fois confortablement installée, une Davidoff entre les lèvres.
« J'me suis jamais autant fait chié de toute mon existence... », répondit Jack entre deux gorgées de café, la jambe droite tressautante.
« Vous semblez vous remettre plutôt bien. Vous devriez bientôt pouvoir reprendre du service, non ? », insista-t-elle en tendant ses Davidoff au sergent qui s'empressa d'accepter. Trouver des cigarettes, dans le coin, n'était vraiment pas aisé.
« Faut pas rêver ! », s'esclaffa le soldat d'un ton amer. « J's'rai d'jà content si j'sors d'ici un jours... »
« Je vous ai connu plus optimiste. » Silence. La main hésitante d'Aby se posa sur la cuisse du sergent, comme pour en apaiser les tressautements. « Jack, ôtez-moi d'un doute. Votre famille sait que vous êtes ici ? »


Il ne lui accorda qu'un bref haussement d'épaules en guise de réponse qu'elle prit, à juste titre, pour un non. Le contraire l'aurait étonné. Jack était beaucoup trop fier pour admettre qu'il avait besoin d'une quelconque forme d'aide alors appeler, au risque d'inquiéter ses proches, même à l'article de la mort, elle doutait qu'il le fasse.


« Vous devriez, votre mère au moins... Je suis certaine qu'elle serait heureuse de vous savoir en sécurité. », se risqua-t-elle à insister, au risque qu'il l'envoi balader.
« Si vous êtes venue pour jouer les psy, j'vous r'tiens pas. J'ai assez avec un pour me trifouiller la tête sans qu'vous vous y mettiez... »
« Excusez-moi. »
« Vous voulez quoi, alors ? », demanda presque sèchement le sergent, venant river ses prunelles claires directement au coeur de celles d'Abygael.
« Je...et bien... Mh... Rien. », balbutia-t-elle en récupérant sa main, les yeux fuyants et les pommettes légèrement rosies par la gêne. « Je suppose que vous n'êtes toujours pas partant pour la faire, cette interview ? », finit-elle par réussir à demander, osant à peine le regarder derrière ses cils.


*


« PAS QUESTION ! C'est quoi c't'idée de merde ! Vous trouvez vraiment qu' c'est l' moment ?! », s'exclama un peu trop vivement Jack en s'éloignant à grands pas (aussi grands qu'il le pouvait) d'Abygael et du campement. Pas de feu, cette fois ; juste un coupe-vent improvisé.
« Le moment ?! Evidemment ! On est coincé au beau milieu du désert, obligés d'attendre que le jour se lève pour reprendre la marche alors oui, autant mettre le moment à profit. », répliqua la journaliste, sur ses talons.
« Le profit, c'est ça qui m' dérange. », grogna le sergent tandis qu'il s'arrêtait pour faire volte-face. « On est pas dans un blockbuster, là ! C'est la vrai vie, ok ! Et c'est pas par-c' qu'on fait une pause tournage qu'les rebelles vont arrêter de nous fliquer. Z'avez dû vous en rendre compte avec vot' super idée d'feu d'camp. »
« Les rebelles ? », répéta Abygael d'un ton incrédule, après avoir manqué de lui rentrer dedans.
« Oui. Quoi ? », s'enquit Jack en arquant un sourcil, d'une voix plus basse maintenant qu'elle était à proximité.
« Qu'est-ce qui vous dit que ce sont eux ? Ce n'est pas comme si on était restés pour les attendre. Et vous m'avez dit vous-même que vous ne vous rappeliez pas ce qu'il vous était arrivé. »
« Et ? »
« Et ? Et ?! Je sais pas ! L'attaque de votre camp, elle était pas aérienne ? », insista la journaliste, en pointant le ciel d'un vague geste de main.
« Mh. P'têt bien. On aurait dit. Oui. Pourquoi ? »
« Regardez-vous. On dirait que quelqu'un vous a tiré dessus plutôt que l'éclat d'une bombe ou je-ne-sais-quoi. », argua Aby, pointant à présent les abdos du soldat, le bras plié pour éviter tout contact physique inopiné. La conversation était assez houleuse sans qu'elle n'en rajoute une couche.


Elle marquait un point mais Jack était bien trop borné pour l'admettre. Au lieu de cela, il saisit le premier prétexte venu pour rejoindre le camp - une plainte totalement fictive de Vincent - de son pas mal assuré, en ignorant royalement la voix d'Emilie lorsqu'elle se mit à raisonner dans sa tête.


« Réfléchis, Jack. Tu dois bien te souvenir de quelque chose. Un détail. C'est peut-être une garce mais admet qu'elle n'a pas tord, sur ce coup-là. Jack ? »


« JACK ! S'il-vous-plait. Quelques questions, c'est pas la mort ! Comment voulez-vous que l'Histoire se transmette si les héros dans votre genre refusent de donner leur témoignage? », insista Aby en lui emboitant le pas.
« Un héros ? », s'esclaffa le sergent, s'immobilisant à quelques pas de Vincent. « J'suis pas un héros. Vous m'voyez sauver l'monde, là ? Non. Tout ce que j'essaye de faire c'est de sauver mes miches et les vôtres, par la même occasion. », argua-t-il en octroyant un bref regard à la journaliste.
« Et celles de votre ami... »
« C'est pas mon ami. »
« Ah non ? Alors c'est quoi, un ami, selon vous ? »


Sans prendre la peine de répondre, il avisa son camarade fiévreux, tremblotant, en boulette sous l'unique sac de couchage. Si Jack semblait retrouver rapidement des forces (assez pour avancer, en tous les cas), Vincent peinait à rester conscient plus de quelques heures, épuisé par l'infection et les affreux cauchemars. La morphine lui permettait tout juste de résister à la douleur et les calmants de fermer l'oeil. Mais leurs réserves avaient une fin et Jack se demandait comment il pourrait le traîner lorsqu'il n'aurait plus aucun moyen de le soulager.


Il tourna la tête vers la radio en soupirant. Avec un peu de chance, il capterait un signal, cette fois...


*


« It goes like this, the fourth, the fifth, the minor fall, the major lift, the baffled king composing Hallelujah... »


Assis sur le rebord de son lit, une guitare défraichie entre les bras, Jack laissait ses doigts courir maladroitement sur les cordes, au rythme de la voix cristalline d'Emilie. C'était si beau, si bon de l'entendre. Pourquoi lutter ? Il perdait la raison, autant faire avec.


Dehors, l'obscurité précoce, la neige. Thanksgiving quelque jours plus tôt. Bientôt noël. Malgré les guirlandes et le sapin dans le salon, l'ambiance était affreusement calme. Beaucoup de pensionnaires passaient les fêtes en famille, le personnel aussi. Il ne restait que quelques âmes esseulées ou trop mal en point pour pouvoir bouger.


Et Vincent, allongé à côté, les yeux rivés sur le néon grillé. Il écoutait d'une oreille, parfaitement silencieux, osant à peine respirer comme s'il craignait de déranger le sergent qui, probablement sans s'en rendre compte, s'était joint à la voix d'Emilie dans sa tête.


« Maybe there’s a God above, but all I’ve ever learned from love was how to shoot at someone who outdrew you. It’s not a cry you can hear at night, it’s not somebody who has seen the light. It’s a cold and it’s a broken Hallelujah... »


Perrèz se sentait en paix, pour une fois, la première depuis longtemps. Il avait presque envie de fermer les yeux pour profiter au mieux de cet instant surréaliste lorsqu'un bruissement de tissus attira son attention vers la porte.


Brusquement redressé sur son coude valide, il avisa Abygael, debout dans l'encadrement, un manteau - aussi roux que ses cheveux – parsemé de flocons, un joli paquet entre ses mains gantées. Elle semblait comme figée dans son élan, les lèvres légèrement entrouvertes, les yeux humides, incapable d'esquisser ne serait-ce qu'un vague geste.


Vincent hésita un instant, son regard oscillant de la journaliste au dos sergent avant de se décider pour un replis stratégique vers la salle à manger. Sans dire un mot, le plus discrètement possible, il glissa au pieds de son lit, traversa la pièce et, non sans peine, se glissa entre Aby et le chambranle pour sortir de la chambre.


« I've told the truth, I didn't come to fool you and even though it all went wrong I'll stand before the Lo... »


Jack s'arrêta soudain au milieu de sa phrase, ses doigts cessant immédiatement de jouer, tandis qu'il relevait la tête en direction de l'appuie de fenêtre. Emilie, elle ne chantait plus. Elle ne souriait plus, non plus. Elle fixait la porte avec un air jalousement contrariée sur le visage. Vincent devait forcément avoir fait quelque chose. Sans réfléchir d'avantage, Jack jeta un coup d'oeil par dessus son épaule. A son grand étonnement, il ne vit personne, ou presque. Juste Abygael, sur le pas de la porte, l'air particulièrement confuse, comme si elle était la cause de cette interruption.


« Je...Excusez-moi...Bonsoir...je...Vous...Enfin. », balbutia-t-elle avant de brandir son paquet en guise d'explication puis, faisant un pas dans la pièce, elle l'abandonna sur le lit de Vincent, prête à tourner les talons pour déguerpir au plus vite.


Se tournant légèrement, Jack avisa le cadeau d'un oeil circonspect puis, après avoir larguer l'instrument sur son oreiller, entreprit de se mettre debout. Entreprendre, c'était exactement le bon mot, ses membres inférieurs manquant grandement de docilité ce soir-là.


« Attendez ! », appela-t-il une fois en équilibre à peu près stable sur ses pieds. « Vous comptez quand-même pas vous barrer avant que j'l'ai ouvert ? »


Quelque peu surprise, Abygael s'arrêta à mi-chemin de la porte, osant même un petit regard de biais en direction du sergent. Elle s'attendait à une réaction plus virulente de sa part, tant pour le cadeau que pour son intrusion d'ailleurs. Les mains enfoncées dans les poches de son training, un vague sourire aux lèvres, il la dévisageait avec ses grands yeux claires. Beaucoup trop claire, d'un coup.


« Je ne voudrais pas vous déranger. », répondit-elle en détournant la tête, incapable de retenir ses rougeurs plus longtemps.
« Si c'tait l'cas, j'vous proposerais pas de rester... », rétorqua Jack avec aplomb, ignorant brillamment le regard meurtrier d'Emilie braqué dans son dos. Ca aurait été un neuf millimètre qu'il se serait senti plus à l'aise...


Un sourire effleura les lèvres de la journaliste tandis qu'elle se tournait vers lui :
« Qu'est-ce que vous attendez ? »
« Pour ? »
« L'ouvrir. »
« Qu'vous m' l'apportiez. Ca s'fait pas d'offrir un truc en l'jetant comme ça. », argumenta Jack avec conviction, évitant soigneusement de mentionner le manque totale de fiabilité de ses jambes.
« Monsieur fait son pacha. A ce compte-là, j'espère que vous en avez un pour moi. », répliqua-t-elle d'un ton beaucoup plus détendu, se dirigeant vers le sergent en récupérant son paquet au passage.
« Et puis quoi ? J'vous laisse venir me voir, c'est déjà pas mal. »


Remarque qui ne manqua pas de faire rire Aby. Plantée devant lui, un petit air taquin sur le visage, elle lui tendit son présent :
« Si vous étiez un cadeau, ça se saurait ! Je suis certaine que la moitié du personnel – pour ne pas dire les trois-quart – à hâte, au moins autant que vous, de vous voir quitter les lieux. Je me trompe ? »
« J'aurais dis tous, moi. », renchérit Jack, le plus naturellement du monde puis, arrachant pratiquement le paquet des mains de la jeune femme, il se laissa retomber lourdement sur le lit. Il voulait savoir ce qu'il avait reçu, lui.


En deux en trois mouvements, il arracha le joli papier rouge orné de petits bonshommes de neige pour dévoiler un cadre en bois, relativement simple, dans lequel Aby avait placé une photo de son cru, un cliché que Jack n'avait jamais vu avant, de lui avec Vincent. Ils avaient presque l'air complices... Aby avait raison. Par la force des choses, ils étaient devenus des amis même si Jack préférait mourir plutôt que d'admettre une chose pareille.


Vince était le seul capable de comprendre ce qu'il endurait maintenant. Ils avaient traversés trop d'épreuves ensemble pour n'être que de simple collègues. Le sergent détailla la photo pendant un moment, sans trouver les mots pour remercier Abygael. Il n'avait pas envie de passer pour un sentimentaliste, encore moins pour un ingrat bien que, s'il voulait donner le change, garder son image de gros dur, il aurait dû râler plutôt que de sourire doucement.


« On dirait qu'elle vous plait. », ne put s'empêcher de faire remarquer Abygael avec un petit sourire taquin sur les lèvres. Puis, avisant les photos punaisées au murs, au dessus du bureau, elle poursuit : « Si j'avais su, je ne me serais pas fatiguée à l'encadrer. »
« C'est nickel. », se contenta de répondre Jack tandis qu'il déposait le cadre sur sa table de nuit, entre son verre d'eau et ses médocs.


Silence. Aby continua tranquillement son observation sous l'oeil attentif du sergent, effleurant certains clichés du bout des doigts comme si elle cherchait à en toucher les personnages. Rien de bien palpitant, juste des photos de famille, six têtes blondes et une noire entourées de leurs parents. Quelques dessins signés de la main du benjamin et un cliché de Jack et Emilie, dans le désert Afghan.


« C'est elle ? », demanda la journaliste en détachant précautionneusement la photo pour mieux la regarder.


« Non mais vas-y, fait comme chez toi, surtout ! Et toi, tu la laisses faire sans rien dire ? Jack ! »


« C'était, oui. », se contenta de répondre le sergent d'un ton un peu plus rude qu'il ne l'aurait voulu tandis qu'il se levait pour ôter le cliché des mains d'Aby. Puis, sans une explication de plus, il la remit à sa place exacte. Il semblait y avoir une certaine forme de chronologie dans l'affichage.
« Excusez-moi... Je... Je n'aurais pas dû y toucher, c'était totalement déplacé de ma part... », balbutia la rouquine, à nouveau assaillie par la gêne.
« Pas grave... », souffla simplement Jack, une main posée sur le bureau en guise de soutient, refoulant avec ferveur les tremblements intempestifs de ses membres inférieurs.
« Vous l'aimez, n'est-ce-pas ? », demanda-t-elle encore, une pointe de déception presque imperceptible dans la voix.
« Qu'est-c'que ça peut faire ? Elle est morte, de toute manière... »
« Mais vous l'aimez encore. Ca n'a rien de honteux. Que du contraire. Elle... Elle a beaucoup de chance... »
« Taisez-vous ! », l'interrompit brutalement le sergent, les yeux clos, largement appuyé sur le bureau à présent. Un grondement raisonnait dans le fond de son crâne, une douleur sourde, une pression, un étau qui se resserrait lentement autour de son cerveau.
« Jack... », osa-t-elle timidement, posant une main délicate sur l'épaule du sergent.
« Laissez-moi. Allez-vous en ! », s'écria ce dernier en se dégageant un peu trop vivement pour son corps affaibli. Il n'avait fait qu'un pas qu'il s'effondrait déjà mollement sur le linoléum blanc.
« JACK !! », s'exclama Abygael en se précipitant vers lui, inquiète. « Jack ?! Vous m'entendez ? Jack ! Dites quelques chose ! »


Ses cris eurent tôt fait d'alerter l'infirmière en chef qui se précipita dans la pièce, accompagnée d'un quatuor de blouses blanches. L'un d'entre eux, un homme de stature relativement imposante, s'empressa d'entourer Abygael de ses bras puissants pour la faire sortir, de gré ou de force.


« Attendez ! Non ! S'il-vous-plaît ! Qu'est-ce qu'il se passe ? Qu'est-ce qu'il a ? Répondez-moi !! », hurla-t-elle en se débattant, en vain.


Elle se retrouva rapidement en dehors de la chambre dont la porte se referma brutalement devant son nez. A travers la petite vitre, elle tenta malgré tout de se faire une idée de la situation lorsque la voix faiblarde de Vincent raisonna dans son dos, manquant de la faire sursauter :
« Il a un caillot de sang dans le cerveau. », expliqua-t-il avec une désarmante simplicité, les mains dans les poches de son training noir.
« Un...un caillot ? Et ils peuvent pas l'enlever ?! », s'enquit-elle d'une voix qui trahissait sa profonde inquiétude.
« Non. Pas encore, pas sans risquer de le tuer. Ils essayent de le dissoudre. »
« Ca n'a pas l'air très efficace. »
« Pas vraiment, non... », souffla le soldat en rivant ses prunelles embuées sur la pointe de ses pantoufles.


Dire qu'il s'en sortait avec une main inutilisable et des mauvais rêves alors que l'homme qui lui avait sauvé la vie au mépris de la sienne était entrain de péricliter lentement sans qu'il ne puisse rien faire...


*


Jack se précipita dans la grotte où ils avaient trouvés refuge en poussant une Abygael hurlante devant lui.


« Fermez-là, bordel ! Et éteignez de feu de camp ! », ordonna-t-il sans prendre le temps de faire une halte.


Effet immédiat. Aby s'exécuta sans broncher. Elle ne criait même plus, beaucoup trop apeurée. Dans un dérapage plus ou moins contrôlé, Jack se laissa tomber auprès de Vincent, plaquant une main sur sa bouche et l'autres sur ses yeux pour l'empêcher de hurler et/ou de céder à la panique. Ce dernier, allongé à même la pierre tiède, se débattit faiblement jusqu'à ce que le sergent vienne lui murmurer à l'oreille :
« C'est moi. Respire. Calme-toi. Ca va aller. Je sais qu't'as mal, qu't'as la trouille mais j'ai besoin que tu fasses quelque chose pour moi, d'accord ? » Le soldat acquiesça en silence, le corps tendu et l'esprit en proie à une angoisse presque insoutenable. « J'vais te lacher pour aller botter le train à ces fils de putes, dehors. Toi, tu restes avec la dame et si jamais l'envie te prend de hurler, bouffe-toi la langue, fait ce que tu veux mais abstiens-toi. Tu peux faire ça pour moi ? », poursuivit Jack d'une voix calme et rassurante, refoulant au plus profonde de son être la peur qui lui nouait l'estomac. S'il cédait à la panique, comment convaincre Vince résister à la sienne ?


Après une demi-seconde d'hésitation, le soldat fini par hocher faiblement la tête. Jack n'en demandait pas plus. Il se remit sur ses pieds avec une déconcertante facilité malgré ses blessures, attrapa son pistolet et, tandis qu'il vérifiait le contenu du chargeur, sorti de la grotte sans demander son reste.


Silence. Abygael fixa un moment la sortie avant de venir s'échouer à côté du soldat tremblotant, à deux doigts de fondre en larmes. Rien à voir avec de la tristesse, simplement un moyen d'évacuer la pression, l'angoisse qui la tenaillait. Pourtant, elle fit un effort surhumain pour ravaler ses sanglots, les jambes repliées contre sa poitrine, la tête entre les mains. Elle prenait de grandes inspirations, longues et profondes, pour tenter de garder un semblant de calme. En fond, elle entendait Vincent marmonner entre ses dents :
« Dios te salve María, llena eres de gracia, el Señor es contigo... »


Instinctivement, elle se joignit à lui dans un espagnol approximatif, libérant l'une de ses mains pour venir enserrer celle du soldat. Elle n'avait jamais été très croyante, elle ne l'était pas plus maintenant mais la prière semblait l'occupation la plus appropriée à cet instant. Ils ne pouvaient rien faire de plus qu'attendre...


*


« Allez ! Juste une ! Pour me faire plaisir ! Ca va pas te tuer. Et puis, si tu refuses, je n'aurai aucun moyen de penser à toi... »


Un flash. Un second. Jack laissa échapper un petit grognement contrarié tandis qu'il détournait la tête de l'objectif d'Abygael braqué sur lui. Elle l'avait rejoint sur son banc, quelques minutes plus tôt, avec son appareil photo, au grand dam du sergent. Il n'aimait pas vraiment qu'on capture son image sans son consentement.


« Quand vous aurez fini d'faire joujou, on pourra peut-être causer. », grommela-t-il au bout d'un dixième flash.
« Vous n'êtes pas drôle, sergent. », fit remarquer la journaliste en posant l'appareil sur ses genoux.
« J'ai jamais prétendu l'être... », rétorqua-t-il un peu sèchement, les yeux rivés sur l'horizon.
« C'est pour râler que vous m'avez fait venir ? », insista-t-elle, une claire ironie dans la voix.
« Non. »
« Pour quoi, alors ? »
« Vous la voulez toujours, votre interview ? », répondit Jack, le plus naturellement du monde, ignorant le regard suspicieux d'Aby braqué sur lui.
« Mh. Disons que oui, pourquoi ce changement d'avis ? », ne put s'empêcher de demander cette dernière, tripotant son appareil entre ses doigts comme si elle devait lutter de toutes ses forces pour ne par reprendre son mitraillage en règle.
« Vous la voulez, oui ou non ? », insista le soldat d'un ton ferme. Il n'était vraiment pas d'humeur à rire, ce matin.
« Oui mais... Je ne voudrais pas que vous regrettiez dans deux jours. », argua Abygael en l'observant du coin de l'oeil.
« Pas de risque. J'ai juste quelques conditions... », répondit Jack d'un ton calme.
« Je savais que c'était trop facile. Allez-y, je vous écoute. »
« Vous ne pourrez l'utiliser que s'il m'arrive un truc ou...ou que j'vous l'dis. », expliqua-t-il sans daigner lui accorder le moindre regard.
« Vous pensez que vous allez mourir, n'est-ce pas ? » Silence. Elle observa un instant le profil soucieux du sergent avant de reprendre : « Vous n'allez tout de même pas baisser les bras maintenant ? Pas après tout ça ! »
« Qu'est-c' que vous voudriez que je fasse ? J'ai un putain de caillot de sang qui s'balade tranquillement dans ma tête. Je peux pas simplement lui botter les fesses ! », s'exclama Jack en balayant l'air d'un vague geste de main, la jambe droite agitée de violents soubresauts.
« Effectivement. Ceci dit, si vous êtes tellement persuadé de vivre vos derniers instants, vous devriez peut-être les occuper autrement qu'en contemplant le vide, tout seul... », insista la journaliste malgré sa crainte de le voir fuir, tout simplement.
« J'suis jamais vraiment seul. », répondit évasivement le sergent en avisant du coin de l'oeil la frêle silhouette d'Emilie, debout au bord de la falaise, offerte au vent froid de la fin de l'hivers. « Tss. J'deviens aussi fêlé qu'mon père. »
« Ne dites pas ça... », insista encore Abygael posant une main délicate sur la cuisse tressautante de Jack.
« Et pourquoi pas ?! », grogna ce dernier en se levant d'un bon, rompant brutalement le contact.
« Vous savez pertinemment que c'est faux. Vous n'êtes pas cinglé, vous avez un caillot dans la tête. », tenta Abygael tandis qu'elle se mettait debout à son tour, à quelques pas du sergent, la main tendue dans le vide comme si elle se retenait de le toucher.
« Le résultat est le même... », souffla Jack d'une voix blanche puis, tournant la tête pour planter son regard dans celui d'Abygael : « Alors, vous la voulez, ou pas, votre foutue interview ? »
« Commencez par appeler votre mère. », dit-elle en glissant son téléphone portable dans les mains du sergent. « Rien ne vous force à tout lui raconter. Dites-lui simplement que vous l'aimez. Vous me remercierez plus tard... » Après un sourire, elle précisa : « Je vous attend à l'intérieur... »


Et, sans une explication supplémentaire, elle tourna les talons pour s'éloigner en direction du bâtiment. Jack la suivit des yeux quelques instants, beaucoup trop déstabilisé pour réagir. Elle n'avait pas tord, la journaliste. S'il devait mourir demain, il aurait au moins la satisfaction de le faire bien.


*


Jack s'effondra dans le sable, assaillit par une vague de douleur insoutenable lorsque la crosse de l'arme de son assaillant s'abattit violemment sur ses reins. Il poussa un hurlement déchirant pour le plus grand plaisir de son ennemi, un rebelle beaucoup trop bien équipé. Le visage à moitié enfoui dans le sable, Jack n'avait plus qu'une envie : abandonner une bonne fois pour toute, laisser l'homme gagner si ça lui faisait plaisir, tant qu'il n'avait plus à endurer de choc supplémentaire. Son corps n'était plus que douleur. Aussi borné que puisse être le sergent, il priait pour que tout s'arrête enfin, oubliant presque Abygael et Vincent, presque...


L'homme semblait prendre un malin plaisir à molester l'américain, le mettant sur ses pieds pour le simple plaisir de le voir s'effondrer sous ses coups la seconde d'après. Se faisant, il baragouinait quelque blagues de son cru, fort amusante à en croire sa tête. Une claque de plus. Jack s'écrasa mollement par terre, sans même lutter. A quoi bon ? Plus il résistait, plus l'homme semblait prendre son pied... L'apathie n'était peut-être pas le meilleur choix.


« Jack, fait quelque chose, je t'en prie ! Tu ne vas pas laisser se fils de con lever la main sur toi sans réagir ! Jack ! Si tu ne le fais pas pour toi, fait le au moins pour Vince. »


Même la voix d'Emilie ne suffit pas à le faire réagir. Il était sur le point de se résigner lorsque l'homme l'empoigna fermement par le col pour le forcer à se relever, une nouvelle fois, celle de trop... Jack ne prit pas le temps de réfléchir. Dégainant son couteau, il profita de cette proximité pour enfoncer la lame crantée jusqu'à la garde dans le plexus de son assaillant, légèrement orientée vers le haut pour tenter d'atteindre, si pas le coeur, au moins les poumons.


Prit par surprise, l'homme n'eut pas le temps de réagir, pas même d'ébaucher un cri. Dans la panique, son doigt se crispa sur la détente, tirant un coup de feu dans le vide qui déchira brutalement le silence paisible de la nuit désertique. De quoi rameuter ses comparses.


Jack l'aurait volontiers fouillé pour récupérer quelques matériel et, avec un peu de chances, des informations sur son employeur. (Parce que oui, vu la dégaine du cadavre, il y avait plus de chance qu'il soit un mercenaire qu'un rebelle.) Mais il avait parfaitement conscience que la moindre seconde passée à glander là diminuait grandement ses chances de survie. Il n'avait pas tuer un homme de sang froid pour se laisser surprendre par ses complices derrière.


Rassemblant ses dernières forces, il se mit péniblement debout, le fusil de son ennemi en guise de canne. Il devait se trouver une planque, un endroit plus ou moins sécurisé où il pourrait attendre patiemment que le soleil se lève. Hors de question de rentrer à la grotte maintenant. C'était juste bon pour y mener les mercenaires, sans passer par la case départ et sans toucher vingt-mille dollars...


Un vague rictus effleura ses lèvres à cette pensée.


Après quelques minutes de recherches (affreusement longues), il opta pour une espèce de crevasse, un trou sous un gros rocher, probablement la planque diurne d'un serpent de grande taille. Il s'y glissa le plus confortablement possible, en position presque foetale, l'arme serrée entre ses bras, réprimant autant que faire se peut ses claquements de dents.


Le froid mordant. Le silence pesant à peine rompu par les déplacements de la faune locale. L'angoisse. Le noeud à l'estomac qui se resserrait à chaque fois qu'il lui semblait entendre un pas. Si ce n'était son corps, c'était son coeur qui finirait par lâcher.


Il avait envie de hurler de toutes ses forces, de céder purement et simplement à la pression de l'instant. Il l'aurait d'ailleurs certainement fait sans la présence rassurante d'Emilie dans son dos, blottie contre lui. Il pouvait sentir son souffle chaud dans sa nuque, ses doigts qui glissaient dans ses cheveux et sa voix douce qui lui susurrait quelques mots rassurants. Il savait pertinemment qu'elle n'était qu'une vision de son esprit, un fantôme à tout casser mais c'était tellement bon de l'avoir auprès de lui.


Lorsque le soleil commença à poindre, Jack s'extirpa péniblement de sa cachette. La fin de nuit avait été plutôt calme cependant, il n'était pas sorti d'affaire pour autant. Il devait encore retrouver le chemin de la grotte, rejoindre ses camarades et, au plus vite, reprendre la route s'il voulait atteindre le point d'extraction dans les temps. Autant dire que, dans son état, ce n'était pas gagné...

Qu'à cela ne tienne ! Il se mit en route de son pas le plus leste, accueillant avec plaisir les premiers rayons du soleil. Bientôt, la chaleur deviendrait suffocante mais, tant que maintenant, elle était plutôt agréable, réchauffant son corps engourdi par l'immobilité et le froid de la nuit.


« Pas d'panique. C'est moi, c'est Jack. », averti le sergent en arrivant à proximité de la grotte. Prudence avant tout. Vince et Aby n'étant pas totalement désarmés, il ne voulait pas se prendre un pruneau en pleine poire pour les avoir saisit.


Il avait à peine fait un pas à l'intérieur qu'Abygael se précipitait sur lui, une lueur paniquée dans son regard humide.


« Jack... Sergent Dickinson ! Vous.. Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Vous allez bien ?! » Déjà, elle le palpait dans tous les sens pour s'assurer qu'il soit entier.
« C'est bon, ça va. », grogna le sergent en la repoussant. « Rassemblez vos affaires, on y va. », rajouta-t-il avant de s'agenouiller à côté du soldat Perrèz, toujours entrain de prier. « Vince... Vince, regarde-moi. » Le jeune homme fit non de la tête, refusant obstinément d'ouvrir les yeux, et ce malgré la poigne ferme de Jack venue lui enserrer le menton. « Vincent, bordel ! Regarde-moi !! », ordonna le sergent d'un ton sans appel. Réaction immédiate. Les paupières du soldat s'ouvrir enfin sur le visage légèrement amoché du sergent. « J'vais bien, tu vois. Maintenant, faut qu'on s'arrache. Je sais, je sais... T'as mal et surement pas envie d'bouger mais t'as pas l'choix. Tu peux chouiner autant qu'tu veux, j'te laisserai pas derrière ! On est à quelques kilomètres du point de rendez-vous alors je vais te filer une dose de morphine tout de suite, l'autre à mi-chemin et j'te jure que dans moins que quarante-huit heures, tu seras rentré. »


*


« Jack, mon coeur, fait un effort... Il faut que tu manges, un peu au moins. »


Le sergent envoya violemment balader son plateau repas en guise de réponse, saisissant l'infirmière présente dans la pièce. Il était alité depuis plusieurs jours, incapable de mettre un pied devant l'autre, encore moins de contrôler ses mains. Il se sentait affreusement diminué, obligé de se faire aider même pour manger. Un véritable cauchemars.


« Sergent Dickison, si vous refusez de vous alimenter, je vais être obligée d'en avertir le docteur Cox. », le réprimanda poliment Katy tandis qu'elle s'activait à ramasser la nourriture répandue sur le sol.
« Allez-y ! J'en ai rien à taper ! », grommela Jack en se laissant aller contre les coussins, la tête en arrière et les yeux fermés pour ne plus avoir à supporter le regard peiné de Vincent assis sur le lit d'à côté.
« Jack... », souffla ce dernier d'une voix timide, pour changer.
« Toi, ta gueule ! », aboya le sergent, le majeur gauche levé en guise de ponctuation.


Geste qui ne sembla pas décourager son camarade, que du contraire. Il se mit sur ses pieds, traversa la pièce et se planta devant l'infirmière, saisissant le plateau de sa main valide.


« Laissez... », dit-il simplement, un demi-sourire sur les lèvres. Il n'y avait plus grand chose de mangeable, à part la crème au chocolat, un malheureux morceau de poulet et quelques petits poids. Cependant, il serait déjà très fier de lui s'il parvenait à faire manger cela à son sergent.


La jeune femme hésita un bref instant, son regard oscillant entre le visage rassurant de Vincent et Jack toujours avachis sur son lit. Puis, après un mordillement de lèvre tout à fait adorable, elle céda le plateau au soldat :
« Comme vous voulez. Le docteur Cox... »
« ...sera prévenu. Oui. Je m'en doute. », termina-t-il en souriant de plus belle, apparemment hermétique au charme de la jeune infirmière.
« Bien. », conclut cette dernière avant de quitter la pièce sans demander son reste. Et pour cause, elle était encore toute tremblante, à deux doigts de fondre un larme, probablement légèrement secouée par l'accès de rage du sergent. Elle prit malgré tout la peine de fermer la porte derrière elle, chose qui n'arrivait généralement qu'en cas de « toilette ».
« A nous maintenant. », déclara Vincent de son ton le plus ferme tandis qu'il se tournait vers Jack.
« Va te faire foutre. », se contenta de grommeler ce dernier, sans bouger le moindre muscle. Il n'avait pas faim, pas envie de manger, du moins. Et certainement pas que Vincent lui donne la béquée. Plutôt crever !
« Fais pas ta gonzesse ! C'est pas avec une grève de la faim que tu vas régler ton problème. », insista le soldat, se risquant même à venir s'asseoir sur le rebord du lit de son sergent grimaçant. « Jack. Merde ! T'as traîné mon gros cul hors d'Irak. Tu peux bien me laisser faire ça pour toi... »


Silence. Jack sembla réfléchir un bref instant avant de daigner se redresser vaguement en ouvrant les yeux. Après tout, Vincent n'avait pas tord. Ce n'était qu'un juste retour des choses... Cependant, il trouva utile de préciser :
« S'tu racontes ça à quelqu'un, j't'y renvoi à coups d'pied au cul, en Irak. »
« J'suis une tombe. Petit poids ou crème au chocolat ? », répondit le soldat sur le ton de la rigolade, une lueur victorieuse dans le regard.


*


Jack courait aussi vite que son corps le lui permettait, poussant d'une main Abygael devant lui tandis qu'il tirait Vincent de l'autre. En temps normal, gravir une dune n'était déjà pas des plus facile. Alors blessé, sous le feu ennemi, entre une femme hurlante et un homme à moitié conscient, luttant contre le violent courant d'air provoqué par les palles de l'hélicoptère qui les attendait en haut, autant dire que ce n'était pas une partie de plaisir !


A chaque pas, ses pieds s'enfonçaient dans le sable, manquant de le faire basculer en avant. Malgré tout, il continuait son avancée, poussait, tirait, dépensait ses dernières forces. Bientôt, ils seraient sauvés...


Soudain, à quelques pas du sommet, le sol se déroba brutalement sous ses pieds. Réflexe humain, il récupéra ses deux mains pour se rattraper. Abygael se figea instantanément en poussant un petit cri strident tandis que Vincent se mettait à dévaler la pente, droit sur les jeeps ennemies en contrebas.


Ecrasé dans le sable, haletant, Jack releva la tête en direction de la journaliste :
« Vas-y ! Bouge, bordel ! Reste pas là ! »


Puis, sans attendre de voir si elle réagissait, il se remit sur ses pieds pour s'élancer à la suite de Vincent. Il ne courait plus vraiment. A moitié accroupi pour ne pas partir en avant, il descendait la pente à toute allure, espérant atteindre le soldat avant qu'il n'arrive en bas.


Malgré le brouhaha, il pouvait entendre le colonel Sheppard s'époumoner depuis l'hélico, l'exhortant probablement de remonter sur le champ. Probablement. S'il entendait sa voix, Jack n'en saisissait par le sens pour autant. Il n'essayait même pas de le faire. Lui, tout ce qu'il voulait, c'était rattraper Vincent et le ramener la-haut. Quarante-huit heure, il avait promis et Jack n'avait qu'une promesse.


Il se laissa retomber dans le sable, franchissant sur les fesses la courte distance qui les séparait encore. Dès qu'il fut à portée, il passa fermement les bras autour de Vincent en enfonçant ses talons dans le sol en guise de levier de frein.


Silence. Le coup de feu cessèrent tandis que les deux hommes s'arrêtaient à quelques mètres à peine des mercenaires. Jack profita de l'instant de battement pour aviser rapidement la situation puis, refermant la main gauche sur la crosse du pistolet de Vincent, chuchota à son oreille :
« Tas intérêt à m'revaudre ça ! »


Trêve de bavardage. D'un seul geste, il dégaina l'arme, visa le réservoir de la jeep la plus proche et tira en priant pour que son garagiste de petit-frère lui ai dit vrai. Logiquement, là, ça devrait péter... Sans attendre d'en voir l'effet, il plaqua Vincent au sol, le corps en rempart au cas où il y aurait quelques débris volants.


Bingo. Une explosion, rapidement suivies de quelques autres. A priori, ça devait être la débandade dans les lignes ennemies. Jack ne prit pas la peine de vérifier. Les tirs avaient repris, dans tous les sens et il devait se bouger le cul s'il ne voulait pas terminer en passoire vivante (morte, d'ailleurs). Il se remit sur ses pieds, Vincent avec et commença à gravir la dune pour rejoindre l'hélicoptère.


Au bout de dix interminables minutes, ils atteignirent enfin le sommet. Ignorant royalement la main du colonel tendue vers lui, Jack poussa son camarade dans l'appareil avant de s'y jeter lui-même en hurlant au pilote de décoller. Il était blessé, à bout de force, mais en vie quand-même.


« Faites attention sergent. A force de jouer avec la mort, elle finira par vous rattraper. », réprimanda Sheppard d'un ton beaucoup trop paternaliste aux yeux de Jack.
« Sauf vot' respect, mon colonel. La mort, je l'emmerde ! », rétorqua ce dernier avant de perdre connaissance.


*


« Tu as traîné un mec blessé et une nunuche à travers le désert sur des kilomètres, botté les fesses à une bande de bâtards, le tout en étant à moitié mort et tu refuses de passer sur le billard ?! Jack ?! Tu te fous de moi ? Jack ?! Réponds, merde ! Tu peux pas te dégonfler maintenant ! »


Allongé sur son lit, seul depuis un moment, depuis qu'il avait chassé Vincent, Jack fixait le plafond comme s'il cherchait à dissiper la brume noire qui envahissait son champ de vision. Le contrôle des membres se portait beaucoup mieux, ce jour-là. Sa vue, beaucoup moins. Elle se troublait par intermittence, le privant de ses trop rares occupations, mis à part la musique, calme seulement, prescription du docteur Cox. Cox. Quel nom de merde !


La musique adoucissait peut-être les meurs, elle ne parvenait pas à couvrir la voix d'Emilie, dans sa tête... Il avait fini par abandonner. C'était assez perturbant d’entendre Aloe Blacc chanter « Hey Brother ! » avec une femme en pleine crise de nerfs comme rythme de fond.


« Tu fais chier, putain ! Je te jure, si je le pouvais, je...je t'étranglerais de mes mains, tiens ! Et puis je te ranimerais juste pour avoir le plaisir de recommencer ! Jack. Répond. Tu sais que je suis le fruit de ton imagination, la voix de ta conscience, si tu préfères. Tu peux pas me faire taire. »


« Si... Et c'est bien ça le problème. », souffla Jack en fermant les paupières, dans le but de masquer (à lui-même) les larmes qui s'amoncelaient insidieusement aux coins de ses yeux.


Il l'avait apprit le matin même. Il se portait mieux. Son cerveau avait dégonflé, du moins et Cox voulait en profiter pour tenter d'enlever le caillot, avant qu'il n'aille se loger dans un coin inatteignable. S'il acceptait de se faire opéré – dans son état actuel ; le caillot pouvant bouger quand il le voulait. -, Jack avait de fortes chances de s'en sortir indemne, sans séquelles ou presque. S'il acceptait... Et il n'était pas certain d'en avoir envie. Enlever cette saloperie, c'était perdre Emy une seconde fois. Le garder revenait à se suicider à petit feu ; autant se flinguer tout de suite.


« Et y m'reste quoi, moi, après, si tu t'en vas ? », lacha-t-il involontairement à haute-voix. Techniquement, si elle était sa conscience, elle n'avait pas besoin qu'il formule sa pensée pour l'entendre...



« Ta famille, tes amis, Vincent...et Abygael. »


Elle concéda à contre-coeur le dernier nom. Conscience ou pas, elle n'en restait pas moins l'image d'Emilie, jalouse à en crever dès qu'une femme osait le regarder d'un peu trop près. Alors elle, cette garce, cette traînée qui passait son temps à vouloir le tripoter.


« C'est pas d'eux qu'j'su amoureux... », répondit Jack dans un soupir las, sans remarquer la présence, sur le pas de la porte, du colonel Sheppard.
« Sergent Dickinson, vous parlez tout seul, maintenant ? », s'enquit ce dernier dans le but évident de s'annoncer.


Effet garanti ! Le sergent bondit sur ses pieds et, droit comme un I, salua son supérieur en répliquant avec aplomb :
« Non, mon colonel. Je pensais à haute voix. Mais, sauf vot' respect, on vous a jamais dit qu'ça s'faisait pas d'écouter aux portes ? »


Jack n'avait pas besoin de ses yeux pour visualiser son supérieur, ses cheveux poivres et sels coupés ras, son visage sillonné par les années (la cinquantaine bien tapée), ses yeux sombres qui se levaient au ciel et sa mine désespérée.


« Ca va, repos ! Et asseyez-vous, avant de faire un malaise. », déclara ce dernier d'un ton légèrement agacé tandis qu'il faisait quelques pas dans la pièce. Jack s’exécuta, non sans afficher une large grimace contrariée. « Faites-moi plaisir, arrêtez avec cette expression de merde, là. Vous pourrez parlez de respect le jour où vous saurez ce que c'est. », poursuivit-il au bout de plusieurs secondes, avec cette pointe de paternalisme dans la voix qui rendait dingue le sergent.


Sous prétexte qu'il avait servit aux côtés de son père, le colonel Sheppard pensait qu'il pouvait se comporter comme tel avec Jack. Grossière erreur. Personne, pas même John, ne pouvait le forcer à faire quoi que ce soit, plus maintenant et plus jamais.


« Vous voulez quoi ? J'suppose qu' z'êtes pas là juste pour me gronder. », demanda le sergent depuis le bord de son lit, un poil provocateur. Silence. Jack releva les yeux pour aviser la silhouette de son supérieur, une vague silhouette au centre de son champ de vision, la seule zone à peu près claire.
« Ta mère s'inquiète. Je viens aux nouvelles. », fini par expliquer Sheppard, planté au milieu de la pièce, quelque peu radoucis bien qu'il ne semblait pas savoir comment aborder le sujet sans risquer un élan de colère du sergent.
« Elle s'inquiète de quoi ? Tss. Elle sait même pas que j'su là. », s'esclaffa celui-ci en détournant la tête pour dissimuler son trouble. Il n'aimait pas qu'elle s'inquiète. C'était ce qu'il cherchait à éviter.
« Justement. Elle ne sait pas, elle ne sait rien. Tu l'as appelée y a trois mois, comme ça, juste pour savoir comment elle allait et puis, plus rien. Silence radio. C'est ta mère, Jack. Elle t'a donné la vie. Evidemment qu'elle s'inquiète et c'est le cas dès que l'un de vous disparait sans donner de nouvelles. »


Il débita son discours d'une traite, pratiquement sans reprendre son souffle, ne laissant aucune brèche à Jack pour fuir ou répondre. Lui aussi s'inquiétait et il n'avait pas l'intention de lâcher l'affaire. Son ton s'en était d'ailleurs légèrement ressenti, sur la fin ; plus ferme, plus autoritaire que jamais.


« Tss. Moi, au moins, j'ai appelé. », rétorqua Jack avec toute la mauvaise foi dont il était capable. Il devait bien trouver quelque chose à répondre, de toute façon... Pour son ego, au moins.
« Toi, au moins ?! », répéta Sheppard, incrédule. Puis, venant se planter devant le sergent, à deux doigts de l'empoigner pour le secouer: « T'as quatorze ans, ou quoi ? Encore heureux que tu l'appelles, ta mère ! »


Il n'eut pas le temps d'en dire plus, Jack se levant en aboyant :
« C'est quoi l'problème ? Et puis d'abord, de quoi tu t'mêles ? T'es pas mon père. »
« Crois-moi, si je l'étais... »
« Quoi ?! Tu me botterais l'cul ? C'est d'jà fait. La pension, l'école militaire, checked. L'est pas né çui qui m'dira c'que j'dois faire. », le coupa sèchement le sergent. « J'su malade. Ca r'garde que moi. Y a pas de quoi en faire un drame. »
Au bout de quelques secondes de face à face muet, le colonel fini par rompre le silence :
« Vincent m'a dit que tu avais refusé l'opération. »
« Tss. Une tombe, mon cul, ouais ! », grommela Jack en se laissant retomber lourdement sur le lit, les yeux dans le vague, brusquement plongé dans le noir total. La contrariété n'avait visiblement pas un très bon effet sur sa circulation sanguine.
« Jack, pourquoi ? », s'enquit Sheppard tandis qu'il s'accroupissait face au sergent, en quête de son regard, vide. « Ai au moins le cran d'appeler ta mère, dans ce cas. Si t'as décidé de te laisser mourir dans un coin, elle a bien le droit de le savoir. »


Il était à court d'argument comme le laissaient entendre ses mots et son ton trop distant. Même pas une once de lassitude ou de désolation, un simple constat, celui de trop. Sans préambule, Jack repoussa violemment son supérieur de ses deux mains en s'écriant :
« Ta gueule ! Dégage ! Sors d'ici ! Fous-moi la paix, bordel ! C'est MA vie, MA PUTAIN DE VIE ! Ok ? Alors si j'ai envie d'crever tout seul dans mon coin, c'est MON problème ! »


A ses cris, la porte s'ouvrit à la volée sur l'infirmière en chef, le visage en panique :
« Colonel Sheppard, veuillez sortir d'ici, sur le champ. » Puis, se tourna vers son patient sans même attendre une quelconque forme de réaction : « Quand à vous, sergent Dickison, vous allez vous calmer où je vous administre une dose de calmant, vous serez pas prêt de vous relever ! »


Un silence de mort s'abattit instantanément sur la pièce. C'était cette femme qui devait s'occuper d'eux en cas de convalescence, il ne valait pas mieux la contrarier. De toute façon, Jack n'avait plus la force de s'énerver. Quant à Sheppard, il n'insista pas plus longtemps. Pas la peine. Ses mots avaient suffisamment titillés le sergent. Il n'y avait plus qu'à prier pour qu'il change d'avis à temps.


Il quitta donc la chambre pour rejoindre le rez-de-chaussée, adressant au passage un petit signe de tête à Vincent assis sur l'appuie de fenêtre du couloir. Celui-ci semblait attendre patiemment de pouvoir réintégrer ses pénates ; que Jack se calme, en somme.


*


« Alors, tu m'aimes ou pas ? »


Les paupières du sergent papillonnèrent quelques instants aveuglé, non pas par le soleil, mais par le défilé des néons au dessus de sa tête. Entre son regard et le plafond, le visage d'Emilie ne parvenait pas à en dissiper la lumière. Même à contre-jour, il pouvait voir son sourire illuminer ses grands yeux verts. Il voulut tendre la main, effleurer son visage une dernière fois, en vain. L'anesthésiant commençait à faire son effet, engourdissant peu à peu son esprit et ses membres. A son réveille, il l'aurait perdue, encore une fois. L'amour ou la vie, le pire des choix.


« Evidemment ! A en mourir ! T'en doute encore ? », pensa-t-il à défaut de pouvoir l'articuler.


« Alors, dis-le. Trois petits mots, Jack. Tu peux faire ça pour moi ? »


Ses paupières se refermèrent brutalement, balayant au passage les larmes qui s'étaient sournoisement amoncelées aux coins de ses yeux. Le dire, c'était l'admettre. L'admettre, l'accepter. Et après, peut-être enfin passer à autre chose. Ses lèvres articulèrent un « Je t'aime. » sans qu'il ne sache s'il l'avait dit à haute voix. Il s'en fichait. Ce « je t'aime » là n'avait rien d'ordinaire. Ce n'était pas une simple déclaration mais une page qui se tournait dans le coeur du soldat.


*


Jack enfonça la clef dans la serrure, la fit tourner trois fois puis, poussa la porte de son appartement sans toutefois y faire un pas. Enfin, il était rentré, chez lui ; ce vaste espace vide et froid. Même dans la pénombre, avec l'imposante baie vitrée, le mobilier avait la classe, pourtant. Une véritable page de catalogue, un genre d'appartement témoin pour Ikea. Jack laissa échapper un léger sifflement consterné à son constat, tirant d'une main distraite sur le rebords de son bonnet comme s'il craignait que ses bandages ne se voient. A contre-coeur, il fit quelques pas dans la pièce à vivre en dégainant déjà une Davidoff. Ici, au moins, pas de docteur Cox pour lui rappeler qu'il fumait plus qu'une cheminée.


Une vague lueur amusée dans le regard, il donna un violent coup de pied dans la porte qui se referma en claquant, un bon grand claquement tonitruant à faire chier les voisins. Juste pour le plaisir. Parce qu'ici, lorsqu'il claquait un porte, les gens se contentait de râler, de se plaindre au propriétaire. Ils ne faisaient pas des crises de paniques comme si c'était la seconde guerre mondiale.


Satisfait, content même, il alluma sa cigarette puis, largua pile de courrier et zippo sur la table basse, et le paquetage sur le plancher. Il tira une longue bouffée avec délectation, appréciant au plus haut point le simple fait de pouvoir la fumer là, au beau milieu de son salon avant de pivoter vers la cuisine. Café, bière ou... Regard vers la porte de la chambre. Ou douche.


Douche. Une bonne douche bien chaude, bien longue avec ses multi-jets. Et la radio, en fond, juste pour combler le silence. Après, il se ferait un bon café suivit d'une bière devant une bonne partie de jeu vidéo. Après...


Bien après. Il ne ressorti de sa fameuse douche qu'une bonne heure plus tard, serviette autour de la taille, encore humide, pour ne pas dire trempé. Sans un regard pour le lit malgré l'heure tardive (il s'était assez reposé), Jack retourna au salon. Il avait dû éviter son reflet, aussi; sans quoi il aurait certainement retiré son bonnet...


Rapide escale cuisine.


Dans un soupire sonore, il se laissa tomber lourdement dans le sofa, avec bière et café, comme il l'avait planifié, et un paquet de chips. Les seules denrées mangeables ici. Il passait tellement rarement par chez lui, à quoi bon remplir le frigo ? A part de bières...


Et maintenant, qu'est-ce qu'il faisait ? Il avisa un instant l'écran plat de la télé sur son meuble noir, les consoles à peine utilisées, sur la planche du dessous, bien rangées derrière leur porte vitrée coulissante. Son choix de jeux vidéos n'était pas des plus variées mais c'était amplement assez pour ce qu'il en faisait.


Il détourna la tête en soupirant, une main distraite glissant sur son bonnet. Il n'avait pas très envie de jouer, tout compte fait. Pas plus que de lire son courrier. Gorgée de café. Il plongea la main dans son sac pour en sortir son smartphone, un Iphone pratiquement neuf. Celui-là, ça faisait un moment qu'il ne l'avait pas utilisé. Le docteur Cox et ses prérogatives... Pas de téléphones portables, aucune source de stress. Depuis quand les téléphones stressaient ?


Laissant dériver son esprit, il commença à faire défiler sa liste de contacts, en quête d'une bonne âme à emmerder, quelqu'un de disponible pour une sortie, peut-être, histoire de s'occuper. Le silence. Il avait beaucoup de mal à s'y faire. La voix d'Emilie, dans sa tête, il avait fini par s'y habituer. Ne plus l'entendre, son absence, c'était encore pire que la première fois.


Son pouce resta un instant en arrêt au dessus du nom de Vincent. Certes, il pourrait l'appeler, et après ? Jack n'était pas vraiment du genre à bavasser au téléphone et, s'il était rentré chez lui, son camarade pas... Il resterait donc dans son sofa. Résigné, il se laissa aller contre le dossier et, tandis qu'il larguait distraitement le smartphone sur le coussin d'à côté, il leva les pieds dans le but évident de les poser sur la table basse. Dans son mouvement, il bouscula le paquetage qui s'écrasa sur le plancher dans un étrange bruit métallique.


Le sergent se figea en arquant un sourcil, les pieds en l'air et la main encore à moitié posée sur le téléphone portable. Il n'avait pas souvenance d'un objet capable d’émettre un tel son dans son sac. Sans réfléchir d'avantage, il se redressa pour attraper le paquetage, lançant l'appel par inadvertance.


En quelques secondes, il avait répandu l'entièreté de ses affaires sur le sol, histoire de fouiller tout à son aise. Il n'y avait pas grand choses. Les recherches furent brèves. Jack, une lueur satisfaite dans le regard, tenait entre ses doigts un étui à cigarettes, le sien accessoirement, vide depuis longtemps... Ou presque. Il cliquetait à chaque mouvement.


Il n'avait plus servit depuis l'Irak, si bien que le sergent avait fini par l'oublier. Alors ce qu'il contenait... Jack s'apprêtait à l'ouvrir, trop content qu'il se passe enfin quelque chose dans sa vie, lorsqu'il entendit la voix de Vincent s'élever péniblement du smartphone délaissé :
« Jack ?! Jack ?! Qu'est-ce que tu fous, bordel ?! »


Le sergent avisa un instant l'appareil, hésitant à raccrocher purement et simplement. Il pourrait toujours utiliser le prétexte « fausse manip' ». Non. Ca ne serait vraiment pas sympa. D'autant qu'il ne savait même pas depuis combien de temps Vincent s'époumonait de la sorte. Finalement, il attrapa son téléphone, le cala entre son épaule et son oreille, et répondit d'une voix distraite en ouvrant l'étui à cigarettes :
« Ouais, quoi ? »
« Quoi ?! » Silence. « C'est toi qui appelle, Jack. », fit remarquer Vincent, un poil énervé.
« Mh ? Oui. Je sais. », répondit le sergent, à moitié absent, les yeux rivés sur la carte mémoire dans le fond du boitier. Elle ressemblait à s'y méprendre à celle qu'il avait subtilisé à Abygael pourtant, cette dernière (la micro SD) était soigneusement rangée dans son portefeuille.
« Pourquoi ? Jack ! Dis-le, si je te fais chier. »
« Non. Si. J'suis un peu occupé, là. », lacha-t-il sans vraiment y faire attention, quittant le doux confort de son sofa pour se diriger vers le bureau.
« N'espère pas te débarrasser de moi aussi facilement. », le coupa Vincent avant que Jack ne pense à raccrocher. « Je suis même pas sensé l'avoir, ce téléphone. Tu me dérange en plein... Tu me déranges. La moindre des choses serait que tu t'expliques, non ? »
« J'regarde un truc. Et j'pas fais exprès t'appeler, c'est mon doigts qu'a ripé. », expliqua tout naturellement Jack tandis qu'il s'installait devant son ordinateur portable.


Pas besoin de chercher longtemps après le lecteur de carte sur son bureau beaucoup trop bien rangé. Dans le petit pot, sur la droite, avec toutes les clefs USB. Il tendit le bras pour l'attraper et s'empressa d'y glisser la carte mémoire. Restait à attendre que son très cher Mac daigne s'allumer. Soupir. Il tira nerveusement sur le rebord de son bonnet en avisant le paquet de Davidoff qui le narguait depuis la table basse.


«J'suppose que ton truc peut pas attendre... », souffla Vincent d'un ton las.
« Si. Mais j'suis lancé. », répliqua Jack tandis qu'il se levait, cédant à l'appel de la nicotine.
« Si t'es lancé, j'vais te laisser. », conclut le soldat en s'efforçant de dissimuler la déception de sa voix. Il ne voulait pas déranger Jack, encore moins l'ennuyer... Lui qui se réjouissait presque que son ami l'appelle.
« Oh ! Boude pas ! », ne trouva pas mieux à répondre le sergent, les yeux à nouveau rivés sur l'écran de son pc en court d'allumage.
« Je boude pas... », soupira Vincent.
« Ah non ? », ne put s'empêcher de rajouter Jack, sa clope encore éteinte entre les lèvres.
« Non. Ton manque de considération m'exaspère, c'est tout. Bonne soirée, Jack. », rétorqua le soldat de son ton le plus plat, histoire de ne pas donner trop de matière au sergent pour se foutre de lui plus tard.
« Vince, attend. », appela ce dernier, presque hâtivement, craignant que son ami ne raccroche sur le champ.
« Quoi ? », demanda le soldat, un peu trop sèchement à son goût. Il n'en voulait pas vraiment à Jack. Il était juste un peu vexé.
« E...Excuse-moi. », lacha à contre-coeur le sergent, comme si ces mots lui arrachaient la gorge.
« Y a pas de mal. », répondit simplement Vincent. « Allez, retourne regarder ton truc, on se rappelle plus tard. » Et sans laisser le temps au sergent de répondre, il mit fin au coup de fil.


Jack resta un instant immobile, les yeux oscillant entre le téléphone dans sa main droite, le lecteur de carte SD dans l'autre et son ordinateur portable enfin prêt. Soupir. Il abandonna son smartphone sur le bureau et glissa l'USB dans le port adéquat. Il pourrait toujours rappeler Vincent plus tard, quand il saurait enfin ce que contenait cette mystérieuse carte mémoire.


Trêve de tergiversation. Jack effleura le pavé tactile du bout des doigts. Double clic. Le programme était à peine lancé qu'il arrachait violemment la clef USB, livide. Il se souvenait, maintenant... Partiellement, du moins. Et lire les informations depuis son ordinateur portable lui sembla soudain totalement stupide, déjà parce qu'elles étaient codées et, ensuite, parce qu'à l'heure d'internet, pour peu que la clef soit sécurisée, il risquait fort d'être localisé. Bref coup d'oeil en direction du modem : éteint. Il laissa échapper un long soupir soulagé en tripotant le lecteur entre ses doigts nerveux. Il faisait quoi, maintenant ? La décodée, mission impossible, pour lui, en tous cas. A moins de mettre la main sur un as de l'informatique, au risque de le traîner avec lui dans une merde noire...


Non. En tant que militaire, il risquait gros à faire cela. Sa main se posa sur son Iphone avant de se raviser. Certes, il aurait aimé avoir l'avis de Vincent sur le sujet mais les réseaux téléphoniques n'étaient pas plus sécurisé qu'internet. Et puis, connaissant le courage de son ami, il lui suggérerait probablement de la ranger dans un coin et de surtout ne plus jamais en parler.


Nouveau soupir. Il avait bien une idée mais...


Mais rien. Il ouvrit l'un des tiroirs, le premier sur la droite, en sorti une enveloppe dans laquelle il s'empressa de glisser la micro SD. Puis, il saisit un bic et un post-il pour gribouiller quelques mots en majuscule, histoires qu'ils soient lisibles.


« Vos photos... Faites-en bon usage.
D.J.  »


Simple. Concis. Un petit sourire satisfait sur le visage, il glissa le post-it dans l'enveloppe, s'empressa de la sceller et y inscrit le nom et l'adresse du destinataire. Un timbre. Il ne restait plus qu'à l'envoyer.


*


Assise à une terrasse, Abygael sirotait son café en gardant un oeil sur les passants, anxieuse. Deux semaines qu'elle avait reçus le mot de Jack, deux longues semaines et elle ne savait toujours pas ce qu'il attendait d'elle. Enfin, là, c'était elle qui l'attendait. Elle avait fini par craquer, lui avait donné ce rendez-vous. Elle devait lui parler, de vive voix. Elle avait besoin d'explications...


Un sourire effleura ses lèvres lorsqu'elle aperçut le sergent, de l'autre côté de la rue, en provenance direct de la bouche de métro la plus proche. Il fallait être suicidaire pour utiliser sa voiture à New York. De nuit comme de jour, les rues de la Grosse Pomme étaient toujours bondées. Autant utiliser ses pieds.


Lorsque son regard croisa celui de la jeune femme, il sourit à son tour, lui adressant un petit signe de mains en guise de salut. Regard à gauche, à droite. Il s'empressa de traverser pour la rejoindre et vint s'échouer sur la chaise face à elle. Pas de bise ni de serrage de main. Pas de bonsoir non plus. Elle était beaucoup trop occupée à l'admirer.


La guérison lui allait plutôt bien, au sergent. Fini le bonnet, ses cheveux noirs commençaient même à pousser, dissimulant quasi totalement la fine cicatrice de sa tempe. Chemise, jeans, bottine ; simple et classe à la fois. Elle lui aurait volontiers sauté dessus mais elle avait la désagréable impression que Jack, lui, ne l'envisageait pas du tout sous cet angle. Elle n'était rien de plus que la journaliste un peu collante et excentrique à qui il avait sauvé les miches, un an plus tôt.


« Vous avez l'air en forme. », finit-elle par lacher, désireuse de briser ce silence beaucoup trop gênant.
« J'vous r'tourne le compliment. », rétorqua le sergent avec un fin sourire aux lèvres, dégainant son paquet de cigarettes avant même que le serveur ne soit venu prendre sa commande.
« Vous avez repris du service, ça y est ? »
« Pas encore. La semaine prochaine, je réintègre mes quartiers à la caserne, si tout va bien. »
« Alors, heureux ? », demanda-t-elle en riant.
« Mh, mouais. », répondit le sergent dans un haussement d'épaules. « J'vois pas c'que j'ferais d'autre, t'façon... »
« Quelle défaitisme ! Enfin, vous êtes en vie. Donc, je suppose que je vais encore devoir attendre pour la publier, mon interview... », fit remarquer Aby, une pointe de déception dans la voix.
« Vous supposez bien. », répondit Jack avec un sourire légèrement amusé. Sa nervosité l'empêchait de profiter pleinement de l'instant. Il savait pertinemment qu'elle ne l'avait pas invité à boire un verre juste pour parler de sa vie, de la pluie et du beau temps.


Le serveur suspendit un instant sa réflexion. Jack passa commande, une simple vodka sans glace, histoire de démarrer la soirée en fanfare. Le jeune homme parti, la conversation pouvait reprendre, badine et dénuée d'intérêt. Elle prenait de ses nouvelles, posait des questions auxquelles il répondait toujours évasivement.


L'un de ses frères allait se marier. Un autre rentrait à la fac en septembre. Sa mère, il l'avait appelée, une fois ou deux, juste pour causer. Le colonel Sheppard se prenait toujours pour son père. Quant à Vincent, il squattait sa chambre d'ami depuis quelque jour. Rien de bien palpitant. Ils en firent rapidement le tour.


« Et c'est photos que vous m'avez envoyées, que suis-je sensée en faire ? », demanda finalement Abygael, incapable de contenir sa curiosité plus longtemps. S'il n'abordait pas le sujet, elle devait bien le faire à un moment.
« Ce que vous voulez. Elles sont à vous, maintenant. », répondit Jack après avoir vidé d'une traite le fond de son verre.
« Merci du cadeau. », dit-elle d'un ton pour le moins ironique.
« J'vous en devais un, non ? »
« Moui... »
« J'vous fait confiance, vous finirez par leur trouver une utilité. »
« Oui mais... »
« Mais rien. », la coupa le sergent en avisant son téléphone portable qui s'était mis à vibrer. Ricky, son petit frère, le cinquième sur les six. Jack releva les yeux vers la journaliste : « On se verra plus tard. Il faut que je vous laisse. »


Puis, sans même laisser à la rouquine le temps de rouspéter, il largua un billet sur la table en se levant et, tandis qu'il commençait à s'éloigner, se décida à décrocher :
« Ouais, Rick, tu veux quoi ? »


Depuis son siège, Abygael le suivit des yeux, trop surprise pour réagir. Il n'allait quand-même pas la planter là, avec ce secret d’État ? Il ne pouvait pas faire une chose pareille... Et pourtant, si. Elle n'avait pas bougé l'ombre d'un muscle qu'il disparaissait de sa vue, se fondant habilement dans la foule.


FIN
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Dernière édition par Alinoë le Mer 30 Sep - 16:10 (2015); édité 1 fois
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MessagePosté le: Mer 24 Sep - 14:59 (2014)    Sujet du message: Survivor Répondre en citant

Pouh pouh pouh...

J'ai tout lu.

Bon, j'voudrais pas décourager qui que ce soit, mais ça m'a quand même pris un peu plus d'une heure .

Bref, que d'émotions ! J'ai passé la moitié du texte dans la brume tant j'ai chouiné. J'suis impressionnée par le travail fait en si peu de temps. A part une ou deux zones d'ombres de ci de là, l'ensemble est super cohérent, rien n'est oublié, rien n'est laissé de côté. Bref, du vrai bon gros boulot, et le résultat est franchement payant parce que j'ai adoré de bout en bout et je ne me suis pas ennuyée une seule seconde.

Bon, reste que le perso de Jack... Bref, on en parlera ^^

Excellent, excellent, excellent ! Bravo !
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MessagePosté le: Jeu 25 Sep - 08:23 (2014)    Sujet du message: Survivor Répondre en citant

Après un copié-collé, j'ai évalué sa longueur. 
Mmh, ça allait me prendre plus d'une heure, c'était sûr et j'avais un programme bricolage/courses à faire spécialement aujourd'hui.
Eh bien ton texte fut parfait pour mes temps de pause. Je n'ai donc pas tout lu d'une traite, mais tu sais quoi Ali? 


Ton histoire était si passionnante (Et je suis pas une habituée du genre Guerre), si bien écrite (malgré des fautes ici et là), si intrigante et rondement menée que je ne me suis perdue à aucun moment. J'ai apprécié l'histoire de Jack, mais aussi les interventions d'Emy, Vince, Aby ou bien le Colonel. Tout y est si juste. Le ton, les descriptions de leur trombine, de leurs attitudes. Pas de fausses notes.


Et puis, j'aime beaucoup tes petits traits d'humour entre parenthèses.  


Tout ce que tu as pu faire en si peu de temps, c'est vraiment chouette. 


Ouais. Ton texte, il déchire ! Et j'ai passé la journée d'une façon très agréable. (Bon le petit déjeuner avec les détails sur la blessure de Jack, fut un peu compliqué parce que je l'imaginais trop bien cette plaie ^^)


J'suis bien contente que tu aies posté et j'te tire mon chapeau.


 

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MessagePosté le: Jeu 25 Sep - 23:50 (2014)    Sujet du message: Ss Répondre en citant

Rah la la la la !!!

J'aime Jack !
J'en demande encore encore encore !
Bon moi aussi ça m'a prit plus d'une heure ^^ mais franchement j'ai passé un moment super agréable !

J'ai adoré le lien entre Émilie et Jack ! Le coup du caillot de sang dans ma tête, de la relation qui début entr lui et e Vincent ou Aby !
C'était prenant et la fin avec le coup des photos laissant gentille ment l'histoire glisser sur un autre terrain qui pourrait être exploré lors d'un autre défi ou fic^^


En tout cas bravo bravo
Jeu 25 Sep - 23:50 (2014)
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MessagePosté le: Lun 5 Oct - 11:04 (2015)    Sujet du message: Survivor Répondre en citant

Pfiou la la... J'étais pas en train de lire, je crois, j'étais devant un bon film... Le genre où t'es sous tension tout du long, et putain c'était génial !

Et pourtant c'est pas le genre d'histoire qui m'attire à la base...

Mais là... ben je suis tombée dedans... Ca fait plaisir de retrouver Jack, je crois que je l'aime encore plus ! Et son lien avec Emy...

Et la pirouette à la fin

Je suis toute tourneboulée moi ...


Je conseille à ceux qui ont peur des grands textes, de se lancer parce que celui-ci vaut vraiment le détour !
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MessagePosté le: Lun 5 Oct - 16:33 (2015)    Sujet du message: Survivor Répondre en citant

Nooooon c'est déjà finiiiiii! Ben oui il est long ton texte, mais je l'ai lu d'une traite moi! J'avais envie de continuer encore, de suivre la vie de Jack et Vincent et Sheppard (tient tient, il me dit quelque chose ce nom... >> )!! C'était vraiment super comme histoire, je suis contente d'avoir pu la découvrir!!
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MessagePosté le: Lun 5 Oct - 16:40 (2015)    Sujet du message: Survivor Répondre en citant

Haaan mais t'as vu !

Je suis contente d'avoir ressorti ce texte du coup Cool
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MessagePosté le: Lun 5 Oct - 16:42 (2015)    Sujet du message: Survivor Répondre en citant

Mais trop!  Okay
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MessagePosté le: Lun 5 Oct - 16:48 (2015)    Sujet du message: Survivor Répondre en citant

AAAAH merci les filles! *-* Trop contente que ça  vous plaise! pcq c'est vraiment mon chouchoux mon Jack :-p haha

Cool cool cool! Merci de vos lecture, de vos com... Hiii lol
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